‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 22 sur 111 · LIVRE TROISIKHE. I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIKHE. I

« cîeaD«s préventions une nouvelle liauteur, de- « puis tes éclats qui étoient arrivés. D'ailleurs, «[ observolt Fénelon , s'agissoit-il de conférences où « M. deMeaux se fût borné à me proposer douteu- « sèment ses difîScultés, en se méfiant de ses pen- R sées contre mon livre ? Non : il déclaroit dès lors ,

■ et ÎL t'a déclaré encore plus solennellement de- « puis, que lui et ses collègues ne /nettoient point s en question la fausseté de la doctrine (de Féae- « Ion), qu'ils la tenaient déterminément mauvaise « et insoutenable ; qu'ainsi, supposé qu'il persistât « invinciblement à ne vouloir pas se dédire , // n'/ « atmt de salut pour eux, qu'à déclarer leur senti- « ment à toute la terre.

K Rien n'est plus clair que ces paroles, observoit « Fénelon ; il ne vouloit m'attirer dans l'assemblée, o que pour décider, pour parler au nom de CÉ- « glise, pour me faire dédire. Quoi ! ne pouvoit- « il pas craindre de se tromper en me condamnant ? > Mon : on ne mettait pas en question que je ne « fusse dans l'erreur, et que je ne dusse me dé-

■ dire. Devois-je tenter ces conférences, ou plutôt « subir la correction de ce tribunal ? I^ns la situa-

■ tion où j'étois, me convenoit-il d'aller faire une « scène sujette à diverses explications, sur lesquelles « M. de Heaux auroit été cru ? S'il a cité si mal K les passages de mes écrits imprimés, qui sont a SOUS les yeux du public ; s'il a expliqué tant de

:dbvGoogIe

Il8 HISTOIRE DE FÉBEtOH.

tt fois mes parales dans un Sens si cohtraïrc au miien ; « s'il n'a pu se modérer dans des écrits qui doivent « être lus de toute l'Église; que n*auroit-il pas fait tt daos ces conférences particulières, où il auroit n pu s'abandonner librement à sa vivacité et à sa « prévention ? »

Fénelon ne pouvoit pas être soupçotiné d'éluder des conférences par crainte, par embarras, par défaut de talents, de moyens ou de génie pour la discussion. Il a bien su prouver, par toutes les défenses qu'il a publiées dans le cours de ce grand procès, que des conférences ne dévoient pas Vembarrasser (i). C'est lui-même qui en a fait l'obser^ vation; et il avoit acquis le droit de s'exprimer avec cette noble confiance.

Mais on éloit parvenu à persuader à madame de Maintenon, qu'il étoit indispensable que Bossuet assistât à ces conférences ; et elle en donnott à madame de la Maîsoufort, avant son expulsion de Saint- Cjr, une raison assez honorable potir Fénelon. « Admettre M. de Paris et M. de Chartres à ces « conférences, disoit-elle, et en exclure M. de « Medux, c'est ne rien faire ; parce que , quand îl B arriveroit que M. de Cambrai amenât les deut « premiers à sod sentiment, cin en concluroit que 0 c'est par ht supériorité dé son génie : au lieu que,

(i) Réponte àla Selatbn tar h guUtfsme , n. •jG.

D,„i,i=dBvGoogIe

LIVnt TROISIÈME. I I ^

« si M. de Meaux se rangeoU du côté de M. de s Cambrai, on ne douterolt plus que de prélat n'eût u la vérité pour lui, M. de Meaux étant le plus « grand théologien qu'il y eût, et M. de Cambrai « le plus bel esprit.

<c Mais, disoit Bossuet, pourquoi M. de Cambrai « veut-il me séparer de l'archevêque de Paris et de 0 Tévêque de Chartfes, qu'il consent à prendre « pour examinateurs? Pourquoi? répliquoit Féne- « Ion (i); parce qu'ils ne veulent pas, comme a M. de Meaux , m'arracher une rétractation, sous « un titre plus spécieux; parce qu'ils ne m'ont point « tendu de pièges pour me réduire à approuver « leurs livres; parce qu'il ne me revient point qu'ils « parlent de moi à leurs amis comme A'unfaiiaa tique, comme d'un esprit malade qu'on veut « guérir; parce que, loin d'être blessés de mon re- K fus pour l'approbation du livre de M. de Meaux , « ils ont cru mes raisons concluantes pour ne le « pas approuver. »

Fénelon faisoit aussi observer à l'archevêqde de Paris (a), « qu'il n'y avoit point de particulier h « qui oa refusât la liberté de s'expliquer; et qu'il « étoit étonnant qu'on la refusât à un évêque;

(i) Réponse à la Relation tar te quiélisme,u. 71. (a) Zeftre de Féneion à M. de NoaiUes, du 8 juin 1697. [Corresp. t. TU, p. 448.)

