‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 106 sur 111 · DU LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE TROISIÈME

rentes; mais il ne aomme point ces livres, et il n'explique point en quoi consiste le nouveau el .temi-quiètimie. Je m'imagine que cein doit être plus connu dans son diocèse. Cependant les généralités peuvent encore faire tort à la vérité (dont l'erreur emprunte souvent les livrées), servir à l'oiipression des innocents, et éloigner les âmes de la plus pure théologie des vrais mystiques, qui nous doit détacher des choses mondaines, pour nous mener à Dieu. Je souhaiterois donc qu'on s'expliquât plus amplement, et qu'on marquât mieux les limites de l'erreur et de ta vérité,' Cependant la lettre qu'on attribue à M. l'abbé de la Trappe ; sert en partie ; et peut-être que H. de Noyon a voulu s'y rapporter; c'est pourquoi ces deux lettres paraissent à la fois.

• I.a kmi it' M. t'aibé de la Trtippe t%iaawi fort soliJe.à roon avis ; ce sont sans doute des faux mystiques qui s'imaginent qu'étant une fois uni à Dieu par un acte de foi pure et de pur amour, on y demeure uni , tant qu'on ne révoque pas formellement cette union ; car il est très-visible que tout acte par lequel nous préférons notre plaisir à ce qui est conforme à la gloire lie Dieu ou à son plaisir , que la raison et la foi nous fait cnnnoitre, est une révocation effective de l'union avec Dieu, quoiqu'on ne fasse point cette réflexion Expresse d'une révocation formelle. M. de la Trappe découvre foi-t bien l'illusion de l'union continuelle , prétendue fondée sur l'inaction ; puisque c'est plutôt par des actes et exercices fréquents des vertus di-

vines , que nous devons maintenir notre union avec Dieu, pour montrer et fortifier l'habitude de ces vertus qui nous y unissent. • Pour ce qui est de Wchnriléoa de X'iimoiir désintérasi , sur lequel je vois naître des disputes embarrassées,je crois qu'on ne sauroit s'en bien tirer qu'en donnant une véritable définition de l'amour. Je crois l'avoir fait autrefois, dans la Préface de l'ouvrage que vous savez (i) , Uonsieur , en marquant la source de la justice; cnr h /usticn, dans le fond, n'est autre chose que la charité, conforme à la sagesse;^ c&m'M'est une bienveillance

(i) U pirle dï 11 Prtftta du CaUx diplomaiicut Jiiiis geiUmm, fM.\i pour 11 pmicreroii en i6(|3. {Hanairtrie, in-rul.)

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474 PIÈCES JUSTIFICATIVES nnivenelle ; la bénufUlanee est une disposition ou inclination à aimer, et elle a le m^me rapport à l'ainour, que l'habitude à l'acte ; et l'amour hI cet acte, ou état actif île rame, ^iil noui fait trouivr noirt linisir dans lu félicité ou tatisfiiciloH iTaulnii. Cette définition, comme j'ai marqué dès lors , est capalile de résoudre l'énigme de Vamotir dislntértssé , et le distingue des liaisons d'intérêt ou de débauche. Je me sotiviena que , dans une conversation que J'eus, il y a plusieurs années, avec M. le comte ,

Italien , et d'autres «rois , où on ne parlott que de l'amour humain , cette dirSculté fut ajjitée ; et on trouvn ma solution satts-

• Lorsqu'on aime sincèrement une personne, on n'y cherche pas son propre prolit, ni nn plaisir détaché de celui de la personne aimée ; mais on cherche son plaisir dans le contcolement et dans la félicité de cette personne ; et si celle félicité ne ptaisoit pas en elle-même , mais seulement a cause d'un avantage

D résulte pour nous, ce ne seroit

pur. Il faut donc qu'on trouve immèiii'iument du plaisir dans cette félicité , et qu'on trouve de la douleur dans le malheur de la personne aimée; car tout ce qui fait du plaisir immédialemrnl par Im-méme, est aussi désiré puiir lui-même, comme faisant ( au moins en prtie ) le but de nos vues , et comme une chose qui entre dans notre propre félicité , et nous donne de la satisfaction.

