HISTOIRE DB FÉNELON
« paille de terre, non-seulement pour empêcher la v condamnation, mais pour la retarder d'un moa ment, il ne te feroit pas, puisque Dieu avoit pera mis le contraire.
« Monsieur son frère fut témoin d'un catéchisme tr qu'il Rt dimanche en dialogue, comme il a fait « pendant ce carême , avec la même liberté que s'il « o'avoit eu aucune affaire. Nous n'avons pas ena core reçu de Rome, ni la nouvelle, ni la bulle; V ce sera apparemment jeudi, par le courrier ordio naire. On l'a envoyée à Paris, à plusieurs pera sonnes; je l'ai lue. La chose, quoique publique a ici , est ensevelie dans un profond silence ; ce qui a marque combien on aime ce prélat; aussi est-il a bien aimable. Dieu veuille que cela n'empêche pas « les grands biens qu'il auroit faits dans son dioet cèse , qui en a un besoin infini I »
||Les amis de Fénclon, et tous ceux qui connoissoient mieux le fond de sou âme, étoient persuadés d'avance de sa prompte et entière soumission. L'ahbë de Chanterac l'avoit annoncée à Rome, dès le moment où il avoit connu la décision du saint-siége; et le duc de la Rochefoucauld ne fit pas difficulté de l'annoncer avec la même confiance à la cour de Louis XIV, au moment où ce prince fit connoître le jugement du Pape. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans le Journal de l'abbé Ledieu : « Le duc de la « Rochefoucauld, qui se trouvoit présent à cette
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LivBE thoisièmk. 33q
H déclaration, dit qu'il pouvoit assurer Sa Majesté, « que M. l'archevêque de Cambrai D'hésiteroit pas a à se soumettre à la décision du saiot- siège. Il a étoit singulièrement attaché à ce prélat; et c'ëtoit « anaoncer hautement qu'il l'cstimoit autant qu'il (I l'aimoit II (i). u
FéneloD en effet n'hésita point; il n'avoit pas hésité un seul moment ; il ne connoissoit pas encore le dispositif du jugement qui le condamnoit, et il s'occupoit déjà de rédiger l'acte public de sa soumission. C'est ce que nous voyons par la lettre qu'il écrivit à l'abbé de Chanterac, aussitôt qu'il eut appris de Paris que Rome l'avoit condamné (2). «J'attends « la Bulle, pour mesurer sur ses paroles celles du « Mandement que je ferai. Si je puis l'avoir par Pâte ris, je ne perdrai pas un seul moment pour dres- « ser mon acte ; et je lâcherai de le faire le plus * simple et le plus court qu'il pourra l'être. Les « usages de France, qu'on me feroit un crime irré- « missible de violer, ne me pernietteot pas de pu- <t blier mon Mandement de soumission à .la Bulle,
« qu'elle n'ait été eni-egislrée au parlement
« En tout cela , et dans tout mon procédé, je veux « montrer ce qui est sincère eo moi,*' est-à-dire, un « coeur qui n'a aucun ressentiment, un sincère res-
(■) Ce fragment du Joarnal de Cabbé Ledieu est cUé dans VHUl. de Boisuet, liv. X, n. 19. (T- 111 , p. 333.) (1) Lcture du %t viaxti6^^. {Comtp, t. ]L, p. 44i> *^-)
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34o IllSTUIRk: DE FÉNELOX.
« pect poui' le saint - siège , et une soumission sans
o restriction à son jugement, quelque rigoureux
u qu'il soit Mon plan est (i), i°de donner, par
a pure religion, à Rome la plus sincère soumission; « a" (le ne songer à en tirer aucun parti, d'aucun « côté ; 'i° d'être toujours dans un désir ardent àe a ne déplaire plus au Boî, mais de ne point faire a lies démarches qui devroient lui rendre macona duîle suspecte, et me rendre indigne des grâces « dont il m'a comblé ; 4° de donner, dans toutes les K occasions, toutes les marques possibles d'un cœur « sans fierté ni ressentiment à l'égard de mes par- « ties, mais sans mettre jamais en doute la pureté a de mes sentiments pour les apaiser, et sanssouf- « frir aucuue négociation à cet ^;ard. A cela près, a je les préviendrai sans répugnance, de la manière a la plus humble et la plus pacifique, n \i fuit connoitre Fénelon, craignant que les délibérations de la In ihsposiiion) Q(jyf ^ pQy,. \^ réception légale du Bref du Pape, ne ïi au Pape, traînassent en longueur, ne voulut point laisser Borne, ta France et l'Europe incertaines de sa soumission au décret du saint-siége. Il étoit aussi impatient de la praclamcr, que d'autres auroient pu être disposés à l'éluder. Il s'étoit empressé d'écrire au marquis de Barbesieus, secrétaire d'État, et de lui envoyer un mémoire pour le Boi , par lequel il demandoit d'être instruit des intentions précises de
(i) LellvB du 3 avril 1699. (G>rresf. t. X, p. 47'}