‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 36 sur 111 · LIVRE TROHikxE · texte numérisé non relu

LIVRE TROHikxE

t tion ; ou bien , si je l'ai dit en des termes qui ne K fussent pas nécessaires pour exprimer toute la force a de mes raisons, j'en demande pardon à Dieu , k n toute l'Église et à tous . . . Mais où sont-ils ces ter- K mes que j'eusse pu vous épargner? du moins, marte quez-les-moi. En les marquant, déBez-vous de votre K délicatesse. Peut-être prend-«lle pour une insulte, « ce qui n'est que la preuve claire de quelque" vë- « rite fâcheuse que vous m'avez contraint de vous « dire. Jprès m'avoïr donné si souvent des injures 1 pour des raisons, tiavez-vous point pris mes rai- « sons pour des injures?

« Ilest vrai que j'ai répondu longtemps au « style le plus acre et le plus hautain, du ton le a plus simple et le plus patient. C'est cette dou- « ceur, dont vous me dites que je m'étois paré. <t On la toumoit contre moi ; on disoit que je

■ parlois d'un ton si radouci, parce que ceux qui « se sentent coupables sont toujours timides et

« hésitants Enfin, j'ai cru devoir à la vérité,

a de la soutenir d'un ton plus ferme. Peut-être « ai-je ensuite un peu trop élevé ma voix; mais le a lecteur peut observer que j'ai évité beaucoup a de termes durs, qui vous sont les plus familiers. « Plût à Dieu que j'eusse pu vous épargner de m£nie

■ ce que ces termes signifient! Mais, loin de

■ vouloir prolonger' cette dispute, j'en déplore am^

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190 HISTOIRE J>£ FiSEhOS.

K rementlescandale(i). Nous sommes, vous et moi, « l'objet de la dërisioa des impies; et nous faisons o gémir tous tes gens de bien. Dieu jugera celui K qui est le vrai auteur de tant de maux. Mais en-

H fis , la dispute s'échauffe de plus en plus.

« Que les autres soient hommes, c'est ce qui ne a doit pas surprendre ; mais que les ministres de « Jésus-Christ, ces anges des Églises, donnent au a monde profane et incrédule, de telles scènes, c'est s ce qui demaade des larmes de sang. Trop heureux « si , au lieu de ces guerres d'écrits, notis avions tou- « jours fait le catéchisme dans nos diocèses, pour a apprendre aux pauvres villageois à craindre et « aimer Dieu ! »

En lisant ces dernières lignes, ne seroit>-on pas tenté de croire qu'elles soQt de Bossuet, par le mouvement oratoire qui les anime, et par la noblesse g3 de l'idée, jointe à la simplicité de l'expresùon ?

Stge lenteur Tandis que la France entière, spectatrice de ce

iD sicgc violent combat entre les deuxmembres les plus illus-

dans leumeD . r

du livra; très de son Église, atteudoit, avec uu intérêt mêlé

d'incertitude, de quel côté la victoire se déclare-

roit, Rome procédoit a l'instruction du jugement,

avec une sagesse et une impartialité dignes des plus

grands éloges. Le saint-«iége voulut mettre , dans

l'examen dulivrede l'archevêque de Cambrai, un ap-

<t) XMbv citée, u. iSj LVllI.p. 5t$.

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dan» l'eumeD

du livra portage de>

UVBX TBOISIÈJIE. igl

pareil et une solenaitéqui attestoient leségardsdusà deux grands évéques et à l'îutei'vention de Louis XIV. Quoique la forme dans laquelle ce prince avoit exprimé l'importance qu'il altachoit à cette affaîi-e, laissât assez entrevoir la faveur qu'il accordoit à l'une des parties, et sa prévention contre l'autre; Innocent XII ne crut point qu'il convînt à la dignité de l'élise romaine, à la gloire de la religion, ni aux intérêts de la vérité, de s'abandonner aux mouvements variables et irréguliers d'une politique pi-o- Ëine. Les examinateurs, nommés au mois de septembre i697,employèrent une année entière à l'exameo du livre des MaximeSy et des divers écrits publiés à cette occasion par les deux parties. Soixantequatre séances, de m. ou sept heures chacune , furent consacrées a l'analyse du livre. Les seuls examinateurs assistèrent aux douze premières ; mais une opposition très-vive et très-animée s'étant fait remarquer entre eux, dès le principe, le Pape nomma , au mois de janvier 1 698, les cardinaiu Noris et Ferrari , deux des membres les plus instruits du sacré collège, pour présider aux congrégations, et modérer la vivacité des disputes.

j Après huit mois d'examen (i), les dix examma-

(i) Sur les détails de cet examen , la lecture attentive de la Cwiespondance de Bossuet et de celle de Fénelon, nous a mis dans le cas de modifier un peu le récit du «antinal de Bausset. (ÉDiT.)

