LIVRE TBOISliME. l8t
liërésîes oaitre et croître à l'ombre des illusions d'une perfection chimérique, et trouver des protecteurs dans la piété même des homnies les plus vertueux (i).
La Réponse de Bossuet, doot nous venons de rapporter des passages si remarquables , laisse cependant apercevoir qu'il ne se dissimuloit pas à luimême, que le public avoit accueilli avec une faveur marquée les derniers écrits de Fénelon. Il fait même entendre assez clairement, qu'il étoit alors dans l'intention de ne plus rentrer dans une discussion directe avec lui.
Il paroît en effet que les adversaires de Fénelon , un peu déconcertés par le succès et l'énergie de ses défenses, firent plusieurs fois intervenir le nonce du Pape, pour l'engager à garder désormais le silence. Fénelon i-éponditau nonce, « que c'étoit toujours à
■ l'accusé à parler le dernier, surtout quandil s'agi»- M soit d'accusations hornbles sur la foi, et que l'ac- « cusé étoit un arcbevê(]ue , dont la r^utation
■ impoi'toit à son ministère ; qu'il ne demandoit luï- R même que la paix et le silence, à être jugé, et à « obéir; que la réponse qu'il se voyoit obligé de
(i) Noos supprimons ici quelques réflexions du cardinal de Bausset, sur les niodra et les considérations qui enfiamuoient s) fort le zèle de Bossiiet dans cetle coutroverse. Ces développements ont trouvé leur place naturelle uu commencement de ce troiaiéine livre, p. i6, (Edit.)
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l8a H18TOIRR DE F^NELON.
■t faire à la dernière attaque de M. d« Meaux , se-
« roit sa dernière défense, si ce prélat ne reprodui-
« sôît pas quelque nouvelle accusation(i). »
NourdiB Fénelon r^>ondit en effet à la lettre de Bossuet ,
refmse de Fe- pgp ^^^ autfes , quî offrent de nouvelles preuves
diii-uuiôii d« '<> fécondité et de la subtilité de son esprit , dans
■iir la naiare yj, genpe ^g coDtroverse dont on ne lui avoit pas
Jf la charité. ° ^
plus soupçonné le goât , qu il n en avoit Contracté l'habitude (a). Bossuet, étonné lui-même, ne put s*empêcber de dire, en les lisant : v M. de Cambrai « a de l'esprit à faire peur (3). *
\ Dans la troisième de ces Lettrés, Fénelon s'at' tache surtout à réfuter l'opinion de Bossuet, sur la nature et les motifs propres de la charité. L'arche-
(i) Les pwotea rapportées ici en gBilIemets, par le cardinal de Bausset, s<œt tirées de plusieurs lettres de Fénelan, en réponse à celles que le nonce lui écrivit, Il diverses reprises, pour l'inviter à attendre en silence te jugement du saînt-siége. Voyes, en particnlier, les LeOrtsde Fénelon au itoace, des a5 février, i^ et 17 mors, et ta mai 169S. {Corrtsp.u vm.p. 443,45oel496;t. IX, p. 63.) (Édit.)
(a) Œuvres de Fénelon, I.VJ, p. a3S, etc.
[3) It ne paroît pas que Bossuet ait dit ces paroles à l'occasion des Lettres dont il est ici question. Ces paroles, qui regardent généralement tous les écrits publiés par Fénelon pour la défense de son livre, se trouvent dans un écrit pnblié par Bossuet, vers la fin de cette controvn^e, à l'o^ CRsian delà censure fhite par plusieurs docteurs, de donie propositions tirées du livre Am Maximej, {OBnpre* ite Botmet, t. XL, p. 394.) (^o"-)
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UVKS TBOfSIJtMB. l83
véque de Cambrai ëtoit d'autant plus fonde à insister sur ce point, que l'ëvéque de Meaux, nonseulement persi^toit à soutenir, en cette matière, une opinion contraire à l'enseignement commun des écoles catholiques, mais fondoit principalement sur cette opinion ses difficultés conb« le livre des IHojcimes. Dans la Réponse dont nous venons de parler, il représentoît encore le sentiment de Fénelon , sur la nature de la charité , comme le point décisif, qui rert fermait la décision du tout{ i ) ; et il prétendùt réfuter victorieusement tous les arf;uments que l'archevêque de Cambrai avoit apportés il l'appui de son opinion.
