‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 25 sur 111 · LIVRE TROISliMK · texte numérisé non relu

LIVRE TROISliMK

a vais que ceux que j'ai exprimés dans mon livre. a Ce que je souhaiterois, si cela ne vous commet « point, c'est que vous eussiez la bonté de rendre à u M. Tévéque de Chartres un témoignage précis sur a les faits. Je m'en vais à Cambrai, d'où j'écrirai à K Borne. Je répandrai ma Lettre pastorale, et j'é- « cnrai peut-être une lettre douce et simple àM. de « Meaux, pour éclaîrcir les choses de procédé et de « doctrine, dans lesquelles il me représente comme a un fanatique et un hypocrite {{), Priez Dieu a pour moi, Monsieur, j'en ai grand besoin dans n mes souffrances; et aimez toujours un homme « plein de tendresse, de confiance, de reconnois- « sance et de vénération pour vous. »

C'est en ce moment qu'on voit s'établir, entre PreMie» ixins deux grands évêques, cette trop mémorable contro- ."^!^T* verse, dont le chancelier d'Aguesseau nous donne «iFéiieiou; une juste idée , par un parallèle aussi ingénieux qu'in- J"* ? téressant (3) : « On vit donc entrer en lice deux ad- « versaires illustres, plutôt égaux que semblables ; ■ Tun consommé depuis longtemps dans la science « de l'Eglise, couvert des lauriers qu'il avoit rem-

(i) Il ne paroît pas que Fénelon ait écrit cette lettre; mais il écrivit le même jour, et dans le même dessein, sa Lettre aiiduc de Beaavilliers , dont nom parierons un peu plus bas (p. i33}. (Édit.)

(3) OEttvret dn ehancelier d'Aguesseau, t. XIII de l'édition iD-4*, p. 176,

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l3o BISTOIKE DE FBHBLOH.

u portés, ea combattant pour elle a>ntre le» héréa tiques ; athlète îafatigable, que son âge et ses d victoires auraient pu dispenser de s'engager dans 1 un nouveau combat , mais dont l'espnt encoi-e a vigoureux , et supérieur au poids des années , coati gervoit dans sa vieillesse une grande partie de ce « feu qu'il avoit eu dans sa jeunesse : l'autre, plus a jeune et dans la force de l'âge, moins connu par 0 ses écritSf néanmoios célèbre par la rcputatioD M de son éloquence et la hauteur de son génie, « nourri et exercé depuis longtemps dans la ma- « tière qui faisoit le sujet du combat, possédant a parfaitement la langue des mystiques, capable de u tout entendre, de tout expliquer, et de rendre « plausible tout ce qu'il expUquoit : tous deux longa temps amis , avant que d'être devenus également ■ rivaux; tous deux recommandables par l'inuo- « cence de leurs mœurs, également aimables par 1« a douceur de leur commerce; ornements de l'É- (< glise, de la cour, de rbumanité même; mais l'un « respecté comme un soleil coucliant dont les rayons a alloient s'éteindre avec majesté; l'autre regardé u comme un soleil levant, qui remplirait un jour tt toute la terre de ses lumières, s'il pouvoit sortir u de cette espèce d'éclipsé, dans laquelle il s'ëtolt « malheureusement engagé. On vit couler de ces (c plumes fécondes une fouie d'écrits qui divertirent die public, et affligèrent l'Église par la division

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LIVBE TROISIÈME. l3l

• de Jeux hiMiiines dont l'unioD lui aurait été aussi M gloneuse qu'utile, s'ils «voient bu tourner contre « se* ennemis lesaroiea qu'ils employoient l'un con- ■ tre l'autre. • 47

Aussit6t que le duc de Bourgogne fut instruit de douIcut du duc l'eul de son précepteur(i), il courut se jeter aux J^^^i pieds du Roi, son grand>père; et, dans la tendre ^uduc émotion d'un cœur jeune, sensible et vertueux, il offrit, pour garant de la doctrine du nuître, la pureté des maximes que le disciple avoit puisées à son école, Louis XIV fut touché de ce dévouement naïf et généreux ; mais, toujours conduit par ce sentiment du vrai et du juste qui le caractërisoit , il lui répondit : « Mon GIb, je ne suis pas maître de faire « de ceci une af&ire de fitveur ; il s'agit de la pu- < reté de la foi ; et M. de Meaux en sait pliis sur « cette partie que vous et moi. » Cependant , matgré toute la prëventioa qu'on étoit parvenu à lui inspirer, il voulut bien accorder aux larmes du duc de Bourgogne, que Fénelon conservflt le titre de précepteur des princes ses petit*>fiU.

Tous les amis de Fénelon lui restèrent attachés dans sa disgrâce ; et on vit alors à Versailles un spectacle dont les cours sont rarement témoins : la vertu proscrite et malheureuse , défendue , jusqu'au

(i) ProyAtt, Fie du Baiiphin, p^rv de Luuis jrF,}\w.l", p. 5a , etc.

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l3a HISTOIRE DE FÉUTELOIt.

pied du trône, par l'amitié Bdèle et courageuse(i). Nulle considération de crainte ou de faveur ne put arracher au duc de Beauvilliers le désaveu des nobles sentiments qui Tiinissoieut à Fénelon. En vain I^uis XIV, dans un éclaircissement particulier c(u'il eut avec lui , voulut lui faire pressentir le sort qui te menaçoit lui-même; en vain il lui dit, « qu'étant responsable à Dieu et à tout son royaume « de la foi de M. le duc de Bourgogne, il ne pouvoit « s'empêcher de lui témoigner son inquiétude sur p les liaisons qu'il conservoit avec l'archevêque de « Cambrai, dont la doctrine lui ctoit suspecte ;» le duc de Beauvilliers répondit au Roi, « qu'il se fap- « peloit avoir engagé Sa Majesté à nommer Féne- « Ion précepteur du duc de Boui^ogne, et qu'il ne a pourrait jamais se repentir de l'avoir fait ; qu'il n avoit toujours été son ami , et qu'il l'étoit encore ; a mais qu'en matière de religion, il pensoit comme « son pasteur, et non pas comme son ami : qu'au o reste. Sa Majesté pouvoit écarter toute inquiéa tude sur l'éducation de M. le duc de Bourgogne ; « que, loin d'avoir les sentiments des Quiétistes, il « en ignoroit même le nom. » Il ajouta avec un mé-

(i) Proyarl, ibid. p. 56, etc. — Fie de Féaeloa, par le P. de Queilieur, p. a43, etc. — Le duc de Saiiit-Simou , daos ses Mémoires , rend aussi témoignage aux nobles senti' ments du duc de Beauvilliers, en cette occasion. (Chap. S6 , t. UI,p. i8i,etc. Édit. in-ia, 1840.) (Édit.)

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