o Cela sert à concilier deux vérités qui paroissent incompatibles; carnousfaisons tout pour noIrebJen, et il est impossible que nous ayons d'autres sentiments, quoi que nous puissions dire. Cependant nous n'aimons point encore tout à fait purement, quand nous ne cherchons pas le bien de l'objet aimé pour luimême , et parce qu'il nous platt lui - même , maïs à cause d'un avantage qui nous en provient. Mais il est visible, par la notion de l'amour que nous venons de donner, comment nous cherchons en même temps noti'e bien pour nous, el le bien de l'objet aimé pour lui-même, lorsquele bien de cet objet est immédiatement, dernièrement {alllmato) et par lui-même, nalrt. but, notre plaisir et notre bien; comme il arrive à l'égard de toutes tes choses qu'on souhaite, parce qu'elles nous plaisent par elles-mé-

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DU LIVRE TBOISIÈHE. 4?^

mes , et sont par coQséquent bonDes de soj , i|uand on n'auroit auciin âgard sux conaéqqencea ; ce aont deti fins e| non pas des mayettt,

s Or, l'kmour ^ivin es) infiniment au-dessus des impurs des créttures; car les autres objets dignes d'être aiméa, fonte" effet partie de notre coatentcmeat ou de notre bonheur , en tant que leur perfection nous loucbe et nous plait ; au lieu que la félicité de Dieu ne fait pas une partie de noire bonheur , mais le tout. Il en est la source , et non pas l'accessoire ; et les plaisirs des objets aimables mondains, pouvant nuire par des conséquences, le seul plaisir qu'on prend dans la jouissance des perfections divines est sCkrementei absolument bon, sans tgu'il y puisse avoir du danger ou de l'excès,

a Ces considérations font voir en quoi consiste le véritable désintéressement du pur amour, qui ne sauroit être détaché de notre propre contentement et félicité , comme M. de la Trappe a fort bien remarqué; puisque notre véritable félicité renferme essentiellement la connoissance de la félicité de Dieu et des per* fections divines, c'est-à-dire, l'amour de Dicuj et par conséquent il est impossible de préférer l'un à l'autre, par une pensée fondée en notions distinctes; et vouloir le détacher de lui-même et de son bien , c'est jouer de paroles : ou li l'on veut aller aux effets, c'est tomber dans un quiétisme extravagant ; c'est vouloir une inaction stupide, ou plutôt affectée et simulée, où, sous prétexte de la résignation et de l'anéantissemcn t de l'âme abîmée en Dieu, on peut aller au libertinage dans la pratique, ou du moins à unatliéisme spéculatif caché, tel que celui d'Averrhoès[r) et d'autres plus anciens , qui vouluient que notre âme se perdit «■fin dam l'esprit universel, et que ce fût la l'union parfaite avec Dieu j sentiment* dont je trouve quelques trace* dans le* expressions assex ingénieuses, mais quelquefois bien ambigués' et bien sujettes à caution , de certaines épigrammes d'un auteur

(i] AvgrrliDèa. [ili iloso plie et médecin iribs, niifuil 1 Cordoot, vcn !« milita

tradiiiit le premier, en inLc, lei 0£uvrM d'Aiinnui el ptndinL longlempi

nnian artbï d'Aierrhoèi. (Kdit.)

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476 PIÈCES JOSTIFICi-TIVES

inystk|ue,quîit'appelleJo<fiinM 4iigtlut{i). Je ne doute point que le» vrai* myitiques et bons directeui's n'en «oient bien éloignés ; et j'ai turtout trouvé de la utiafaclioa, dans les excellents ouvragM ilii P. Spée, Jésuile(i), dont le mérite a été infiniment au-deuus de la réputation qu'il a acquise. Cependant il faut avouer qu'on neiluune pas toujours des précepte* suffisants pour exci ter le pur amour de Dieu sur toutes choses, et la véntabip contrition ; e( lors même qu'on fonde t'amour de Dieu sur ses bienfaits, considérés d'une manière qui ne marque pas en mt^uie temps ses perfecllons, c'est un amour d'un degré inférieur, utile sans doute, e( louable, mais qui ne laisse pas d'être intéressé , et n'a pas toutes les conditions du pur amour divin; et, selon les principes du P. Spée, il faudrait plutôt le rapporter à cette vertu théologique qu'on appelle tspéiaaef, qu'à la charité mf me. D'ail* leurs, on peut se sentir obligé a unepei-sonne sans l'estimer, lorsfjiie ses bienfaits ne marquent point sa sagesse ; et l'amour dont il s'agit ici ne sauroit être sans estime.

