IIO HISTOIRE UE VEN£LON
I On verra bientôt ( i ) que de nouvelles réBoiions inspirèrent depuis à l'cvèque de Chartres des dispositions plus modérées, et lui tirent penser qu'une sunplc explication du livre, sans aucune rétractation, sufHi'oit pour apaiser tes réclamations qu'il avoit excitées. Il Ce prélat, naturellement doux et coDciliant, avoit souvent de la peine à se défendre de la candeur avec laquelle Fénelon se prêtoit à toutes les explications qu'on pouvoit désirer de lui. Toutes les fois qu'il discutoit avec Fénelon, il revenoit à Fénelon; mais son extrême prévention contre madame Guyon, et l'ascendant de Ëossuet, te replongeoient bientôt dans de nouvelles incertitudes.
Fénelon paroissoit encore plus redouter ces variations de l'évêque de Chartres, que toute la véhémence de Bossuet. On peut Juger combien i) lui étoit difficile d'arriver à un résultat satisfaisant, dans une discussiou où il avoit à combattre Bossuet, qui se refusoit à toute explication; l'évêque de Chartres, qui coiisentoit à des explications, mais qui ne pouvoit se Bxer entièrement sur celles qu'il jugeoit nécessaires; et l'archevêque de Paris, qui redoutoit par timidité toutes les discussions, et que sa timidité même rainenoit aux discussions, parce qu'il lui étoit impossible de résister à Bossuet. Une lettre de Fénelon à M. Hébert, curé de Versailles,
(i) Ci-après, n.5i.
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LlVltE THOJSIKHE. I I I
écrite vers la fîn du mois de juillet 1697, peut donner une idée de la situation pénible oîi il se trouvoit, au milieu de toutes ces contradirtioDS dans les caractères, souvent plus difBciles à concilier que les contradictions mêmes dans les choses, a Je vous « envoie, Monsieur (1), une lettre que vous pouvez « montrer à M. l'évêque de Cliartres, si M. de Beaun villiers et M. Tronson le jugent à propos. Je ne u puis être en peine que de sa fermeté à demeurer H dans un même projet. Je l'ai vu si souvent chan- * g^i*! 1"^ j^ "^ peux plus m'arrêter à ses proposi- « tions. il n'a tenu qu'à lui , depuis six mois , que n nous ne fissions dès le premier jour, sans scan- « dale, ce qu'il propose maintenant; et après l'avoir u souvent proposé, il l'a rejeté toutes les fois qu'il « a été question de conclure. On ne &it que me 0 tâter, pour m' entraîner peu à peu, et pour m'en- « gager vers les autres, sans engager jamais les au- « très vers moi. D'ailleurs, je ne connois plus M. de ■ Charti'es: il n'hésite jamais^ il ne doute de rienj « il ne détere plus à ses anciens amis, qui avoient A autrefois toute sa conBaiice. Il me paroit rései'vé, « mystérieux , livré à des conseils qui l'aigrissent , a qui te remplissent de défiance, et qui lui font re- > jeter tous les tempéraments raisonnables , afin « qu'il me jette dans les deroières extrémités. S'il « vouloit bien prendre M. Tronson pour notre vé- (i) Carresp.deFé/ielo/i,t.\n,p.&ii..
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lia HISTOIRE 1>E FEMELOM.
m ritable et secret médiateur, nous ne serions bien- « tôt , lui et moi , cpi'un cœur et iine âme. Pour « mon cœur, il est encore tout entier à son ëgard; u et je ine sentirois dès demain plus tendre et plus u ouvert pour lui que je ne l'ai jamais été. Pour 0 M. de Meaux, je ne saui'oîs m'y Ber : Il n'y aua roit à le faire, ni bienséance, ni sûreté. Mais je n n'ai aucun 6el; et le lendemain que l'affitire se- K roit finie , je ferais toutes les avances les plus K honnêtes pour bien vivre avec lui, et pour édi- 33 n fier le public. »
yéuehn Bossuet,à peu près assuré du concours de l'évê-
aiii'touïn^cei 1"^ ^^ Chartres, ne se pressoit point d'envoyer à d« rarchi^iècbc Féoelon ces remarques promises depuis si longtemps. Il savoit qu'elles dévoient entrer dans t'examen que l'on devoit faire du livre des Maximes, et que l'archevêque de Paris, M. Tronson et M. Pirot seroienl seuls admis à cet examen. Car Fénelon avoît établi, pour première condition , l'exclusion de BosSuet. a M. de Noailles et le Roi lui-même K avoîent paru en sentir la justice et la convea nance. Elle ne venoit pas , ajoutoit Fénelon , a d'aucun ressentiment, mais de la fâcheuse néces- « site où Bossuet l'avoit réduit, de n'avoir plus rien « à traiter avec lui, après la conduite qu'il avoit a. tenue à son égard depuis plusieurs années (i). -a
(i) Lettre de Fénelon à M. de Noailles, du 8 juin 1697, Corresp.uyn,^. 443.
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