‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 44 sur 111 · LIVRE TaOISlitME · texte numérisé non relu

LIVRE TaOISlitME

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Téque de Paris à faire usage de son credït auprès du Roi, pour l'adoucir en faveur du duc de Beauvilliers. Mais ce ne fut pas sans peine qu'il y réussit; car il eut à surmonter, en cette occasion, le crédit et l'influence de madame de Maintenon, qui se montroit alors, comme on l'a vu plus haut (i), très-peu &vorable au duc de fieauvilUers, et très-peu disposée à accueillir ses «cplicatîons (a).

Le chancelier d'Aguesseau rapporte, dans ses 9téoioires, que ce fut d'après l'avis de son père, que l'archevêque de Paris se détermina sur le parti qu'il avoit à prendre, au sujet du duc de Beauvilliers ,

(i) Ci-dessus, p. ao4.

(a) lettre -de madame de Maintenon à l'anAenéjoe de Paru, imayâa 1698. (RecueildeLaBeaumelle, t. m, p.iio.)

Le cardinal de Bausset , dans les précédentes édiliops de cette Bistoire, ajoute que « l'srchevéque de Paria parvint > peu ji peu à calmer et i satisfaire madame de Maintenon, * en se montrant lui-même satisfait des explications et de la ■ sounÙMion du duc de Beauvilliers. • A l'appui de «jette assertion, il cite quelques fragments d'une lettre de madame de Maintenon à l'archevêque de Paru, insérée dans le Becueil de La Beaumelle, sous la date du 7 août 1698. [Ibid. p. 116.) Mais ni l'un ni l'autre n'ont fait attention, que cette lettre est antérieure d'une année aux événements dont il est ici question ; elle est manifestement du mois d'aoAt 1697; car elle fait mention de la DéclaratÎQtt des trois prélats contre le livre des Maximes, comme d'une pièce tout à fait récente; et de YInsiruction pasioralû de l'archevêque de Paris, sur le même sujet, comme devant paroitre prodiainement. (Édit.)

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ado HISTOIRG I>E PJbfKLON.

doBt 1« sort ^oit retnis ontte 9m mains. | « On cra î « (à là ceur), dit-il (i), qu« Ift disgrâce chi Précëp n leur et de ceux qui lui ^lent le plus attachés t « entralBeroit celle du Genvernenr. La délicatesse a infinie du Roi sar la religion , le fliisoit pencher «vers le parti le plus ligoureux) et après avoir n iirappé le ebef du parti (Fénelon), il lui paroissoit « dangereux d'en épargner le pHacipat appui (le diic • de Beanvillien.) On hii inspira nëanmoiOB, ou il c résolut de lui-même, par tet esprit d'équité qui « lui étoit naturel , de consulter l'archevêque de V, Pans, dont il estirooit alors sincèrement la vertu ^ « avant que de prendre cette grande résolution. I^ « sort du duc de BeauvilUers fut donc renÙB par là ■ entre les mains d'Un iek plus grands etinemts du « qtiiétisme ; et si l'archevéqtte de Paris eât été élevé n dans les principes de Machiavel, il n'auroit pas a hésité à saisir une occasion si favorable, de perdre a un homme qu'il ne pouvoit jamais espérer de ga- 0 ^«-véritiUenlent. f Mais ilfat plus clihitien que « politique ; et se défiàbt de liil-méme, îl ne voulut « se déterminer que par l'avis de mon père , ca- « pahle par scmesprit de sentir toutes les vues de la « plus profonde politique, incapable par cpn cœur icdê suivre jamais d'auli-es môttvemente que ceux a dé U bbrï^iéuËe U pliiS éclairée. Mon père hono-

(i) Œuvres de d'JgueMeau, édît. in-4'', l. XIU» p. 78, et«i^

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UVRB xaoï&iiME. a3i

à l'oit Eioc^r«nëat,daD8 M.deBeauvilIiers, un eiprit « de rbligioD, de modÀ'aûoa et de justice, qui éclae toit dans toute sa conduite. Il ne regardoit sa préci veDtioa pour les mystiques modernes, que comme M une illusion passagère, et comme un éblouisse^ « ment de |ùétë, que l'exemple et l'autorité de Taru chevéqtie de Cambrai avoit causé, mais que la « condamnation ou la rétractatiop de ce prélat dissi- « peroit entièrement^ La qualité d'homme de bien, « qu'il respectoit dans la personne de ce ministre, « élwt pour lui ud si grand titre, qu'il ne croyoit s pas qu'on dût le sacrifier sur de simples soup^

