LIVRE TJtOlSlÈHE. a8l
1 1l nous a paru important de remettre sous les ^eux du lecteur cette suite de faits, dont l'oubli l'exposeroit peut-être à soupçonner Fénelon d'une affreuse calomnie, manifestement contraire à cette modération habituelle de caractère, qui lui fit éprou* ver une si grande répugnance à entrer dans cette odieuse discussion de faits et de procédés, malgré la pleine conviction qu'il avoît de son innocence.
Nous finirons l'analyse de cette apologie de Fé- ondomn de
nelon, par l'apostrophe qui la termine, et qui dut <*""*/»"«■■
nire une grande impression sur Bossuet (i). «Je niMn
i laisse beaucoup de choses sans réponse particu- ^ viœiaa
arcc Honlao. « lière , parce que tes faits éclaircîs décident de
c tous les autres, et que ceux dont j'épargne la dis-
« cussîon aux lecteurs, ne devroient être appelés,
■ dans votre langage, que des minuties. Mais si > TOUS jugiez à propos de vous en plaindre, je ré- « pondrai exactement à tout. Il ne me reste qu'à " conjurer le lecteur de relire patiemment votre « Relation a.\ee. ma Rc'ponse,et vos Remartjues avec
■ cette Lettre. J'espère qu'il ne reconnoîtra point « en moi le Monttui duiie nouvelle Pn'scille, dont
Simaa étoit très-ma) instruit des faits, lorsqu'il parloit avec tut d'assuraince et de malignité, dans ses Méim^res^ a du • célèbre tour que fit prestement M. de Cambrai , de se ( cuoresser à M, de Heaux, pour lui fermer la bouche, a (T.m, p. la.) (ÉniT.) (t) Bépmtse aux RemartjiKs, Cotictiaioa,^, 109.!
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aSa HISTOIBE DE POELON.
« VOUS avez voulu effrayer l'Eglise. Cette coroparai- « son vous paroît juste et modérée ; vous la justifîrz « en disant qu'il ne s'agissoit entre Montan et Pris- « ciUe que d'un commerce d illusion. Mais vos com- « paraisous, tirées de l'histoire, réussisseDt mal. « Comme la docilité de Synésius ne ressembloit tf point à la mienne, ma prétendue illusion ne res- « semble point aussi à celle de Montan. Ce faoati- <r que avoit détaché de leurs maris deux femmes « qui le suivoient : il les livra à une fausse inspi- « ration, qui étoit une véritable possession de Tes- ■ prit malin, et qu'il appeloit l'esprit de prophétie. 1 II éloit possédé lui-même, aussi bien que ces fem- « mes; et ce fut dans un transport de la fureur diau bolique,qui l'avoit saisi avec MaximiUe, qu'ils o s'étranglù^Dt tous deux. Tel est cet homme, l'horo reur de tous les siècles, auquel vous comparez « votre confrère, ce cher ami de toute la vie, « que vous portez dans vos entrailles; et vous « trouvez mauvab qu'il se plaigne d'une telle com- « paraison ! Non, Monseigneur, je ne m'en plaindrai « plus. ]e n'en serai affligé que pour vous. £t qui « est-ce qui est à plaindre, sinon celui qui se fait « tant de mal à soi-m^e, en accustmt son coafrère « sans preuve ? Dites que vous n'êtes point mon aco cusateur, en me comparant à Montan ! Qui vous a croira? et qu'ai-je besoin de répondre? Pouviez- «c TOUS jamais riân faire de plus fort pour me jus-
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LtTAE TSOiaiiHB. •iSZ
f tifier, que de tomber d&m cet excès, et dana ces « cwitradictions palpables , en m'accusant ? Vous « faites plus pour moi, que je ne saurois faire moi- « même. Mais quelle triste consolation, quand on « voit le scandale qui trouble la maison de Dieu , « et qui fut triompher tant d'hérétiques et de libei*- « tins ! Quelque fin qu'un saint pontife puisse don- « aer à cette affaire, je l'attends avec impatience, « ne voulant qu'obéir, ne craignant que de me trom- •c per, et ne cherchant que la paix. J'espère qu'on
■ verra dans mon ûlence, dans ma soumission sans a réserve, dans mou horreur constante pour l'iltu- « siop, dans mon éloignement de tout livre et de « toute personne suspecte, que le mal que vous avez M voulu £aïre craindre est aussi chimérique que « le scandale a été réel, et que les remèdes vio- « leots contre des maux imaginaires- se tournent en -poison.» g^
Fénelou, en envoyant cet écrit à l'abbé de Chan- impreuion terac. lui mandoït (i) : n J'espère que vous serez P™*"""* i'""
' ^ ' r T (elle Se/ionie;
« content de ma Réponse. Si on la trouve d'un ton jugemin • un peu plus fort que mes autres écrits, c'est que
■ je ne puis m'empêcher de montrer de l'horreur « pour tant d'accusations horribles, et que certains « lecteurs pensoient que ma modération venoit de « la crainte de mon adversaire. Du reste, on n'a
(i) Lettre du 7 novembreiâgS. (Cb/m^. t-X,p.S.)
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chance li«
a84 HISTOl&E DK FÏbrELON.
• qu'à comparer mes expressions aux ùeunes; on « me trouvera bien patient, par comparaison avec
■ son ftcretë Fous pouvez bien juger, par les
« dates, que je n'ai mis que huit jours à faire ma
• Réponse; c'est n'avoir pas perdu un moment, et « n'avoir pas été embarrassé pour trouver m£s ré- « ponses. V
Les adversaires de l'archevêque de Cambrai furent frappes d'étonnement, en voyant sa Réponse. succéder si rapidement aux Remarques de l'évêque de Heaux ; et le cardinal de Bouillon , admirateur sincère de Fënelon , disoit publiquement à Rome, > que c'étoit le plus grand effort de l'esprit hua maln(i). »
Il falloit que cette réponse eût fait une terrible impresûon sur l'abbé - Bossuet. On peut à peine transcrire les expressions qu'il ose se permettre en parlant de Fénelon : « CPesl une bête féroce (Fé- « nelon, une béte féroce ! ) qu'il faut poursuivre n pour l'honneur de l'épiscopat et de la vérité, jos- K qu'à ce qu'on l'ait terrassée, et mise hors d'état de a. ne plus faire aucun mal. Saint Augustin n'a-t-il « pas poursuivi Julien yuj'^u'à la mort ? U faut déa Hvrer l'Église du plus grand ennemi qu'elle ait
(i) Lettre de l'abbé Boisuet à son oncle , du 25 novembre 169S. (Œiifrvj de Bossuet, t. XLU, p. 55.) — Lettres de Vabbé de Chanterae à Fé/telon, des ^9 novembre et 9 décembre 1698. {Corresp. l. X, p. lo3 et i3i.)
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