" Je crois que le dessein de U. l'archevêque de Cambrai a été d'élever les imes au véritable amour de Dien, et à celle tranquillité qui en accompagne la jouissance, eu détournant en niËme temps les illusions d'une fausse quiétude. S'il a bien exécuté son dessein, c'est ce que je ne saurois point encore dire. Cependant je présume qu'il ne s'y sera point mal pris; et la relation de ce livre, que j'ai vue dans X'HUlo'm des nuvragrs drs savants , me confirme dans cette pensée (3) ; car il me semble que tout ce que j'y ai lu, pourroit être interprété favorablement. Cependant, comme j'apprends que des personnes d'un juge-

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Dtl LIVRE TROUtitMS. ^77

tneot exquia trouvent à redire à cet ouvrage, ou demindent plus d'explicition , je suapens mon senliment là-deuua ; et en attendant plus d'éclaii-cisMiiirnt , je serai toujours porté à avoir boane opinion d'un auteur, surtout quand on a d'ailleun de» preuTcs de son mérite ; et je crois qu'il n'y a guère de matière qui mérite mieux d'élre préchée, que le véritable amour de Dieu.

■ J'ai appris que, depuis peu, une jeune demoiselle angloise, nommée mademoiselle Ash , a échangé de belles lettres avec an tbéologien habile, nommé M. Noms (i) , au sujet de l'amour de Dieu désintéressé, dont on parle tant maintenant en France. Rien n'est plus de la juridiction des dames, que lea notions de l'amour ; et comme l'amour divin et i'amour humain oot une notion commune , les dames pourront fort bien approfondir cette peoqée de la théologie (i). •

4" A ftVbi NiciiH.

• L'erreur sur le pur amour paroi téire un malentendu,

qui , comme je vous l'ai déjà dit, Monsieur, vient peut-être de ce qu'on ne s'est pas altacbë à bien former les iléHnilions des termes, jiimtr vénltMemenl, et d'une manière désiulértssét, n'est autre chose, qa'étrt porté à iromtr du plaUiri/fins Its peiffclioiit ou dans la Jéliciti de l'objet , et par couséquent à trouver de la douleur dans ce qui peut être contraire à ces perfections.

■ Cet amour a proprement pour objet des substances suscep-

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478 PlicZS lUSTlFICATIVES

tibia* delà téitàlé; mui on en trouve quelque image, a l'Égard dv* oti)et* qui ont de» perfections Mn« les sentinienU, coume leroil I pir esemple, un beau lableju. Celui qui trouve du plai- •ir à le oonlCBipkr, elqui trouveroil de la douleur à le «oirgilé, quand ilappartiendroit même à un autre, l'aimeroil, pour aiiui dire, d'un amour détintéreué ; ue que ne feroit pas celui qui aurait lenlemenl en vue de gagaeren le vendant, ou de s'attirer de l'aj^laudissenent eu le Taisant voir, sans se soucier au reste qu'iHi le gale on non, quand il nssera plus à lui. Cela fait voir qu'on ne sauroit oler le plaisir et la pratique à l'amour sans le détruire , et que M. Ueipréaux a eu également raison dans ses beaux vers dont vous m'avez fait part, de recommander l'imporlani^ de l'amour divin, et d'empêcher qu'on ne se forme un amour cbimérique et sans effet (1), J'ai expliqué ma définition dans la Prr/nce de mon Coi/rx diplomalicus Juiis gerUlum , publié avant la naissance de c«s nouvelles disputes, parce que j'en avois besoin pour donner la définition de la justice, laquelle, à mon avis, n'est autre chose que la charité réglée tuù-ant la tngesie; et la charUê étant une bienittllaiice unn-trselle, et la JtfRveillance étant une habîtuile d'aimer, il éloit nécessaire de définir ce que c'est qu'aimer; et puisque aimer est avoir un scalimtnt gril/ait trouver du plaisir dans et qui coni-ieni à la félicité Je f objet aimé, et qlie ce qui fait la règle de la sagesse n'est autre chose que la science de la félicité; je faisois voir, par celte aualyse, que la félicité est le fondement de la justice, et que ceui qui vlxldt^ient dotluei* les véritables éléments de la jurisprudence, que je ne trouve pas encore écrits comme il faut, devroieat commencer par l'éljibllssenienl de la science de la félicité, qui ne parott pas encore bien fixée non plus, quoique les livres de morale soient pleins de discours de la béatitude ou da souverain bien. >

