‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 71 sur 111 · LIVRE TB013IÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TB013IÈME

d'en rendre compte k son ami. Nous avons encore sa tettre, écrite de sa main; elle achèvera de faire connoîti^ le caractère et l'âme de cet homme respectable {i). v M. de Meaux sort de diez moi, il y « a environ une heure ; il m'a fait compliment sur « la soumission que j'avols marquée au décret du « Pape sur voti-e livre , et de la diligence avec lait quelle , suivant qu'il est ordonné aux fidèles, j'en « ai remis entre les mains de M. l'archevêque de « Paris l'exemplaire que j'avois eu lors de l'impres^ K sion. Je lui ai répondu, que c'étoit la suite natuv relie de la disposition où j'avois toujours été, <■ d'acquiescer pleinement à la décision du sainta siège; et que je ne faisois en cela que ce qui est n d'obligation pour tout fidèle. J'espère , mon cher a arehevèque, <jue vous serez et paroUiez, à la face " de toute l'Église, dans la même soumission. (Parti donnez-moi le mot d'espérer; il ne signifie pas ot assez ; et on doit, je crois, pour vous faire justice, a mettre qu'on est certain.)

u A propos de soumission, M. de Meaux m'a « chargé de vous mander, que, dans une lettre que H TOUS avez écrite depuis peu à M. le nonce, vous 0 lui aviez imputé d'avoir répandu que votre sou- « mission ne seroit qu'apparente, et point intime ,

(i) Lettreduduc deBeauvilfiertàFénelon,»Tmiin 169g. {Corretp. t. X, p. 446.)

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356 BISTOiaE DE FRELON.

« ni sincère (i). 11 dit qu'il n'a jamais tenu à qui <c que ce soit uu discours semblable ; qu'il se le rea procheroït , et auroit tort devant Dieu et devant « les hommes, d'avoir de vous un pareil seiitiment. « Comme rien ne l'oblige à cette explication , sur-

( I ) Nous n'avons pas la Lettre de Féitelan au nonce , dont il est ici tjuestian , et ilont Bossuet se plaint également dans celle qu'il écrivit à son neveu , le 3o mars 1699. [OEiwrade Bossuel, t XLU , p. 3ga.) Hais on voit, par la réponse de Fénelon au duc de Beauvilliers [ci-après, p. 36o], que le reproche qui excitait les plaintes de Bossuet, éloit fondé sur le langage de ce piélat dans ses derniers écrits, et particulièremeul dans celui qu'il avoit publié, peu de jours avant l'arrivée du Bref, sous le titre de Pasiages éclaircis. {Œavrei de Bossuet, t. XXX], Bossuet y attribuoit à Fénelon une conduite artificieuse, qui tendoît à rendre inutile et même impossible la décisiou du saint-siège, qu'il/aùoit semblant de pretter. (Réponse aux Préjugés décisifs. Ibid. p. 3oi et 3ai.) tt H. de Cambrai, disuit-il, travaille à rendre im-

<t possible l'examen de son livre Il se prépare un moyen

« pour éluder, non-seulement la censure des docteurs , mab « eucore celle (du saint-siége] à laquelle un doit croire qu'il « est soumis, u [Jbid. p. 3'ii et Ïa3.) Oq voit assez combien ces paroles pouvoient rendre suspecte la franchise de Féne. lun, et sa soumission au jugement du saint-siége. Mais 00 voit aussi par I& , en quel sens Bossuet a pu dire au duc de Beauvilliers qu'i7 iCavoit Jamais tsfiu à qui que ce soit ua discaurs semblable à celui que Fénelon lui imputait. Sans doute , Bossuet n'avoit pas tenu ce discours depuis l'arrivée du Bref; mais il l'avoit tenu publiquement, au moins pour le fond , dans ses derniers écrits contre l'archevêque de Cambrai (Édit.)

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« tout à présent que la chose est jugée , je ne vois « que la vérité seule qui doive l'obliger à parler « comme il fait, et à s'adresser à moi pour me prier B de vous l'écrire.

(c Je souhaite , mou cher archevêque , que vous « retrouviez le calme, après d'aussi rudes et d'aussi « longues tempêtes que celles que vous avez esn suyées; et je prie Dieu d'être votre force et votre tt consolation, u

La réponse de Fénelon est remarquable (i), aj'ai « reçu votre lettre, mon bon duc, avec une exa trême consolation ; tout ce qui me renouvelle K les marques de votre amitié, adoucit ma peine. Ce « que vous me mandez que vous avez fait pour A obéir au Pape, en vous défaisant de onon livre, « m'édifie, et ne me surprend pas. Je connois votre « attachement à une obéissance simple ; et je ne «r pourrois vous reconnoître à une autre (X>ndutte. a Vous savez bien que je n'ai jamais estimé, ni a toléré aucune piété qui n'a pas ce solide fondea ment.

n Pour moi, je tache de porter ma croix avec hu- « milité et patience. Dieu me fait la grâce d'être en «t paix, au milieu de l'amertume et de la douleur. « Parmi tant de peines , j'ai une consolation peu

(i) Lettre de Fénelon an duc de BeatmlUerSf 39 mars 1699. {Comsp. t. X, p. 449.)

