‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 39 sur 111 · LIVRE TROISIÈUE. ao · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈUE. ao

ordre , le mËme joui-, de quitter la cour, et perdirent leurs places. Le prétexte de leur renvoi fut leur goût pour les maximes de spiritualité de l'archevêque de Cambrai; et le véritable motif, leur tendre et inviolable fidélité pour lui. Les uns et les autres étoient attachés depuis neuf ans à l'éducation du duc de Bourgogne , et on a vu quelle avoit été cette éducation ; ils furent renvoyés sans recevoir la plus foibte récompense de leurs services. Ou punit ausû sévèrement les hommes estimables qui avoient changé en vertus les vices du duc de Bourgogne, que s'ils lui eussent donné des vices et étouffé ses vertus. On a de la peine à reconnoître, dansune pai-eille conduite, la grandeur et la générosité de Louis XiV; mais on lui avoit représenté sous des couleurs si odieuses la doctrine de Fénelon et le danger de ses maximes, qu'il crut voir ta religion des princes ses petits-lils, exposée au péril le plus imminent.

Peu s'en fallut que le célèbre abbé Fleui-y, alors sous-précepteur, ne fdt enveloppé dans la disgrÂce de tous les amis de Fénelon. Il lui devoit sa place; et c'étoit sur lut que Fénelon se reposoit , pour instruire le duc de Bourgogne dans tout ce qui concemoit la science et l'histoire de la religion. L'abbé Fleury, étranger à tous les partis et à toutes les intrigues, se bornoit a remplir ses devoirs. Sa modestie et sa méfiance de lui-même ne lui permirent de prendre aucune part à l'affaire du quié-

3o4 HISTOIRE DE FÉNELOX.

tisme ; maïs sa reconnoissaiice et sa vénération pour Fénelon pouvoieiit être traduites comme un tort auprès des personoes prévenues. Cependant Bossuet eut ta générosité de le situver; c'est l'expression dont il se sert dans une lettre à M. de la Broue, évéque de Mirepoix, du i5 juin 1698 (1). Il ajoute, dans une lettre à son neveu , du Ho juin suivant : H L'abbé Fleury n'a été conservé que parce que j'en ff ai répondu (2). » On peut dire , qu'en cette occasion Bossuet veilla à sa propre gloire. Bien n'eût fait un plus mauvais effet, dans le public et dans l'opinion de la postérité, que d'étendre la persécution sur un homme tel que l'abbé Fleury, qui étoit assez défendu par sa vertu et par le respect public. n Le duc de Beauvilliers lui-même n'écliappa qu'avec peine à cette persécution. Plusieurs lettres de madame de Maintenon à l'archevêque de Paris nous apprennent, qu'elle pressa vivement I^uis XIV de l'envelopper dans la disgriice commune à tous les amis de l'archevêque de Cambrai (3) ; mais la haute estime du Roi pour le duc de BeauviUiers fit d'abord

(1) OEttoresde Boiiuet, t. XLI, p. aSa.

(a) Ibid. p. 183.

(3) Lettres de madame de Maintenon; t. m , p. 84 et 86. C'est à tort ciueLaBesumelle a mis ces deux lettres prmi celles de 1697; elles sont évidemnient de 1^98, comme on l'a fnil remarquer (latis le t. IX delà Cnrresp.de Fénelon,

p. 148. (ÉDIT.)

:dbvGoogIe

LIVBB TKOISlàHE. Ao5

différer l'exécution de ce projet, auquel le Roi renoQça bientôt absolument, par suite des avis modelés de l'archevêque de Paris, comme on le verra plus bas (i). Il ^^

Rien n'égale les transports de joie qu'éprouvèrent Joie ds l'abbé à Rome l'abbé Bossuet et l'abbé Phélippeaux, en ap- "°^^'*"' prenant ces nouvelles (a). « On ne pouvoit nous il pn»oque

■ envoyer, écrîvoit ce dernier à Bossuet, de meil- »« """'e"" o Icures pièces et plus persuasives , que la nouvelle

■ de la disgrâce des parents et des amis de M. de « Cambrai, et que celle qu'on reçut bier, par un K courrier extraordinaire, que le Roi lui avoit ôtc a la charge et la pension de précepteur (3); cela « seul pourra convaincre cette cour, que le mal est « grand et réel. »

Les adversaires de Fénelon ne trouvoient pas qu'on eût encore sacrifié assez de victimes. L'abbé Bossuet écrivoit à son oncle, le 8 juillet 1698(4) : <f Ne fera-t-on rien, à la cour, contre le P. Valois (5)?

(1] Ci-après, u. 75, p. 13g, etc.

(a) lettre du 34 juia i6y8. [Œurres île Bossuet, t. XLI, p. 16a.)

(3) La nouvelle étoit encore prématurée ; Fénélon ne pei^, dit le titre de précepteur iiu'au moi* de janvier 1699. (Voyea plus bas, n. y6.]

(4) Œuvres de Bossuet. Ibid. p. 3 16.

(5) Les préjugés de l'abbé Bossuet contre le P. Le Valois, Jésuite, alors confesseur des jeunes princes, étaient d'au- Unt plus mat fondés, qu'il s'étoit montré, dès le principe,

:dbvGoogIe

aoti HISTOIRE DE FéfTKLU.V.

« 11 est plus méchant que tes quatre autres qu'on a a renvoyés. Le P. La Chaise el le P. Dez mérite- « roient bien qu'on ne les oubliât pas (r). Ils veu-

très-opposé au qui^tiiine, comme on l'a yu dans le second livre de cette Histoire (t l", p. 4/|8.) Voyez une oourte notice sur ce luligicux , dans le t. XI de la Cormsp, de Fénelon^

p. 370. (ÉDIT.)

(i) L'abbé Bossuet, en s'exprimant si durement contre \f. P. de La Chaise , ignoroit sans doute que ce religieux se déclaroit alors très- Fortement coutre le livre des Maximes, et paroissoit même approuver les mesures de rigueur que le Boi veuoit de prendre contre les amis de Fénclon. Voyez à ce sujet la Corresp. de Fénelon, t. IX, p. 3S6, aSo, 393, Ïû8, etc.

LeP.Dez, JésDitejdontilesliciqaestioD.ctoiEcoDnupour ses talents dans la controverse; et Bossiiet lui-même estimoit beaucoup sa capacité. A l'époque où le livre des Maximes Alt déféré an saînt-siége , il se tronvoit ii Rome, où il avoit été appelé par ses supérieurs, pour le» alTaires de la compagnie. II avoit d'abord peu go&télc sysîéme de doctrine adopté par Féneton, pour la dérenie de son livre ; mais ses conversations avec l'abbé de Chanterac et avec quelques autres théologiens,le firent bientôt changer d'avis; et il se montra dans la suite très-favorable au livre des Maximet, H composa même, pour la dérense de Fénelon, un ouvrage anonyme, publié à Rome , au mois de décembie 1697 , sous ce titre : Riflessioni d'an doUore di Soiio/ta. A l'époque où l'abbé Bossuet écrivoit la lettre dont il s'agit , le P. Dez venok de quitter Rome, pour se rendre k Paris, d'où il de voit, passer en Flandre pour les affaires de son ordre. Il se proposoit de p»sser p«r Camln^ pour voir Fénelon ; mais le Roi lui fit défendre d'exécnter ce projet. (Voyez le Dicthtuiaire de 9to-

:dbvGoogIe

Page 1