(1) Ilpsrlt àtlt XH' Éptiredt Bailtau , irniVAmoariUDia,.

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DU LIVBE TflOISliME. 479

S° A M. Migliabecci , hiblioUltcllK do graDil-diu: do ToKiue (i).

• J'*ppiVtlits qu'on exitmine en ce moment à Rome, avec beaucoup de soin, le livre compoaâ sur la théologie mystique, pit l'illustre archevêque de Cambrnl. Je n'aî pis encore vu cet ouvrage ; j'ai vu seuleni(-nt quelques écrits de l'évéque de Meaux , prélat d'une si grande érudition et d'une si grande autorité sltr les matières théologique) ; ces écrits sont dirïgéi contre les erreurs des Quiétistes, dont je suis persuadé que l'archevêque de Cambrai a horreur.

• Telle est, au reste, la nature du véritable atnour, qu'il a des fondements distingués de la considérai ion de notre intérêt particulier, quoique cet îalërél ne puisse en être séparé. Cai', selon la définition qtie j'ai donnée dans un de mes ouvrages, aimer, eut itfr: tellement dUpoaé qu'on trouve son plaisir rlrtiis la félidlé d'uH nuire. C'est ainsi que la vue d'un tableau de Raphaël nous inspire une sorte d'nmour, parce que sa beauté nous donne du plaisir, quoique d'ailleurs le tableau ne nous procure aucune Utilité. ■

> Je n'ai garde de décider

dans la controverse qui est entre A[. de MeauK et M. de Cambrai. Je o'ai lu que peu de pièces de ce procès i cependant je suit prévenu pour deux cboses : l'une est l'exactitude de M. de Heaus, l'autre est l'innocence de M. de Cambrai ; et je les croirai jusqu'à ce que je sois forcé, par de bonnes preuves, de croire que le premier s'est trompé dans la doctrine, on que le second a manqué du côté de la bonne fol. Comme j'ai de la passion pour la gloire de M. de Meaux , j'ai aussi ce penchant ordinaire ;'i ceux qui sont d'un bon naturel, de sonhaîter qu'on épargne les malheureux, autant qu'il est passible. C'est ce qui fait que je u'aime point let satires qui déchirent un homme dout la mau- «aite réputation n'est paa bien avérée. -

(i) OKbvmi Jt Làhùt. t. V. p. II? .

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48o PïitES JUSTiriCA.TlVlt!l

• La foudre du Vatican ayant grondé, et H. rarcbwtque de Cambrai ayant écoulé la décision du Pape avec toiil le reipect qu'il avait promis, j'espère que dorénavani le* babiletgent de Fronce s'amuseront moins à ces conlroveraes du quiétitme el du pur amour. La Bulle du Pape (ou Brr/, « vous voulu) parolt uaei raisonnable. On ne sauioil se dépouiller de la considération de son bieni mais si l'intérêt est pris pour le bien ulile, upposé au bien Iionnête et agréable, on peut se ilépouiller de ce qui est intéressé. Ainsi le vérilable pur amour, oppoié à l'amonr inte'rrssé dans ce sens, et tel que je l'ai défini autrefois (i), subsiste toujours; c'est loi-aque le bien, le bonheur, la perfection d'aulrui, fait notre plaisiret bonheur, et est par conséquent désiié par lui-même, et non par la rabon de quelques profils qu'il nous porte.

