‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 3 sur 111 · LIVRE TROISl^E. SI · texte numérisé non relu

LIVRE TROISl^E. SI

Bossoet, en soumettant à ce prélat lui-même une longue lettreécrite n unereligîeuse carmélite, <|iii lui avoit demandé des éclaircissements sur plusieurs points de la vie intérieure (i). L'évêquc de Meaux approuva hautement cette lettre tout entière, après avoir seulement prié Fénelon d'expliquer, pour plus grande précaution, un mot assez indifTérent , celui ^enfance, dont il s'étoit servi pour exprimer l'entier abandon d'une âme 6dèle aux mouvements intérieurs de la grâce (a).

I Mais Fénelon ne tarda pas à s'apercevoir qu'il il !i«ite pim s'étoit trop avancé, en promettant si facilement " " ' "" d'approuver un ouvrage dont il ne connoisRoit pas ciiangemcnu. le contenu. Quelques jours seulement, après avoir écrit la lettre où il se montroit disposé à donner cette approliation , il apprit l'arrestation de maitame Guyon ; et cet événement , auquel Bossuet avoit eu tant de part, lui fit craindre avec raison , que ce prélat ne fût disposé à renouveler tontes les contestations relatives à la personne et aux sentiments

(i) CeUe lettre, adressée à la laitr Charlotte de Saint- Cyprien, eM la i3* At& Lettres spiritaetlut de Fénelon. {Coi- Tttp. t. V, p. 363.)

(7) Mémoire sur le refai d'apprtAatioa du livre de M. de Meaax, — Queitiant à M, de Paris, en présence de madame de Mainienon; lo'tjuest. {Œuvres, t. IV, p. 100 et 107.} Voyez aussi, les lettres citées. plus haut, doIc s de la page précédente ; et celle de Fénelon à l'abbé de C/ianterac, du %5 octobre 169S. (T.. IX, p. 5^5.) (Ëdit.)

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ai HisTonts DK rbiELoy.

de madame Guyon. Il Ce nouveau sujet de refroidissemeat, se fait assez apercevoir dans quelques lettres de Fénelon que nous avons déjà citées (i). Mais on le remarque surtout dans sa lettre à Bossuet, du 9 mai 1696. « Si vous avez , Monseigneur, « quelque chose à m'envoyer, je vous supplie de ne a me renvoyer pas sitôt. J'ai attendu à Cambrai, le « plus longtemps qu'il m'a été possible, ce que vous « m'aviez fait l'honneur de me promettre. Je suis « occupé à la visite de moo diocèse ; quand elle a sera finie, j'irai faire un tour à Versailles , et je a crois qu'il vaut mieux remettre à ce temps-là ce « que vous voulez que je fasse. »

Bossuet fut sans doute un peu surpris de cette réponse vague et dilatoire ; du moins ou peut le présumer par ime seconde lettre de Fénelon , du a4 mai 1696 : a Si j'avois reçu pendant le carême o ce que vous voulez que je voie, j'aurois été dili- « gent à vous en rendre compte. Dès que je serai dén barrasse de ma visite, je partirai pour aller à Ver- « sailles recevoir vos ordres. En attendant, je vous a supplie de croire, Monseignetu*, que je n'ai be- B soin de rien pour vous respecter avec un at-

(i) Hemarquer en particulier la Lettre de Fénelon à madame de JUaùUenon, du 7 mars 1696 (ci-dessm 1. 1"^, p. 463.) Yojet aussi la Lettre de Fénelon à if. Tronson, duaSférrier i6g6, et celle da due de Seauvillian à Âf. Tronson , du 99 février. {Ibtd. p. 439, etc.)

