LIVRE HUITIÈME
ce l'égard de Dieu , ce que les marques de respect c sont pour un père, ce que les honneurs et les c hommages extérieurs sont pour un roi . . . N'est- « il pas évident que les hommes attachés auxsens, et a dont la raison est foible, ont encore plus de besoin c d'un spectacle, pour imprimer en eux le respect « d*une majesté invisible et contraire à toutes leurs « passions ?. . . Ce sentiment est si naturel à l'homme , «c que tous les peuples qui ont adoré quelque divi- « nité, ont Bxé leur culte à quelques démonstrations « extérieures, qu'on nomme des cérémonies. Dès que « l'intérieur, y est, il faut que l'extérieur l'exprime « et le communique à toute la société . . .
flc On objecte que Dieu est infiniment au-dessus ce de l'homme ; qu'il n'y a aucune proportion ebtre % eux; que Dieu n'a pas besoin de notre culte; a qu'enfin ce culte d'une volonté bornée est indigne « de l'Être infini en perfection. — 11 est vrai que c Dieu n'a aucun besoin de notre culte; mais il peut « Youloir ce culte, qui n'est pas indigne de lui , « quoique imparfait ; et ce ne peut être que pour
« ce culte qu'il nous a créés Nous sentons
« nous-mêmes que Dieu ne peut point avoir eu , « en nous créant, une fin plus noble et plus haute, m que celle de se faire connoitre et aimer par nous... « Cette action de connoitre et aimer Dieu, est « la plus parfaite opération qu'il puisse tirer de sa 0 créature^ et qu'il puisse se proposer comme la fin
a de son ouvrage. Si Dieu ne pouvoit tirer du néant (c aucune créature, qu'à condition d'en tirer quelque a opération aussi parfaite que la Divinité, il ne « pourroit jamais tirer du néant aucune créature; « car il n'y en a aucune, qui puisse produire aua cune opération aussi parfaite que Dieu . . • L'opécc ration la plus parfaite et la plus noble que la na- « ture bornée et imparfaite du genre humain puisse <K produire , est la connoissance et l'amour de Dieu, ce Ce que Dieu tire de l'homme ne peut être qu'imc< parfait comme l'homme même; mais Dieu en tire « ce que l'homme peut produire de plus parfait; et <c il suffît , pour l'accomplissement de l'ordre , que ce Dieu tire de sa créature ce qu il en peut tirer de ce meilleur dans les bornes où il la fixe; alors il est « content de son ouvrage ; sa puissance a fait ce que oc sa sagesse demande . • .
« 11 est des hommes qui, par une humilité trom- « peuse et hypocrite, affectent de s'exagérer leur a bassesse, leur néant, et la disproportion infinie « qui est entre Dieu et l'homme, pour secouer le a joug de Dieu, et pour devenir une espèce de dr- «K vinité à leur mode, en contentant toutes leurs « passions déréglées, et se faisant le centre de tout
« ce qui est autour d'eux Ils imaginent un Dieu
« si éloigné de nous, si hautain et si indifférent « dans sa hauteur, qu'il ne daigne pas veiller sur « les hommes, et que chacun, sans être gêné par ses