LIVRE HUITIÈMB
« On voit 9 dit La Harpe i que Féaelon dédaigne « de s'occuper longtemps d*un système en général a si obscur, et monstrueux dans ce qu'on en peut c comprendre. C'est en effet une peine bien per- « due, que de chercher à entendre un homme qui «r probablement ne s'est pas entendu Iui«m£me« Féa nelon fait ce qu'il peut pour l'interpréter, et ré- « sume son inintelligible livre, en quatre pages qui a contiennent en effet tout ce qu'il est possible d'y «apercevoir.*.. Il est vrai que l'obscurité même « de Spinosa est ce qui a le plus contribué à sa réff putation ; on l'a cru profond, parce qu'il falloit c le deviner ; et quelques gens se sont piqués d'en « venir a bout. Mais si l'écrivain qu'il faut deviner a exerce quelques curieux, il rebute la plupart des « lecteurs ; et si la philosophie, comme on n'en a peut douter, a l'évidence pour but, quoi de moins c philosophique que l'obscurité (t) ? »
L'estime universelle dont jouissoit Fénelon, un goût particulier pour son caractère, et la manière dont il avoit traité ces grandes questions de philo- sur les principes
fondamentaux de )a religion dant avec la même solidité, dans une Lettre de Fénelon au naturelle.
P. Lami^ qui se trouve dans le tome I**" des OEupres de Fé^ 1713.
nelon^ à la suite de sa III® Lettre sur la Religion. (Édit.)
(1) A l'appui de ces observations, voyez la i** Dissert, du
P. BafHer, à la suite de son ouvrage intitulé: Exposition des
preuves les plus sensibles de la véritable Religion, PariSj
i732| in-ia. (Éhit.)
Fénelon est
consulté par le
Sophie j firent naître au duc d'Orléans le désir d'mitretenir avec lui une correspondance directe, sur des sujets si dignes de la méditation de tous les esprits éclairés. La douleur et l'indignation publique , qui s'étoient élevées avec tant de chaleur contre ce prince, à la mort du duc et de la duchesse de Bourgogne, avoient enfin cédé à l'opinion plus réfléchie des hommes sages et modérés. C'étoient les amis les plus vertueux du duc de Bourgogne, qui avoient le plus contribué, par leur conduite et leurs discours, à dissiper de funestes préventions qu'ils se reprochoient peut-être d'avoir partagées, dans le premier sentiment d'une douleur trop légitime. En déplorant le pernicieux usage que ce prince faisoit des rares qualités que la nature lui avoit données, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse attendoient beaucoup de ses lumières et de ses talents pour le salut de la France, et aimoient à se confier à sa générosité naturelle, pour la conservation de l'enfant destiné à succéder à Louis XIV .
Le duc d'Orléans avoit senti tout le mérite d'une conduite si estimable; et sa reconnoissance pour les deux amis de Fénelon, s'étoit portée sur Fénelon lui-même.
Ce prince, dont l'esprit étoit si étendu, dont le caractère étoit si foible; qui avoit tous les sentiments d'une âme généreuse, et toutes les passions d'un cœur corrompu; que son génie appeloit à gou-