‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 3)Chapitre 96 sur 111 · DU TOME DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DU TOME DEUXIÈME

DU^LIVRE TROISIÈUE.

N° I. — Pace 8o.

î Sur un ouvrage inédit de Bossuet, destiné à servir de suite et de con^tlément à son Instruction sdh

LES ÉTATS d'ORJUSON.

Bossuet lui-même nous apprend , dans 1* Préface de son InttmclioH SOT les étals d'oraison, que cet ouvrage n'étoit, dmssoii idée, que la première partie d'un autre beaucoup plus étendu , qDi devoit expliquer à fond la théorie et la pratique de la théologie mystique, • Je diviserai cet ouvrage, dit-il, en cinq traités,

• Je proposerai dans le premier, qui est celui-ci, les faux prin-

■ cipes des mystiques de nos jours et leur maufaise théologie,

• avec une juste censure de leurs erreurs. Pour les réfuter plus à

■ fond, te secoud traité fera voir les principes communs de

• l'oraisou chrétienne. Le troisième exposera, par les mêmes rè-

■ glea, tes principes des oi-aisons extraordinaires, dont Dieu favo-

■ rÎK quelques-uns de ses serviteurs. Les épreuves et les exercices < feront le sujet du quatrième. Enfin, je conclurai cet ouvrage,

• en expliquant les sentiments et les locutions des saints doc- - leurs dont les faux mystiques ont abusé; et partout, je tâche*

• rai d'empécher'que l'abusqu'ils en auront fait, ne fasse perdre

■ le goût de la vérité (■}. •

(i) /lufr. iiàrlH ifU d'araii. Prif. n, g. Toju auMi lim X , ^, t». ICBiHT. J* SwMHtl, I, XXVII, p. 3S, 45ae(MiiT.}j

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44^ PliCKS TOSTIFICATITES

Une lettre de Bouuet a son neveu, du 7 décembre 169I, montre que , vers la 6a de I* controverse du quiétjsme, et inglgré le grand bàdibre d'écriti qu'il ivoit déjà publiéi sur cetle matière, il attachoit toujours une grande importance à l'eiëcution du pUn qu'il avoit annoncé dans la Préfam de son Inslruelion sur la états tCondson. Il se proposoit de publier, apr^a la décision du Pape sur le livre des Maximti, son Stcond Traité sur les états tforaiion , et de comprendre dans un seul volume les quatre nouveaux traités qu'il avoit promis. Il désiroit même, pour donner plus d'autorité à son ouvrage, obtenir du Pape la permission de le lui dédier (i).

Quoique Bossuet h'àît jamais pulillé ce Second Traité, on ne peut douter qu'il ne t'ait rédigé, du moins en grande partie;. car cei ouvrage est clairement indiqué, sou it le litre de ïm vraie Traâllloa dt la ThiologU mystique, dans le PnvKége accordé en 1757 à t'évéque de Troyes, neveu de Bossuet , polir l'édition desCCuvres posthumes de l'évéque de Meaux (a). La vraif Tradition dr la Théolngit mystiqiteaeïui point alors imprimée; vrabemblablcment , parce que les éditeurs , en l'examinant de plue près , trouvèrent l'ouvrage trop incomplet pour être donnÉ au publif . Hais nous avons sous les yeux le, manuscrit original, qui renferme) à w que nous croyons , la plus grande partie de l'ouvrage que Bossuet se propoaoit de publier. Ce manuscrit se compose de 847 pages in-4°, qui équivalent à pe^ près à 3oo pages in-S* de l'édition des Œa^-rei de Batiuet, publiées à Versailles.

