LIVRE. THblSI^HE. idg
«aiqu& à la partie, et qu'elle n'a pas pu les con-
< vaincre de faux. Tout ce que je dirois dans des «conversations particulières, ou même tous les écrits «que je fieroîs lire en secret, seroient inutiles, et
< ne prouveroient nen. Il faut que ce soit vous- «méme qui parliez, et qui parliez à vos parties,
■ en exposant la vérité des faits, dans des circon- «stanceS si exactes, qu'eux-mêmes soient obligés
< d'en convenir de bonne foi , ou du moins qu'ils ne « puissent pas les contredire. C'est à vous à les faire « taire et à leur fermer la boudie. Encore une fois,
■ votre -silence, dans cette occasion, seroit regardé
■ ici conune une pleine et entière conviction de tout «ce qu'on vous impute, ou de tout ce qu'on veut
■ &ire entendre contre vous. Ne pensez pas, je vous
■ ensupplie, que quand je parle ainsi, je suive en cela «iqefi seules lumières; c'est le sentiment universel, « non-seulement de nos amts, mais même des cardi- « naux. ils s'en sont assez expliqués; et ceux même « qui voudroient vous être les plus favorables, ne pour- « ront plus s'empêelier-de regarder votre livre comme « très-dangereux, lorsqu'ils ne pourront douter que «vous l'ayez écrit, comme vos parties te disent,
■ pour favoriser madame Giiyon ou ses écrits (i). »
I Dans une autre lettre , après avoir de nouveau pressé Fénelon de se justifier sur les faits,
(i) Lettre 4a 19 }ifïi\iitt6^.{C»rnsj). de IVMhk, t. ïS-t p. i5a-a55.)
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a40 HISTOIRE DE FEMELOH.
l'abbë de ChaDterac ajoute, avec ua smtiment adinirable de zèle et de dévouement : I « Au milieu « de toutes nos craintes, et de ces profondes té- « nèbres dans lesquelles nous marchons depuis quel- « que temps, uous voulons toujours être fermes K et constants à résister à la tempête. On nous « avertît de toutes parts, que notre cause est déses- « pérée ; et je dis avec confiance à Notre-Seigneur: « Domine, salt^ nos, perimus; Seigneur, sauvez- « nous, nous périssons. J'espère pourtant: le juste « peut être opprimé, mais la vérité ne sauroit l'être. « La bonne doctrine sera défendue; et pourvu qu'on « la soutienne, on ne sauroit vous laire tomber. Plus « je vous vois en danger, plus je me hâte de vous «secourir, et je sens réveiller dans mon cœur tout K mon zèle et toute ma tendresse : du moins je veux R prendre part à votre aftllction (comme les disciples <( de Jésus-Christ) : JUons et mourons avec bù{i)-* FéiMion M dé- Des motifs aussi impérieux ne permettoient pas à Cl ei pondra; p^„g|Qn ,jg gg renfermer, par rapport à la Relation pour publier de Bossuet, dans le silence qu'il s'étoit prescrit à l'é- H Képaut. gj^j,jj ^ l'archevêque de Paris ; mais il lui étoit plus facile de se justifier, que de publier sa justification. 11 peint lui-même son embarras à ce sujet, dans une lettre àj'abbé de Chanterac (a). « You» comprenez
(i) Lettre du 19 juillet. [Comtp. t.IX,p. »73.} (9^ I,ettre du i3 juiD.1698. [Ibid. p: 171.}
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LITSK TROISIÈME. H^t
B bien qu'après le coup qui a chassé quatre de mes «amis, je n*ai plus personne pour faire répandre « mes réponses à Paris, supposé même qu'elles fus- « sent imprimées : on trouvemauvaisque j'imprime d hors du royaume ; au dedans je suis exposé à d'é-
0 tranges inconvénients ; je n'ose écrire à personne à « Paris, de peur de commettre ceux à qui j'écrirois. «Peut-être même ne pourrai-je plus vous écrire
1 dans la pleine liberté d'un secret entièrement as- ° sure. De votre partj prenez toutes sortes de pré- " cautions, pour ne m' écrire que ce qui pourvoit I être surpris. Nous n'avons, Dieu merci, aucun t secret qui ne soit très-innocent, et convenable à < des gens qui sont trè»-bons catholiques et très-bons
a Français Au reste, quoi qu'il arrive, plus vous
« verrez l'orage croître, plus il faut élever votre voix « avec une fermeté douce et modeste, pour deman- « der exacte et prompte justice avec protection, dans s une vexation aussi longue et aussi manifeste. »
Fénelon ajoutoit dansuue autre lettre : « Il ne faut « pas s'étonner (à Rome) des lettres qui viendront « de Paris. On ne peut que me condamner, quand « on allègue une suite de faits atroces, rendus vrai- <■ semblables par dés lettres de moi, et que je ne
«réponds rien. Mais attendez encore un peu
' le vous enverrai, dans peu de jours, un courrier 1 exprès, qui vous portera ma Réponse à la Rela- « tion de Hî. de Meaux Le travail en est très-
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i^3 HISTOIRE DE F^BELOH.
