‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 29 sur 111 · LIVRE TIU)IBlàH£. l · texte numérisé non relu

LIVRE TIU)IBlàH£. l

■ un hérétique ; et dès qu'on verra quelque chose * de Rome, dans Cambrai surtout et dans les Pays- H Bas, tout sera soulevé contre lui. »

Hais la cour de Rome n'étoit dÎ disposée oi accoutumée à précipiter son jugement; elle con- Doissoit les justes égards qu'elle devoit à deux grands évéques, dont la réputation étoit <^letnent chère à l'Église. On a souvent prétendu, qu'elle cherchoit à attirer à elle te jugement en première instance de toutes les controverses religieuses. Nous ne pouvons cependant douter, qu'Innocent XII n'eût sincèrement désiré que cette malheureuse contestation eût été étoufTée en France, par les voies les plus douces et les plus conciliantes ; il chai^ea souvent son nonce d'exprimer ce vœu au Roi ; et ce ne fut. (|ue sur les nves instances de Louis XIV, qu'il se vit c^ligé de procéder à l^xamen et au jugement du livre de Fénelon. Il nomma d'ahord, au maïs de septembre 1697, huit consulteurs, auxquels il en ajouta deux autres peu de temps après, pour émettre leur voeu devant les cardinaux de la congrégation du Saint-OHice ( 1 ).

Le désavantage de la position de Fénelon, même en se renfermant dans les bornes de la plus légitime

(1) Onfeut voit, à»M\t t. Tilàeia Corrcip. de JfVnelon da Kodénikm. (p. iS3 , note i ) , la liste des coDiullenrs dont il est id que*tion; et doDs k t. X (p. 4>9( nu^ >) > Ib )<slo (les r^irdinaux de la OingrégMinn du Saint-Offce. (Édit.)

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■ 46 HISTOIBE DE FÉNELON.

défense, se faisoit sentir dans les plus petits détatb. Ses adversaires , appuyés de tout le crédit et de tous les moyens du gouvernement, fiûsoient surveiller sa correspondance, ne négligeoieat rien pour Tempécher de transmettre à l'abbé de Chanterac, avec une entière liberté, la connoissance de plusieurs faits intéressants pour diriger sa conduite. Il étoit obligé de donner à ses lettres différentes directions, qui en retardoient nécessairement l'expédition (t). L'abbé de Chanterac, son défenseur à Rome, ne pouvoit faire un seul pas , dont l'abbé Bossuet ne se fît rendre compte, par des moyens peu délicats. C'est ce que l'abbé Bossuet nous apprend lui-même , dans une lettre à son oncle (2) : « Aussitôt que le R grand vicaire aen arrivé, il aura un espion , et « nous serons instruits. »

Quoique les adversaires de l'archevêque de Cambrai eussent déjà fait imprimer la plus grande partie de leurs écrits contre son livre, Kénelon se refiisoit toujours à donner la même publicité à ses défenses (3). il espéroit toujours éviter l'éclat d'un débat scandaleux entre des évêques. Toutes ses lettres à l'abbé de Chanterac expriment ces sentiments

(i) Corresp.de Fénehn, t. \Ul, p. 43,elc.

(a) Lettre du 3 septembre 1697. {OEueret de Bouuet, t. XL, p. 391.)

^3) Voyez, à ce sujet, r/fW./i(l*. de Fénelon,V jpvi^, p. 41, etc.

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LIVBE THOIBIÈHE. l^J

de coQvenance et de modération (i): * Il oef^ut^luî B écrivoit-it, ni faire deTéctat, ni agir d'une manière

■ qui puisse mal édifier, ou aigrir la cour. Je veux , « sans politique, par pure religion , respecter jus- « qu'au bout mes confrères, et à cause de leur mi- « nistère, et à cause de laconfianceduRoipoureux; a je la veux respecter dans leurs personnes. Pour « les choses à rendre entièrement publiques, on

■ ne saurait être trop retenu Le pnocipalest de

« conserver notre caractère de patience, de aimplia cité et de candeur, pour nous expliquer pnécisé- « ment et sans réserve sur chaque article. »

Peu de jours après (s) , Fénelon ëcrivoit encore à l'abbé de Cbanterac : « Je a*ai point voulu faire a imprimer ma Réponsa à la Déclaration (des trois R prélats), à cause du scandale et du déshoniunir < qui poarroit retomber sur mss confrères; et c'est « de quoi je m'afflige. Je voudroîs les épargner t ce « n'est point par ména^nnent politique pour la « cour; car j'aimerois cent fus mieux achever de lui > déplaire, que de demeurer sans justification. Ce K qui me retient donc est la réputation de l'Église, « et le désir de HiéBager mes con£ràre8, quoiqu'ils « aient affecté de me couvrir d'opprobre. C'est au

(i) Lettre du f.a aovenibn 1^7. (Comtp, de Féneloa, i. Vm, p. i65.) (a) Leure du 19 novembre 1697. {IbiJ. {>. 171.)