• Mais laissons là cette matière, qui peut passer pour finie, si les gens w mettent a la raison ; et parlons d'autre chose. Est-il vrai que M- l'évéque d'Avranches quitte son diocèse el son évéché (i), pour être plus en repos à Paris? Je n'en suis point fiché, espérant que cela le fera vivre plus longtemps pour le bien public et pour l'honneur de la France. >

a'est mieux tiré d'affaire qu'il n'y étoit e

ntré. Il (

ie de Cambrai

habile homme (3) ; e

t il y étoil entré,

sans pen

ser aux suites

[i) Pr^oct du Coda:

(1} L> BDBnlle ctoil ii

(3) On TOil »•» ta q

u«l uni Lobait dil qiu

i Féodon t

■rt larli de celu

affaire ™ habiU homme.

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dHiUitTéproehahlii{BU

r. de madame de Maît

Uemm, pir

M. de NoaillH,

l. l", p. 465) pirolt qi

ic madwe d« GniLu *

prUepour

oavrige iitilolc : Madame

< de Maintlno- , pour ,

ervir de lui

fte i VhUl^nd.

la datitm de La faUiè

re. (iSoB, io-B*; et i8i6, i •ol. in-i9.> U ebuMC-

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DU TOME TKOrSIEMf. 48 1

qu'elle pouvoit a«oir. Dieu soi I loué; au moins, que les jourDaux pArleDt eofin d'sulre chose ! >

g* FrigBMnil mr li tontrOTerie reliliis i Vatnour pur, \ité du P ..'..< Ultiraint de leifiik (innée 1716) (1).

« L'incomparable M. de Fénelon s'eit rendu phis ilicr à l'univera, en lui donnant le Tétémaque, qu'en publiant son seuiiment sur le/iaranioar,- quoiqu'il faille aussi avouer, que ni le P. Lami, Bénédictin, qui a défendu ce sentiment, ni M. l'évéque de Meaux et Malebrancbe, qui l'ont combattu, n'ont point assez bien traité la question, et ne l'ont point présentée sous le jour convenable, parce qu'ils n'ont pas donné une définition juste et exacte du véritable amour. Je l'ai donnée, cette définition , dans Ib Pri/ace du Code diplomatique du Droit dti gtm, publié quelques années avant la dispute des deux prélats. J'y disois que l'amour est le plaisir que nous trouvons dans la félicité d'autrui, en sorte qu'elle devienne la nôtre i j'ajoutois que l'affection qu'on a pour un objet excellent en lui-même, devient un véritable amour, lorsque cet objet est capable de félicité. 11 suit de là, que l'amour d'autrui ne peut être séparé de notre bien propre, ni l'amour île Dieu de notre propre félicité; maïs il est également certain que la considération de noire bien propre, en tant qu'il est distingué du plaisir que nous trouvons dans la félicité d'autrui, n'entre pas dans l'amour pui-, quoiqu'on ne doive ni exclui'e, ni rejeter cette considération. >

H pst impossible de lire ces fragments, sans être frappé des témoignages d'estime et d'admiration que Leibniz y donne a Bos8uet,à Fénelon et à l'abbé de la Trappe, malgré les préjugés que la différence de religion devoit naturellement lui donner contre eux. On est également frappé de )a modération avec lalin d'AgBciKiD dit, iun le atmt ttat , qui d l'archcitqiic d« Cimlirù prit, n «n Iwntme ^esprit lapérieur, ta pirtî de le sanmellre d'ibord, ccmme la t plui humbli irvbit du tmtptan. - (Q-deuiu, p. 35i et 407.)

(1} Ce rngiseiit rtdigé pir Leiboii « lUïniuid, poar être aaiti dini let NoavilU' litiiT. dt Leiptik, en 1716. ■ éti rcprodait en lilin dam It Idbb V de iea OEavm. p. 189.

