‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 40 sur 111 · LIVRE TROISI^MF · texte numérisé non relu

LIVRE TROISI^MF

s lent à présent tout le mal possible au Roi, à a madame de Maintenon , h M. Tarchevéquc de < Paris, à vous, à tout ce qui vous appartient, n C'étoit avec la même indiscrétion , qo'il disoit publiquement à Rome, « que le renvoi des amis et des « parents de Fénelon n'étoit encore qu'un commen- > cernent de tout ce que te Roi se proposoit de faire <r conti-e Tarchevêque de Cambrai. »

A ces menaces, capables de faire impression sur les esprits foibles et timides, il osoit ajouter des imputations du genre le plus odieux , et le plus propres à enlever à Fénelon l'estime de toutes les personnes vertueuses. A peine peut-on se permettre de rappeler des calomnies aussi révoltantes ; mais elles donnent une idée des excès oh la passion peut porter certains caractères , et des épreuves où la vertu la plus pure se trouve quelquefois exposée. Oq ne sait si la candeur avec laquelle l'abbc de Chanterac rend compte à Fénelon lui-même de ces horribles imputations, n'est pas aussi honorable pour l'un que pour l'autre. 11 n'y a que la vertu qui puisse parler à la vertu un langage si simple et si calme. « On tâche ici de faire croire que vous avez eu « une société fort étroite avec cette femme (madame

rwi, artîete Dm. — QEavres de Bossuet, t. XL, p. a88 , 5a8, ii6,$ii,elc. — Convsp. de Fénelon, t. Vin, p. 7a,aoo; L IX, p. laS et 46a. {tore.)

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Su8 HISTOIRE DS SititLOU.

■ Guyon), et qu'il y a du moins un grand ïujet de (c craindre que votre spiritualité et vos maximes « étant les mêmes, vous ne l'ayez suivie dans ses ce désordres , aussi bien que dans ses erreurs. Pour B faire des impressions plus fortes sur les esprits, « on promet, chaque courrier, de nouvelles confes- <: slons de cette femme, et de nouvelles découvertes u de ses abominations ; et en même temps, on publie (c qu'on a ici beaucoup de lettres originales que n vous lui écriviez, qu'on ne veut montrer que dans o l'extrëmité, pour sauver, autant qu'on peut, votre « réputation (iV n Nubie prorcdé Justement fatigué de tant de passions haineuses,

de l'abbé e Chinlemc ;

on aimera sans doute à se reposer, en portant ses uuinbieDFéuekin regards sur un tableau plus doux et plus attachant.

it touché.

A peine ce même abbé de Chanterac, .dont nous ne nous lassons point d'admirer l'amitié fidèle et courageuse, eut-il appris le renvoi de l'abbé de Beaumont (a), qu'il écrivit à Fénelon (3) : « Je crois que « l'abbé de Beaumont est actuellement auprès de « vous, et par là je le trouve heureux, j mais que je a suis occupé des suites qu'aura cette affaire par

(l) Lettre de l'abbé de Chaalerac à Fénelon, 13 juillet ifigS. (Corresp. t. IX, p, aSa.)

(ï) L'ubbé de BeuuiDout, en perdant sa place de sousprécepteur et les appointements qui y étoieot attachés, perdoit le seul revenu dont il joiiissoît.

(3) Lettre du ai juin 1698. {Ibid. p. ao3.j

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LIVKG TROiSiÈMK. -AO^

o rapport à lui! Peraiettez-moi, je vous supplie, K Monseigneur, de vous faire &ire attention que je « suis titulaire du prieure de Carenac, et d'un cano- 0 nicat de Cambrai ; il mériteroit assurément mieux « qUe moi de ptosséder ces bénéfices ; ô ! que de a bon cœur je t'en rendrois te maître, si vous le ju- « giex à propds ; et je vous supplie de vouloir bien H y penser devant Notre-Seigaeur! J'espère toujours a qu'il vous protégera jusqu'à ta fin, lui qui est la « vérité et la vie; il n'y a que lui seul qui vous « puisse soutenir au milieu de tant de combats et K de si rudes épreuves. Que j'ai de consolation de « pouvoir prendre quelque part à vos peines, et de « m'attacfaer toujours plus fortement à vous, pour « le temps et pour l'éternité ! car il me semble que « c'est ainsi qu'on doit être uni devant Dieu, n Tels étoient les amis de Féneton; tels ils se montrèrent pour lui jusqu'au dernier moment. On se doute bien comment Féneton accueillit tine offre aussi délicate; sa réponse porte te même caractère de simplicité qui avoit dicté ce vœu généreux ( i ). « Votre « zèle pour m'nider à porter ma croix, me t'adoucît « beaucoup, mon cher abbé ; mais le prieuré de Caa reiiac est en bonnes mains. Je ne souhaite rien a tant que votre conservation ; je voudrais que vous «eussiez Cambrai au lieu de Carenac. u

(i) LeUre du ii juillet 1698. {Ibid. p. aSo.