ILa question, sur ce point, consistoit principalement à savoir, si le motif de la béatitude est essentiel à tous nos actes, comme Bossuet le prétendoit; ou si nous pouvons faire entièrement abatraction de ce motif en certains actes, et particulièrement dans l'acte de chanté, que Fénelon, avec la plupart des théologiens, croyoit uniquement fondé sur le motif de la perfection absolue de Dieu, indépendamment de la béatitude qu'on trouve en lui{%) ? Fénelon avouoit t que l'inclination naturelle « et indélibérée de la béatitude est invincible, comme a l'amour de la vie, en ce sens cju'on ne peut l'ar-
(i) Répome h quatre Lettres de M. Cambrai ^n. 19. {OEu~ vres tieSùssuet, t. XXIX, p. 61.) (a) \ayez ci-dessus,^t. I", p. 367, 400, etc.
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l84 HISTOIRE UE ECHELON.
« racher entièrement, et cesser de la ressentir; • mais il ajoutoit a qu'on peut ne la suivre point dans tt les actes délibérés, de même qu'on peut, sans
■ s'arracher rinclination indélibérée pour la vie, se u résoudre délibérément à mourir (i)- >
Bossuet croyoit réfuter ce raisonnement de la manière la plus victorieuse , en disant à Fénelon : « Avouez la vérité, Monseigneur; vous ne crevez pas
■ avoir rien à dire , ouavoirrien proposé de plus spé- « cieux que cet argument ; mais il tombe par ce seul a mot : On peut bien sacri6er la vie mortelle à quel- « que chose de meilleur, qui est la vie bienheureuse ; « mais lorsque vous supposez qu'on puisse sacri6er a la vie bienheureuse, il faut que vous ayez dans « l'esprit quelque chose de meilleur, à t^uoi on la * sacrifie; et toujours on deviendra, ou heureux « en la possédant, ou malheureux si on la perd (a). »
t Fénelon, bien loin de croire ce raisonnement décisif, s'étonnoit que Bossuet pût le proposer avec tant de confiance ; il croyoit y répondre d'une manière péremptoire, en faisant observer que la béatitude de l'homme étant, de l'aveu de Bossuet, moins excellente que la gloire de Dieu, doit par conséquent
(i) 3* Lettre en réponse aux Divers écrits, n. 8. Voyei! aussi la 4' Lettre, n. 5. {Œuvres de Fénelon, t. VI, p. 104 et 14».)
(a) Réponse à quatre Lettres de M. de Cambrai, n. a6, p. 87.
UVKE TSOISIÈME. l85
lui être rapportée, selon la règle naturelle qui veut que la chose moins par&îte soit rapportée à la plus parfaite. « Vous avouez, disoit-41 à Bossuet, que la A béatitude de l'homme et la gloire de Dieu sont « deux choses : de plus, vous reconnoissez que l'une,
■ qui est la gloire de Dieu, est plus excelienle en
« dle-m^me que l'autre, qui est notre béatitude
« Si on rapporte, selon la règle, l'une à l'autre, « c'est-à-dire, la moins par&iteà laplus excellente, a celle qui est rapportée, loin d'âtre la dernière, « n'est plus qu'un moyen par rapport à celle qui « est la seule véritable Bn dernière. Direz-vous , « Monseigneur, ce qui est inouï dans l'Église, sa-
■ voir, cfu'on ne rapporte point l'une de ces deux a Bns à l'autre, parce qu'elles sont inséparables ? fl Direz-vous que, comme nous devons désirer notre
■ bonheur pour la gloire de Dieu , nous devons « également désirer la gloire de Dieu pour notre « bonheur ? Ne seroit-ce pas nous mettre en éga- « lité avec Dieu, par un rapport égal et réciproque « de notre béatitude à sa gloire, et de sa gloire à n notre béatitude? Avouez donc qu'il est essentiel « que la créature rapporte son bonheur, comme fin
■ subalterne, à la gloire de Dieu , comme à son « unique fin dernière, sans rapporter jamais la gloire «de Dieu à son boDheur(i). »
(i) 3* Lettre en réponse à celle de M. de Meattx, n. ii. (Œuvres de Féneion , t. VI, p. 35S-36o.j Oo peut voir, à
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Itfb HISTOIRE DE VKRKLON.
es.
Tirùiiom Plein de confiance dans la solidité de cette rë-
etirtifio«repro- „QJ^gg l'archevêque de Cambrai termine sa lettre, ché*àBouDet. r ' t »
en reprochant i Bossuet ses variations et ses ai-tifices dans la suite de cette controverse, a II est «impossible, lui dit-il (i), de vous suivre dans « toutes les objections que vous semez sur votre « chemin ; les difficultés awssent sous vos pas. Tout « ce que vous touchez de plus pur dans mon texte, ■ se convertit aussitôt en erreur et en blasphème: a mais il ne faut pas s'en étonner ; vous exténuez a et vous grossissez chaque objet selon vos besoins, « sans vous mettre en peine de concilier vos expres- « sions. Voulez-vous me fadliter une rétractation? v vous aplanissez la voie ; elle est si douce cju'elle « n'effraye plus ; ce n'est, dites-vous, qu'un éblouis- H sèment de peu de durée. Mais si l'on va chocher a ce que vous dites ailleurs pour alarmer toute 1*É- « glise, pendant que vous me fiàltez ainsi, on trou- H vera que ce court ébhuissement est un malheit- B reiix mystère, et un prodige de séduction.
