‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 73 sur 111 · LIVRE TROISliHE. 36q · texte numérisé non relu

LIVRE TROISliHE. 36q

dvpît extrême aux ciineinis de M. dt Cambrai. Il suffisoit que le Pape lui eût écrit , ne l'eût pas traité A^hcitUifjtie, et qu'il fût content de sa soumission, pour qu'ils fussent au désespoir; ils paroissoicnt irrités et confus, comme si on leur eût fait un outrage; ils auraient voulu que le Pape eût rejeté son Mandement. Un procédé aussi révoltant fit impression sur presque tous les cardinaux qui avoient concouru à la condamnation de Fénelon; et ils se persuadèrent plus que jamais, que l'âme de toute cette affaire n'avoit été qu'un désir et un dessein seci'et de perdre l'archevêque de Cambrai. Ils s'ouvrirent alors avec plus de conBance à l'abbé de Chaaterac, et le cliargèrent de mander de leur part à ce prélat, sans les nommer jusqu'à son retour auprès de lui, qu'ils lui conseilloient d'obser^ ver le plus profond silence, quelque prétexte que ses adversaires pussent employer ou proposer, pour le forcer de s'expliquer davantage ; étant difficile qu'en voulant expliquer sa pensée et ses véritables sentiments , il n'employât quelques expi'essious dont ils abuseroieut, en les interprétant dans un mauvais sens; que le Pape étant content de sa soumission , personne n'avoit plus le droit de lui demander ni rétractation, ni explication ; que cette fermeté à ne leur plus répondre, les déconcerteroit autant qu'elle lui feroit honneur. Tous les cardinaux, à l'exception d'un seul (te T, H. ' a4

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3^0 aiSTOIRB DE F^HELON.

cardiDal Casanate ) , chargèrent en même temps l'abbé de Ctianterac, d'assurer l'archevêque de Cambrai de leur estime, de leur respect, de leur vénération , et de lui déclarer qu'ils se trouveroient heureux de lui en donner des preuves, dans toutes les occasions, u On ne peut plus louer qu'ils l'ont fait, a écrivoit l'abbé de Chanterac(i), votre soumis- B sion, votre Mandement , vos lettres au Pape, et a toute votre conduite. L'approbation même de vote tre livre n'auroit jamais pu, selon eux, vous atti- « rer autant de gloire, ni autant d'estime. Les car- «t dinaux m'ont dit là-dessus des choses si fortes et (c si particulières , que je dois les réserver à nos R conversations. »

\ Ces dernières paroles font probablement allusion à l'estime singulière que le Pape Innocent XII conserva toujours depuis, pour l'archevêque de Cambrai. On ne peut douter en effet que le Pape n'ait eu l'intention de le faire cardinal, et que la seule crainte d'indisposer la cour de France, ne l'ait empêché d'exécuter ce projet. Plusieurs témoignages positifs établissent clairement la vérité de ce fait. Voici ce qu'on lit en particulier, sur ce sujet, dans une Lettre de Fabbé de Beaumont au marquis de FéneloUy en 1732 : « Depuis le jugement (porté « contre le livre des Maximes), ce même Pape, a qui avoit condamné le livre, voulut foire M. de

(1) Lettre du 14 mai 1699, [Corresp. t. X, p. S?^.)

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« Cambrai cardinal ; et ce fut te cardinal de Bouillon a qui l'en empêcha, ctaignant que le Roi, qui en R' serait mécontent, ne s'en prit à lui. Il représenta « au Pape, que ce seroit rendre le Roi implacable a pour M. de Cambrai, dans la circonstance du a temps ; et que cela se pourrait faire dans la suite B sans inconvénient, parce que le Roi seroit alors

« calmé Ce cardinal prctendoit avoir rendu,

M en cela , un service ti'ès-iniportant à M. de Cam-

« brai, attendu les circonstances Le cardinal

« Gabrielli, qui avoit conservé un commerce de « lettres avec l'abbé de Chanterae, lui manda que a le même Pape avoit dit nettement et absolument , « qu'il vouloit faire M. de Cambrai cardinal (i ). »

Après avoir reçu des témoignages si consolants de la haute estime du Pape et des cardinaux pour l'archevêque de Cambrai, l'abbé de Chanterac quitta Rome, pour retourner à Cambrai, le i5 mai 1699.

Cependant, on s'occupoit à Versailles de régler la forme dans laquelle on accepteroit en France le ^ Bref de condamnation du livre des Maximes des Saints. Cette acceptation présentoit des difficultés

(l) Lettre de l'abbé de Svaiimont on iiiarquh de Féneîon. [Corretp. (. XI, p. 63 ; etc.) A. l'appui de ce témoignage, voyez la Lettre du cardinal Gabrielli à l'abbé de Chanterac, du 9 janvier 1 700 (t. Il, p. Sga] j et la Fie de Fénelon, par le marquis, son petit-meveti. [Édit, de La Raye, 1747, p.93.)(É..T.)