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LITXB TROISltafl. 93

n tachemmt înTiolable. Je serai toujours plein de R sincérité pour tous rendre compte de mes pensées, B et plein de déférence pour les soumettre aux \d- « très. Mais ne soyez point en peine de moi : Dieu « en aura soin. Le lien de ta foi nous tient nais pour n la doctrine ; et pour le cœur, je n'y ai que reste pect, zèle et tendresse pour voua. Dieu m'est 1^ « mbin que je ne mens pas. n

^ Mais ce qui acheva d'éclairer FéneloQ sur les difficultés de sa position , ce furent les renseignements positif qu'il obtînt bientât après , en arrivant à Paris, sur l'esprit dans lequel Bossuet aroit composé son ouvrage, et sur te but qu'il se proposoit, en engageant Tarcherêque de Cambrai h y attacher son nom. Il fut positivement instruit, que cette approbation ne lut étoit demandée que pour arracher de lui une véritable rétractation, sous un titre spécieux ; et Bossuet lui-même ne le dissimula pas dans la suite (i). Il n'en falloit pas davantage pour déterminer Fénelon à refuser absolument l'approbation qu'on lui demandoit ; mais il se fortifia encore dans cette détermination, par l'examen rapide qu'il fit de l'ouvrage; il y remarqua un grand nombre de passages tirés des écrits de madame Guyon , avec des observations qui lui imputoient ,

(i) Bossuet, Relatiùn tur le qiàétUma, sect. m, n, i3. — Féaelon, Réponse à la Relation, chap. V, d. 5?.

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a4 HISTOIRE DE FRELON.

non-seulement des erreurs innocentes et excusables, mais un système de doctrine abominable, dont toutes les parties ëtoient parfaitement liëes, et i-eproduisoient au fond la doctrine de Molinos (i).

Dès ce moment, Féaelon n'hésita plus à refuser son approbation; et il se hâta d'annoncer à Bossuet sa détermination. Il étoit au moment de partir pour Cambrai; et en partant, il remit le manuscrit de Bossuet au duc deChevreuse, avec la lettre suivante pour ce prélat (a) : u J'ai été très-facfaé, Moosei- « gpeur, de ne pouvoir emporter à Cambrai ce que « vous m'avez fait l'honneur de me conBer; mais H M. le duc de Chevreuse s'est chargé de vous exu pli((uer ce qui m'a obligé à tenir cette conduite. Il « a bien voulu, Monseigneur, se charger aussi du « dépôt , pour le remettre ou dans vos mains à votre « retour de Meaux , ou dans celles de quelque pera sonne que vous aurez ta bouté de lui nommer. « Ce qui est très-certain. Monseigneur, c'est que a j'irois au-devant de tout ce qui peut vous plaire, « et vous témoigner mon extrême déférence, si « j'étois libre de suivre mon ^pœur en celte occa-

{i) Lettre de Féiielon au rfuc de Chevreiue , du a4 juillet 169S. — Lettre à madame de Maintenon, sept. 1696. — Lettre à Boisuet, da 9 février 1697. [Corresp. de Fénelan , t. VII , p. a5i , a86, 368.) (Édit.)

(a) Lettre </ç Fénelon à Botsuet, du 5 août 1696. {Çoi^ resj). tle Fénehn, .L VII, p, aSa.)

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LrVKE TROmiKE. 35

«sion. J'espère que vous serez persuadé des raisons a qui m'arrêtent, quand M. le duc de Chevreuse * vous les aura expliquées. Comme - vous n'avez « rien dé«ré que par bonté pour moi , je crois que a VOUS voudrez bien entrer dans des raisons qui « me touchent d'une manière capitale. Elles ne «diminuent en rien la reconnoissaoce, le respect, « la déférence et le zèle avec lesquels je vous suis a dévoué, u

Bossuet peint assez naturellement, dans sa Re/a~ tion sur le quiétisme , l'impression que fit sur lui cette lettre de Féneloo, lorsqu'elle lui fut remise par le duc de Chevreuse. a Quoi! M. de Cambrai a va montrer que c'est pour soutenir madame « Guyon qu'il se désunit d'avec ses confrères ! a Tout le monde va donc voir qu'il en est le pro- <t lecteur! Ce soupçon, qui le déshonoroit dans tout B le public, va donc devenir une certitude!... Quel a seroit l'étonnement de tout le monde, de voir 5 paroître à la tfite de mon livre l'approbation de a M. l'archevêque de Paris et de M. de Chartres, a sans la sienne ? N'étoit-ce pas mettre en évidence a le signe de sa division d'avec ses confi^res, ses « coftsécrateurs, ses plus intimes amis? Quel scana dale ! quelle flétrissure à son nom ! de quels livres a vouloit-il être le martyr ? Pourquoi ôter au pua blic la consolation de voir, dans l'iipprobaxion

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a6 HISTOIRE DE F^ELOIT.