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3IO IJISTOIAE DE FEHELOH.

FéoeloD n'avoit pas l^iesoio de toute sa pénétration, pour démêler tes véritables motifs de l'acte de rigueur qu'on venoit d'exercer contre ses parents et ses ainb. « Vous savez, écrivoit-ii à l'abbé de Chante terac ( i ), que MM. de Paris et de Meaux ont fait B cliasser, d'auprès des princes, les deux abbés de « Langeron et de Beaumont; ils l'ont fut pour deux « raisons : la première, pour montrer à Rome comte bien le Roi est déclaré contre moi, et pour chan- « ger par là les dispositions de cette cour, qui pa- « roissoient m'êlre favorables; la seconde, pour « m'ôter l'espérance de retourner k Versailles , si « Borne ne me condamne point, afin de me réduire K à quelque lâche accommodement avec mes parties, « pour y retourna. Je serois bien fôché d'acheter a mon retour par quelque expédient douteux; vous u ne sauriez le dire trop fortement; plus ils aug- « mentent le scandale, plus il faut parler et tenir «ferme jusqu'au bout. Élevez modestement votre (c voix; on fait les derniers eHbrts pour entraîner o le Pape par autorité. Mes adversaires ont voulu M un coup d'éclat qui intimidât les théologiens , o soulevés ouvertement contre eux, et qui imiposât gg a silence au public indigné. »

impresiioD pro> Miùs ce coup d'autoritê ne fit point à Rome tout uiie orne Yeffet que les adversaires de Fénelou en avoieat at-

par la disgrâce ^

dci amis de Fénelon. (,j Lettre d^fij^niSaft. (Corrw/.. t Dt, p. M?)

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LIVHE TIIOISIEME. 311

tendu. On y fat scandalise de cet abus du crédit et de la fareur, dans un moment oi la cause étoit encore soumise un tribunal du juge supérieur, où tes examinateurs étoient partagés de sentiments sur le livre dénoncé, où rien ne poovoit encore faire préjnger légalement si ta doctrine de l'archevêque de Cambrai seroit approuvée ou condamnée. Dans une audience particulière que le Pape accorda à l'abbé de Chanterac , ce bon et vertueux pontife ne put s'empêcher de lui en témoigner son étonnemenl et sa douleur. Dans cet entretien (i), il parut souvent s'interrompre et se parier k lui-même ; et alors ces seuls mots,' répétés plusieurs fois, échappoient de sa bouche : a Expiderunt nepotem, expulerunt « consangaineum, expulerunt amicos; ils ont chassé « son neveu, ses parents, ses amis. »

Ud prélat italien , qui connoissoh parfaitenfént la disposition des esprrts et des partis à Versailles , disoit à cette occasion ,' en faisant atlasion au rôle qu'on étoit parvenu à faire jouer if madame de Maintenon dans cette affoire : Non estita super imm muUeiis. « Il n'est point de colère qui égale la co- K 1ère d*uné femme (a). »

(i) Lettrt de Cabbé de Clianterac à Fénelon, a8 juin 1698. [Ibid. p. ai7.)

(2) Eccli.xxY, a3. — leltrede l'abbé de Chanterac à Fénctm, du aa juin 1698. (Ibid. p. 198.) On a vu plus haut (p. 10a et v>4) que madame de Hainteuon avoit beaucoup »*.

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313 UtSTOISE DE FENELOH.