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tgl HIStOIRE bE ÏENELON.

teurs se trouvèrent tellement partagés, que cinq étoient favorables au livre des Maximes, et cinq seulement lui étoient contraires; ces derniers même ne s'accordoîent entre eux, ni sur les endroits du livre qui leur paroissoient répréhensibles, ni sur les gualijîcations qu'on devoit leur donner. Mais, api'ès quelques conférences tenues etitrc eux, séparément des cinq autres, ils convinrent de Ire/ifehuit propositions qui leur sembloient dignes de censure, et qu'ils réduisirent bientôt après à dix, sur les représentations des cinq examinateurs favorables au livre (i). Ce résultat fut communiqué, par les- dix examinateurs ensemble , à la congrégation du Saint-Office, et discuté en sa présence dans plusieurs séances, tenues depuis le mois de mat jusqu'au mois de septembre (698, et auxquelles te Pape lui - même voulut souvent assister en personne. L'afTaire fut ensuite discutée secrètement, selon l'usage, dans la congrégation du Saint-Office (2). \ Nous verrons ailleurs quel fut le résultat de cette dernière discussion; mais les détails que nous ve-

(1) Voyez, à l'appui de ces faits, la Corresp. de Fénelon, mai et juin 1698. (T. tX, p. 93 , 101 , 116, 14I, 1S6, et alibi passim.) Les trente-huit propositions dont il est ici (jnestioa, sont rapportées textuellement dans la Corresp. /le Bossuet. (OEitçres, t. XLI, p. 371, etc.) (Éiht.)

(a) Corresp. de Fénelon, depuis le mois de juin jusqu'au mois de décembre i6g8, (T. IX, p.aiy, aafi, 474> 481 ,«f atihi passim.) (Édit.)

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Livnn Titoisi^E. 193

lions de (lonnâr autorisent naturellement à penser, que le sujet de cette controverse devoit être par lui-même très-obscur et très-subtil, ou que les explications offertes par Fénelon avoient ëclairci, |t eus yeux de plusieurs savants théologiens, u ce que sa doctrine renfermoit d'équivoque et de hasardé; puisque, sur les dix examinateurs qui la discutèrent pendant une année entière, cinq votèrent constamment en faveur de son livre : il est vrai que leur opinion étoit fondée en grande partie sur les explications fournies par l'auteur. 54,

L'abbé Bossuet fut violemment affecté de ce par- Animouié d« lage entre les examinaleurs. Il ne manqua pas, ii,puiatioii d'après son propre caractère, de l'attribuer aux in- ridicule ronir* trigues des partisans de l'archevêque de Cambrai , et à l'influence du cardinal de Bouillon.

T^ correspondance de Bossuet avec son neveu laisse malheuretisemeot apercevoir qu'il adopta trop facilement les préventions de ce dernier (1). Luimême étoit si convaincu que la doctrine de Fénelon renfermoit les erreuivs les plus monstrueuses^ il avoit annoncé avec tant d'assurance, au Roi , à taa- d.ime de Maintenou, au public, à toute l'Église, que ces erreurs seroient foudroyées par le saint-siége, aussitôt qu'elles auroient frappé l'oreille du Vicaii-e

(1) Voyez les tomes XLI etXLII des Œuvres de Batsaet. [£diti<in de F'ersaiUes.)

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1^4 HISTOIRE DE FÉfTELON.

de iésus-Christ, qu*it fut aussi surpris que déconcerte du partage des examinateurs. Il fut surtout effrayé de ce que lui mandoit son neveu, en ces termes: n Ijc Pape, ces jours passés, a dit que Taflaire n'étoit a pas si claire (i). »

Dans cette disposition, H crut devoir se prêter aux vues de son neveu, et les proposer à Louis XIV et à madame de Maintenon. C'étoit d'ojçoser des coups de fOTCè et d'autorité aux prétendues intrigues des partisans de l'archevêque de Cambrai ; de frapper ses parents et ses amis les plus chera, pour intimider tous ceux qui auroient été portés à lui accorder leur appui; et d'annoncer à toute l'Europe que la disgrâce de ce prélat étoit irrévocablement prononcée.