« de ce prélat , le témoignage solennel de notre « unanimité (i)? »

Fénelon répondoit, qu'il n'étoit point le protecteur des erreurs de madame Guyon, mais son ami; l'interprète de ses véritables sentiments, qu'il connoissoit, mais non l'apologiste de ses expressions, qu'il condamnoit; que le public étoit instruit de ses relations d'amitié avec elle, et ne pouvoit être surpris de sa répugnance à flétrir une femme dont il jugeoit les intentions pures et innocentes; qu'en refusant d'approuyer l'ouvrage de Bossuet, il ne se séparoit point de l'archevêque de Paris et de l'évèque de Chartres, qui n'exigeoient pas son concours, et ne blâmoient point son refus ; que sa foi et sa réputation n'étoient point attachées à l'ouvrage de l'un de ses collègues; qu'il en -devoit compte à relise seule, et qu'il seroit fidèle à remplir ce devoir sacré, || eu publiant lui-même un ouvrage qui mettroit dans le plus grand jour ses véritables sentiments. Il

1 Quelque plausibles que ces raisons parussent généralement aux amis communs des deux prélats, elles n'empêchèrent pas l'évèque de Meaux de ressentir vivement le refus que faisoit l'archevêque de Cambrai , d'approuver V Instruction sur les étals daraison. Longtemps encore après ce

(i) Relation sur le quiétisme , iecX.Xll , n. %'j.

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LITRR TBOHiiare. «7

f&cheiix ^at, il avouoit que cette peine lui aroît été extrêmement sensible; et que, pour l'éviter, il eût volontiers cédé, sur plusieurs points, aux observations de Fénelon. Après la mort de Bossuet, madame de la MaisonffH-t écrivoit à Fénelon lui-même : a Quelque temps après le jugonent du « Pape, M. de Meaux me paroissoit encore touché a de ce que vous lui aviez renvoyé son livre des « États d'oraison , sans lui en dire votre sentiment. « M. de Cambrai, me dit-il un jour avec émotion, a n'avoit qu'à m'indiquer seulement ce qu'il ima prouvoit dans cet ouvrage ; j'y aurois volontiers a changé plusieurs choses, pour avoir l'approbation a d'un homme comme lui (i). n

^ L'archevêque de Paris, sincèrement attaché à Fénelon, prévoyoit avec douleur les suites fâcheuses du démêlé prêt à éclater entre l'archevêque de Cambrai et l'évêque de Meaux; il fit longtemps tout ce qui étoit en son pouvoir pour les prévenir; et BoBsuet lui-même rapportoit, au témoignage de l'abbé Ledieu, « que d'abord la prévention de M. de « Moailles alloit jusqu'à lui proposer de supprimer K son Instruction sur les états d'oraison; à quoi a M. de Meaux n'avoit pu consentir, pour la consioc dération de l'importance de la matière, si néces-

(i) Zefl^w de Bùssuet à madame de la Maitonfçrt, p. ti3,etc.

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38 HISTOIRE DS PiHELOK.

« saire alors dans le besoin pressant de l'Église; que a pour le publier, il n'avoit besoin dé personne; te et qu'il ëtoit résolu de le faire (t). »