Le litre sous lequel cet ouvrage est désigné dans le Privilégt de I7,i7( ne se trouve poin) dans le. roanuacrjt; et nousdgutoDS que Bossuet l'eàt adopté. Le seul lilrq qu'on lise H^jourd'bui à la tête de l'ouvrage, est celui-ci: Première partie : Des prineipes communs de Foraison chrélieane. Ce litre, comme ou vut, e^t (.«lui du second traité annoncé par Bossuet, dans la Préface de son Instruction sur les états d'oraisoa. Il ne. pirol( pas. qu'il, ait eu l'intention de le changer, d^nis qu'il eut pris le parti de foD-

(i) QEavw Je Bostati . X. XLIl, p. 79. . (a) C« PriviUt» 1 tnmit m ii «liU d» UidilBlioni jur l'£iv'«$i)e, ilia Traiti du libre arUlre.fabliéileui^iii'ai.-'ïa,

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Di: LiviiË TROISIÈME. 443

dre en un seul traité, les (Juatre qu'il avoli annoDcéi. I] est d'KiUetm aisE de voir cjue ce titre convient parfaîtemenl à l'ouvra^, d'après le nouveau plan adopté par fiossuet. On pourra sVn cobvaîncre par l'analyàc que nous allons donner de cet ouvrage.

Il s« compose de cent onze chapitres, et île quelques fragments incomplets, qtii dévoient former la conclusion. Bossuet montre, dans les premiers chapitresl ^ue les principes communs dé toute la vie chrétienne, el particulièrement de l'oraison, qui en est le principal exercice, solii la fôij l'espérance et la chariU. (Cfaap. i-S.) Il examine ênsililé ce que chacune de ces trois vertus fait dant l'oraison. L'tiùvrage entier ésl consacré i cèl examen; en Gorte qu'il se divisé naturellement en trois parties, relatives aux trois vertus théologales, dont Bossue! explique a fond là pratique dans l'arftisOD.

Pour ce qui regarde, en premier lieu , l'exercice de la foi , Bossuet établit contre les nouveaux mystiques, que la contemplation des attributs divins ne doit pas moins entier dans t'orai- 3on des parfaits que dans celle des commençants , et que c'est une erreur, de renvoyer à ceux-ci là contemplation des attributs divins, en réservant aux premiers la conlemplatïdn de la seule essence divine. (Qi. 6 et 7.} Il établit la même doctrine, par rapport à la péni^ distincte de la IVinité, de li sainlé (iumanité de J&us-Cbrîat, et des autres mystères de la foi ; non en ce sens qu'il soit nécessaire d'avoir k chaque moment, dans l'oraison , ces pensées distinctes ; mais en ce sens qu'on né doit jamais les exclure volontairement de la plus haute contemplation , Ou dé l'oraisOn la plus parfaite, suua prétexte dé s'attacher à la deule essence divine. (Ch. 8, etc.)

Bossael examine, k cette occasion, en quel sens les saints Pères et les auteurs mystiques ont exclu de la contemplation les raltonnemenli et les imagta sensittes. Il montre que les seuls raisolinementt exclus de la contemplation, sont Ici raisonnements btimtinS, que chacun peut faire dans son esprit, par aï propre industrie ; mais non les raisonnements qui se trouvent en termes formels dana rÉcrilnré, par exempte, dans les discours de Notre- Seigneur. Ces demièra raiionnenien ta Atant l'objet direct de la foi ,

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444 PlteBS JOSTIFICATIVES

peu*«D( éire aiuai l'objet de b plus parfaite contomplatioD. (Ch. 17.) Par nne semblable raison, les leules tmagei exclues de lacoolemplatio», lonl les vatni fantômes de noire imagination, produili naturellement pairagitation perpétuelle de nos pensées t mai* non les- images que Dieu laî-ro£me forme en noua, et qu'il noiti montre dans l'Écriture. (Cbap. a6.) Cette première partie de l'ouvrage peut servir de complément aux livres II et V de YInsIruetioH lur ta étal* iToraison, où Bossuet traite de l'exercice de la foi dans l'oratson, et de la nature de» actrs dînas, dans lesquels consiste proprement U contemplation.

Après avoir expliqué l'exercice de la foi dans l'oraison , i) examine ccloi de l'espérance, qu'il fait cansisl«r dans le désir de la jouissance on de la possession de Dieu , que la foi noua promet (Cbap. aS, etc.) Ici BoMuet montre que le désir de U jouissance ou de la possession de Dieu, ne peut é ire considéré comme un acte imparfait, et contraire au désintéressement de l'amour; que ce désir, loin d'être une impeifection , appartient direc' tement à la chaiM , dont il est un des plus excellenis fmUs. (Chap. a , etc.)