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t48 UISTOIRE OË FKNELOir.

<t Pape, mon supérieur, à me décider là-dessus ; je « dois ma réputation à l'Église. »

Fénelon fut enfin obligé de céder au vœu des cardinaux et des examinateurs; ils lui firent observer, par l'abbé de Chanterac, ((ue celte cause produisoit tous les jours des écrits contradictoires, très-volumineux et très-subtils, dont il leur étoit souvent difficile de saisir l'esprit, et même les expressions, dans des copies à ta main , ordinairement mal transcrites, et quelquefois peu exactes. Mais ce f[ue Fénelon avoit prévu arriva. La publicité des écrits respectifs donna une nouvelle activité à la chaleur de cette controverse; et il est très-vrai de dire, qu'elle auroit été portée jusqu'au scandale, si la haute vertu de Bossuet et de Fénelon, n'eût commandé le respect à l'opiaion publique.

Ce fut alors que Fénelon fit imprimer sa traduction latine du livre des Maximes, dont l'él^nce et ta pureté furent généralement admirées (i), la traduction de son Instruction pastorale du 1 5 septembre ifigi^, et de sa Réponse à la Déclaixition des trois prélats.

Non-seulement il vouloit observer les plus grands

[i] Lettre de tabbé Phélippeaux à Botstiet, ig novembre iGg-3.{OEuvres de Bossuet, t. XL, p. 485.) Voyez quelques autres détails &ur les Iraducliou» latines ilont il est ici question, dans VHùtoire littér. de Fénthn, V* partie, p, 56, etc. (Édit.)

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livri; TROiAiiiME. 149

ménagements pour ses adversaires; mais il exigeoit de ses amîs, et de tous ceux qui lui montroient de l'intérêt, qu'ils évitassent de se compromettre par une bienveillance trop marquée. Personne ne pouvoit lui être plus utile à Rome, que le cardinal de Bouillon. Malgré cette considération , Féneloo voulut s'abstenir, par égard pour le caractère de ministre du Boi, dont il étoit revêtu , d'entretenir aucune correspondance avec lui, « Je vous prie, écrivoît-il à a l'abbé de Chanterac, dédire à M. le cardinal de a Bouillon, que je suis si touché de ses bontés, que je a ne veux, de peur de le commettre, ni lui écrire, « ni recevoir de ses lettres. Il n'ignore pas tout ce a que M. de Meaux a fait pour rejeter sur lui tous <c les mauvais succès qu'il pourroit avoir à Rome, ff Je lui dois de ne lui donner aucun signe de vie, « et de n'en fecevoir aucun de lui, afin que ce que o nous dirons de part et d'autre, à sadécliai^, soit « vrai(i). »

I^e génie remarquable de Bossuet pour la con- ' troverse, fortifié par une longue habitude, te portoit à multiplier les écrits polémiques, dont cette cause commençoit à se surcharger (a). Rome en

(1) Lettre de Fénelon à tabb^ de Chaniemc , du € novembre i^^. {Comsp.de Fénelon, t. VIII, p. 144.)

(a) Bossuet «voit déjà publié, pendant le mois d'août 1697, sa Lettre sous le Dom (fnn Docteur i et, au mois de septembre, la Déclaraàon dont notis avons parié plus haut.

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l5o HISTOIRE DE FiMELOIT.

