‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 72 sur 111 · LIVRE TBOISIÀHB. 36l · texte numérisé non relu

LIVRE TBOISIÀHB. 36l

leur cr^it à BossueL Madame de MuDtenoB ellemêine étoit excédée depuis longtemps de cette iaterniinable guerre.

Ce chaDgemenC de scène se laisse apercevoir dans une lettre de Bossuet à son neveu (i). « Malgré « tous les défauts du Mandementài M. de Cambrai, a je crois que Borne doit s'en contenter, parce ' qu'après totûy F essentiel y est ric-à-ric^ et que

■ tobéissance y est pompeusement étalée. Il faut « d'ailleurs se rendre facile , pour le bien de la « paix, à recevoir les soumissions de M. de Cambrai, «et à finir les afhires; ainsi, ces réBexions (a) « seront pour vous et pour M. Fhélippeaux seulé-

■ ment. » ,ig.

Le Pape et toute rÉglise romaine attendoient , impreuioii avec autant d'impatience que d'inquiétude, la ré- p„ j, solution que prendroit l'archevêque de Cambrai sur laDaiiuioii le Bref qui le condamnoit. On étoit, à la vérité, nro-etdea V rassui-é par la piété si connue de Fénelon , et par les promesses solennelles qu'il avoit si souvent données de son obéissance et de sa soumission ; mais on ne fut entièrement tranquille et satisfait à Bomë, que lorsque l'abbé de Chanterac eut été autorisa à annoncer, au nom de l'archevêque de Cambrai, une

(i) LeWe dai^ avril i^g^lJMuvns de Bossuet, X.yjJîl, p. 44».)

{%) Les réflexions critiques qn'il fait dans sa lettre, mr le VoMtemeiu de Fénelon,

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362 HISTOIBK DE F^HELON.

adhésîoD simple et absolue , et une pleine soumission au jugement du saint-siëge. Aussitôt que l'abbé de Chantcrac eut remis au Pape la lettre de Féuelon , et son Mandement du 9 avril , Innocent XII s'empressa de les transmettre à la congr^tion des cardinaux. Il -y joignit également la lettre de remerciinent que le Roi lui avoit écrite, au sujet de son Bref de condamnation (i).

Les cardinaux éprouvèrent une sensible consolation à la lecture de ces lettres. Par un bonheur tùen rare dans les annales de l'Église, ils voyoient le jugement du saint-siége consacré par l'approbation d'un monaripte puissant, qui l'avoit sollicité avec ardeur , et par l'adhésion d'un archevêque illustre , dont la vertu empruntoit un nouvel éclat de son humble et volontaire soumission. Ceux d'entre eux qui n'avoient exercé qu'avec douleur un ministère rigoureux, durent s'applaudir d'avoir assez bien auguré des principes religieux de Féuelon, pour présumer qu'il sacriBeroit sans peine , à la paix de l'Église, les sentiments qui dominent si souvent la plupart des hommes.

La juste impression que produisirent sur tous les cardinaux la lettre et le Mandement de l'archevêque de Cambrai, les porta à voter unanimement que Sa Sainteté seroit invitée à faire une réponse boQorabie à ce prélat.

(1) En date du 6 avril 1 699. {Œuvres de Sossuet, t. XXX, p. 45i.)

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llVfiE TfiOlSlisHE. 363

Le Pape se fît an sensible plaisir de déférer au vœu des cardinaux, en cherchaot à donner à Féneton tes témoignages les plus honorables de sa bienveillance et de sa satisfaction; et il chargea le cardinal Atbanî de l'exécution de ses ordres. Le cardinal Albani se trouvoit heureux d'avoir à remplir un ministère si conforme à son vœu personnel, et à ses sentiments d'estime pour Pénelon; et il prépara, au nom du Pape, un Bref rempli des expressions les plus flatteuses.

Mais t'abbé Bossuet, toujours fidèle i ta haine , envia cette faible consolation à Féitelon. A peine le jugement avoit-il été rendu, qu'il s'étoit occupé à le frustrer d'un témoignage que la justice réclamoit, autant que la bienséance. Il osa même exprimer àson oncle (i) le vœu indécent, de faire intervenir le nom du Boi , pour interdire au Pape la liberté d'écrire à un archevêque docile et soumis. Il n'auroit pas même borné ses vues, s'il en eût été le maître , à priver le Pape de la liberté d'adresser à Féaelon quelques expressions vagues et insignifiantes; il inspiroit à son oncle l'idée de le faire dépouiller de l'archevêché de Cambrai (a). Il est cbflicile de savoir jusqu'à quels excès son caractère hûneux l'aurait porté, s'il eût eu autant de pou-

fi) Lettres des 1761^4 mars 1699. {Œuvres de Bossuet, t. XUI, p. >]% et 394.)

