‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 87 sur 111 · LIVRE TKOISlicUK. ^li · texte numérisé non relu

LIVRE TKOISlicUK. ^li

(te madame de Mainfe/ion ,,pfovenAul de l'aiicieDae maison de Saiat-Cyr, et qui se conserve aujourd'hui au séminaire de Versailles, il déclare expressément avoir vu, dans le trésor de l'église métropolitaine de Cambrai, l'ostensoir de Féaelon, tel que noua venons de le dépeindre (i).

\ I^s nombreux témoignages (|ue nous avons recueillis, à l'appui de celui de M. T^auguet, nous mettent en état de donner une description détaillée de ce précieux monument. Sur un socle de forme can-ée, on voyoit une statue allégorique, parfaitement modelée , vêtue d'une robe longue , et d une tunicelle qui lui descendoit jusqu'aux genoux, !,« voile qui lui couvroit les yeux, désigooit en elle le caractère allégorique de la Foi. Ses deux mains élevées soutenoient, au-dessus de sa tête, un cercle formé d'épis de blé et de feuilles de vigne entrelacées, et dans lequel étoîl renfermée la sainte hostie, placée entre deux ciistaux. Elle fouloit aux pieds plusieurs volumes fennés, et placés transversalement l'un sur l'autre. Sur la couverture du premier, on lisoit les mots suivants , en deux lignes et en toutes lettres : des maximes des s&ints; sur le dos d'un autre , on lisoit ces mots ; insti- TUTCOSES CALViHi. Le devaut du socle portoit cette

(i) Méin. pour servir à t histoire de madame de Kaintenon, par H. Languet. (Hss. p. 63/i.}

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inscnption : vere td es DEtfS abscohditus. A la droite du personnage principal, on voyoit un petit ange aitë, beaucoup moins grand que le personnage principal , et ne s'élevanl guère qu'à la hauteur du genou de ce dernier. L'attitude religieuse de l'ange expriinoit les sentiments d'adoration, d'amour et de respect, dus à Jésus-Christ présent dans la sainte Eucharistie.

ICet ostensoir d'or pur étoit, disoit-on, de la valeur intrinsèque de l a,ooo fr. , et par conséquent du poids d'environ huit livres. Sa hauteur étoit d'environ vingt ou vingt-deux pouces. Pour lui donner plus dViévation et de dignité, le chapitre de Cambrai fit faire, depuis la mort de Fénelon, un piédestal en vermeil, digne, par la beauté du travail, de figurer auprès de l'ostensoir lui-même. Ce piédestal avoit environ quatre pouces de hauteur; il étoit taillé à jour, et monté sur quatre griffes placées aux quatre angles.

ILa gravure qu'on voit ici, représente l'aspect du monument placé sur l'autel, dans l'état où il devoit se présenter au prêtre qui le regardoit en face. Nous tenons de M. t'abbé Goulart , chanoine de l'ancienne église métropolitaine de Cambrai, et mort depuis peu dans cette ville, qu'on voyoit autrefois, dans plusieurs paroisses du diocèse, des copies plus ou moins riches de ce bel ostensoir. Ne seroit-il pas à souhaiter que la ville de Cambrai en

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LIVRK TBOISIÈHE. 4>5

perpétuât ta mémoire, en faisant exécuter, pour Tusage de l'église catlirdralc, un ostensoir île vermeil, sur le modèle de l'ancien ? Un pareil monument seroit une réclamation authentique contre les difficultés qui ont obscurci, pendant quelque temps, une tradition aussi chère à la piété, qu'elle est précieuse pour le dioccsc de Cambrai , et honorable à son illustre archevêque.

lOn demandera peut-être quel pouvoit être le motif de ce nouveau témoignage de soumission, si longtemps après ta conclusion de l'afTaire du quiétisme^ et dans un temps où cette controverse paroissoit entièrement oubliée. Quelques écrivains de nos jours, faute d'avoir assez remarqué les circonstances dans lesquelles se trouvott alors Fcnelon, oui vu, dans le monument dont il s'agit, un acte d'ostentation, tUfficile à concilier avec la simplicité habituelle du caractère de Fénelon, et avec l'idée qu'on a généralement de ses vertus simples et moilestes (i).

1 Nous souscrivons plus volontiers que personne, à l'idée que l'on a géncialement des vertus simples et modestes de Fénelon; et nous sommes persuadé qu'il étoit infiniment éloigné de tout acte dosteihtation, non-seulement par le sentiment des convenances qui lui étoit si naturel, mais bien plus en-

(i) Obsrrvûiions sur roslensoir, par l'abbé Servois, p. 6 et i3. — Sisi. de Fénebn, y édit. L IV, p. 464 et A66.

