‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 16 sur 111 · LIVRE TROISIKHE. ()IJ · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIKHE. ()IJ

mit à Adoucir ses peines. Madame de la Malsoufort eUe-ménie, dans un averUssemcnt qu'elle a mis en têle de sa correspondance avec Bossuet, nous apprend qu'après la mort de ce. prélat, Féneiou désira d'être instruit en détail de toute la conduite de ce prélat en cette circonstance ; c'est à Fcnelon lui-même que madame de la Maisonfort en adresse le récit ; ainsi ce témoignage ne peut être suspect. On y voit les détails les plus touchants, de la bonté assidue avec laquelle Bossuet s'arracboit à ses études et à ses occupations de tous les genres, pour répandre des consolations dans le cœur d'une simple religieuse, malheureuse et affligée. Elle rapporte que Bossuet lui disoit : « C'est la grande « mode de trouver beaucoup d'esprit à ftl. de Cam- (c hrai ; on a raison \ il brille d'esprit , il Ëst tout R esprit ; it eu a bien pliis que moi (i). » Mais ce (lu'il y a d'assez reinar<{uable, c'est qtre datis ses pi-atiques de piété, et dans la direction de sa conscience, fiossuet ne changea rien absolumeut à ta méthode que Féneloa lui avoit prescrite.

Dans le temps même où l'on renvoyoit de Saint- u duc Cyr les religieuses soupçonnées d'être trop préve- "*' ^••'""l'»''» nues pour la doctrine de Fëneloo, le plus cher, ptnlreu place;

le plus respectable de ses amis étoit exposé à ua "c** '^*>'*'*''' . r *^ , . , ^ -, , da M. Tronson.

Violent orage; la correspondance de madame de

(i) Leam A Sossuet è madame de bt lUaliw^ort ; p. ii4>

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lOU UtSTOIRE DE FENKLOIT.

JVfainteQon avec M. de Noailles ne permet pas de douter qu'elle n'eût alors le projet de faire renvoyer le duc de Beauvilliers. Une lettre de celui-ci à M. Tronson ne laisse aucune incertitude à cet égard; il lui ccrivDil(iJ : « On cherche, Monsieur, « h me faire chasser d'ici ; et on y parviendra, si mate dame de Maintenon continue dans l'opposition où tt elle est pour moi. Je ne sens rien qui la mérite; « et je crois que Dieu demande du moi que je ne « sorte point de l'état où il m'a mis, sans avoir fait a de ma part ce qui se peut. Je vous prie, Mon- « sieur, d'engager M. l'évêquedeChartresà setrou- « ver au séminaire mercredi fj de ce mois, q quatre B heures après midi ; je m'y rendrai, et l'entretien- (( drai une heure à cœur ouvert, ou devant vous, « ou seul, comme il l'aimera mieux. On ne peut K être à vous, Monsieur, plus tendrement, ui plus a absolument que j'y suis.

« Le dus DE Be&uvilliers.

a p. S. Jamais intrigue de cour n'a été plus a étendue, ni plus forte contre un particulier, que « celle qui est contre moi. On ne va pas moins « qu'à dire, qu'il est terrible de voir les princes eno tre les mains de gens d'une religion nouvelle. »

Cette lettre accabla de douleur M. Tronson,

(t) Lettre du duc He Beauvilliers à M, Transon , du i5 avril 169J. (Cnrresp. deFénelon, t. VII, p; 399.)

LIVRK THOISIJÏHE. 101

moÏDS encore peut-être pour l'intérêt personnel du duc de Beauvilliers, auquel il ëtoit si tendrement' dévoué, que pour celui de la religion même, dont le duc de Beauvilliers ofTroit à la cour le plus respectable modèle. M. Tronson lui répondit (i), « <{ue dans l'état où étoient les choses, et dans tes V suites fâcheuses qui étoient à craindre, s'il ne s*ae gissoit, pour les prévenir, que de condamner les « erreurs que les ëvêques avoient condamnées dans « les livres de madame Guyon , il ne croyoit pas tt que ni lui ni M. l'archevêque de Cambrai en dus- « sent faire aucune difficulté; qu'ils ne pouvoient a pas même, en conscience, refuser de faire cette a démarche, qui paroissoit nécessaire pour guérir « les soupçons que le public avoit formés. » Le duc de Beauvilliers suivit ce sage conseil, et écrivit à madame de Maiatenou une lettre, entièrement conforme aux idées de M. Tronson (a).

Il I^ même jour où celui-ci adressoit au duc de Beauvilliers la lettre que nous venons de citer, il écrivoit, dans le même espnt, à l'archevêque de Cambrai (3). « Après avoir fait beaucoup de réflexions « sur les soup^ns que le publie a formés contre

{i) Le/ire de M. Tronson au duc de Beauvilliers, du 16 avril 1697, {Ibid. p. 400.)

