‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 28 sur 111 · LIVRE TBOISIÈHIi. I · texte numérisé non relu

LIVRE TBOISIÈHIi. I

ami, ce parent étoit Tabbë de CbanteR4c (i), homme sage, pacifique, instruit et veiiuetu:. C'est le témoignage que lui rend un partisan zëlé de Bossuet, dans un manuscrit dont nous empi-untoos les expi-essions (a).

La correspondance de l'abbé de Chanterac avec Fénelon, dont nous avons les originaux entre les mains, peut £tre présentée comme un véritable modèle de la sage modération que l'on doit toujours obsei-ver dans les controverses ecclésiastiques; elle offre surtout un contraste remarquable avec celle de l'abbé Bossuet, neveu de l'évéque de Meaux,

Une circonstance particulière, étrangère au livre des Maximes, avoit conduit à Rome, d^uis plus d'un an, cet abbé Bossuet et l'abbé Phélippeaux. Ce dernier étoit unliabile théologien, dont Bossuet estimoit la capacité, et qu'il ciiit devoir dowier pour conseil et pour coopérateur à son neveu. Ils ëtoient, l'un et l'autre, sur le point de revenir eb France, lorsque Fénelon déféra lui-jn£me le jugement de son livre au saint-siége. Bossuet, se hâta de suspendre leur retour, et les chargea da poursuivre à Rome

(1) Gabriel de La Cropiede Chanterac, d'une ancienne ■nnisoa de Périgord , étoit proche parent de la mère de Fénelon. On peut voir une courte notice sur ce vertueux ecclésiastique, dans la Corrcsp. de Fénelon ^ t. XI, p. 397, (Ëdit.)

(a) Mémoire mr l'origine de l'a/faire du qtUéiisme, par H. Pirot.

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(38 HISTOIRK DE FÉMELON.

la condamnation du livre de Fénelon. Ce fut un véritable malheur pour l'évéque de Meaux, comme pour l'archevêque de Cambrai. Il suflit, en e^et, de lire les lettres de l'abbé Bossuet (i), et la Relation (lu guiétisrne de l'abbë Pbélippeaiix , pour juger combien ces deux ecclésiastiques contribuèrent, par leur emportement et leurs relation!! virulentes, à aigrir BosBuet contre Fénelon (5).

I.e cardinal de Bouillon venoit d'être nomme ambassadeur de France à Rome. On ne doit point juger de lui par les portraits odieux qu'en ont laits , dans leurs écrits, l'abbé Bossuet et l'abbé Pliélippeaux. Il eût été, à la vérité, porté à fovoriser Fénelon; mais ce ne fut jamais aux dépens de' la fidélité qu'il devoit au prince qui l'avoit honoré de sa confiance, et chaîné de ses ordres (3). Il regrettoït sans doute que Fénelon se fût imprudemment engagé dans des discussions plus subtiles qu'intéressantes, et eût ainsi trahi la fortune qui sembloit riq>pelerà gouverner l'Église et la cour. Il pouvoit hieu ne pas atlaclier la même importance que Bossuet à l'affaire du quiétisme, et penser, comme le

(i) Voyenlee t.XL,^lAetXLIldeiŒiii'resde Sotsuet. [Édillom de FeraoUles.)

(9) Voyez au n. III des Piéeeî Justifie, de ce JII' livr«, quelques détails historitpies sur l'abbé Bossuet et sur Cabbé Phétippeau».

(3) Corresp. de Fénelon , t. X, p. ,474; t. XI , p. 6Î.

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LIVHB TKOISlfeHE. - I Sg

chancelier d'Aguesseauet beaucoup d'autres, qu'elle n'éloit ptis moins une intrigue de œur, qu'une querelle de religion ( i ) ; mais il n'en est pas moins vrai que tonte sa conduite, en cette affaire, (ut celle d'un homme aussi délicat que généreux en amitié, et d'un ambassadeur attentif à se conformer aux intentions de son maître. Il ne dissimula jamais i Fénelon que son livre seroit condamné à Rome, s'il étoit soumis » un jugement rigoureux ; il ne s'attacha qu'à tenter d'adoucir tout ce que cette condamnation pouvoit avoir de trop amer et de trop flétrissant pour nn prélat dont il honoroit la piété et les talents, et dont il chérissoit tendrement les vertus et les qualités. Un sentiment et un vœu aussi estimables pouvoient très-bien se concilier avec ses devoirs et' ses fonctions de ministre du Roi.