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core par tes sentîmeats d'humilité dirétienoe dont il a donné d'ailleurs des preuves si touchantes. Mais si la souinusion de PéneloD étoit révoquée en doute à l'époque dont il s'agit , si elle étoit publiquement attaquée, dans des écrits propres à faire impression sur un grand nombre de lecteurs, et dans un temps où l'intérêt général de l'Église demandoit que les sentiments personnels de Fénelon fussent mis dans le plus grand jour; on conviendra sans doute qu'il pouvoit, qu'il devoit même alors confondre la calomnie, par les plus fortes preuves de son entière soumission. Or, telle étoit précisément la situation de l'archevêque de Cambrai, à l'époque où il fit présent à son église de ce riche ostensoir. J^es défenseurs d'un parti qu'il combattoit avec autant de zèle que de succès , mêloient depuis longtemps à leurs écrits les traits les plus amers, et les reproclies les plus offensants pour le prélat dont l'autorité étoit si funeste à leur cause(l). Dès l'année 1706, UH de ces écrivains s'étoit oublié, au point de répandre des nuages sur la sincérité de la soumission de l'arcfaevéque de Cambrai au jugement du saint-

(i) Voyez, à ce sujet, l'Hist. Uttér. de Fénelon , 1" pari, art. I, sect. 3, n. 3o, p. S5. Secl. 4, n- 1, p. f> 3. Voyez aussi, dans la 1" sect. de la Corresp. la lettre du 1 1 janvier 1 7 1 3, au duc de Chevreuse (t. 1, p, S3g)) et parmi les Z«tcrvfrfjfvri'ef, celle de Fénelon au P. Le Tellier, du 27 juin jjia. (T. IV, p. 16 et suiv.) (Émt.)

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LIVni! THOISIÈHIL. ^t"^

iiéçe contrôle livre des Maximes. En vtdn le prélat, pour répondre à cette odieuse imputation, en avoit appelé aux témoignages publics et authentiques de sa soumission; le cardinal de Noailles, par un procédé peu digne de son caractère, osa renouveler la m£me accusation contre l'arcliev^ que de Cambrai , dans un Mémoire présenté au Koi en 171a, et qu'il eut même l'indiscrétion de répandre dans le public, sans attendre l'agrément de Sa Majesté. Une conduite si peu mesurée demandoit sans doute que Fénelon expliquât de nouveau ses sentiments, de la manière la plus éclataute. Mais cette explication devint encore plus nécessaire, quelques mois après, lorsque la publication de la bulle UnigenituSf destinée à terminer les contestations quiagitoient l'Églisedepuissi longtemps, devint l'occasion de nouveaux troubles, par l'obstination d'un parti toujours fécopd en subtilités pour éluder les décisions du saittt-siége. L'archevêque de Cambrai, obligé par son caractère a publier et à faire observer, dans son diocèse, la nouvelle constitution, n'eûtil pas été manifestement en contradiction avec luimême ; bien plus, n'eût-ïl pas ouvertement trahi la cause de l'Église, en laissant alors subsister les moindres nuages sur sa propre soumission au décret qui avoit condamné le livre des Maximes? Le témoignage éclatant qu'il crut devoir donner, à cette époque, de son humble soumission, loin d'être fas- T. II. a?

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tueux et déptac(!, D'étoit-il pas, dans les ârconstances, tout à fait convenable, et en quelque sorte nécessaire? Si un évêque est toujours étroitement obligé de dissiper, autant qu'il est en lui , les nuages élevés sur ses sentiments, en matière de doctrine, n'est-ce pas surtout lorsqu'il est attaqué sur ce point, non-seulement par quelques écrivains obscurs, mais par un homme aussi éminent en dignité quel'étoit le cardinal de Noailles, et à une époque où il ne peut laisser répandre des doutes sur sa foi , sans encourager un nombreux parti dans sa révolte contre l'Église ?

En finissant cette affligeante histoire des démêlés de deux grands hopimes, il seroit consolant pour eideFéneion, nous de pouvoif dlrequ'ils revinrent aux sentiments depuis ^g confiance et d'amitié qui les avoient unis si long-

la CDQlroveTie

temps; mais si les monuments authentiques ne nous offrent aucun témoignage à ce sujet, nous y trouvons au moins dés preuves certaines de l'estime et du respect qu'ils Conservèrent toujours l'un pour l'autre. I^ chevalier de Kamsay, qui a vécu plusieurs années dans la société intime de Féaelou, atteste qu'il l'a souvent entendu parler du génie sublime et des ouvrages immortels de Bossuet, avec le même sentiment d'admiration que ses contemporains ont transmis à la postérité. Un jour même qu'on parut craindre de nommer Bossuet devant l'archevêque de Cambrai, il fut offensé decbtte réserve injurieuse

Hiiiliieltca de Bouuet

du quiclUoic.

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