LIVRE TBOISlkME
les accusations; l'accord encore plus rare de la simplidtë, de l'élégance et de la noblesse du style; l'art admirable avec lequel Fénelon avoit su , sans foiblesse et sans mollesse, mettre à l'écart l'archevêque de Paris et l'évéque de Chartres, le Roi et madame de Maintenon , pour ne faire tomber ses traits que sur Bossuet seul, qui l'avoît si cruellement offensé : en un mot, cette profonde indignation d'une âme vertueuse, qui se fait plutôt sentir qu'apercevoir, parce qu'elle conserve encore assez d'empire sur elle-même pour respecter, dans son adversaire, la dignité de son caractère : tels sont les principaux traits qui peuvent offrir une image imparfaite de cette admirable composition. ^g Fénelon s'étonne d'aboi'd, dans sa Riîjmnse, de Pr^embuie de
'11 <*We Bépoate ;
ce que Bossuet a transporte tout a coup sur des „iMi,sde|j Ëtits , une discussion qui u'avoit eu , jusqu'alors , publier. pour objet que des points dogmatiques.
« Malgré mon innocence (i), dîsoit-il, j'avois tou- « jours craint des contestations de faits, qui ne peu- « vent arriver entre des évoques, sans un scandale « irrémédiable. Si mon Uvj*e est plein, comme « M. de Meaux l'a dit cent fois, des plus extrava- ■ gantes contradictions et des erreurs les plus monte strueuses , pourquoi mettre le comble au plus af-
(i) Bépome à ia Relation sur le quiélisme [ /ivertUsrment, n. 5. {C^HPi-es de Fénelon, L VI, p. 3;9.)
:dbvGoogIe
a46 HISTOIRE Dt FÉUTELON.
a freux de tous les scdndales, et révéler aux jreus à des libertins, ce qu'il appelle un malheureux «. tnj^stère, un prodige de séduction? Pourquoi « sortir du livre, sî le texte sufilsoit pour le faire « censurer? Mais M. de Meaux commellçoit à s'em- K bârràsser sur la dispute dogmatique. Dans cet « embarras , l'histoire de madame Giiyon paroît « à M. de Meaux un spebtaclé propre à (aire ou- « blier tout à coup tant de mécomptes sur la doc- « trine (i)-.. Ce prélat veut que je lui réponde sur « les moindres circonstances de l'histoire de maie dame Guyon,j:romme un criminel sur la sellette n i^pondroit à son juge; mats quand je le presse a de répondre sur des points fondamentaux de la « religion, il se plaint de mes questions, et ne veut
a point s'expliquer (a) Il attaque ma personne,
« quand il fest dans l'impuissance de répondre sur R la doctrine : alors il publie sur les toits ce qu'il ne a dîsoik qu'à l'oreille ; alors il a recours à tout ce à qui est le plitô odieux dans la société humaine ; « le seicret des lettres missives, qui, dans les choses « d'une confiance si religieuse et si intime, est le pl>u c( sacré après celui de la confession, n'a plus rien À d'inviolable pour lui. Il produit mes lettres â ce Rome; illesfait imprimer, pour tourner à ma dif-
(l) Jtéponse à la JtxlatioB , n. j.
(a) Ibid. n. a.
:dbvGoogIe
uvuE tkoisiIhx. 3^7
« famatiOQ Im gftges de la confîuice sans boraes « que j'ai eue en lui ; mais on ven?a qu'il fait inuti- « lement ce qu'il n'est jamais permis de faire (f ). :■
I Après ce préambule, Fénelon entre dans l'exa> Féneioa juiiifie men des principaux faits que Bossuet lui avoit op- """ '"''°' posés dans sa Reiation. Il expose et justifie sa coa> daite, relativement à la personne et aux écrits de madame Guyon, à la signature des articles d'Issy, au refus d'approuver l'Instruction sur les états (Toraison i enfin, relativement au livre des Maximes, et aux événements qui ont eu lieu depuis la publication de ce livre. Q Sur l'article principal , qui regardoit son estime pour madame Guyon, Fénelon montre que s'il a été trompé par elle, il a pu l'être trè»-innocemment, sur les témoignages honorables que M. d'Arentbon, évêque de Genève, avoit rendus « sa piété et à ses mœurs , depuis même qu'on avoit voulu noircir sa réputation. Il rapporte, à ce sujet, des expressions très-fortes d'une lettre de ce prélat, du 7 février 1695(3).