403 PIKCKS JUSTIFICATIVES

quelle il sViprline sur le Brrf iTliuiocent XII, critiqué >vec laot d'ameriume par Jurii:u et plusieurs autres écriiaius prolestanls. Hais l'élonDement diminue, lorsqu'on se rappelle que les profoodes études de Leibniz, et la droiture naturelle de son esprit, lui Nvoient déjà fait déposer, à cette époque, une grande partie de ses préjugés iWDire l'Église catholique, dont il se rapprocha encore dans la suite, au point de faire soupçonner, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il n'étoit pu éloigné de rentrer dans sa communion (i).

Hais ce qu'il jr a surtout de renurquible dans les fragments que nous venons de citer, c'est la vî*e lumière que LeibniE répaud, au moyen d'une simple nation philosophique, sur la grande question qui divisoit alora les deuK pins grands éféques de France, et avec eux un si grand nombre de tbéott^iena. On a vu qu'il croyuit avoir prévenu et terminé d'avance celle controverse, longtemps tvant qu'elle éclatât, par la dé)iMtion de l'amour qu'il avoil dootiée dans la Préface de son Code diploniatique. Aimer, disoît-il, e'ai trouver ton plaisir dans la^liciti d'au- Irai. • Amire, est felicilate allerius deteclari. > Il résulte en effet de cette définition, que l'amour est essentiellement pour l'homme une joaissancr, quoique cette jouissance ne soit pas proprement le motif dt l'amnur; puisque celui qui aime, ne se propose pas direelemenl cl immédiatement sa propre jouissance, mais le bien de l'objet aimé. Bossnet «voit donc raison de sou-

(i) Voja nrtBut, à l'ippni de celte Bonjettore , le Syjuma ikenlagiciiHt <t* Uibnii, publié ■ Pin> en i8rg (in-g"), d'iprn le muiuciit original, qui « c*a«rn d«u 1* Biblimliiqae iûetormit dt HanoBir. * La jMtii» calboliq ic, 1 dit un aalciv protuUat, ] tu déEendae ■•« taat d'ardor, daaa l«i {iciaU « Dèmu auiqueb Ici ProtnUnta u>nl le plut oppnà, que ai on ne cooDoiauit s pM l'écritOK de Leiboii, par mille et mille reoiltei éuilu de m main, on ta • poorrail leeroire auteur de cetonTnge. » (De Murr, Journal pour P&iit. da arti tt dt la Ultér. tii* partie.) Ce puuge est àli dau le Dicliannain kitlar. de Feller {n1ic\t Leibnit); et dlD9 la Prince du Sjitcma Ihcolagicum.

publM nue édition beaucoup pini correcte de cet oufrige. {Paris, Ki. Le Clere, 1S44, gr. iu 8°.) C'tgl d'âpre* leUe même édiliou , que M. Albert de Broglie a donné, en 1846, une nouVelle traduction fninroiie du même tlTre. {PaHs, Ad. LeOere, tp-is.)

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DU LIVHE THOISIÈMK. ^S'S

tenir que notre pitipre «vaDUge ou nolte iniérét /iropre , est iuBépavable de raoïoui' de Dieu; mais Fénelon éloit également fondé à soutenir, que notre intërÈt n'est pa« pi'opreoient le motif dtt pur amour, puisque le but dirrct et immédiat que nout chercboDi en limanl Dieu purement, n'eit pas lutlre ialér^t propre, mais le bien de l'objet aimé, c'est-à-dire, la plus gi-iode gloire de Dieu.

