‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 94 sur 157 · LIVRE HUITlinUC · texte numérisé non relu

LIVRE HUITlinUC

verner, et qui fut toujours asservi par le goût effréné du plaisir; qui commanda les armées avec la valeur la plus brillante, et qui fîit subjugué par un ministre indigne de sa confiance ; qui réunissoit les connoissances les plus rares, et n'avoit pas une notion de morale; qui ambitionnoit tous les genres de gloire , excepté celle que donne la vertu ; qui se refusoit à croire à la religion, et croyoit à l'astrologie; ce prince, mélange étonnant des qualités et des vices les plus contraires, étoitcependant forcé de rendre hommage à la vertu , en retrouvant dans Fénelon tout ce qui fait aimer et respecter la vertu (i).

Ilavoit d'ailleurs trop d'esprit, pour rester dans une indifférence stupide sur ces premières notions qui s'offrent à l'intelligence ; et // était trop curieux de tuifenir (a) , pour n'être pas au moins occupé de sa propre destinée. ^

II ne craignit pas de confier à Fénelon ses questions et ses doutes, sur le culte de la Diifinitéy sur V immortalité de rdtne, et sur le libre arbitre.

(i) Ce portrait du duc d'Orléans est tout à fait conforme à celui qu*en a tracé le duc de Saint-Simon, son ami et son confident, qui parle d'ailleurs de ce prince avec beaucoup de ménagement. {Mém. t. XXIII, chap. 390 et suiv.) (Édit.)

(a) Fénelon regardoit cette curiosité de t avenir comme un des principaux traits du duc d'Orléans. Mém, sur les pré^ cautions à prendre après ta mari du duc de Bourgogne^ n? 6. [OEuvres, t. XXII, p. 597.) (Édit.)

33o HISTOIRE J>E FilTELON.

On a la réponse de Fénelon; et elle est imprimée, c avec §ea admirables Lettres sur la Religion^ a faites, dit La Harpe, pour plaire à ceux mêmes qui a n'aiment pas Fénelon (i)* »

Ces questions, presque aussi anciennes que le monde, ont excité, dans tous les temps, Tinquiète curiosité des humains; elles ont été souvent l'objet de la tranquille méditation des sages; elles ont quelquefois intimidé et découragé la vertu souffrante et malheureuse ; elles ont exercé la religieuse résignation de ces âmes pures et sublimes dans leur simplicité , qui , dédaignant d'aiTéter leurs regards sur un monde qui passe et qui fuit, ont transporte leurs pensées et leurs espérances dans cet ordre immuable et éternel, où tous les voiles seront déchirés , et où toutes les énigmes seront expliquées.

De nos jours, toutes ces questions se sont renouvelées, et ont été agitées avec une espèce de frénésie. Ce n'est plus comme obscures et comme

(i) La Harpe, ubi suprà, p. 3i3.

Les Lettres de Fénelon au duc d'Orléans sont les trois premières Lettres sur divers sujets de Religion et de Métaph, Œuvres de Fénelon (t. I**"); on peut voir les preuves de ce fait, dans VHist, littér, de Fénelon^ (p. la et i3.) Le cardinal de Baiisset ne parle ici que de la seconde lettre, qui est en efïet la principale, et celle qui fait mieux connoître les questions dont le duc d'Orléans avoit demandé à Féne- Ion l'éclaircissement. Ces questions sont celles que le cardinal de Bausset indique un peu plus haut. (Éoit.)

LIYBB HITITIÈMB. 33 i

diiSoikSi qu'on les a discutées. Une génération foIU et présomptueuse a accusé de foibiesse et de timidité tous les siècles qui l'ont précédée; elle a prononcé, sans examen et sans discussion, sur des questions que les plus grands génies n'avoient abor* dées qu'en tremblant) il n'est pas étonnant qu'elle ne se soit pas rencontrée avec eux, dans la recher«r che de la vérité.

Il ne peut être indifférent à personne, de savoir comment Fénelon a considéré des objets si importants pour tous les hommes. Son nom est cher à tous les amis de la religion { et il commande le respect à ceux mêmes qui ont afFecté de secouer le joug de la religion. C'est par cette raison, que nous ne craignons pas de développer son opinion avec une certaine étendue. L'importance du sujet doit inspirer un grand intérêt ; et la clarté qu'il a répandue sur des matières si difficiles, peut soutenir l'attention.

he duc d'Orléans, en les proposant à Fénelon, lui avoit demandé de ne les considérer que sous des rapports philosophiques. Ce n'étoit point l'évêque qu'il consultoit; ce n'étoit point une règle de doctrine qu'il demandoit; c'étoit à la raison supérieure de Fénelon, que sa raison foible et incertaine consentoit à soumettre ses doutes et ses anxiétés. Ainsi toute cette discussion devoit rester étrangère à tous les témoignages et à toutes les autorités d^une révélation positive ; l'existence de Dieu étoit la seule

Lettres de

Féneiom tut dite

d'Orléans;

aécessilé du

culte religieux.

vérité qu'il consentît à reconnoitre ; tous les raison* nements dévoient découler de ce seul principe fondamental; et toutes les conséquences dévoient s'y rallier, par des rapports nécessaires et incontes* tables (i).

Féneloui pour montrer la nécessité du culte religieux , le considère successivement par rapport à Dieu et par rapport à l'homme (a).

Dieu a dit : ce Je ne donnerai point ma gloire à un « autre (3). Tout vient de lui ; il faut que tout re* «c tourne à lui. 11 ne peut avoir créé des êtres intellicc gents, qu'en voulant que ces êtres emploient leur « intelligence à le connoitre et à l'admirer, et leur « volonté à l'aimer et à lui obéir. . • Nous sommes,

tf non à nous, mais à celui qui nous a faits

« Dieu 9 en créant Thomme, s'est proposé, comme

(i) Pour le développement des trois points dont le duc d'Orléans avoit demandé à Fénelon réclaircissement, le cardinal de Bausset donnoit ici de très-longs extraits de la lettre dans laquelle ces trois points sont traités. Noos avoiis cru faire une chose utile et agréable au plus grand nombre des lecteurs, en abrégeant un peu cette longue citation. Les retranchements que nous y avons faits sont avantageusement compensés, par le résumé que nous donnons un peu plus bas, des Lettres sur V analyse de la foi et sur VautorUé de l'Égliscy dont le cardinal de Batisset n^avoit rien dit. (Voyez les observations que nous avons faites, sur ce sujet, dans la Préface de cette nouvelle édition.) (Édit.)

(a) //• Lettre sur la Religion, chap. i*^

(3) /Mf. XLVIII, II.

Page 1