LIVRE HUITIEME
ft à Tordre, et digne de Dieu, quoique ThomiDe « impeccable soit encore meilleur.
ff 3^ Dieu, en faisant l'homme libre, ne Ta point « abandonné à lui-même. Il l'éclairé par la raison ; « il est lui-même au dedans de l'homme, pour lui « inspirer le bien, pour lui reprocher jusqu'au moin- « dre mal, pour l'attirer par ses promesses , pour le « retenir par ses menaces, pour l'attendrir par son c amour. Il nous pardonne, il nous redresse, il nous « attend ; il souffre nos ingratitudes et nos mépris ; « il ne se lasse point de nous inviter jusqu'au dernier « moment; et la vie entière est une grâce contic nuelle. J'avoue que quand on se représente des « hommes sans liberté pour le bien , à qui Dieu de- « mande des vertus qui leur sont impossibles , cet « abandon de Dieu fait horreur; il est contraire « à son ordre et à sa bonté. Mais il n'est point c contraire a l'ordre, que Dieu ait laissé au choix ^ de l'homme, secouru par sa grâce, de se rendre « heureux par la vertu, ou malheureux par le pé-
« ché En cet état, l'homme ne soufFi*e aucun
« mal , que celui qu'il se fait à lui-même, étant plei- « nement maître de se procurer le plus grand des « biens.
" 4^ Dieu, en faisant l'homme libre, lui a donné « un merveilleux trait de ressemblance avec la Di- « vinité, dont il est l'image. C'est une merveilleuse « puissance , dans l'être dépendant et créé , que sa
35o HISTOIRE DE FKNKLON.
« dépendance n^empêche point sa liberté, et qu^il « puisse se modifier comme il lui plaît. Il se fait bon « ou mauvais à son choix ; il tourne sa volonté vers « le biçn ou yers le mal ; et il est, comme Dieu, mai* « tre de son opération intime. Il a même, comme «( Dieu, un mélange de liberté pour certains biens, « et de nécessité pour d'autres.... Aucun des biens « que l'homme connoît ici-bas, ne surmonte sa vo- « lonté ; aucun ne le détermine invinciblement; tous a le laissent à sa propre détermination. 11 est à lui, « il délibère, il décide; et il a un empire suprême « sur son propre vouloir. Il est certain qu'il y a, « dans cet empire sur soi, un caractère de ressèmes blance avec la Divinité, qui étonne
<i 5^ N'est-il pas digne de Dieu qu'il mette Tboin- « me, par cette liberté, en état de mériter? Qu'y « a-t-il de plus grand , pour une créature, que le ff mérite? Le mérite est un bien qu'on se donne par ff son choix, et qui rend l'homme digne d'autres « biens d'un ordre supérieur. Par le mérite, Thorome a s'élève, s'accroît, se perfectionne, et engage Dieu « à lui donner de nouveaux biens proportionnés, « qu'on nomme récompense. N'est-il pas conforme « à toutes les idées d'ordre et de justice, que Dieu « n'ait voulu lui donner la béatitude qu'après la lui « avoir fait mériter ? Il est vrai que l'homme ne peut ff point mériter, sans être capable de démériter ; « mais ce n'est point pour produire le démérite, «{ue
Réflexions
sur If
avec le duc itOrle'ans,