« Tout de même, s'agit-il de me faire avouer que H j'ai été entêté des livres et des visions de madame
l'appui de ce raisûnnement , la lettre en réponte au 8<moL* iiiTUTO,n. 6. [T.yia.,y. ili,) — Hist. litiér, de Fémehn, II" partie , n. loi , etc. (Ëdit.)
(i] Dans les éditions précèdeates de cette Histoire, ce passage étoit cité un peu plus bas, parmi d'autres fragmeuts de quelques écrits postérieurs. (Énii.)
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LIVttE TROlSlilHE. 187
« Cuyon? TOUS rendez la chose si excusable, qu'on s est tout étonné que je ne veuille pas la confesser, 1 pour vous apaiser. Est-ce un si grand malheur, a dites-vous, Savoir été trompé par une amie? Mais (T quelle est cette amie? C'est, selon vous, une Pris~ « cille dont je suis le Montan. Ainsi, vous donnez, (t comme il vous plaît, aux mêmes objets, les formes A les plus douces et les plus affreuses (1). »
I C'ëtoit avec le plus vif regret , que Fénelon se voyoit réduit à la nécessité de fiiire à Bossuet de semblables reproches , pour repousser des accusations qui attaquoient tout ensemble la pureté de sa foi et l'honneur de son ministère. Aussi necessoit-il de soupirer après la décision solennelle, qui devoit mettre fin à ces tristes discussions. || « Quand « voulez-^ous donc que nous finissions? disoit-il à « Bossuet (1). Si je pouvois me donner le tort et
(1) i' Leur* ea réponse à celle de Bossue! ^n. 14. (T. VI, p. 365.) Pour l'ialelligeace de ce passage , il faut se rappeler que MoDtan, hérétique du deuxième siècle, qui voulott passer pour le Saint-Esprit , menoit avec lui deux femmM de matlTaiie vie, Priscille et Maximille, qu'il faisait regarder comme prophétesses. Bossuet, dans la Relalioit sur le quiétUme, publiée quelque temps avant les trots Lettres de Fénelon doDt il est ici question, avoit présenté sous un jour très-odieux tes anciennes liaisons de pL^nelon avec madame Gujon , jusqu'A dire que cette Priscille ainlt trouvé son Montan pour la défendre. {Relation , XI* sect. n. 6, p. 6il9-) (Édit.)
(s) Lettre en réponse aaScB.OiUkVK voro, a. ^.{Œuvres de Fénelon, (.VIII, p. iSg.)
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letf uisToiaE UK bbvelos.
« vous laisser un plein triomphe, pour finir le scan- K dale et pour rendre la pais, à l'Église, je le ferois s avec joie. Mais en voulant m'y réduire avec <c tant de vëhémence, vous avez fait précisément « tout ce qu'il falloit pour m'en ôter les moyens... f Vous m'attribuez les impiétés les plus abominaa bles, cachées sous des subterfuges (^guises en « correctifs. Malheur à moi , si je me laisois ! Mes s lèvres seroient souillées par ce lâche ^lence, qui
s seroit un aveu tacite de l'impiété Que le Pape
a condamne mon livre, que ma personne demeure a à jamais flétrie et odieuse dans toute l'Église; (I j'espère que Dieu me fera la grâce de me taire, a d'obéir, et de porter ma croix jusqu'à la mort. Mais <t tandis que le saint-stége me permettra de moo- « ti'er mon innocence, et qu'il me restera un souffle u de vie, je ne cesserai de prendre le ciel et la terre « à témoin de l'injustice de vos accusations... »
« Je ne veux pas me juger moi-même, ajouloit « Fénelon , dans un de ses derniers écrits contre « Bossuet (i); c'est le lecteur qui doit nous juger. « En effet , je dois craindre que mon esprit ne s'ai- « grisse, dans une af&ire si capable d'user la pa- B tience d'un homme qui seroit moins imparfait que <r moi. Quoi qu'il en soit, si j'ai dit quelque chose a. qui ne soit pas vrai , et essentiel à ma justifica-
(i) Lettre sur la Réponse aux Préjugés décisifs, n, i". [pEitores, t. VIII , p. A 7 3 , etc.)
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