‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 68 sur 111 · LIVRE TROtSiÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROtSiÈME

« Il oe me reste plus qu'à me soumettre , à me taire, o et à porter ma croix dans le silence. Oserois-je «t vous dire que c'est un état qui porte avec lui ta a consolation pour un homme droit, qui ne veut o regarder que Dieu, et qui ne tient point au monde ? « Mon Mandement est devenu , Dieu merci , mon « unique af&ire, et il est déjà fait. J'ai tâché de n choisir les termes les plus courts, les plus simples

« et les plus absolus ]| seroît déjà publié, si je

c n'attendois les ordres du Boi , que j'ai demandés ff à M. de Barbesieux, pour ne point blesser les « usages du royaume, par rapport à )a réception « des bulles et autres actes juridiques de Borne', a Voilà, Monseigneur, l'unique raison qui retarde « la publication de mon Mandement. Il coûte sans « doute de s'humilier; mais la moindre résistance « coûteroit cent fois davantage à mon cœur; et j'a- « voue que je ne puis comprendre qu'il y ait à hési- « ter en une telle occasion. On souffre ; mais on ne o délibère pas un moment (i). » L'évêque d'Arras, touché de tant de vertu et de candeur, s'empressa de répandre des copies de cette lettre dans le public. Elle y excita la plus vive sensation ; et celte impression devint un sentiment universel d'admiration , lorsqu'on lut le Mandement de Fénelon,

Il le publia le 9 avril 1699, dès le lendemain du

(i] Correip. de Fénelon^ t. X, p. 465,

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344 HISTOIRE D£ FiltELON.

jour où il en avoit reçu la permission du Koî, par , „ le ministère de M. de Barbesieux.

Son MamUmau Voici les termes de ce Mandement si remarquable: (NMir i'«cc(ip- „ Nous nous devons ii vous sans réserre, mes très-

lalioii du Bref. '

Avril iG<jg. ^ chers Frères, puisque nous ne sommes plus a K nous, mais au troupeau qui nous est confié : aussi « nous nous regardons comme vos seiTiteurs, pour u l'ainonrde Jésus-Clirist. C'est dans cet esprit , que « nous nous sentons obligés de vous ouvrir ici non tre cœur, et de continuer à vous faire part de tout « ce qui nous touche, sur le livre intitulé : ExpUcu' « tion des Maximes des saints.

u Enfin , notre très-saint père le Pape a con- Il damné ce livre, avec les vingt-trois propositions « qui en ont été extraites , par un Bref daté du « 13 mars, qui est maintenant répandu partout, et « que vous avez déjà vu.

Il Nous adhérons à ce Bref, mes très-chers Frères, «■ tant pour le texte du livre que pour les vingt-trois « propositions, simplement, absolument, et sans n ombre de restriction. Ainsi nous condamnons^ a tant le litire que les vingt-tmis propositions: o précisément dans la même forme et avec la K mêmes qualifications, simplement , absolument « et sans aucune restriction. De plus , nous défenu dons sous la même peine , à tous les fidèles de ce « diocèse, de lire et de garder ce livre.

V Nous nous consolerans, mes très-chers Fr^s,

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LIVHE TROISIÈME. 345

n de ce qui nous humilie, pourvu que le ministère o de la parole, que nous avons reçu du Seigneur pour « votre sancti6c^ion, n'en soit pas affaibli; et que, a nonobstant l'humiliation du pasteur, le troupeau « croisse en grâce devant Dieu.

a C'est doue de tout notre cœur, que nous vous « exhortons à une sour/ussion sincère, et à une do~ m cilité sans résen'e, de peur qiCon n'altère insen- « siblemeni fa simplicité de Fobéissance pour le c saint-siége, dont nous voulons, moyennant la « grâce de Dieu, vous donner l'exemple jusqu'au n dernier soupir de notre vie.

« A Dieu ne plaise qu'il soit jamais parlé de « nousy si ce n'est pour se souvenir qtiun pasteur « a cru devoir être plus docile que la dernière <f brebis du troupeau, et qiCil n'a mis aucune borne « à sa soumission.

a Je souhaite, mes très-chers Frères, que la grâce de

te notre Seigneur Jésus-Christ, l'amour de Dieu et la

« commimication du Saint-Esprit, demeure avec vous

« tous. Amen. Donné à Cambrai, te 9 avril 1699.

a François, orcAWf « ifuc </« OuNJnu. >,

Fënelon, avant d'adresser officiellement son lUa/tr 8* uitm dément au Pape, lui avoit éciit en ces termes (1) : "''"'

«t Très-saint Père,

a Ajant appris le jugement de Votre Sainteté sur (1) Zetùr de Fénelon au Pape, du 4 avril 1699. {Comtp,

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346 HISTOITtE DE FÉKELOTT.

1 mon livre, mes paroles sont pleines de douleur; « mais ma soumission et ma docilité sont au-dessus <■ de ma douleur. Je ne parle plus de mon innocence, e des. outrages que j'ai reçus, et de tant d'explica- B tions données pour justifier ma doctrine. Je ne u parle plus de tout le passé. J'ai déjà préparé un « jW«/u/(?/nffn/queje me propose de publier dans tout a mon diocèse, />ar lequel, adhérant humblement a. à la censure apostolique, j\: condamnerai mon n livre avec les vingt-tmis propositions qui en ont 1 été extraites, sim.pleiiwnt , absolument, et sans « aucune ombre île restriction, el défendrai, sous n les peines portées par le Bref, à tous les fidèles « de ce diocèse, de lire ou de garder ce livre.

n Je suis résolu, très-saint Père, de publier ce fl Mamhmenl dès que j'en aurai reçu la permission u du Boi ; et je ne différerai pas un moment à ré- « pandre parmi toutes les Églises, et même parmi « les hérétiques, ce témoignage de ma soumission «^ intime et entière; car jairuiis je iC aurai honte a d'être corrigé par le successeur de Pierre, qui « lui-même est chargé de confirmer ses frères. Que « le livre soit donc à jamais réprouvé, pour conser- « ver la forme du langage orthodoxe. C'est ce que « j'exécuterai dans peu de jours. Je n'emploierai pas « r ombre de la plus légère distinclion, qui puisse « tendre à éluder le décret, ou à m^ excuser le moins « du monde. Je crains, comme je lé dois, de causer

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