(a)Voyez saldtM du 34,ntttrs 1^)9. (Tïn/. p. $87,)'

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364 HISTOIRE DE FÉITELOir.

voir que de malveillaDCe. Mais il réussit au moins à intimider le Paj;>e et les cardinaux, par la crainte de déplaire au Roi, et à faire changer les expressions les plus essentielles du Bref qu'on se proposoit d'écrire à l'archevêque de Cambrai , et gui était déjà arrêté et minuté. Ce n'étoit pas tout à fait sans raison, que l'abbé Bossuet craignoit qu'on n'y eût inséré des expressions qui tendoient à justifier les intentions et les sentiments personnels de Fénelon ; car le Pape avoit déclaré hautement, en plusieurs occasions, depuis le. jugement du la mars 1699, k que ni lui, ni les cardinaux, « n'avoient entendu condamner les explications « que Carchevéque de Cambtai avait données de «■son îii're(i). »

Tandis que l'abbé Bossuet employoit des manœuvres et dés intrigues, pour emptk:her le Pape de donner quelques témoignages de satisfaction à l'archevêque de Cambrai, Fénelon écrivoit à l'abbé de Cbanterac (a) : « Ne demandez pour moi au Pape, « ni louanges, ni bons offices. Si ma patience, mes a instructions et mon exenqjle ne peuvent pas me n soutenir au milieu de mon troupeau, de vaines « louanges ne me soutiendroient pas. Je ne souhaite <c poÎDtun Bref pour ma réputation ; car elle ne me

(t) Lettres de l'abbé de Cbanterac à Fénelon, des 1 9 «t ai mars, a mai 1699, et autres. (Corresp. t. X.) (a) LeKredu 11 avril 1699. {/£/(/. p. 497O ,^--

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LIVBE TROISxillE. 365

■ paroît pas noircie parmi les gens neutres. Je vois a même que tout ce diocèse demeure édifie de ma « conduite, et bien disposé pour moi. De plus, je a crois qu'il faut se laisser dans les maius de la Pro- < vidence, quand il lui plaît de nous humilier.. Je « ne veux donc point que vous fassiez la moindre « dëmarclie pour un Bref , avec quelque louange ir vague sur ma soumission ; mais si on se porte de «' soi-même à l'écrire, j'en serai bien aise, parce que « ce sera une acceptation authentique de ma sou- « mission , après laquelle je pourrai respirer en « repos. y>

Le seul intérêt qui occupoit alors Fénelon, étoit l'impatience d'être réuni k l'ami vertueux qui avoit tant souffert pour lui. Toutes ses lettres à l'abbé de Chanterac, depuislejugement'duiamars, respirent cette toucliante affection et cette tendre sollicitude que la reconnoissance exaltoit encore avec une sensibilité plus pénétrante. « Il me tarde beaucoup, lui (c disoit-il, que vous soyez par'ti de Rome (i) ; c'est « un séjour trop amer pour vous , dans les circbo- « stances présentes... Il n'y a qu'une seulechose qui « mè cousoleroit de voir votre retour retardé; ce « seroit , si les eaux de Baies, dans le royaume de <c Naples, pouvoient guérir vos jambes; cette raison

(■) l,ettre de Fénelon à tabbé de Chanterac, 97 mars 169g. {Corretp. t.X, p. 444.)