Ledévelopperoent de ces principes conduit naturellement Bossuet a examiner la nature de la cbarité , et en quoi elle dinère de l'espérance. Il renouvelle, à cette occasion, la doctrine qu'il avoit déjà soutenue dans son Instruction sur les étals d'oraison, et dans ses autres écrits sur le quiétiame, relativement au motif de la béatitude, essentiel , selon lui , à tous nos actes , et particulièrement à l'acte de charité. La plus grande partie de l'ouvrage que nous analysons, est consacrée à établir cette doctrine, en faveur de laquelle Bossuet invoque surtout la tradition conalBDle de l'Église ; il s'attache principalement à expliquer en ce sens la doctriue de saint Augustin et de saint Thomas, dont il s'efforce de montrer l'accord sur ce point.

Four compléter cette discussion, et pour expliquer plus à fond ce qui regarde l'exercice de la cbarité dans l'oraison , Bossuet consacre les derniers chapitres de l'ouvrage à examiner ce qu'il faut penser des actes d'amour fondés sur des suppositions impossibles; s'il est permis de les faire , et dans quelles circonstances j quelle en est la néce.ssité et la peifectioD ; en quoi ils

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1>U UVBE TROISIEME. 44^

«ervent i purifier l'amour ; «afin , avec quelle réserve ei quelles précautioas on peut les permettre aux âmes peîpées, dans les grandes épreuTes de la *ie intérieure. (Chip. loS , etc.)

On voit astez, par cette courte analyse, queBosnuet a Tait entrer dans cet ouvrage, les quatre nouveaux traités qu'il avoil annoncés dans la Prifnce de son liisiriietion sur les étati d'oraison. Il s'est principalement attaché au second et au cinquième, qui dévoient exposer les principes communs de l'oraison chrétienne, et le tangage de la tradition dont les faux mystiques ont abusé. Tout ce qui re^rde le Iroisième et le quatrième , est beaucoup moins développé; Bossuct croyoit sans doute en avoir dit assez là-dessus, dans ses ouvrages précédents; toutefois, les principes qui regardent les oraisons extraordinaires, sont eiposésavec une certaine étendue, dans la partie de l'ouvrage où il explique l'exercice de la foi dans l'oraison. (Chap. ia-i6.} Et l'aHicle des épreuvei, eit traité plus succinctement dans les derniers chapitres, à l'occasion des actes d'amour fondés sur des suppositions impossibles. (Chap. io5, etc.}

Malgré tonte l'importance que Bosauetavoit d'abord attachée à cet ouvrage, il ne paroic pas qu'il ait songé à le publier depuis In controverse du quiélisme. [ndépcndamnient des occupations importantes qui parent l'en empêcher, nous sommes portés a croire qu'il en fat détourné par d'autres considérations. II n'ignomit pas que l'allenlion publique étnit fatiguée, et comme épuisée, par la multitude d'écrits que cette controverse av oit enfantés pendant plus de deux ans. Il n'ignoroit y»» non plus , que son opinion particulière sur la nature de la charité avoit été peu goilttée , ou plutôt généralement désapprouvée à Rome comme en France, même par les théologiens les plus opposés aulivi-e des Maximes^i). Dans ces conjonctures, il sembloit peu convenable de publier un ou>rage, dont le but manifeste éloil de faire prévaloir une opinion si généralement abandonnée ; une pareille publication ne pouvoil que renouveler des discussions ai heureusement terminées , et peut-être affaiblir dans l'opinion

(i) Vo 7*1 ti.<lMM>, p. 319.

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446 flÈCEH lUSTiriCATIVES

publique It gloire du irioni|rfie remporté par l'év^ue de Heaus •or l'archeTéque de Cambni.