II Va plus loin : il oppose à Bossuet , Bossuet luîmtme, qui , après avoir examiné six mois de suite madame Guyon, après l'avoir eue sous ses yeux, pendant ce long intervalle , dans un monastère de son diocèse, après avoir pris une connoissance
(1) Réponse à Ut Relation, a. 7.
(a) Ibid. chap. 1", n. i.
,i=db,Goo^Ic
a4d HISTOIRR DE FÉNELON.
approfondie de tous ses manuscrits les plus secrets, l'avoit autorisée à approcher habituellemeat des sacrements, et avoit fini , en condamnant les erreurs de sa doctrine, par approuver qu'elle exprimât, dans une déclaratiou authentique qu'il avoit lutméme dictée, quelle avoit toujours eu l'intention itéciire dans un sens très-catholique, ne comprenant pas alors qu'on eu pût donner un autre (i), B Si M. de Meaux, qui avoit une connoissance a détaillée des manuscrits les plus secrets de msn dame. Guyon , de ces manuscrits dont il a râper porté, dans sa Relation , des fragments si rea marquables, pour la représenter comme infectée a des principes les plus dangereux et les plus extraa vagants, a cru cependant qu'on pouvoit excuser s ses intentions; comment moi , à qui tous ces ma- « nuscrits, toutes ces visions, tous ces prétendus « miracles étoient entièrement inconnus, a'aurois-je « pas eu le droit de présumer intérieurement en « faveur des intentions de madame Guyon, comme a M. de Meaux en présumoit dans des actes pu- « blics ? »
Fénelon rappelle également Yacte de soumission, que madame Guyon avoit souscrit le 28 août 1696, Il à la demande de l'archevêque de Paris ; || acte dans lequel ce prélat lui faisoit reconnoître ses erreurs, en
(i) Réponse à la Relation , D. a et 3.
:dbvGoogIe
LITBB TROISifeME. 3^9
excusant ses intentions, et la maiotenoit dans la participation aux sacrements (i). «J'ai donc pu £tre n trompe sur les intentions de madame Guyon , a comme l'ont été des prëlats si respectables, qui n étoieot devenus ses supérieurs naturels, par son a séjour dans leurs diocèses, et qui dévoient être « beaucoup plus instruits sur les détails les plus se- M crets de sa doctrine et de ses mœurs.
K Quant aux bruits qui courent contre les mœurs « de madame Guyon, depuis son emprisonnement, « j'en laisse l'examen à ses supérieurs. S'ils se trou- « voient véritables, plus je l'ai estimée, plus j'aun rois horreur d'elle; plus j'en ai été édifié, plus je a serois scandalisé de l'excès de son hypocrisie, «c L'Église demanderoit un exemple sur cette per» « sonne qui auroit caché une si horrible dépravation « sous tant de démonstrations de piété (3).
« Je demande actuellement à M. de Meaux, devant « Dieu, qu'il m'explique précisément qu'est-ce qu'il « est en droit de vouloir au delà (3)?... Qu'y a-t-il « de clair parmi les hommes, si tout ce qu'on vient
■ de voir ne l'est pas? Le but de M. de Meaux n'est a pas de me faire condamner les livres de madame
■ Guyon, mais de persuader au public que je ne les « ai jamais condamnés jusqu'ici; il ne songe pas à me
(i) Réponse à la Relation , n. 4<
(2) IlM. D. 16.
(3) Ilrid. Cbap. 7, n. 86.
:dbvGoogIe
a56 HisTotnt ok riNtLos.
•> les faire abandonner, mais à dire que je l'ai soute* ■ nue: c'est mon tort qu'il cherche pour sajustifi* « cation. •
H On voit que Fénelon^ en justifiant son ancienne estime pour madame Guyoo, ne se croyoit pas obligé de discuter les étranges accusations qu'on aToit répandues contre elle dans le public, depuis son emprisonnement; n mais la force avec laquelle il provoquoit lui-même la punition de cette femme, si elle étoit trouvée coupable, annonçait assez son mépris pour ses vils détracteurs. !« noble dédain avec lequel il les bravoît, ne leur permit plus d'attribuer son silence à la crainte d'être compromis par les aveux de madame Guyon.