0 Le mécontentement extrême que Bossuet manifestoit, à l'occasion du refus que faisoit l'archevêque de Cambrai, d'approuver V Instruction sur les états doraison, ne permit pas à celui-ci de douter que ce refus ne l'engage&t dans une controverse très-délicate et très-animée , avec un homme aussi'imposant par son génie et ses talents, que par la considération dont il étoit environné. I Dans une position si difficile, un des objets les plus importants pour sa propre réputation, et pour le succès de toutes ses démarches, étoit de prémunir madame de Maintenon contre tes impressions que Bossuet chercheroit à lui donner, en lui dénonçant le refus d'approuver son livre comme un indice certain de sa complicité avec madame Guyon. Il s'appliqua donc à justifier les motifs de ce refus, en les exposant avec autant de franchise que de fermeté. Pour cet effet, il réunit, le a août 1696, à Issy, chez M. Tronsou, les ducs de BeauvîlUers et de Chevreuse, l'archevêque de Paris et l'évêque de Chartres, et il lenr lut son Mémoire^ dont nous avons la copie originale. On y remarque en tête

(1) Journal de Fabbé Ledieu, cité dans VHUt de Bossuet. (T. m, p. sSi.]

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UVRK TBOISIÈHE. ^9

ces mou, écrits de la main de Fénelon : Mémoire que je Jis pour montrer que je ne tlevois pas approuver le livre de M. de Meaux, et que M. de Paris fit approuver par madame de Maintenon. Ce a est pas sans intention que nous appuyons sur ces circonstances. On verra, dans la suite, que ce Mémoirey qu'il adressa peu de jours après à madame de Maintenon, sbus la forme d'une lettre, fut la principale pièce dont Bossuet se servit, dans sa Relation sur le quiétisme, pour traduire Fénelon devant le public, comme complice, et, pour ainsi dire, comme fiiuteurde tous les égarements de madameGuyon(i). Fénelon exposoit dans ce Mémoire les considérations impérieuses qui ne lui permettoient pas d'approuver le livre de Bossuet ; mais il y prenoit eu même temps l'engagement formel de rendre compte au public de sa doctrine sur les matières contestées, et de soumettre cette espèce de profession de foi au jugement de l'archevêque de Paris, de M. Tronson , et des ecclésiastiques les plus vertueux et les plus éclairés de la capiule. L'ardievêque de Paris , Tévêque de Chartres, et madame de Maintenon elle-même, parurent convaincus

(i) Une faut p» confondre le Mémoire , daté dn a août 1696, avec la Letnv à madame de Maintenon , du mois de Hplembre suivant. Le premier se trouve dans le t. IV des Œuprei de Fénelon; l'autre, dan» le t. VU de sa Correspon- «iiw«. Voyez,à coaujet,l'flMl. lit^r. de Fénelon, p. 37. (Énii.)

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3o HISTOIRE DE FÉMELOH.

de ta force des raisons prëseotées par Féaelon ; et l'engagement qu'il prenoît, acheva de les convwncre )3. de sa bonne foi.

II compoH H Telle fiit la véritable origine du livre des Maxi-

30D livre des i u/ i > •■ n

Maxima des '"^^> siqucl FeueloD S appliqua des ce moment avec Sùiais; ardeur, et dont la publication étoit devenue pour pouit'euctitude '"^ ""^^ obligation indispensable, dans les circonde U doctrine stances difficiles où il se trouvoit. Il Ce ne fut donc point par un élan indiscret, comme on l'a quelquefois suppose (i), que Fënelon provoqua les scandales et les malheurs dont son livre devint l'occasion. Son vœu sincère eût été de continuer à garder le silence qu'il s'étoit prescrit sur ces matières. Il y a tout lieu de croire que le chancelier d'Aguesseau ignoroit tous ces détails, lorsqu'il a écrit que Féneton s'étoit donné à lui-mérne h, mission de purger le quiétisme, de tout ce que cette secte avait d'odieux (2).

Fénelon avoit pris l'engagement de ne rendre son ouvrage public, qu'après l'avoir soumis à l'examen de l'archevêque de Paris et de M. Tronson. Conformément à cette promesse, « il remit au pré- « lat (3) le manuscrit de son Explication des Maxell] VoyCB, à ce sujet, l'Blsl. litt, de Fénelon, U" partie, n. 7t,p. 113.

(a) D'Aguesseau , Mémoires sur les t^aires de t Église de France. {OEmres, in-4'*, t. XIU, p. 169.)

(3) Sépaïue à la Relation sur le ijulétùme, ohsp. VI,

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