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358 UISTOIBE UB FiNELOK.

M pn^re à être connue du monde, nuis bien solide a pour ceux qui cherchent Dieu de bonne foi ; c'est o que ma conduite est toute décidée, et que je n'ai « plus à délibérer. Il ne me reste qu'à me soumettre (I et à me taire; c'est ce que j'ai toujours désiré, u Je n'ai plus qu'à choisir les termes de ma sou- « mission; les plus courts, les plus simples, les plus « absolus, les plus éloignés de toute restriction, « sont ceux que j'aime davantage. Ma conscience K est déchargée dans celle de mon supérieup : en « tout ceci, loin de regarder mes parties, je ne ce- « garde aucun homme; je ne vois que Dieu, et je « suis content de ce qu'il fait.

« Quelquefois, j'ai envie de rire de la crainte ^ue 0 certaines personnes zélées me témoignent, que jit « ne pourrai peut-être pas me résoudre à une (ena tière)soumission. Quelquefois, je suis importuné « de ceux qui m'écrivent de longues exhortations, « pour m'engager à me soumettre ; ils ne parlent que « de la gloire qui se trouve dans cette humiliation, « etdel'acte héroïque que jeferai.Toutcelame fati- (t gue un peu ; et je suis tenté de dire en moi-même : « Qu'ai'Je donc fait à tous ces gens-lîi, pour leur •t faire penser que j'aurai tant dépeins à préférer « tautoaité du saiat-siége à mes faibles lumières, « et la paix de CÉgUse à mon livre? Cependant, « je vois- bien qu'ils oat raison de- supposer en ipoî a beaucoup d'imperfection, et de r^mgnance à fcire

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K un acte humiliant. Ainsi je leur pardonne sans « peine; et je vais même jusqn'i leur savoir trèst bon gré de leurs craintes et de leurs exhortait tiens.

B Pour ce qui est dé la peine dans un acte de K pleine et absolue soumission , je dois vous dire K simplement que je ne ta sens point du tout. L'acte t a été dressé dès le lendemain de la nouvelle K reçue; mais j'ai cru' devoir le tenir en suspens, » jusqu'à ce que je sache la forme de procéder. i Les Bulles ne sont reconnues en France, qu'après K qu'elles ont passé au parlement. Je ne sais s'il faut tr garder la même forme pour un Bref qui contient K un jugement doctrinal contre un archevêque. Dans K le doute , je suspens mon Mandement ; car per- >: sonne, quoi qu'on en puisse dire, n'est plus zélé M François que moi. Dès que j'aurai su la règle, mon K acte paroîtra. Vous remarquerez, s'il vous plaît, x que je n'ai reçu le jugement du Pape, ni de Borne, I ni de M. le nonce; mais enfin, je ne perdrai pas V un moment, dès que je serai assuré de ne point •»■ blesser les usages de France. Je n'ai de consola- I tionqu'à obéir; et si on m'avoit connu tel que je it suis à cet égard-là, on n'auroit jamais eu les vaines f( alaraies qu'on s'est laissé donner.

« Pour M. l'évêque de Meaux , j'avoue qu'il m'est s impossible de concevoir comment il a pu vous dire, El qu'il auroit un reproche à se faire devant Dieu

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36o HISTOIBE DE FÈXELOtl.

a et devant les lioinmes , s'il mettoit en doute la d droiture dé mon cœur et la stncérité de ma sou- « mission. A-t-il déjà oublié toutes les duplicités « affreuses qu'il m'a imputées, à b face de toute « rÉglise, jusque dans son dernier imprimé (i)? « Quinze jours ne peuvent pas m'avoir changé en s un honnête homme. Mais il n'est pas question a d'approfondir ses paroles , et j'en laisse l'examen a entre Dieu et lui; nous n'avons plus rien à dé- R mêler entre lui et moi. Je prie Dieu pour lui «de très-bon cœur; et je lui souhaite tout ce ■ qu'on peut souhaiter à ceux que l'on aime selon a Dieu. »

On voit en effet, par la corre^ndance de Bossuet avec son neveu , qu'il auroit été assez disposé à renouveler des combats d'écrits avec Fénelon , et même aattaquer son Mandement comme insuffisant; mais il ne put s'empêcher d'être frappé de l'applaudissement universel avec lequel ce Mandement avoit été reçu à Paris, à Rome, dans les pays étrangers, à Versailles même. Il ne pouvoit plus d'ailleurs se flatter du concours de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Chartres ; l'un et l'autre, satisfaits d'être délivrés honorablement d'une controverse à laquelle ils n'avoient pris part qu'avec une répugnance marquée, n'étoient plus disposés à prêter leur nom et

(t) To^es ci-dessus, p. 356, note i.

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