LIVRE TROISIÈME
sur Bossuet tenolt uniquement à un sentiment re-^ cherché de délicatesse. 11 rapporte donc, que, dans cette même conversation, parlant sur la simplicité chrétienne, l'archevêque de Cambrai , se tournant tout k coup vers lui, lui dit : « Faites-moi toutes « ies questions que vous voudrez, et je vous « répondrai tout simplement, comme un enfant. « C'étoit m'ouvrir un beau champ sur lequiétisme; « mais je me gardai bien d'entrer dans cette ma- « tière; c'étoit à lui à me questionner, s'il avoU été « curieux d'apprendre bien des particularités :, H qu^il savait bien que je œ pouvais pas ignorer. » 1 L'abbé Ledieu auroit pu reconiioître, à cette réserve délicate de Fénelon , que ce prélat ne vouloit pas mettre à la plus légère épreuve la discrétion d'un ecclésiastique attaché penriant vingt ans à Bossuet, et dépositaire de ses trdvaux tes plus secrets; qu'il lui convenoit envoie moins d'afHiger son juste respect pour la mémoire de Bossuet , en revenant sur le récit des tristes divisions qui les avoient séparés. Fénelon, en disant simplement à l'abbé Ledieu : « Faîtes-moi toutes les questions o que vous voudrez, çl je vous répondrai tout « simplement comme un enfant, » montroit assez qu'il ne vouloit point affecter à son égard une réserve mystérieuse sur ce sujet délicat , et que son cçeur ne renfermoit aucun secret, ni aucun ressentimefit, qp'il q^ pût confier sans embarras à uq
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ami, à un serviteur de Bossuet lui-même. Il est tout simple, d'un autre côté, que l'abbé Ledieu ne se crût pas permis de provoquer un plus grand abandon de confiance, sur uneaf^re terminée depuis longtemps, et sur laquelle il ne restoit plus rien à faire, même pour l'édification publique, puisque Bossuet n'existoit plus(i).
Madame Guyon resta enfermée à la Bastille encore plus d'un an, après que Bossuet lui-même eut déclaré son innocence devant l'assemblée du clergé (en 1700); elle fut ensuite exilée dans une terre de sa fille (a), après une captivité de sept ans. On lui permit enfin de se retirer à Blois ; elle y passa le reste de sa vie dans le silence et la retraite, dans l'exercice de toutes les œuvres de piété et de cbarité, sans laisser échapper la plus foible plainte des persécutions qu'elle avoit essuyées, ni le plus léger reproche contre ceux qui en avoient été les auteurs ou les instruments : elle s'étoit imposé la réserve la plus absolue sur toutes les matières de spiritualité qui lui avoient attiré tant de malheurs. On put
(1) On trouvera dans le livre suivant de plus amples détails sur ce voyage de l'abbé Ledieu à Cambrai , ci-après, t. UI, Pièeei jastif. du livre IV, n. 1.
(a) Marie-Jeanne Guyon avoit épousé en premières noces Louis -Nicolas Fouquet, comte de Vaux, filsdusunntendaut Fouquet; elle se maria, en secondes noces, le 14 février 1719, avec Maxîmilien- Henri de Béthune, duc de Sully. \Iiott de rmteur.)
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MVBE TROISIÈME. /|2Q
regretter alors de n'avoir pas suivi, dès rorigine, le plan que Fénelon avoit proposé, de la reléguer daos quelque couvent éloigné, oîi elle aurait vécu tranquille et ignorée. Madame Guyon mourut à Blois, le 9 juin 1717, Âgée de soiuinte-neuf ans. Au moment de mourir, elle fit un testament, à la tSte duquel elle mit sa profession de foi, qui atteste la sincérité de ses sentiments en matière de i-eligion et l'innocence de ses mœurs, malgré toutes les calomnies dont elle avoit été victime, H Non contente de renouveler, dans cet acte solennel, tous les témoignages de soumission qu'elle avoit donnés pendant sa vie, elle désavoue expressément plusieurs desécrits qu'on lui avoit attribués. «Je proteste, dit- « elle, que je meuris611ede l'Église catholique, apo- <c stolique et romaine ; que je n'ai jamais voulu m'é- « carter de ses sentiments; que, depuis que j'ai eu <t l'usage parfait de la raison, je n'ai pas été un moo ment sans être prête, au moins de volonté, à ré- « pandre pour elle jusqu'à la dernière goutte de « mon sang, lommeje l'ai toujours protestéen toute « occasion et en toute reucontre, comme je l'ai tou- « jours signé et déchu'é autant de fois que je l'ai pu; « ayant toujours et en tout temps soumis les livres a et écrits que j'ai luils, à ta sainle Église mamère, « pour laquelle j'ai toujours eu, ai et aurai, avec la « grâce de Dieu , un attachement inviolahle et une « obéissance aveugle ; n'ayant point d'autres sentl-
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« ments , et n'en voulant admettre aucun autre que K les siens; coadaniuant, sans nulle restriction, tout a ce qu'elle condamne, ainsi que je l'ai toujours « fait.
« Je dois à la vérîté, et pour ma justification, « protester avec serment, qu'on a rendu de faux (T témoignages contre moi, ajoutant à mes écrits, a me faisant dire et penser ce à quoi je n'avois « jamais pensé, etdontfélois infiniment éloignée; 0 qu'on a contrefait mon écriture diverses fois ; a qu'on a joint la calomnie à la fausseté, en me faite sant des interrogatoires captieux, ne voulant a point écrire ce qui mejustiBoit, et ajoutant à mes a réponses; mettant ce que je ne disois pas, et sup- « primant les fails véritables. Je ne dis rien des « autres choses, parce que je pardonne tout, et de <c tout mon cœur, à ceiix qui m'ont fait de la peine, «|ne voulant pas même en conserver le souve- « nir (i). » n L II nous reste peu de choses à dire du vertueux abbé de Clianterac. Ce fidèle ami de Fénelon, associé aux soins de son administration , dépositaire de tous les sentiments de son cœur , témoin habi-
(i) D'Avrigny, Mém. ekron. tisrA iSgS. — FiedeFé/ielon, par le chevalier de Ramsajr, p. 80. — Voyez, dans l'Hist. liuér. dt Fénelon (p. 174, 319, etc.), quelques parUcularitéa remarquables sur les écrits de madame Guyon, et sur teuis principales ^ditioos. (Édit.)
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