« long; je n'aî pu avoir tes ouvriers; il m'a fallu « ramasser des pièces, et transcrire exactement* mot H pour mot, de peur de chicaDes. J'attends encore
« un éclaircissement împortaat de Paris (l)
0 Pourvu qu'on approfondisse les bits, je ne crains
« rieo, malgré l'orage dont je suis accabla Quoi
« qu'il arrive, j'adorerai Dieu, et je le bénirai mille « et mille fois, de m'avoir donné en vous un ami B selon son coeur, qui console le mien de toutes ses « croix. Je vous reverrai avec le même attendrisn sèment que si vous reveniez victorieux (a). » Il puUie u 1 La rapidité avec laquelle Féaeicni composa sa
i/TaX" Jiépon^e à la Relation, montre bien qu'il n'étoit nulkment embarrassé pour l'explication des &its qu'on lui opposoit. Il u'avoit eu connoissance de la Relation, que le 8 juillet; dès le ii, il envoyoit à l'abbé deChanterac un exemplaire de cet ouvrage, avec des notes sur les principaux faits (3), et lui annoDçoit en mSme temps une réponse plus complète, daos laquelle tout seroit éclairci avec la dernière évidence. Le a6 du même mois, il envoya en eSiet cette jA^w/U£ imprimée, telle que nous l'avons aujourd'hui, sauf un très-petit nombre decbangements, qu'il fît peu après dans une seconde édition,
(i) Lettredua août 1698. (Comrj/f. t. IX, p.3i3.) (a) Leltre du 16 août 1698. (Ibid. p. 34«.) (3) Lettres à l'abbé deChasteriic, deaii, iSirtiifiJtâUel, et a aoAt i^qS. (/W.)
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LIVKE r^lDlSIÈME. a^S
soit pour éclaircir davantage les faits, soit pour adoucir de pEt^s en plus ses expressions, afin de mé» nager, autant qu'il étoit possible, ses adversaires, en se justiBant tui-méme. En adressant cette réponse à l'abbé de Chanterac, il lui écrivoit (■):<( J'ai
■ tâché de la faire avec sincérité; et vous pourrez « remarquer que je tire mes principales preuves, de a la Relation même de M. de Meaux Je remer-
■ cie Dieu de ce qu'il met dans votre cœur et dam « votre bouche, pour moi : s'il veut queîe succombe, ff il faut adorer sfi» desseins crucifiants. Une de mes « plus sensibles douleurs, c'est de penser à l'état « violent et amer où votre amitié pour moi vous a K niis. »
I Ce Alt donc dans l'intervalle de quinze jours oti trois semaines (a), dans un ntomeut où il se voyoit obligé de faire face, presque simultanément, à trois adversaires, qui yenjo^eat de publier, pour ainsi «jlijre, coup sur coup, plusieurs écrits très-importants
(i) Lettre du 39 aoAt iSyS. (Corresp. t. IX, p. 377.] {3] Le cardiiu) de Bausset disoit ici, tiant tinttrvaUe de cinq semaines. 11 n'a pas Tait attention que Fénelon adressa, en très-peu de temps, ■ l'abbé de Chanterac , deux éditions différentes de sa Képonse à la Relation : la première , dès le 36 juillet; cl la sevcHide, quinze jours après. Il n'y avoit entre ces deux éditions que de très-légères diffémces. Ou peut voir, à l'appui de ces détails, les dtfllBrentes lettres que nous venons de citer. ( p. %^% , note 3.) (Enr.)
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contre lui H (i); dans un temps où son cœur étoit brisé pai- le sentiment cruel de la disgrâce de ses amb , et par l'inquiétude encore plus cruelle d'entraîner dans sa chute le seul qui lui restoit à la cour, que Fénelon conserva assez de force et d'énei^e pour composer ce chef-d'œuvre de discussion et d'éloquence. Aussi rien n'égala l'étonnement et l'admiration dont tous les esprits furent frappes à Paris, à Rome et dans toute l'Europe, en voyant la justification suivre de si près l'accusation. 11 y eut telle province en France, et telle contrée en Europe, où la Réponse à la Relation sur le quiéUsnie parvint en même temps que la fie/aftbn elle-même. On ne savoit ce qu'on devoit le plus admirer dans cette Réponse. La clarté dans l'exposition des faits ; Tordre et l'exactitude rétablis dans leur marche naturelle; chaque accusation détruite par des preuves irrésistibles ; le mérite si rare de mettre dans la justification plus de précision que n'en offroient
(i) L'archevAque de Paris avoit publié, vers la fia «le nuii sa Béponse aux quatre Lettres de l'archevêque de Cambrai. L'eTéqne de Chartres s'éleva contre le livre des Maximes, dam »a. Lettre pailomie da lojuin. Ëafin, l'évéquedeMeaux publia , pendant les mois de mai et de juin , sa Béponse aat quatre i^ttres de l'archeiéque de Cambrai, et la BeUUion sur le quiéUsme, qui fut bientôt suivie de soa ouvrage intilule : De Nova qnœuhite tractatat 1res, Voyez, pour la détermination de ces date», VSiit. liaér. de Fénelon, p. 44> «W-
(ÉDII.)
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