L'abbé Bossuet consacroit tontes ses lettres à provoquer ces mesures violentes. «Qu'est-ce que le Roi K attend, écnvoit-il à son oncle, pour ôter à M. de « Cambrai le préceptorat? Vous ne sauriez trop dé- «( pêcher ce que vous avez à foire contre M. de « Cambrât (a). » II mettoit le même acharnement à difibmer la personne de l'arehevêque de Cambrai, qu'à détruire son crédit. « Il ne faut pas hésiter, a disoit-il , d'envojpcr tout ce qui fait connoître l'at- « tache de M. de Cambrai pour madame Guyon et

(i) Lettre lie l'abbé Bossuet à spn oncle, du i" aïrîl 1698. (OEiivres, t. XLI, p. 149.)

(a) Lettre de l'abbé Botiaet, ao mai 1698. {Ibid. p. 217.)

LIVHK TROlSifeMJ'.. ItjS

aie P. Lacombe, et leur doctrine sur les mœars; a cela est de la dernière conséquence (i). »

La passion des ennemis de Fénelon les porta jusqu'à fouiller dans les lirres les plus obscurs et les plus ignores, pour lui chercher des crimes. Le fiimeux Bumet, depuis évéque de Salisbury, avoit fait imprimer à Amsterdam, en 1688, un petit livre où il disoit : « Les Quiétistes ont en horreur les super- « stitions romaines ; et ils veulent les ensevelir dans R l'oubli, en ne tes enseignant et en ne les pratiquant

■ point, aussi bien que l'abbé de Fénelon (3). » C'étoit au sujet d'un chapitre du traité De F Éducation des filles, publié cette même année 1688, par l'abbé de Fénelon, et qui n'avoit aucun rapport à la doctrine des Quiétistes (3). On se hâta d'envoyer à Rome ce petit livre, comme pièce de conviction contre l'auteur du livre des Maximes des saints ; et l'abbé Bosmiet, enchanté, écrivoit à son oncle ; « J'ai été « ravi du petit livre touchant M. de Cambrai; il y « est nommé, et bien nommé ; et cela fera ici un effet

■ terrible contre lui (4). »

(i) LeUre du 1" avril i6j8. {Ièid.p. 146.)

(a) Ce passage est tiré du livre de Burnet qui a pour

titre : Becueil de diçersfs pièces concernant h quiétisme. Ams~

Urdam , 1688, p. agS. (Édit,)

(3) Le passage citw par Bumet, se trouve à la fin du cbap. VII du traité De l'Êducaiian des fille*, (CEuvrvt de Fénelon, t. XVU, p. 63 et 64.) (Édit.)

(4) Lettre du 1 1 février 1698. (ÛBw/w de Bauitel, t. XU, p. 61.)

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196 HISTOIRE DE FéltELON.

On sera peut-être curieux de savoir à quoi aboutit le terrible effet de cette ridicule Bccusatioo. Fënelon répondit (i) : « qu'en 1688, il ne connoissoit a pas seulement madame Guyon ; qu'il étolt même « alors prévenu contre elle, sur des bruits coafus ; a que lui-même n'ëtoit connu à cette époque, dans a le public, que par ses deux traités De F Education V- des fdles, et du Ministère t/es pasteurs ; que ces « deux ouvrages, bien loin d'élever des soupçons sur o la pureté de sa doctriae, avoient contribué à fixer «I le choix du Boi sur lui , pour la place de précepte teur ; » choix qui avoit été applaudi de la manière la plus forte par Bossuet.

Mais une réponse bien plus tranchante, et qu'il est assez singulier que Bossuet n'eût pas prévue , c'est que, dans ce même livre, le docteur Burnet signaloit "le cardinal Le Camus, le célèbre abbé « Fleury-y et Bossuet lui-même, comme aussi oppoo ses gue Fénelon et les Quiétistes, aux supersti- « tions romaines . Vous voilà donc, écrivoit Fénelon « à Bossuet, quiétiste comme moi. Dieu voit, et les K hommes verront un jour à quoi vous avez recours s pour me noircir (a), n Une réponse aussi pérem-

( I ) Réponse aux Remarques de M. l'évéque de Meaux; § 5. {Œuvres de Fénelon, I. VII, p. 36.)

(ï) Réponses aux Remarques de M. l'évéque de Meaux. [Ibid. p. 37.) On peut voir, à l'appui de lout ceci , la Lettre de Fénelon h l'abbé de Ckanterac , du 3o octobre 1698, {Corrtsp. t. IX, p. 579.} (ÉniT.}

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