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366 UISTOIRE DE FRELON.

i( seroît plus forte que toute autre. Pensez-j bien^ a mon cher abbé, je vous en conjure, et ne mé- •; nagez lien là-dessus. Votre retour fera ma plus « sensible consolation. Je ne vous dois pas moins, « que si les plus grands succès avoient suivi votre « travail. J'ai compris tout ce que vous avez fait et a souffert ; je vois bien que vous ne nous en avez • mandé que la moindre partie. Ma reconnoissance, < ma confiance, ma vénération et ma tendresse pour d vous, sont Bans bornes. Venez au plus tôt, afin « que nous nous consolions dans le sein du véri- «. table Consolateur; nous vivrons et nous mour-

a rons n'étant qu'un cœur et une âme Ma santé

a se soutient (i); ma paix, au milieu de tant d'amer- « tûmes, se conserve aussi. Je voudrois bien que ma a consolation servît à vous consoler. Conservez- « vous, mon cher abbé ) si vous veniez à me mante quer, ma croix seroit trop pesante pour ma foi- « blesse... Dieu sait combien je crois lui devoir, de « ce qu'il m'a donné un tel bien. Vous avez fait a pour moi cent fois plus que je n'aurois os^ at- « tendre. Dieu a permis un mauvais succès ; mais a il saura bien en tirer sa gloire} et que voulons- « nous autre chose ? Nous tâcherons de servir Dieu a ensemble, et d'édifier ce diocèse. Venez, venez le « plus tôt que vous pourrez. »

(i) Lettres des 3 et 17 avril 1699. {Correip, t.X, p. 47" et 5ia.)

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LIVKB TSOlSIÈltB. 867

Cependant , le cardioil Albaai avrât représenté su Pape, que c*étoit trop a)sujettir le Miat-siége aux sentiments des cours étrangères, que de leur montrer cette es.ces8ive timidité; qu'il étoit indécent qu'un Pape n'osât pas écrire à un archevêque, sans convenir avec les princes de ce qu'il devoit lui écrire (1). Le Pape parut honteux lui-même de sa grande circonspection, et se détermina tout à coup à ordonner qu'on remît le Bref à l'abbé de Chanterac. Mais ce Bref étoit si mutilé, si différent de celui qui avoit d'abord été proposé et admis, que les ministres du Pape convenoient eux-mêmes que l'archevêque de Cambrai étoit dispensé d*y attacher une grande valeur. Voici ce Bref (a). ^i^

« Vénérable Frère, salut. Nous avons reçu avec Bn/duPapt « unesrande ioie les lettres du mois d'avril dernier, ," "^ ,

» J » (mu 1699);

« que votre fraternité nous a adressées avec un i« pape nuni- « exemplaire du Jklafulement , par lequel, adhé- '^"'«'i^''' « rant humblement à notre décret apostolique con- cudiui. « tre !e livre par vous publié, et contre les vingt- * trois propositions qui en ont été extraites, vous c avez adressé notre décret, avec une prompt» (c obéissance et un espnt soumis, aux peuples con- « fiés à vos soins. Vous avez parfaitement confirmé,

(i) LtUredeTabbé ^CImaeraeàfémlon,Hnmi$g^ (Ctaretp, de Fénelan^ I, X, p. 57a.)

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368 HISTOIRE DK fÉHELOH.

a par -cette nouvelle preuve de l'affection sincère « et de l'entière obéissance que vous devez à nous « et à notre si^e, Topinion que nous avions, de- « puis lon^erops, de votre fraternité. Nous ne nous « promettions rien moins de vous, qui nous aviez a fait coQQoitre clairement vos bonnes dispositions, « dès le temps que, demandant avec humilité d'être « corrigé par cette Eglise mère et maîtresse de (t toutes les autres, vous avez ouvert les oreilles « pour recevoir d'elle la parole de vérité, et pour « apprendre par notre jugement ce que vous et les « autres deviez penser de votre, livre, et de la docte trine qu'il contient. Après vous avoir donné ainsi « dans le Seigneur les éloges dus au zèle avec lequel a VOUS vous êtes soumis « promptement à notre dé- « cision pontificale, nous prions Dieu, de la pléni- « tude de notre cœur, d'exaucer vos vœux, et de » VOUS accorder sa protection toute-puissante, dans « les travaux que vous entreprendrez pour le bien ff de votre troupeau. Nous vous accordons aussi, <t vénérable Fi-ère, notre bénédiction apostolique m avec beaucoup d'affection. Donné à Rome, sous ff l'anneau du Pêcbeur, le 12 mai 1699, la bui- < tième année de notre pontificat, r*

Quelque insigniBant que tût ce Bref, il ne laissa pas, ajoutoit l'abbé de Clianterac(i), de causer un

(i) Lettre du 14 mai 1699. (Corresp. t. X, p. S73.)

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