‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 69 sur 111 · LITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LITRE TROISIÈME

« quelque sorte d'embarras à Votre Sainteté, qui a est assez occupée par la sollicitude de toutes lés <t Églises; mais lorsqu'elle aura reçu avec bonté le « Mandement que je dois bientôt mettre à ses pieds, « pour être un gage de ma soumission absolue; «t je supporterai tous mes cbagrins dans le si- « lence. Je serai toute ma vie , avec un souverain « respect et un dévouement parfait de cœur et d'es- « prit, etc. N

On aura sans doute peine à croire, que des expressions aussi précises, des témoignages aussi éclatants dune soumission intime, entière et absolue, aient pu laisser à la malveillance l'apparence d'un prétexte pour calomnier les intentions de Fénelon. On éprouve involontairement une espèce d'indignation , en voyant l'abbé Phélippeaux traduire cette lettre comme une soumission apparente et forcée (i). Il s'étonne de ce que Fénelon parle de sa Valeur, des outrages qu'il a reçus, de la pureté de ses intentions , de ses efforts pour justifier ses sentiments par ses explications. Le même abbé Phélippeaux ne trouve dans le Mandement de Fé* nelon, dans ce Mandement dont toutes les expressions parlent à l'âme et au cœur, qu'un langage sec et plein de paroles vagues, qui poui>oienl n'exprimer quune soumission extérieure et forcée (a).

(i) Relation sur le qitiélisme , p. a4a, (a) Ibid. p. a47.

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3^8 HISTOIRE DE FÉHELOH.

Mais on doit vanter la douceur et la modération de Tabbé Pliélippeaux , en comparant son style à celui de l'abbé Bossuet. ■ Je me suis procuré, dit- « il , une copie de la lettre de M. de Cambrai n au Pape. Je vous avoue qu'au lieu d'en être « édiSë, feu fus scandalisé au dernier point. Il ne n me fut pas difficile den découvrir tout l'orgueil « et tout le venin; et il me semble qu'il n'y a qu'à « la lire sans passion, pour en être indigné (^i). u

Od s'afflige de voir Bossuet lui-même partager, jusqu'à un certain point, cette prévention (a). «La a lettre de M. de Cambrai à M. d'An-as est ici prise <c fort diversement ; la cabale l'exalte, et les gens « désintéressés y trouvent beaucoup d'ambiguïté « et de faste. »

Bossuet se montre encore plus sévère pour le Mandement de Fénelon, que pour sa lettre à l'évêque d'Arras. o On est très-étonné, dit-i), que M. de « Cambrai, très-seusible à son humiliation, ne le

« paroisse en aucune sorte a son erreur; qu'il

« veuille qu'on ne se souvienne de lui, que pour re~ « connoùre sa docilité, supérieure à celle de la m moindre brebis du troupeau; c'est-à-dire, qu'il « veut qu'on oublie tout , excepté ce qui lui est

(i) Lettre de tabbé Bossuet à son oncle, 5 mai 1699. {Œuvres de Bossuet, t. XLII, p. 478.)

(a) I^tire de Bossuet , la avril 1699, [Ibid, p, iJaS.)

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du cliancriifi'

LtVRM TROISI^E. i^f)

a avautageux. Ëiifiu, ce Mandement est trouvé fort « sec,, et l'oD dit qu'il est d'uu lioinme'qui n'a songé « qu'à se mettre à couvert de Rome, sans avoir aua cune vue d'édification (i). »

Mais ces réclamations, conceDtrées parmi le très- Sa caiuluii< petit nombre de personnes qui avoient pris une part * ^'l *.'"*"' si active à la condamnation de l'archevêque de Cam- jugement brai, furent étouffées parla voix unanime de Rome, de la France, de l'Europe, de toute la chrétienté. Le Mandement de Fënelon est resté, dans l'opinion de ses contemporains et de la postérité, comme le monument le plus honorable de sa gloire. Il « Je ne « doute point, écrivoit à ce sujet le grand archidiaa cre d'Évreux , que l'humiliation qui est arrivée à a M. de Cambrai, ne serve beaucoup à sa sanctifica- « tion. Sa prompte et parfaite soumission donne une A grande édification ; et le Roi même a témoigné a en être très-édifié II (ï). »

\ On trouve aussi un beau témoignage de cette approbation générale, dans l'autorisation donnée, au nom de la Faculté de Louvain, pour l'impression du Mandement de Fénelon, par le docteur Steyaert,

(■} Lettre de Botsuel à son neveu, du 19 avril i€gg. {OBwresde Bosiuet, t. "^lAl , p. 441.) Voye» encore, à ce sujet, quelques autres lettres indiquées tlnns la Corresp. de Fénelon^ t X,i>. 540, note i.

■ (a) Lettre de M. Boudon à JH. Bosguemrd, curé de Saint- Slieolat de Rouen , àa ag mai 1699. (Letb: t. Il, p. 3i5.)

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35o HISTOIRE DE FéVELON.

alors vicaire apostolique de Boi»-le-Duc, et recteuj* de ruoiversité de Louvain (■)■ « C'est une fuiff blesse humaine, dit-il , de s'écarter, ea évrivant, « de la règle de la vérité, surtout quand on traite a des matières si relevées. Mais de corriger les erreurs (c qu'on nous fait connoitre, d'une manière aussi gé- « néreuse que le fait ici l'illustrissime archevêque a duc de Cambrai, c'est une chose qui paroit au-desu sus de l'homme, et dont à peine on avoit vu jusa qu'à présent quelque exemple. On peut dire, en « celte occasion, ce que Tacite a dit dans une au- « tre : Ce que nous sommes aujourdkui en peine > d autoriser par quelque exemple^ en sera un pour « la postérité (a). Par ce motif, nous croyons trèsn utile de réimprimer ce Mandement archiépisco- « pal^ comme un exemple d'humilité aussi admira- 1 ble^ qu'il mérite d'être imité. »

Le chancelier d'Aguesseau nous offre un témoignage également remarquable de l'opinion publique, sur ce point: « L'archevêque de Cambrai, dit-il (3), « qui avoit combattu comme un lion pour la déa fense de son ouvrage, tant qu'il avoit espéré « de vaincre, ou du moins de n'être pas vaincu,

(i) D'Argehtré, Colkctio Judlciorum, t. III, p. 4o8. Kous ioséroBS ici dans le texte, ce que le cardinal de Bausset indiquoit brièvemeot en note, un peu plus bas. (Édit.)

(a) jP/v quo exempliun qaœriiHUi, id olim pro exempta erit, (3) Mémoiret du chancelier d'Jgueaeau , t. XIII, p. i8i>

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