Fënclon, dans sa lettre au duc de Beauviltiers, du Premièra nt- 3 août 1697(2), avoit annoncé , delà manière la ||^"*i''îl- '^ plus précise et la plus formelle, « que , si le Pape p*r Bouuei. K condamnoit son livre, il seroit le premier à le con- ^ '^'* « damner, et & faire un mandement pour en défen- « dre la lecture dans le diocèse de Cambrai. » Il avoit, à la vérité, ajouté, u qu'il demanderoit seulea ment au Pape , qu'il eût la bonté de lui marquer « précisément les endroits qu'il auroit condamnés,

(1) Œuvres du chancelier iTAgitesseau , t. XIII , p. 167, (3) CVit lamAnie dont nousaTOns parlé plus hauti p. i31.

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l4o HISTOIHE DE FEHKLON.

« et les sens sur lesquels porteroit sa condamnatton, « afin que sa souscnptîoD fût saas réserve, et qu'il a ne courût aucun risque, ni de défendre, ni d'éxcu- « ser, ni de tolérer le sens condamné, s II étoit assez naturel de n'apercevoir, dans ces expressions, que la disposition humble et religieuse d'un évêque qui ne vouloit pas même conserver au fond de sa pensée l'ombre d'un sentiment équivoque. Mais fiossuet crut y voir, de la part de Fénelon, « l'iotention d'élu- K der une condamnation générale, et de préparer a des défaites à son obéissance. 11 l'acciisoit de vou- « loir faire renaître les raffinements qui avoient fait tigué les siècles passés , et qui fatiguoient eocore « le siècle où il écrivoit. » Ce sont ses termes, dans sa Lettre sous le nom d'un Docteur (^i).

Ce premier acte d'hostilité, par lequel Bossuet se déctaroit ouvertement la partie de Fénelon , engagea ce combat interminable d'écrits qui se succédèrent avec la plus étonnante rapidité. Mais s'ils ajoutèrent à l'opinion que l'on avoit déjà des talents, du génie et de la fécondité de ces deux grands évêques, ils affligèrent sincèrement les amis de la religion et de l'Eglise. Ils auroient pu même produire les effets les plus déplorables, si un profond amour de la religion et de l'Église n' avoit pas t«iijours prévalu sur toute autre considération, dans le cœur de Bossuet et de Fénelon.

(i) Œwrei de Bossuet, t. XXVIII, p. a33 et 409.

LIVBE TBOISIÈHK. ï^t

Fénelon se hâta de faire tomber une accusation k laquelle it étoit loia de s'attendre, parce que la pensée en étoit loiu de son cœur. Il rappelle , dans sa seconde lettre au duc de fieauvilliers (i), v qu'il « n'a point dit, qu'il ne se soumettroit à la con- « tlamnatioQ du Pape, qu'en cas que l'on exprimât « dans sa condamnation les propositions pour les- K quelles le livre seroit condamné ; que sa promesse ([ de souscrire et de faire un mandement en confor- « mité, étoit absolue et sans restriction;... que plus « il vouloit sincèrement obéir, plus il désiroit savoir H précisément en quoi consiste toute l'étendue de « l'obéissance; que plus il criùgnoit de se tromper, « ou de ne sortir pas de l'erreur, plus il demandoit « qu'on ne le laissât point errer, et qu'où lui dtt « tout ce qu'il falloit croire ou rejeter pour éviter « l'erreur... Qu'en supposant que le Pape, par une « lumière supérieure à la sienne, prononçât une « simple condamnation générale, il renouvcloit l'en- « gagement qu'il avoit déjà pris de souscrire, dans K la forme la plus solennelle , à la censure de son K livre, sans équivo<[ue, ni même restriction men- « tate. » Une déclaration si nette et si tranchante ne permit plus de reproduire les soupçons qu'on avoit prétendu élever sur la sincérité des promesses de Fénelon.

(i) Elle Tut imprimée dans le temps, sous le titre de Se' cimtie Lettre à un ami. {OEuvres de Fénelon , t. IV, p. 169.)

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duu UDC

Inilraellan pastorale.

Sepl. 1697.

■ 49 HUTUIBH OK FENKLOM.