Il est sans doute à regretter que Boasuet et Fénelon n'aient pas exaroioé, dès le principe, la question de Valtutur put, d'après cette DOtioQ si simple, et si propre à concilier deux senti* luenti, dont l'oi^Htsition apparente semble se réduire à un maleoteodu. Ce moyen de coacilialion est d'ailleurs fondé sur Ja notion fondamentale de l'amour, communément idibise par les théologiens, et dont celle de Leibnix n'ait au fond que U répétition. Aimer, dit saint Thomas, c'ett vouioir du iiea à quelqu'un : • Amare, est velle alicui bonum ( i). > Saint François de Sales, dans son Dttilt'de l'Amour de Dieu, développe davantage la même définition en ces termes : • On partage l'amour en deux

• espèces, dont l'une est appelée amour de bienveillance, et

• l'autre amour de convoitise. L'amour de convoitise est celui

• par lequel nous aimons quelque chose, pour le profit t|ue nous

• en pi'étendons : l'amour de bienveillance est celui par lequel

• nous aimons quelque chose, pour le bien d'icelle; car qu'esl-

• ce autre chose, avoir l'amour de bienveillance envers, une

• personne, que de Au iioa/oir^aJirnj*())i>

Fonteuelle, dans son Éloge de Leibniz, a soin de remarquer l'importance de la notion données par ce grand philosophe, pour l'éclaircissement de la controverse du quiétisme. Toutefois, la manière dont il s'exprime sur ce sujet, peut donner lieu à quelques observations, a XjB théorie générale de jurîapru- R dence, dit-il, quoique fort courte, éiott si étendue, que la

■ question du quiétisme, nlors fort agitée en France, s'y trou-

■ voit naturellement dès l'entrée; et la décision de Leibnis fut < conforme à celle du Pape. ■

(i) l' pan. qimii. «o, on. i ul 3, iM. 3, i» cane (t) Traité Je ejiiKmr de Dieit.Ur.l, tlaf.i3.

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/)84 PIJiCES JUSTIFICATIVES

Nous ferons remarquer ici deux légèreu méprises de FoDtenelle : i» il tiippoae que h quation du qiiiélUme était fort agitée en France, lonqtie l^ibniz publia sa Théorie générale de Jurii' prudenet. On a tu, par le témoignage de Leibniz luî-iuéme, qn'il avoit composé cet ouvrage, quelques années avant que la contraverse sur ce sujet eût été élei-ée; et que même il aitÂt examiné cette matière, comme étant de grande importance, longtemps auparavant; 1° Fontenelle suppose que la décision de J^ibniz fat conforme à celle dm Pape. Il est certaïu nëanmoios que le Pape n'a fait aucune décision, ni sur la nature de l'amour en général, ni sur la nature de la charité, ou de l'amour de Dieu en particulier. Ces questions ont continué d'être agitées en théologie, depuis le Bref d'Innocent XII comme auparavant. Ce Bref condamne seulement la doctrine qai suppose un état habituel de pur amour, où le désir des récompenses et la crainte des châtiments n'ont plus départ (i).

N" X. — Page 371.

^Sur la clause Moid frofbio, iasérée dans le Bbef D'IirnoCRST XII, contre le livre des Maximes.

La clause Mota proprio , inaérée dans ce Bref, comme dans un grand nombre d'autres décrets du saint-siége, signifie proprement, que le Pape les donne librement, de son plein gré, sans aucune violence, suggestion au considération humaine. Assurément une pareille clause n'a rien d'odieux en elle-même ; elle a d'ailleurs l'avantage de prévenir les difficultés qu'on pourroit opposer au décret, en supposant qu'il a été extorqué par violence ou par fraude.

Mais un certain nombre de théologiens et de canonistes frauçois nttachoient autrefois à celte clause un autre sens, qui la retidoit très-odieuse au clergé de France et aux cours séculières du royaume. Le Pape, selon eux, fait entendre par cette clause,

(i) Vojei n<deign9. p. 3»8, etr.

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DU LIVRE TROISIÈMK. 4^^

qu'il doDne son rescrit.saDS avoir pris l'avis des évéques, ni même de* cardinaux, qui, d'après la pratique des derniers siècles, forment son conseil, et dont il doit prendre l'avis dans toutes les aftàires importantes.