:dbvGoogIe

laO HISTOIRE 1>E FEHELON.

tt qu'on auroit dû au contraire l'y inviter, l'en prier, a au Heu de s'y opposer ; p et il rappelle à ce sujet un traitre marquable. « Pallaiicini, dit-il, a écrit, « dans son Histoire du Concile de Trente ^ que le « cardinal Cajetan fut universellement blâmé, à « Rome, de n'avoirpas voulu recevoir V explication « de Luther^ et de lui avoir demandé une rétractais, lion. Quand même je serois aussi hérétique, que v, je suis catholique zélé pour la foi, on devroit « en conscience supporter une mauvaise honte, et « se contenter d'une explication, n Il y consent II Cependant, quelque plausibles que fussent les

?""**.' raisons qui avoient d'abord déterminé Fénelon à re-

■ c«rluiies '

coDdiiioni; luser d'entrer en conférence avec Bossuet , il réso- Juill«ti697. jy^ ygj^ ]jj (jp jg juillet 1697, de donner à ce prélat , ainsi qu'à l'archevêque de Paris et à l'évêque de Chartres , une nouvelle preuve de sa déférence pour eux., en portant la condescendance aussi loin qu'elle pouvoit aller. Il II consentit à conférer avec Bossuet; mais il exigea trois conditions, dans la seule vue d'éviter une scène confuse, que chacun rapporteroit selon ses préventions : « i" qu'il y au- « roit(i} des évéques et des théologiens présents; « a" qu'on parleroit tour à tour, et qu'on écriroît « sur-le-champ les demandes et les réponses; 3" que a Bossuet ne se serviroit point du prétexte de ces

(1) Réponse à la Relation sur le qaiétisme, a. 76.

:dbvGoogIe

HVHE TROISIEME. 121

« «.ooférences sur les points de doctrine, poui* se « rendre examinateur du texte du livre des Maxi- « mes; et que cet examen demeureroit, suivant le « premier projet , entre l'archevêque de Paris , « M. Tronson et M. Pirot, » Dès que Fénelon eut proposé ces conditions, on lui répondit qu'elles reudoient, selon les vues de M. de Meaux, les conférences inutiles; et tout fut irrévocablement l'ompu.

Fénelon piit alors le parti d'écrire au Roi(i), « que, n'ayant pu savoir précisément ce qu'il y ^ « avoit à reprendre dans son livre, que bien des « théologiens approuvoient , quoiqu'ils n'osassent « s'en expliquer, il ne pouvoit faire de rétractation s ni oblique, ni positive^ la première ne lui conve- « nant en aucune manière : et ne se sentant cou- « pable d'aucune erreur, ce que supposeroit ta ■ seconde , il osoit supplier Sa Majesté de lui perce mettre d'aller lui-même à Rome pour défendre « son livre : promettant de n'y voir personne que « le Pape, el ceux que Sa Sainteté jtigeroit à propos « de nommer pour l'examiner ; de ne se mêler d'au- « cune autre affaire; d'y vivre encore plus retiré

(i) Mémoin de M. PIrot, sur ^origine de l'affaire du yuiéù'sme (manuscrit . La lettre de Fénelon ne >'est pas irotivée parmi nos manuscrits; nom ne la connoissons que par le précis qu'en donne M. Pirot dans son Mémoire; il ajoute . tfu'dttétnU pressante et bien écrite. (Eoit.) -

laS HISTOIRE DE FiHELOH.

a qu'il ne falsoit à Versailles, et d'eo revenir dès « le moment oîi le Pape auroit prononcé, soumis à « son jugement, justifié ou détrompé, et toujours a catholique ; que, dans tous les cas , il se trouven roit alors en état de détromper lui-même les théo- « logiens cachés qui recevoient la doctrine de son a livre , en supposant que le Pape prononçât qu'il a s'étoit trompé. »

Quatre jours après ( le ag juillet 1697) , Fénelon écrivit àmadamedeMaiotenon, pour ta prier d'appuyer sa demande auprès du Koi (i). II paroit qu'il étoit réduit à ]a nécessité de lui écrire, parce qu'il n'avoit plus la liberté d'arriver jusqu'à elle. On doit croire qu'en se refusant à voir Fcnelon, elle cédoit malgré elle à un sentiment de ménagement et de délicatesse. II lui auroit été sans doute trop pénible, de se trouver en présence d'un hotnme qu'elle avoit tant affectionné, dans un moment où elle savoît que sa disgrâce étoit décidée, et qu'elle ne devoit ^3 plus le i-evoir,

II ut renvoyé Ce 4ul le jeudi 1" août 1697, que Louis XIV il inDODce mu ^'"''^1* ^ Fénelon, o qu'il ne jugeoit point à propos dépuiimidaiiK « de lui permettre d'aller à Rome; qu'il lui enjoi- . '"' ■ « gnoit au contraire de se rendre dans son diocèse, «- et lui défendoit d'en sortir ; qu'il pouvoit enTojer

(») On |Jeut voir cette lettre dans le t. VU de U Correip, de Fénelon, p. 5io, itc.

D,„i,i=dbvGoogIe

Page 1