(3) Lettre du 17 avril 1697. {Ibid. p. l^o^.) (3) Ibid. p. ;oa.

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1Q3 HlSTOlBfi DB FifTELOET.

<f VOUS, sitr les suites qu'oa ea doit craindi'e, et « surtout sup le scandale qui ea peut arriver; je a ne puis m' empêcher de vpus dire que, dans l'état u où sont les choses, je ne crois pas que vous puis- « giez m conscience vous dispenser de condamner f les livres de madame Guyon, comme contenant a les erreurs que les évêques ont censurées. Il Je « prends trop de part à vos véritables intérêts, <t pour ne pas vous proposer le seul moyen qui me « paroît capable de reiqédier à tous les maux que a l'on craint. M. l'évêque de Chartres a vu votre ■ lettre (au Pape). Quoiqu'il approuve fort votre a soumission au Pape, lui et moi auripns souhaité, a pour l'amitié que nous avons pour vous, et même « cru nécessaire pour le bien de la paix, qu'elle fût « accompagnée d'un désaveu, ou d'une explicaq tiou des choses qu'on trouve à redire dans voire (t livre. »

1 On ne peut douter que Fénelou n'ait suivi les sages avis de M. Tronspn , sur les deux points dont il çst ici question; ca.r on a vu plus haut (i) que, dans sa lettre au Pape, il s'étoit expliqué de ta niaqière la plus formelle contre les écrits de madame Guyon, censurés par les évêques, et contre les mauvais sens dont plusieurs passages du Uvre des Maximes sembloient susceptibles.

(i) Ci-dessus, p. 93, etc.

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LIVKB TIlOISliMB. Io3

T/archevéque de Paris ëtoit toujours porté, par son caractère, aux voies de douceur et de concilia* tion ; d'ailleurs, sa position étoît devenue délicate et difficile. 11 avoit approuvé le livre de Fénelon ; ilTavoit jugé correct et utile ; il ëtoit au moins certain qu'il n'y avoit pas observé les erreurs monstrueuses que Bossuet reprochoit à cet ouvrage, puisque, après l'avoir lu, l'avoir gardé pendant trois semaines, avoir indiqué et obtenu tous les changements qui lui avoient semblé nécessaires , il en avoit autorisé l'impression, en désirant seulement qu'il ne parât qu'après celui de Bossuet. C'est ce qui lui faisoit souhaiter vivement de prévenir le scandale d'une controverse publique. Il écrivoit à Fénelon, le ag mars 1697 (1) : « Je ne vous « dis pas de vous livrer entièrement à M. de Meaux, « mais seulement de faire usage de ses remarques. « Je ferai , tant que je pourrai , le personnage de a médiateur; mais il làut que vous m'aidiez pour « cela, et que vous en fassiez plus que dans un au- « tre temps, parce que vous n'avez pas présentement « affaire seulement à M. de Meaux, mais au pu- K blic , mais à une foule inconcevable de docteurs, « de prêtres, de religieux, et de toute espèce de con- « dition. p

Fénelon ne demandoit pas mieux que de mettre

(i) Corresp. deF^neiM, t. VII, p. 38S.

cnbiTniUDte Je l'inherique

de Para cl de FéodoD.

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lo4 HISTOIRE DE FÉSELOS.

à profit les remarques de Bossuet, si elles lui paroissoient fondées; mais Bossuet différoit toujours de les lui communiquer; il voiiloit le forcer à une vérilable rétractation. C'éloit pour y parvenir, qu'il avoit. proposé à rarclievêque de Paris et à l'évêque de Chartres, de s'assembler tous tes trois pour examiner le livre de Fénelon, en extraire les propositions dignes de censure, et attacher à chacune de ces propositions les qualiBcations dont elle étoît susceptible. Ce ne fiit que lorsque cet examen et cette espèce de jugement eût été arrêté et conclu entre les trois prélats, dans leurs assemblées particulières, qu'on invita Fénelon à s'y réunir, en leur donnant le nom de simples conférences ( i ).

Sa posiUon devenoit chaque jour plus difBcile. En refusant de se rendre à l'invitation de ses collègues , Il il s'pxposoit à augmenter leurs préjugés contre. lui , et à confirmer les soupçons déjà répandus danslepubliccontresa doctrine (2). Il D'un autre

(i) Voyez les Lettres de Bossuet h son neveUf des i5, 33, 39 avril et 6 mai 1697. [Œuvres de Bossuet, t, XL, p. 3o3,elc.)

(a) Le cardinal de Baussetsupposoit, en cet endroit, que Fénelon, eu refusant de se rendre aux Conférences, c ache- € voit de se perdre dans l'esprit du Roi et de madaiiie de « Haintenon. > Ceci n'est pns exact; car on a vu plus haut (n. i3), et le cardinal de Bausset lui-même reconnoit un peu plus bas (n. 39 , etc.), que le Roi et mndame de Maintenon , aussi bien que plusieurs amis communs des deux prélats.

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