^•J-i HISTOIRE DE FÉKFLON.

assez graves, pour le fond et pour la forme. Le gouvernement et le clergé de France vouloient maintenir l'exécution de la célèbre DéclarationAe i683. Une conséquence nécessaire de cette Déclaration, estde ne publieruQ jugement du saint-sîége en matière de foi , qu'après l'acceptation solennelle du corps épiscopal. Cette acceptation doit même se manifester sous la forme d'un examen, qui atteste que les évéques ont reconnu, dans le jugement du Pape, la foi et la tradition de leurs églises.

Le Bref présentoit également plusieurs défauts de forme; la clause proprio mofu, toujours si odieuse aux parlements, paroissoit surtout élever un obstacle invincible à l'enregistrement (i) : mais il régnoit alors un concert si parfait entre le gouvernement , le clergé et la magistrature ; T^ouis XIV savoit tempérer avec tant d'art et de sagesse, les magnifiques idées de sa prérogative, et l'exercice de l'autoritc indéfinie, dont un long usage et te consentement tacite de tous les ordres de l'État l'a voient mis en possession, qu'on parvint à concilier avec autant de dignité que de modération, le respect dû au saint-siége, les libertés de l'Église gallicane, et les formes de la législation françoise.

(i) Voyez quelques observations, sur le sens de cette clause, au n. X des Pièces justificatives de ce troisième livre.

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LIVHE TROISlàHE. SjZ

On convint d'abord, que l'acceptation desévéques précéderoit toute intervention de l'autorité royale, qui ne devoit paroître que pour assurer l'exécution du jugement canonique des évéques. Il titt ensuite résolu que le Roi autoriseroit les archevêques à se réunir aux évêques de leurs métropoles, pour procéder à l'examen et à l'acceptation du Bref. Il eût été peut-être plus régulier, et plus conforme à la discipline de l'Eglise, de les convoquer en conciles provinciaux ; mais il étoit entré depuis longtemps dans l'esprit du gouvernement, de laisser tomber en désuétude ces assemblées vraiment canoniques. Une espèce de tradition miaistérielle , fondée sur des inquiétudes ou sur des considérations assez frivoles, s'opposoit à leur restauration. Ce fut l'archevêque de Reims (i) qui, au défaut des conciles provinciaux, suggéra l'idée des assemblées métropolitaines. Cette forme parut assez régulière, et n'ofFroit pas les inconvénients réels ou prétendus des conciles provinciaux.

Le clei^ë craignit un moment qu'on ne voulût introduire des commissaires du Roi dans ces assemblées ecclésiastiques. 11 est vraisemblable que quelque ministre avoit emprunté cette idée des missi dominici , que les empereurs envoyoient quelquefois dans les anciennes assemblées d'évéques (a) ; mais

(i) Charles-Maurice Le Tellier.

(a}VoyeZ à ce sujet, Bnluxe, CapUiil. reg. Fr^nç.t.ll,

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374 HISTOIRE DE CÉKELON.

ces assemblées étoient alors daos l'usage de délibA^r sur des intërêts civils oii politiques; et il étoit naturel que les ministres du souverain y intervinssent, pour imprimer à leurs délibéra tioits la sanction de l'autorité royale. Bossuet rédigea et présenta au Boi, le i8 avril 169g, un Mémoire dont l'objet étoit de montrer qu'il seroit aussi irrégulîer que peu convenable, que le Roi envoy.^t des commissaires dans les assemblées métropolitaines que Sa Majesté seproposoït de convoquer. « Qu'est-ce que ces commissaires y feroient , disoit « Bossuet (i)? Ils n'y seroient pas pour délibéifr « avec nous, ni pour nous aider de leurs lumières ; « ils ne poiirroient donc passer que pour des in- « Specteurs envoyés par le Roi, afin de nous contc- K nii', pour ainsi dire, dans notre devoir : comme si Et Sa Majesté, se défiant de ceux de notre ordre, « croyoît devoir nous faire surveiller par des laï- « ques, et ne pouvoit s'assurer de notre fidélité qu'ait vec cette précaution, qui nous déshonoreroit dans a l'esprit des peuples, et avilîroit notre ministère

« dans nos diocèses Suivant nos maximes, un

« jugement du Pape, eu matière de foi, ne doit être a publié en France, qu'après une acceptation solen-

p. 770. — Bernardi , De l'origine et des progrès de la Législ. franc. \vi. II, cti. 8,

(i) Offnfwtfe JoM(«r(,lonieXI.n,p. 438.

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