LIVRE TROISliîME
sacr^, de rendre hommage n la vérité, et de inériter son pardon par un sincère aveu de ses fautes. Madame GuyoD oe dissimula point son ëtonaementjlorsqu'elle entendit lire la singulière lettre du P. Lacombe, qu'on ne voulut pas même laisser entre ses mains. Elle conserva cependant assez de présence d'esprit pour soupçonner ta vérité, et répondit tranquillement, « qu'il falloit que le P. Lacomlie fût devenu « fou. B L'archevêque de Paris se persuada que cette tranquillité apparente annonçoit Vopimâtreté d'une femme qui ne peut consentir à se reconnoître coupable ; et il obtint qu'elle fût transférée à la Bastille, pour procéder plus facilement aux interrogatoires et aux confrontations. En attendant, on s'empressa de faire passer à Rome les deux lettres du P. Lacombe à l'évêque de Tarbes et à madame Guyon. On se flatta qu'elles feraient impression sur l'esprit du Pape et des cardinaux, et qu'elles ébranleroient les examinateurs favorables à Fénelon. On ne peut douter, par les lettres de l'archevêque de Paris et de Bossuet, qu'ils ne fussent persuadés de très-bonne foi que le directeur et la pénitente étoient réellement coupables; et une lettre de madame de Maintenon à l'archevêque de Paris, du 9 septembre
p. 79, etc.} Voyez aussi, à ce sujel, la Lettrt de La £tetlerle, du 10 janvier t733, et celle de M. Diipuy au marquit de Fénehn, du S février siiivaDt, I^Jbid. t. XI, p. 79, etc. ii9,etc.) (Édit.)
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loo Histoire de fénelov.
1698, donna lieu de penser qu'elle partageoit la
même opinion (i).
L'abbé Bossuet promettoit de si merveilleux effets de toutes ces honteuses dénonciations, si peu dignes de figurer dans une cause où de grands évoques étoient intéressés, qu'on crut n'avoir rien de mieux à faire que de suivre ses inspirations (3). « Ces deux « pièces, écrivoit-îl, feront plus d'impression que « vingt démonstrations théologiques. Voilà les a ai^umenls dont nous avons le plus de besoin. » On est UD peu étonné d'entendre ce langage, dans la bouche d'un neveu de Bossuet, adressé à Bossuet lui-même.
Mais tout ce misérable échafiiudage s'écroula subitement. On ne tarda point à s'apercevoir que le P. I>acomhe étoit totalement fou; et on fut obligé de le placer en cette qualité à Cbarenton , où il mourut l'anaée suivante, dans un état de démence absolue. On eut soin de tenir cette nouvelle secrète, pendant plusieurs mois; on étoit embarrassé de tout l'éclat qu'on avoit donné aux déclarations d'un pa-
. (t) Lettres de madame de Maintenon , t. III , p. lao. — Corretp, de Bossuet; (Muvrts , t. XL1, p. ai3, a34> ^A^i a47t 34S, etc. Od a vu plus haut (t. I"', p. 409 , note, et p. 41a) quels pouvokot être les fondemeals de cette opinion. (Édit.)
(a) Voyez les Lettres de fabbé Bostuet à son oncle, indiquées dans la note précédeDte.
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reil personnage. Quant à F^iielon , i) fut coastaté n qti il n'a*'oit jamais vu le. P. Lacomùr, qu'il ne a lui avait jamais écrit f qu'il iC avait jamais 0 reçu (le ses lettres ; en un mot , qu^il n'aiHtit a jamais eu aucwi rapport flirect ou indirect avec
I/abbë Bossuet fut plus heureux dans le succès (l'un projet qu'il proposoit depuis longtemps à son oncle. Il ne cessoit de l'inviter, ainsi que l'archevêque de Paris , à obtenir du Roi quelque acte éclatant, qui montrAt à la France et à Rome que l'ai-chevêque de Cambrai étoit entièrement perdu dans son esprit. Bossuet et l'arclievêque de Paris n'ëtoient que trop disposés à accueillir cette idée. Leur controverse avec FéneloD avoit pris un caractère si animé, leur honneur se trouvoit si fortement engagé au succès de ce combat, qu'ils entrent devoir se prêter à tous les moyens qui dévoient le décider en leur faveur. D'un côté, l'abbé Bossuet leur annonçoit assez indiscrètement, qu'il ne pouvoit plus répondre de la condamnation deFénelon; de l'autre, ces deux prélats ne pouvoient s'accoutumer à l'idée de se retrouver, avec l'archevêque de Cambrai, dans une cour où il n'auroit reparu qu'avec un avantage marque sur ses rivaux.
( i) Voyez à ce sujet Itl Corresp, de Fénelort, t. VII, p. !\hv, t. IX, p. a6,iio, 1,11.
de U loiir.
Juin i0gS.
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aoa HISTOIRE DE FiNEIiOH.
11 ne leur fut pas difficile de faire entrer madame de Maintenon dans leurs vues; elle avoit elle-même trop aimé et trop maltraité Fénelon, pour que la confiance et l'amitié pussent jamais renaître entre eux. IjS» sentiments opposés qu'elle avoit éprouvés pour lui n'avoient si longtemps combattu dans son cœur, que pour laisser prévaloir l'humeur et l'irritation (i). Ix>uis XIV avoit plutôt de l'éloignement que du goût pour Fénelon ; et on obtint aisément de lui un sacrifice qui n'exigeoit aucun effort de sa part (a).
Le 2 juin (1698), le Roi ôta le titre de sousprécepteur à l'abbé de Beaumont, et celui de lecteur à l'abbé de Langeron (3). Le premier étoit propre neveu de Fénelon ; le second , son ami le plus tendre et le plus fidèle. MM. Dupuy et de L'Ëschelle, faisant les fonctions de sous-gouverncurs, sous le titre de gentilshommes de la manche, eurent
(1) Sur les motifs de la disgrâce de Fénelon auprès de madame de Maintenait, voyei le n. V des Pièces justifie. i)e ce m' livre.
(1) Ce jugement du cardinal de Bausset, sur les dispositions de Louis XIV à l'égard de Fénelon, {laroit avoir besoin de correctif, comme nous l'avons déjà fait remarquer. (Ci-dessus, p. 5a, note i.} (ÉniT.)
(3) Sur les circonstances de ceUe affaire, voyw la Corresp. de Bossuet tt celle de Fénelon , \\im i6q'&. Remarque! en particulier les pièces indiquées en note , dans le t. IX de la Corresp. de Fénelon , p. i47 1 etc. (Édit.)
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