0 çons, ni punir satis retour la foiblesse exfusable « d'avoir trop déféré aux sentiments d'un génie « auasî supérieur et aussi séduisant que celui de « l'ardievéque de Cambrai. 11 se faisoit même un

1 véritable st^rupule^ de contribuer à bannir de la <it cour l'hoOime qui y donnoit le plus grand exemo pie de religion,-et à âter d'auprès du BtH, le plus « vertueux de tous ceux que ce prince hoUoroit de ff se confiance. L'archevêque de Paris, fixé par un « avis d'un si grand poida^ conseilla au Roi de cour < server M. de Beauvilliers dabs tous ses emj^is. »

1 Le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, n'adnure pas moins que le chaaedîer d'Ague$seau, la conduite de l'archevêque de Fàrisj en ce^e occasi<tn } il ajoute n^me ativ détails qu'on, vieat de lire, ^netqbc» circeastaDeea qui font entier^ tdieuK rear

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a3a HISTOIRE DE r^KBLOH*

sortir je noble désintéressement de ce prëlat, et l'estime singulière dont il jouiasoît alors auprès du Roi. «.Ce prince, poussé par les trois évêquessurle fond « de Taffaire, et pressé par madame de Maintenon, « qui, forçant la mesure, lui avoit proposé le duc K de Noailles (frère du prélat), pour toutes les places a du duc de Beauvilliers , ne tenoit plus à ce dei^ « nier, que par un filet d'aociemie estime... Dans « cet embarras^ il ne put se décider lui-m£me, et a voulut consulter un des trois prélats... Ce 6it u l'archevêque de Paris qu'il choisit de préférence « pour cette consultation ; tout ce qu'il avoit re- « marqué en lui (depuis son élévation sur le siège « de Paris) lui avoit inspiré, pour ce prélat, une esd time particulière... Aucune réflexion sur ce que « l'archevêque de Paris étoit an duc de Noailles, ne n retint le Roi ; il lui fit $a consultation entière , K jusqu'à lui dire que, dans le cas de Téloigueo ment du duc de Beauvilliers , c'étoit au duc de <i Noatlles à qui il s'étoit déterminé de donner n toutes ses places. Si M. de Paris y eût consenti, « dans l'instant même, la perte de l'un et l'élévaa don de l'autre étoient décidées. Mais si la vertu « et le détachement de M. de Beauvilliers m'avoient « pénétré d'admiration et de surprise , continue le « duc de Saint-Simon, ces mêmes qualités furent, « s'il se peut, encore plus admirables dans l'arcfae- « vêque de Paris; car il y a peut-être moins k pren-

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UVKE TROISIEME. a33

« dre sur soi, pour s'abandonner humblement à sa ( chute, que pour conserver dans les plus grandes

■ places le protecteur de son adversaire, et mettre < sciemment obstacle à la fortune d'un frère, et à c l'élévation de sa &mille. C'est là pourtant ce que c fit sans balancer l'archevêque de Paris. Il se récria

■ sur la pensée du Roi , comme passant le but; hii <i représenta avec force, ta vertu, la candeur, la droif ture de M. de Beauvilliers , la. sécurité où le Roi « devoit être pour ses petits-fils, et le tort extrême « que cette chute feroit à sa réputation ... H conclut R à âter d'auprès des princes quelques subalternes « dont on n'étoit pas si sûr, et dont la disgrâce fe- « roit voir à Rome le zèle du Roi pour la saine

■ doctrine, sans faire un éclat aussi scandaleux que « seroit celui d'éloigner M. de Beauvilliers (i). » Un pareil éloge, dans la bouche du duc de Saint- Kmon, si peu porté à louer, si naturellement enclin àdépi-éder, par des interprétations malignes, les plus pures vertus, est sans contredit un des traits les plus honorables à la mémoire de l'archevêque de Paris. Toutefois, on voit par quelques lettres de ce prélat^ qu'il se crut obligé de faire un mystère k Bossuet de l'appui secret cpi'il accorda, en cette circonstance, au duc de Beauvilliers.