Quoi qu'il en soi( de cm conjecluret , il est certain que l'ouvrage dout Qoui parlons est resté iocomplet et inachevé, surtout dans sa derpiére moitié. lodépendainmeat de la perte de quelques pages qui manqueul çà et là dans le manuscrit, on y remarque des chapitres încomplels, d'autres qui se réduisent à un simple canevas , plusieurs dont la rédaction est très-tniparlaile , pleine de ralurea et de corrections qiil permetlent à peine de bien recoonoilre la suite du tette. Toutefois ces défauts se font beaucoup moins remai'quer dans les vingt-sept premiers cbapitrea de l'ouvrage, qui traitent de l'exei'cice de la foi dans l'oniisoDi celle partie, qui est la plus achevée, est aussi , à noire avis, la plus inléressante pour le fond.

Le r^te de l'ouvrage nous parolt offrir peu d'intérêt, après les é<:rits publiés par Bossuet sur cette matière, pendant la controverse du quiétisme. La queslioD de U nature de la charité nous semble beaucoup plus approfondie dans les ouvrages imprimés , où la nécessité de répondre %u\ dilBcuUés el aus instances de Fénelon, donne lieu à Bdssuet d'expliquer plus à fond son opinion , el d'y mettre certaines modifications qu'on ne retrouve point dans l'ouvrage manuscrit. Toutefois ce dernier ouvrage renferme un examen plus complet de la iradltioD, et surtout de la docli-ine de saint Augustin et de saint Thomas, que Bossue! s'efforce d'expliquer dans le sens de son opinion particulière. Il ne nous appartient pas de prononcer tur la justesse de ces explicalionsi mais il nous paroit douteux qu'elles soient de nature à satbfaire le plus grand nombre des théologiens. Nous crojons que la plupart d'entre eus préféreront, sur ce point, aux explications de Bossuet, celles que Fénelon expose dans ses écrits apologétiques, «t dans sa Jfitserlalion latine sur It pur amour, composée depuis la condamnation du livre des Maximes (i).

|i] CMIc Diitem^im ■« !»■>« 4u4 la t. lli d(« OBmrtt 4» Fimtn, p. aog, cta.

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DU LIVRE TBOISIÂHE. 44?

\ Sur une nouvelle édition du livre des Maximes , préparée par Fèi^elon,

Il y ■ aan» doute lieu de s'étonner qu'un travail si imporlRtit soit reaté si longtemps inconnu au public. On savoit bien , par VHiitoirede Feue/on, et par le témoignage posirif de plusieurs de SFS écrits, que pendant les premiers éclats qui suivirent la publia cation du livre des Maximtt, et avant que la discussion publique fût engagée, à ce sujet, entre l'évpque de Meaux et l'archevêque de Cambrai , celui-ci avoît conçu le projet d'une nouvelle édition de loa livre, pour satisfaire , par quelques eiplirattons, aux nombreuses récUmations qu'il excitoil(il. Nous avions nousméme fait connoi tre , en 1 810 (dans le I. IV des OEuvres df Félulon, p. LXKT ) , un Ecliiircisiemml qui devait servir de première partie au livi-e des Maximfs , dans une nouvelle édition dont l'auteur s'occupoit vers le milieu de l'année 1697 [1). Mais le public ignoroît absolument l'existence du volume renfermant lea carreclions faites à ce livre par Fénelon lui-même ; du muins ■tous ne connoiasons aucun auteur qui en ait parié jusqu'il ce jour; et c'est par une circonstance tout à fait Imprévue, que nous l'avons récemment découvert, au cabinet di's manuscrits de la Biktiothàqut royale, dans un carton renfermant les mimuscriti de Bficine. En attendant que les cirrinatances permettent de publier ce travail, nous croyons que la plupart des lecteurs en verropl ici avec plaisir une description exacte.

Tout ce travail est contenu dans un exemplaire imprimé de li| première édition du livre des Uaximes, dans lequel on a intercalé an grand nombre de feuillets de papier blanc, destinés à recevoir le* addttioDS et corrections qu'il n'eût pai été possible

(l] yqFei hi MvragM eitte pin h«t, p. 107.