Il faut avouer que cette explication est bien difficile à concilier avec la conduite que le Pape a coutume de suivre , dans toutes les aflairea importantes. Comment en efCet peut-on supposer qu'il attache ce dernier sens à la clause moiu proprio, tandis qu'il est notoire qu'aucune affaire importante ne se traite et ne se décide , à Rome, sansune congrégation de cardinaux, que le Pape fait souvent tenir en sa présence? C'est ce qu'on vit eu particulier dans l'affaire du livre des Maximes. La clause Motu proprio étoit employée dans le Bref qui condamnoit ce livre; et cependant il étoit connu de toute l'Europe, 1° que ce Bref avoit été sollicité par Louis XIV, à la demande de plu^eui-s évèques de France; 3° que le Pape avoit nommé , pour l'examen du livi-e , une commission composée de théologiens et de cardinaux, qui «voient tenu, à ce sujet, un très-grand nombre de congrégations , souvent mémp en présence du Pape; 3° enfin que lejugementn'avoit été prononcé, qu'après nne discussion prolongée a Rome et en France pendant près de deux ans.

Sur le sens de la clause Motu proprio et sur les difficultés dont elle a été l'occasion, on peut consulter les ouvrages suivants : Barbosa, Tractatus iinrii; De clausalis usa /requentioriius ; clausala 7g. — Durand de Maîllane, Diction, dt Droit cnn, article Mota proprio. — MéairUrts </u Clergé, t. VI, p. lOiS, etc. — ÂbrrgédfsMém. du Clergé, article Bulles, §3. —Fleury, iVoHitaux Opuscules; édition de 1818, p. 33 et 140. — Lequeux, Manuak Jur. ean. t. I, Pnlegom. n° 18. (p. S5, etc.) On lira surtout avec intérêt, sur cette matière, un Mémnirt composé par Fénelon,en 1708 , ï l'occasion AaBrtfdt Clément XI cooixe le Cas de conscience. (Œuvres de Fénelon, t. XHI, p. 47, etc.)

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486 PliCBS JUSTIFICATIVES

N" XI. — Pa6« 4o3.

Sur la première rédaction de la Dissertation suh

LAMOUa PtR.

II Le lectpnr verra mds doute avec plaisir l'analyse de ce premier Iravail, dont nous avons sous les yeux le manuscrit orii;in>l, et que Fénelon l'éanma plus lard dans la Dissertation Ititine luf le pur nmour, qai fait partie tla I. IX de ses CSiit'res. j{

Dans le préambule de sa première rédaction, Fénelon soumet avec une docilité sans réserve, son manuscrit et toute la doctrine qu'il y établit, à l'autorité et au jugement du aaiot-siége. • Je

■ demande à Dieu, dit-il, que ce que je vais écrire, dans la seule

• vue de défendre ta charité, soit écrit dans cet esprit de paix, •I d'humilité et d'édification qui caractérise la véritable charité. ' le soumets toutes mes parolea et toutes mes pensées à la cor- 1 rection de l'Église mère et maîtresse de toutes les Églises.

• C'est dans cette disposition que je veux vivre et mourir.

• Loin de moi la coupable pensée de chercher, par des voies

• obscures et souterraines, à défendre même indirectement le

• livre condamné par le pape Innocent XU. Tai déjà adhéré

• quatre fois, et j'adhère encore sans aucune restriction, dan^i

• toute la sincéi'ité de mon cœur, et avec une pleine et libre vo-

• lonté, au Bref du souverain Pontife, et à toutes les qualifica- ■■ tions portées contre les propositions qu'il renferme. Il ne

• s'agit donc plus d'un livre que j'ai déjà si souvent abandonné,

• mais UDiquemenl d'un point qui intéresse la pureté du dogme.

• A Dieu ne plaise qu'on poisse me soupçonner le dessein de

■ renouveler de nialheureuses controverses ! Hais ne ro'e«l-îl pas

• permis d'exposer dans un esprit de paii, et de soumission à

■ l'Église mère et maltresse, mes véritables sentiments, tels que

• je les ai présentement, et que je lésai toujours eus?

■ Je crois avoir prouvé jusqu'à l'évidence, que je n'ai jamais < prétendu défendre aucune des vingt-trois propositions, telles

• qu'elles sont énoncées dans le Bref. J'avoia seulement pensé,

• qu'avec les tempéramenls que j'avois eu l'intention d'exprimer

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