‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 70 sur 111 · LIVRE TROISIÈME. 35l · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 35l

a prit, en homme d'un esprit supérieur, le parti de « ae soumettre d'abord comme In plus humble bre- « bis du troupeau. Ce fut l'expression dont il se « servit dans l'acte de sa soumission ; il n'attendit <r pas même que le Roi eût fait la moindre démarche « pour autoriser le Bref dans ses Etats, quoique aua cun décret de la cour de Rome ne puisse y être a reçu sans l'aveu de son souverain. Il fit, en pré- « venant cet aveu (i), une de ces fautes heureuses « qu'il n'appartient "qu'aux grands hommes de haa sarder; et, ne pouvant plus éviter la condamna- « tion de tous ses confrères, il se hâta de s'assurer « au moins l'honneur de s'être condamné le pre- « mier. Son Mandement court et touchant consola « tous ses (imiSf affligea Ums ses ennemis, et défi mentit la prédic lion faite pari' évéque de Meaux, « dans la chaleur de la dispute, que si Carche- B véque de Cambrai était condamné, on verrait » bientôt renaître la distincfion du fait et du droit, a et toutes les autres subtilités dont on ne fait que « trop d'usage dans les discussions théologiques, b

Fénelon eut tout lieu de s'applaudir d'avoir exprimé, dans les termes les plus simples et les plus

{1} Où a vu que Fénelon n'avoU publié sou Mandement, qu'après avoir reçu l'autorUatioii du Roi. Mais il n'avoit pas attendu celte autorisation, pour mauil'eiier sa pltnne et entière soumission à la décision du saint-siége.

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35a msTuiBK ou fkhklom.

précis, son adhésion au jugement qui le conduniKHt. C'est ce qu^l fit observer dans une seconde lettre à l'évêque d'Arras; ce prélat l'avoit probablement instruit des réflexions critiques de Bossuet. a £n vë- « rite, dit Fénelon, je n'ai rien tant à cœur que » d'aller droit jusqu'au dernier soupir de ma vie....

• Je serai aussi ferme contre mon livre, que j'ai été

* ferme jusqu'au dernier moment de la controveisc ■ pour soutenir ce qui me paroissoit devoir le justia Ber.... Je n'ai voulu, d<ns mon Mandement , sup- <■ prïmer que les choses qui auroieot pu servir à « m'excuser envers mon troupeau. Il m'a paru que « cette brièveté rendoit mon acte plus simple, plus a humble, plus précis et plus décisif. Si je m'y fusse <r étendu davantage, quelle critique n'eût-on pas « faite de mes paroles les plus simples, les plus

V innocentes et les plus soumises! f f) »

L'èrêqne de Aussitôt que l'évêque de Chartres eut connois-

ciiarire» féiiciie gan{^ jy MondemeiU de Fénelon , il s'empi-essa de

; faire les avances à un confrère vertueux qu'il avoit

toujours tendrement aimé, qu'il n'avoit combattu

qu'à regret, et qu'il n'avoit jamais cessé d'estimer;

il lui écrivit : ti Monseigneur, je suis ravi de la sou-

ff mission parfaite que vous témoignez au Bref de

0 Rome. J'ai toujours pris tant de part à ce qui vous

(i) Zetire de Fénelon à t'évéjue tTArrat, >8 ayril iSy^- {Correip. de FéneU/n, t. X, p. 54i-)

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LlVRt TKOISIKME. 353

« touche, que je ne puis vous exprimer assez, com- « bien mon cœur est touclié de l'action humble e.t a généreuse <{uevom venez de faire; je l'ai toujours « attendue de votre piété. Je prie Dirii de tout mon « c<£Ur, Monseigneur, qu'il achève en vous ce qu'il V y a &ît par sa grâce, en vous soutenant juscju'h R la fia dans les seutimeots que vous faites paroî- R tre à toute l'Église, dn plus sincère retour; et it qu'il vous comble de plus en plus des consola- « lions que vous méritez ( i )• »

Fénelon lui répondit : « Monseigneur, je niçois « dans le moment la lettre que vous m'avez fait « Thonneur de m'écrire, et je me hâte de vous en H (aire mes très-humbles remerctments. Quoique « j'aie tâché de ne regarder que Dieu dans ce que tt je viens de faire, je suis néanmoins fort aise, « Monseigneur, de voir, par les termes dont vous « vous êtes servi, combien vous l'approuvez. Trou- <c vez bon, s'il vous plaît, que je prenne la liberté « de me recommander à vos prières, et que je « vous assure de la sincérité du respect avec tef{iiel « je serai toute ma vie, etc. (a). » i

Il eût été à désirer que les deux autres prélats Siieix^iie eussent prévenu Fénelon, par des avances îuissi "ciMéquo franches et aussi chrétiennes, lis avoient tous les «iïbuiJ

(le Péitelou;

(i) Corretp.rle Fénelon, t.X, p. 5tj.

(a) Carretp. de Fénelon, ibîd. p. 5i8,

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354 HISTOIBE DE FKHELON.

honneurs de la victoire ; il& étoient en possesûou du crédit et de la faveur ; et , selou les règles de la délicatesse et de la générosité, ils ne pouvoient que s'honorer eux-mêmes en faisant les premiers pas. L'archevêque de Paris fut probablement retenu par cette espèce de timîdih! qui lui étoit naturelle, et peut-être aussi par le souvenir de quelques procédés dont il craignoit que Féneloa n'eût trop fidèlement gardé la mémoire (i). Bossuet crut beaucoup faire en allant chez le duc de Beauvilliers, peu de jours après l'arrivée du Bref, lui déclarer et qu'il « avoit vu avec peine une lettre de M. de Cam- • brai au nonce, dans laquelle ce prélat l'accusoit > de répandre de tous côtés, que sa soumission a ne seroit qu'apparente et extérieure ; que cela « étoit bien éloigné de sa pensée; et qu'il souhaitoit « que M. de Cambrai en fût instruit, a6n de prête venir ceux qui tâchoient de l'aigrir contre lui. s Comment Bossuet pouvoit-^il croire qu'une démarche aussi insignifiante, après des procédés aussi véhéments, pouvoit suffire pour guérir les plaies d'un cœur aussi sensible et aussi délicat que celui de Fénclon ?

Cependant le duc de Beauvilliers «e crut obligé

(i) On verra, dans le livre suivant (n. t), quelques dé lails sur la conduite embarrassée de l'archevêque de Paris envers Fénclon, depuis lu controverse du quiétisme. (Édit.)

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