Ce n'est pas seulement dana les éci-iu deatinés au public, c'est dans ses lettres les plus secrètes , c'est dans sa correspondance avec l'abbé de Chantra-ac qu'on retrouve la même candeur et la mâme siac(!rité (1). d Ne regardez que Dieu dans ma cause, « mon cher id>bé. Je dis à Dieu, comme Maro docliée ; Seigneur, tout vous est connu, et <t vous savez que -ce que j'ai fait, n'est ni par a orgueil, ni par mépris , ni par un secret désir a de gloire. Quand Dieu sera coûtent, nous de- « vronsrâtre, quelque humiliation qui nous vienne Il de lui. »

A peine Féneloa fiit-il arrivé à Cambrai, qu'il publia une Instruction pastorale , pour expliquer ses véritables sentiments sur le fond de sa doctrine. C'étoit une espèce d'engagement qu'il avoit pris , lorsqu'il étoit encore à la cour, pour désabuser les personnes de bonne foi , qui irouvoient de l'obscurité ou de l'embarras dans quelques parties de son système. j| Il avoit même lieu d'espérer que (.-ette démarche sufBroit pour son entière justidcatiou, aux yeux de plusieurs personnes qui s'étoient prononcées jusque-là très-fortement contre son livre. L'évêque de Cliartres, en particulier, avoït d'abord pensé qu'un désaveu pur et simple de ce livre étoit

(1) Lettre du 3 septembre :. vm.p. 38.)

1697. {Corresp, He Fénelon

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LIVBB TRUISliHE. l43

nécessaire, dans les circonstaDces ( i ) ; mais de non-, velles réflexions lui avoient fait prendre des sentiments plus modérés; et quelques jours ap^ès que Féuelon fut retourué à Cambrai , il lui fit écrire, « qu'il seroit content, pourvu qu'il fit une lettre ■ pastorale qui marquât combien il éloit élcûgoé de « la doctrine- impie cju'on tmputoit à son livre, et < promit , dans cette lettre, une nouvelle édition de a l'ouvrage (a).» IIGemoyensifaciledecontenterses adversaires, lui senibloit d'ailleurs uécesiaire pour l'honneur de son ministère, auprès du troupeau qui lui étoit confié. It profita même de cette cirponstance pour ne laisser subsister aucun prétexte au reproche qu'on lui avoit fait, sur le silence qu'il avait gardé dans son livre, au sujet du quiétisme de Molinoi, et des trente-quatre articles d'Issy ; il plaça ces trente^ quatre articles et la bulle d'Innocent XI contre Molinos, à la suite de ton lastrucUon pastomle. Il est vraisemblable que s'il eût pris cette précaution en même temps qu'il publia son livre, it auroit mis de son côté un grand nombre de ^rsonnes , qui te soupçonnoient d'être un peu trop favorable au quiétisme mitigé (3).

(i) Voyez ci-dessu»,p. 109,

(») Réponse à la Relation sur le quiétitme , a. 79. [OEuvreide Féneion, t. VI.) '

(3) Voyez, au sujet Au ccUu Instruction pastorale , l'Hist. Utlrr. de Féneion, \" pnilie, i». 40, etc.

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■ 44 HISTOIRE DE FKHKLOIt.

Les trois prélats avoimt fiiit imprimer et répandre, dans toute la France et toute l'Europe, leur Déclaration contre le livre de Fénelon. Quoiquesi hautement attaqué, Fénelon avoit tant de r^Hignance à donner au public le spectacle d'une divi-^ sîoD scandaleuse entre des évêques, qu'il écrivoït îi l'abbé de Chanterac ( i ) : < Je n'ai pas voulu , dans a mon Instruction pastorale^ faire une réponse « directe à tous leurs chefs d'accusation, pour ne a pas donner une scène, le scandale n'étant déjà K que trop grand ; mais ma réponse en forme, à « leur Déclaration, ne laissera aacun mot sans i-én ponse précise. Je me bornerai à l'envoyer secrète- « ment au Pape; et je désire autant épargner mes a confrères, qu'ils ont affecté de me traiter indi- 53. « gnemeut. »

iimotciii xn Bossuet étoit si loin de pi-évoir et de supposer dix cMUDitrur» 1"^ '* Condamnation de Fénelon pût éprouver à pooT Vtxuattx Home des lenteurs et des incertitudes, qu'il écrivoit à son neveu (a) : « 11 faut bien prendre garde de a Jaire envisager (à Rome) rien de pénible ou de « difficile. De quelque façon qu'on prononce, M. de <c Cambrai demeurera seul de son parti, et n'osera « résister Il est regardé dans son diocèse comme

(t) I^lUvsduaS septembre et du ag octobre 1697. [Cornsp. de fénelon , t. VIII , p. 5t et 1 19.)

(a) Lettre da a seplcmbre 1697. {OEiivres -de Bossuet, t. XL, p. 384.)

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