(i] Mémoires tle Saint-Simon, ch, 56, LlII, p. i84i et*^ édit. ù>-ia.

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Cbanlersc presse FénekHi

S34 HISTOUA BE riSEtOS.

Telle ^toît )« poaitioD du duc de Beauvilliers; tels étoient les puissaoU motifs qui semfaloient interdire à Féueloii la liberté de se défendre lui-même^ par la crainte d'entraîner dans sa disgrâce un arai si cher. Il coosidéroit peut-être moins eocore l'inlérèt du duc de BeauvUliers, que celui de la France entière. Il croyoît voir le bonheur de plusieurs génératidns, dans l'avantage de conserver au (hic de Bourgogne Un gouvern«ur, que, dans soa opinion^ nul autre n'auroît pu remplacer.

L'abbé de Tous ces ménagements firent craindre à l'abbé de

Chanterac que Fénelon ne consentît à sacrifier trop facilement son nom, sa gloife, et l'honneur de son ministère, à une excessive dëlicatease en amitié. 11 voyoit où ce même excès de délicatesse pour la réputation de madame Guyon, avoit conduit Fénelon. Il ëtoit tous tee jours témoin , à Rome, des impressions fâcheuses que laissoient dans les écrits la Lettre de l'archevêque de Piyis, la Relation de Bossuet, et les soupçons odieux que l'abbé Bossuet cherchoit à. répandre «outre la vertu mâme de Fénelon.

Dans une occasion aussi essentielle, l'abbé d« Chanterac remplit avec cmirage les devoirs les plu« austères de l'amitié, il écrivit à Fénelon, avec une franchise et une fermeté qui donnent la plus baute idée de son caractère (i). « Ce que vous me dites

(i) Saps rien c^iaDgerici aux citations bitespSr le car*

If de U dispocition de la cour à l'égard de vos amis,' « dont les intérêts vous sont bien plus chen que les « vôtres, me touche et me pénètre tout comme vous; « mais je ne ssis s'il n'y a pas encore plus à craindra «pour eui, dans un silence qui vous condamne sans it ressource à la face de tonte l'Église, que dans une « réponse douce et honnête, qui justifiera en même m temps votre doctrine et votre personne. Pinson veut • tes rendre responsables de toutes vos démarches, « plu& il est certain que vous les entraînerez avec vous « daas votre chute, lorsque vous vous laisserez con- « vaincre, par votre silence, de tous les ^aremeutS'

■ dont on veut vous rendre suspect. La honte et la «ooniiisian d'une mauvaise conduite, k laquelle on K persuadera le public qu'ils ont eu part, n'est-«e

■ pas une disgrâce certaine et sans ressource dans «l'esprit du Roi, et celle qui pourroit davantage

«les affligCT? Tous nos amis jugent vos ré-

« ponses à tous les faits, si nécessaires, que je les vois «déjà bien alarmés et tous affligés de ce qu'elles « tardent si I<HBgtemps ; et tous voyez bien que nos a parties ne manqueront pas d'en tirer tous Its « plus cruels avantages qu'ils pourront. Vous vous « ites soutenu dans ta doctrine, mais vous suocom-. € berez dans les faits. Us ont d^à dît ces propres. « tomes : JVous ie verrons, ce grand archevêque,

dmal de BatrtSet, naai laivoas t>ba exscttiiMnt l'otdre^es dates, dans la disposition des divers fragments. (Ébii.)

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a36 BIBrOIEB DE VKTELOH.

