LIVRE TROISIEME. l\Ô
prixj celui qui lui a coûté le plus de soin et de travail, celui qu'il a défendu pendant deux années entières, avec des efforts de talent et d'esprit dignes d'uoe meilleure cause, soit précisément celui de ses ouvrages, où l'on retrouve le moins l'âme, le style, l'intérêt, le charme accoutumé de Fénelon.
1 Ce défaut tient sans doute, en grande partie, à la forme sèche et didactique qu'il crut devoir employer, pour s'exprimer avec plus de clarté sur des matières délicates, que personne jusque-là n'avoit encore présentées avec la précision rigoureuse du langage théologique. Pour atteindre ce but , Féoelon divise son ouvrage en quarante-cinq articles ou propositions principales. Chacun de ces articles renferme deuxparties, dont la première, intitulée i4rdcle vrai, expose la doctrine des vrais mystiques sur le pur amour, et la seconde, intitulée Article faux, montre les ahus que Ton a faits, ou que l'on peut laire de la doctrine des saints, sous une fausse apparence de perfection. « Pour prévenir tous les in- « convéniei^ts, disoit-il dans V Avertissement de son « livre, je me propose de traiter, dans cet ouvrage, « toute la matière, par articles rangés suivant les « divers degrés que les mystiques nous ont marqués « dans la vie spirituelle. Chaque article aura deux « parties: là première sera la vraie quej'approuve- « rai, et qui renfermera tout ce qui est autorisé par « l'expérience des saints , et réduit à la doctrine
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46 HISTOIRE DE FÉNELOH.
« saine du pur amour ; la seconde partie sera la « fausse, où j'expliquerai l'endroit précis dans le- « quel le danger de l'illusion commence. En rappor- " tant ainsi, dans chaque article, ce qui est excès- « sif, je le qualïBerai, et je le condamnerai dans « toute la rigueur théologique. » On a vu plus haut (i), que dans la première rédaction de son livre, Fénelon avoitjoint à chaque article les autorités des Pères et des auteurs mystiques, qui lui paroissoient propres à établir ses principes, et à justifier ses expressions ; mais il supprima ensuite cette multitude de citations, par le conseil de l'archevêque de Paris, qui ne les croyoit propres qu'à grossir inutilement l'ouvrage. Il est sans doute à regretter que Fénelon se soit montré si docile sur ce point; cette condescendance eut tout à la fais l'Inconvénient de donner à l'ouvrage Une forme sèche et abstraite, qui en rend la lecture peu attrayante, et de séparer le texte de Fénelon des ■ témoignages de la tradition, qui pouvoient servir - à expliquer plusieurs propositions équivoques , et ' susceptibles d'un mauvais sens (a).
^ Il est assez curieux de connoître les premières impressions que produisit sur Bossuet la lecture du
(t) Cî-des5u3,p. 3i.
(9) Sistoin de Fénelon, par le chevalier de Ranuay,
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