étoit déjk lin peu importunée. Les amU mêmes de l'évêque (le Meaux avoient cru devoir le lui re> présenter; et les deux prélats associés à sa cause, n'étoieat pa£ aus« enilammés que lui de l'ardeur d'écrire et de combattre. Bossuet prétendoit « qu'on « n'avoit à lui reprocher que d'être trop rigoureux a pour M. de Cambrai ; mais que s'il moUissoit dans « une querelle où il y va de toute la religion, ou s'il a aflectoit des délicatesses, oo ne l'entendroit pas, a et il trahiroit la cause qu'il devoit défendre (t), s Ce fut sans doute par cette considération , que Bossuet engagea l'archevêque de Paris à retrancher, deaoo Instruction pastorale du 37 octobre 1697, quelques formules d'égards et de politesse qu'il y avolt placées pour Féoelon (a). L'archevêque de Paris eut la foiblesse de céder à Bossuet ; mais il lui arriva, cq cette occasion, ce qui arrive souvent

(p. ia5 el i44-) H y ajoutu bieiitùt après, Xn Sommaire de la Doctrine lia livre des Maximes. — . Divers écrits ou mémoires sur le même livi-e, — Préface sur Pjnslruction pastorale de Al.de Caiitirai, etc. [OEwres de Sofsuet, 1, XXVIIL)On peut voir, dant l'Hist. littér. deFéneha, de plus amples détails sur U sujet de ces ouvrages, les dates précises de leur camposition et de leur publication , et les réponses que Fénelon y opposa. (Édit.)

(i) Lettre de Bonnet à son neveu, 18 noTembre 1697. (T.XL.p. 490.)

(a) Lettre de Bossuet à M. de Noailles, du 3 novembre 1697. [Ibid. p. 466.)

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LITRE TSOtSliH£. |6.l

jtux' caractères doux et modéra, qui craignent de s'expliquer trop fortement entre des adversaires vivement aigris. Ils parviennent rarement à satisfaire ceux mêmes à qui ils montrent le plus de condescendance ; et ils blessent ceux qu'ils auroient voulu ménager, même en leur portant des coups. L'archevêque de Paris avoit eu à se vaincre, en entrant dans cette guerre d'écrits, par complaisance pour BoBsuet ; et Bossuet lui reprochoit trop de douceur et de mollesse. Il auroit voulu marquer à Fénelon un reste d'égard, en ne prononçant pas son nom dans cette Instruction pastorale, et en se bornant à condamner sa doctrine; mais Fënelon attachoit bien plus de prix à sa réputation sur la foi, qu'à de vains égards pour sa personne. Aussi fut-il trèsblessé du procédé de l'archevêque de Parb. k Ce « prélat, écrit Fénelon à l'abbé de Chanterac (r), V a fait une Lettre pastorale contre moi, qui a « quelque modération apparente, mais dans le fond « plus de venin et d'aigreur que les écrits de M. de tr Meaux (a). »

Fénelon avoit donc à répondre en m^me temps aux trois prélats qui écrrvoient contre lui; car l'évêque de Chartres ne tarda point à se montrer

(i) Lettre du 3 (técembre 1697. {Cerresp, ite Fénelon, LTm, p. 306.)

(3] Cette Inslmclhn patlorale de l'archevêque de Paris, H trouve dans le 1. V des (Muvres de Fénelon , p, fi ■ , etc.

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iSl HISTOIRK DK FÂITELOir.

sur la scène. Os trois adversaires, ind^wndamtneot île tous leurs moyens de crédit, avoient toutes sortes de facilités à Paris , pour l'impression et la publication de leurs ouvrages. H .n'en ëtoit pas de même pour Fénelon (i); il lui étoit bien plus facile de composer, que de faire imprimer. Quoique placé dans le voisinage de Paris, il ne pouvoit se servir des imprimeurs de celte ville; il étmt assez fondé à craindre, que Bossuet ne fît servir l'autorité du gouvernement à y apporter des obstacles, ou du moins à y mettre des entraves. II croyoit peu décent et peu convenable à un évSque de faire imprimer dés écrits de religion en Hollande, pays si fameux par la licence de ses presses, et qui fournissoit alors l'Europe de tous les libelles que la haine de la religion et de l'autorité pouvoit inspirer à des esprits séditieux. Les bons Flamands qui exerçoient l'art de l'imprimerie, ne savoieot pas assez de latin, comme l'observe Fénelon dans se» lettres, pour qu'on pût se confier à eux, pour des ouvrages où la plus légère méprise pouvoit tirer à conséquence, et dénaturer entièrement les idées et les sentiments d'un auteur. On peut dire, en un mot, que la partie mécanique de sa défense lui donnoit plus de peine, et lui coûtoit plus de temps, que la composition

(i) Yojn, itee aajet,VHisl. liuér. de Fénelon, V partie, art. 1°', sect. 3, d, ti.

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