« ce prélat si pieux; on va découvrir sa coruùUte ; « son bel esprit ne le tirera pas de cet embarras.

a VoiUi l'état des choses, c(ue je voua expose sim- « plemeat ; vous en pénétrerez mieux que moi toutes « les conséqueQces ; et vos amis mêmes s'en laisseront «persuader. Que j'aurais souhaité vous pouvoir « cacher des détails si affligeants ! Mais, dans une a occasion où il y va de tout pour vous, ne dois-je K pas vous être fidèle jusqu'à la mort (i)? »

y L'abbé de Chanterac insiste encore plus fortement sur ce point, dans plusieurs autres lettres de cette époque. Voici ce qu'on lit en particulier, daus celle du la juillet 1698 : n « Pour faire id (à Rome) « des impressions plus fortes sur les esprits, les agents «de M. de Meaux promettent, toutes les semaines, ode nouvelles confessions de madame Guyon, et de «nouvelles découvertes de ses abominations. Us ■ publient en même temps, qu'on a ici beaucoup de « lettres originales que vous lui écriviez, qu'on ne «veut montrer qu'à la dernière extrémité, pour «sauver votre réputation. Jugez quelle est ma dou- « leur, de vous voir exposé à une conduite si injuste, « et même quelle est ma peine, d'être obligé à vous « apprendre moi-même des choses si affligeantes ! Je « ne vous les dis aussi, que pour vous faire voir la né- «< cessité absolue et indispensable où vous vous trou-

(i) lettre du 5 juillet 169S. [Conxsp. de Fénelùn, t. IX, p. a3E( et 240.)

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« vez, de répondre promptemeot et publiquement sur « tous les faits, et de les ^laircir si nettemeat, qu'on « ne puisse plus vous confondre avec madame Guyon, « et qu'on voie même les injustices de vos parties, «d'avoir voulu rendre votre réputation suspecte, «pour fortifier leurs fausses accusatious contre votre « doctrine. Tous nos amis, ou plutôt toutes les per- « sonnes de piété, sont dans l'afBîction du retarde-

■ ment que vous apportez à &îre imprimer vos « réponses. Il s'agit de tout pour vous et pour la

■ bonne doctrine, de votre foi, de votre réputa- «tîoD, de rhonneur de votre ministère. Le juge-

■ ment de votre livre dépend absolument de la vérité n OU de la feusseté des faits qu'on vous oppose. Si

■ vos mœurs sont suspectes, on ne doit plus douter «que vous n'ayez abusé des expressions des saints et H des bons mystiques, et que vous n'ayez cherché « à cacher sous leurs paroles un sens tout con- « traire au leur, pour autoriser les plus damnables «maximes des Quiétistes. Mais dès lors tju'en vous V justi6ant pleinement sur tous ces faits, vous ôterez « tout sujet de douter, ou de votre piété sincère, ou

■ de votre bonne intention en fiiisant votre livre, on « ne pouira plus l'entendre que dans le sens où les « saints ont entendu ce que vous leur faites dire, ou a ce que VOUS' dites après eux.

a Vous ne pouvez point espérer que Ton veuille « se persuader ici, que votre respect pour la cour de

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a36 HICTOIXB IW FRELON.

N France, ou pour les pcrMqnea qui eu ont la ïavcur, « TOUS, emptehe de répondre publiquonent et d'im- « primer. Nod; car on dît déjà fort hautemeut, que « c'est la seule crainte qui yoos retient , que vous

■ voulez ménager madame Guyon, de peur qu'elle a ne parle de vous , et qu'elle ne découvre tous

• vos secrets. . . Il ne peut point y avoir, disentn ils, de conùdérations humaines qui vous retien- « nent, dans une occasion si essentielle, et oii il j

• va de tout pour vous. . . . Yoilà l'extrémité oh « votre silence vous réduit ; et je dois avoir cette

• fidélité de vous dire, quoi qu'il m'en coûte, que •t votre perte cet infaillible, et pour te livre, et pour « la réputation, at peut-être même pour la doctrine,

• si l'on ne vous entend pas parier hautement, et a avec la même liberté et la même assurance que « vous avez fiiit jusqu'id.

<t Souffrez, Monseigneur, que je vous le dise ; a vous le devez encore plus sur les fiùts que sur la adocttine. Le juge peut suppléer le droit d'une « partie qui ne sait pas l'expliquer ou le défendre ; « mais ît ne peut jamais, sous quelque prétexte que

■ ce puisse être, suppléer les faits; et ce n'est point a assez que vous les proposiez en particulier et en « secret : il faut les rendre pubKcs, afin qu'ils puissent n servir de preuve. Le juge n'y doit point avwr a égard, que qaand ils sont certains; et ils ne sont « certaina et ^vérép que lorsqu'ils ont été comrau-

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