LIVRE TftOISlJCHE. t
même de cette multitude d'ouvrages qu'il opposa à ses adversaires. 11 étotl obligé de les &ire imprimer à Lyon , avec le plus grand mystère, loin de ses regards et de sa surveillance , • sans avoir même ta « liberté de revoir ses épreuves, daas un genre de « controverse, où un simple déplacement de points a OU de virgules pouvoit êtft traduit en hérésie (t).» Féoelon se voyoit encore pressé par l'activité que Bossuet mettoit à poursuivre sa condamnation. Ce prélat s'étoit persuadé que la lettre si pressante de T^uis XiV détermineroit la cour de Rome à s'écarter, en cette occasion , de la marche si grave et si mesurée qu'elle s'est toujours prescrite, dans le jugement des questions de doctrine (a). Il écrivoit à son neveu : a 11 faut faire entendre, que le livre de K M. de Cambrai est court, la matière bien examia née, déjà jugée en la personne de Molinos, du Père
■ Ijacombe, de madame Guyon ; et qu'ainsi l*on doit «être prêt (3).... Les politiques répandent (en « France) qu'on aura (à Rome) de grands ménage- « ments, pour ne point flétrir un archevêque; je ne
■ les puis croire ; ce seroit tout perdre : plus une
(t) Lettre de Fénelon à l'abbé de Chanteme, du iS janvier \S^.(Corresp. t. VID, p. î^?.)
(a) Il s'agit ici de la Lettre du Roi au Pape, dont il a été questïoa plus haut, p. 68.
(3) Lettre du ai octobre i6qt. [(^«vres de Bossuet,t.'K.L, f. 45i.)
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|S4 HISTOIEE DE FiHELOK.
o erreur si pernicieuse vient àe haut, plus il en faut 55. « détruire l'uitcMÎté (()■ »
initircaiton Dans le désir de hâter, autant qu'il étoit en lui , ■nprii du DODca l'^xécution de ce dessein , Bossuet engagea le Roi à «( du Pape, témoigner au nonce une espèce d'impatience, de ce que le Pape différoitautant de prouoncer. Mfùs Innocent XII répondit, «que puisque tes trois prélats a s'étoient rendus les dénonciateurs de l'archevêque H de Cambrai, et avoient donné la plus grande pu- « blicité à leurs accusations, il étoit nécessaire en « toute justice, et en tout trihunal , d'écouter les réa poDses de l'accusé (a). » Louis XIV, toujours juste et modéré, lorsqu'il ne suivoit quË son propre mouvement, sentit la justice et la convenance de cette réponse; il dit au noncç, dans une seconde conversation, «qu'il ne soUicitoit un jugement, que pour la a sûreté des consciences; et qu'il recevroit avec « soumission la décision de Sa Sainteté , telle « qu'elle croiroit devoir la prononcer. »
L'abbé Bossuet craignant les reproches de son oncle, sur les lenteurs qu'il éprouvoit, lui écrivit (3) que les agents de l'arclievêque de Cambrai mctioient en jeu tous les ressorts imaginables , pour retarder la
(i) LeUre du 27 octcdtre 1697. {Vbisup. p. 457.)
[%) Utttt dt l'ahbé de ChanUrae, 4 janvier 169S. {Cor-
resp. de Féneton, t. VIII, p. 3(i5,)
(3) Lettres du 4 et du i3 février 1698, [OBuvres de Bos~
suet, t. XLI.)
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LIVHS TROISIÈME. iSS
d^ision, et su^endre le jugement du saiot-siége. Bossuet crut trop facilement son neveu, et se hiita de représenter au Roi combien il étoit essentiel h sa gloire et à la tranquillité de l'Egtïse, d'accélérer la concluùon de cette grande afiaire. Il rédigea un Mémoire qu'il fit adopter par l*ouls XIV, et que ce prince remit au nonce (i). Ce Mémoire, où il seroit bcile de recoanoitre lé cachet de Bossuet, quand même nous n'en trouverions pas l'aveu daas ses lettres, étoit fait pour convaincre le Pape et ses ministres, que le Roi attachoit la plus haute importance au livre de l'archevêque de Cambrai. Louis XIV s'y eiprimoit, comme s'il eût pu avoir une conuoissance tliéologique de tous les points de cette controverse^ et un avis personnel sur ces questions si obscures et si abstraites. ^^
Nous ne voyons pas sur quel fondement l'abbé Féndoii àkùtt Bossuet avoît supposé que l'archevêque de Cambrai ""^p^^p * cherchoit à suspendre ou à éluder lé jugement de m dispoiitioiu son livre. Toutes les lettres de Féneloa portent au * [**^ contraire les témoignages les moins équivoques de son empressement, et même de son impatience pour la décision de cette controverse. Il écrivoit à l'abbé de Chanterac (a) : n Après que vous aurez pi-oduit «c toutes mes défenses , ne perdez pas un moment
(i) On le trouve an t; XLI det Œavreide Bossitet,^. 6S. (l) Le »7 janvier 1698. {Corresp. l. VIII, p. 357.)
l56 HiSTOtRF. DE Fiinooir.
(t pour presser la conclusion. C'est sur le texte qu'il « faut juger, et non sur des accusations sans fin... a I^ Pape, fort âgé, peut mourir; de nouvelles in- « trigues peuvent nous traverser... Si on veut à « Rome temporiser, en nous laissant toujours écrire, « l'affaire s'envenimera de plus en plus ; et le scan- « dale croîtra toujours. M. de Meaux , à force u d'écrire, ne fera point qu'il y ait dans le texte de « mon livre autre chose quecequ'ilyadéjà attaqué.» Fénelon ne s'ëtoit pas dissimulé un moment, qu'il achevoit de se perdre à la cour, et de se faire une ennemie puissante de madame de Mainteoon , en s'engageant dans un combat direct avec l'archevêque de Paris. Un nouveau lien alloit unir encore plus étroitement madame de Malutenon avec la maison de Noailles. Elle venoit de déclarer (i) le ma-
[■) Le 17 mars 1698. Voyez, sur cette alliance, la note i de la p. a53, 1. 1".
Des maDDsrrits dont nous avons eu oonnoisaance depuis la première ^îtion de cet ouvr.ige , nous ont appris que
• c'éioit Féneton luî-^néme qui avoit proposé et engagé le
■ mariage du caroie d'Ajen avec mademaîselle d'Aubïgné,
• à la grande satisfaction de la maison de NoaiUes; ijue la ( considération d'un si grand service portolt la maréchale
■ de Noaillcrs •> à entretenir l'archevêque de Paris, son beaufrire, dans le désir de concilier et de terminer l'aiTaire du livre des Maximet par les voies les plus douces , et <m recevant les explications de H. de Cambrai ; mais que « M. de
• Heaux , dans une conférence qui eut lieu en présence de
■ madame de Hainlenon, entre H. de Paris, M. de Char-
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