IDùcuiuon Nous ne répéterons point tout ce que dit Féne-
de qudqua j^^^ ^^^^ ^^ q^j s'^f^ij. pggs^ pendant les conférences objeciéi d'Issy, sur la signature des trente - quatre articles, par Bouuct; jy^ [gj circonstances de son sacre , sur son refus de PéneloD. d'approuver le livre de M. de Meaux , sur ta publication du livre des Maximes, sur le refus des conférences. Nous avons déjà rapporté tous ces laits à leur époque , sans dbsimuler la diversité de quelques circonstances que les deux adversaires cherchoient à y mêler, pour en tirer des conséquences favorables à leur cause. Mais on croitpouToir ofErmer que, dans sa Réponse à la Relation sur le quiétismej FéneloD représenta toutes ces circonstances avec tant de candeur et de vérité, qu'il lai»sa une entière
:dbvGoogIe
lIVRfe TROISlisiE. aSi
conviction dans tous les esprits ; trop heureux s'il eût été aussi fondé à triompher sur la doctrine de son liTre, qu'il le fut à démontrer t'InntKience de sa conduite et la pureté, de ses intentions!
Bossuet avoît bien prévu que Fénelon ne itialiqueroit pas de lui rappeler son empressement k être son consécrateur (i); empressement difficile h cotl> cilier avec l'opinioti qu'il déclaroit avoir, dès ce temps-là , des sentiments erronés du nouvel arche* véque de Cambrai. Il avoit en conséquence cbercbé à prévenir l'effet de cette observation , en comparant son empressement à la sainte obstination des évèques d'Egypte pour consacrer Synésius , évfique de Ptolémaïde, malgré les erreurs que ce célèbre personnage déclaroit hautement professer, et vouloir professer(a). Fénelon démontra que l'exemple n'ëtolt pas fort heureusement choisi; qu'il étoit bien évident que les évêques d'Egypte ne se seroient pas obstinés à élever à l'épiscopat, un homme qui , bien loin d'annoncer la docilité que Bossuet supposoit alors à Fénelon, affectoit de protester qu'il resteroit attaché, jusqu'à la mort, h des opinions contraires auK premières vérités du christianisme, et à
(i) Voyez ci-deuus, 1 1**, p. 4i3i etc.
(i) Voyez, àcesujet.Fleury, ff^f/.an:/. t. V, liv.XXII, D. 4i. — D. Ceillier, Risl, des auteurt eccl. t. X) p. 499> — Tillemont, Mém.tnrl'HUt.eeel. t. XII, p. 5i8,etc. — Voyez inssi le o. VI des Pièces Justifie^ de ce ni* livre. (Édit.)
:dbvGoogIe
35s HISTOIRE DR wintLOW.
(tes pratiques en opposition avec les règles les plus essendelles de la discipline ecclésiastique, Fënelon ajoutoit, avec le cardinal Baronius et d'autres savants auteurs qui ont parlé de ce fait ûagutier, que les évêques ne s'étoient point arrêtés aux protestations de Synésius, parce qu'elles n'étoient qu'une pieuse ruse, assez usitée dans ce temps de désintéressement et de simplicité, pour échapper au fardeau de répiscopat(i).
Conclusion Bossuet avoit écrit , dans sa Relation, sur le guié-
de la féponif; [Isme : a L'oserai-je dire ? Je le puis avec confiance de quel câié , i i. . ■■ ■ i i ■ i i
MDi lei raclions *> et à la face du soleil ; mot, le plus simple de tous ei les cal)>ies. q j^s bomnies, je veux dire le plus incapable de « toute finesse et de toute dissimulation ;.. . ai-je « remué seul, par d'imperceptibles ressorts, d'un « coin de mon cabinet, parmi mes papiers et mes a livres, toute la cour, tout Paris, tout le royaume, « toute l'Europe et Rome même, pour exécuter le « hardi dessein de perdre, par mon seul crédit, n M. l'archevêque de Cambrai («)?»
Ce mouvement oratoire pouvoit inspirer de l'intérêt aux lecteurs. Bossuet étoit assurément bien éloquent; mais il auroit fallu plus que de l'éloquence, pour persuader au public, qu&, dans te moment où il écrîvoit les paroles que nous venous de rapporter,
(i) Réponie A la Belation, (Ai. l,,n. S fi. (a) RtUitton sur le quiétùmef sect. 6, a. 5.
:dbvGoogIe