Les exainînateurg favorables à Pënelon , bien loin de se laisser intimider, élevèrent encore plus hautement la voix, pour vanter sa piété et la pureté de sa doctrine. Bien ne prouve mieux peutûtreavec quelle impartialité rinstruclion de ce grand procès fut suivie à Rome, et avec quelle équité on prononça le jugement.

et publie Bossuet sc disposoît alors à p(»-ter un coup bien M Reiaiioa j^^ flensîble à Fénelon ; nous voulons parler de sa

jui- le qiiietisme. ' ' '

Juin 169g. fameuse Relation sur le qmetisme, le monument le plus afillgfant de cette controverse. Mais nous devons cette justice à Bossuet ; rien n'étoit plus contraire au caractère et aux principes de ce grand homme , que de transformer une question de doctrine en une question de faits et de personnalités indécentes, contre un confrère et un ancien ami. Rien ne prouve mieux combien un pareil rôle blessoit tous ses sentiments et toutes ses idées, que l'espèce de répugnance avec laquelle il s'étoit rendu aux premières instances de son neveu. Dès l'origine du procès, l'abbé Bossuet avoit demandé à son on-

conlribué à la disgrdce des amis de Féneloa. Cependant, pour ae point exagérer ses torts à ce sujet, on ne doit pas oublier qu'en se déclarant si ouvertement contre l'archevèqne de Cambrai, elle suivait les impressions de plusieurs prélats , dont les lumières et la pi^té lui iuspiroieut une entière confiance. Le cardinal de Bausset lui-même a soin de faire cette remarque , en plusieurs endroits de son Histoire. (Ci-desslis, p. aoa; et plus bas, n. 71 et 83.) (Éoit.)

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LIVRB TROISIEME. ai3

de un pi-écis histori(|ue des faits qui avoient donné naissance à cette querelle. Bossuet les avoit réunis dans une relation très-sucçincte, qu'il avoit adressée à son neveu pour son instruction particulière ()); il l'avoit rédigée eu latin , et la lui avoit envoyée manuscrite. Il étoit alors si éloigné de donner à cet écrit aucune publicité, qu'il avoit formellement défendu d'en laisser prendre copie à qui que ce fftt ; il avoit même porté les ménagements jusqu'à exiger de son neveu , de n'en donner communication qu'à un très-petit nombre de personnes, parmi celles qu'il étoit le plus important d'instruire et d'éclairer. C'est dans ces attentions scrupuleuses et délicates qu'on aime à retrouver Bossuet tel qu'il étoit naturellement.

Mais depuis, les esprits s'étoient aigris; les écrits s'étoient multipliés, et avoient pris, des deux côtés, un caractère plus passionné. Bossuet avoit éprouvé de la part de Fénelon une résistance à laquelle il ne s'étoit pas attendu. Les examinateurs du livre de Fénelon, à Rome, étoient partagés d'opinion ; Fénelon s'étoit défendu avec tant d'art et d'éloquence ; ses apologies étoient écrites d'un style si séduisant ;

(j) On la trouve à ta tt-tc; du t. XL des (Xvares de Bosfuet, sous le litre : De Quietismo in Gallîis refulato. Voyez , au sujet de cet fcrît, le t. XL des OEiuret de Bossuet, p. /|57, Sig, 5i6, elc. t. XU, p, 3o5. — Corresp.de Fêneliin, LVlll, p. aiaet a6o-, t. IX, p.'aol, (Édit.)

ai4 HISTOIRE DB F^IfELON.

il avoit su ^lancer par des raispaaemeau si plauûb|es la logique pressante de Bossuet, que )fl piitiljp eu Frauce coiriinençûit à (lotter iifd^cig entre &>ssuet, appuya de sa gloire et de U fi^veur de Louis ^IV, et Fénelon qui n'avoi^ à lui opposer que la beauté de spQ génie et la répu^atioa de S4 vertu. En ud mot , Bossue^ pi^tendpi^ « qu'oq ^^it arrivé à c^ a temps (fe tentatiop, oit les cab^l^, le^ factioos se <x remuent; oii les passions, les jntér^t^ partagent a le monde; où de grands corps et fie graqdes pui»: a sauces ^'émeuTent; ou l'éloquence éblouit les « simples, la dialectique leur tend des lacets, UQfi a métaphysique outrée jette les esprits en des pays (f inconnus ; oii plusieurs qe sachant plus ce qu'ils « croient, et tenant tout dans riodifTéreoce ; sans « entendre, sans discerner, ils prennent parti par « humeur (i). »

Bossuet, inquiet de voir aius) l'opinion publique (]ottaute et indécise, excité par son neveu qui lui tuandoit sans cesse que tout étoit perdu ^ on n'acbevqit de perdre Fépelon, sei dét^mi^a enfin k chaiitger la nature de cette cQUtrqv«rse, eu y introduisant une discussion de faits personneU, qui pouvoient donner à Fénelon un tort réel ou apparent dans les procédés.

Ce fut ainsi que Bossuet se vit entraîné, par i'em-

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