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lie pbcer «ur les mu-f/e»,de Kexenplaire imprimé. Ces addilions et correction! maDoscrilet Tonnent à peu près le quai't du volume ; e)le« Mot reliéet en uo seul tome avtc l'ouvrage impria>é;nuii It rdinre n'« été bile qu'après la rédaction des addilioDS, dont quelques-ânes se trouTent hors de] leur place, par la négligeuce ou l'IuadvertaDce du relieur. Ce déplacement, joint à l'obscurité d'un certain nombre de renvois, rend quelquefois la lecture de l'ouvrage uaex difficile , pour les personnes qui .K sont pa» versées daiu l'étude des matières dont il s'agit.

Sur te premier feuillet du «olume, on lit une noie manuscrile, ctmçue en ces termes : • Donné à la BiUiotkique ite Sor-

• ùonne, au mois d'aoiït 17KS, par madame de Proulé, marquise

• de Créqui. •

■ Toutes les aoies marginales, et oeHea qui sont intercalées,

• sont de la main de M. de Péuelon, qui vonloit donner une nou-

• velle édition de son ouvrage des Maximts da Saints.

• Sgai: GàXKT OB Sii»u.B, BiéiiolÂ, de Sorbannr. •

Il résulte de celte noie, que ce volume provient de l'ancienne Bibliothèque lie la maison de Sorhonne, qui l'avoil elle-même reçu, en 17SS, de madame la marquise de Créqui. Il pareil qu'avant celle époque, le volume appartenoit auK Prêtres de la Mission de Saintes; du moins nous crojons qu'il est mentionné dans le (Malogue des manuseriti qu'ils avoient procurés, en 1780,8 l'abbé de Fénelou , pour servir à l'édition des œuvres de l'art'hevéquË de Cambrai , alors préparée par l'abbé Gallard. Nous avons sous les yeux ce Catalogue, dans lequel on lit un article conçu en ces termes : Le livre de M. de Cambrai, aver. les retraitchemenli, changemenls et additions ; trente-sept cabiers (i3* carton , n° 9.) L'abbé Gallard ayant renoncé, en 178S, au travail relatif s l'éditiou des Œuvres de Fénelou , remit les manuscrits à l'abbé de Fénelon. Ce fut vraisemblablement vers ce temps, que le volume doni nous parlons fut acquis par U marquise de Créqui , qui le donna bientôt après à la BiUiothèque de Sorionne. Quelques antres indications, données dans la note déjit cité»

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DU LIVRK TROISIEME. 449

du bibliothécaire de la Sorhonne, ne sont pai tout à fait exactes. Cette note suppose que tutiles les additions et corrections de re volume sont de la propre main de Fénelon. Il est vrai qu'ellrs en sont, pour ta plupart; mais il est également certain que plu- sieurs sont de la main du duc de Chcvreusc ; et quelques-unes, de la main de l'abbé de Langeron, On trouve même , à la page io(î du volume, une assez longue liste de curi-eclions proposées à Féuelon par le duc de Cbevreuse, et dont Fënelun a fait usage dans la révisiou de son livre ; ce qui ne permet pas de douter qu'il n'ait concerté celte révision avec le duc de Chevreuse et l'abbé de longeron , aussi bien qu'avec plusieui's prélats et théologiens dont il est parlé dans l'histoire.

Pour ce qui regarde le fond et la nature des corrections, quelques-unes ont uniquement pour objet la netteté ou la puiPtê du style ; mais la plupart ont pour but de rendre le sens et l'expression plus exacts , et surtout d'expliquer à fond la pensée de l'auteur, afin d'écarter les mauvaises interpréta lion s qu'on pourroit donner à son texte. Pour donner une juste idée de ce travail, on peut dire, en un mol, que c'est le livre des Maximes, expliqué par l'auteur lui-même , dans le sens de ses écrits apologétiques. Longtemps avant la découverte du volume dont nous parlons, nous avons donné nous-mêmes, en 1810, un semblable travail , dans la seconde partie de V^niityse île la controverse du qulétUme, placée à la lé le du laaieiW AeiŒuvits de Féntlon {t.). Cette seconde partie peut être considérée comme l'analyse du livre des Maximes, expliqué d'après les écrits apologétiques de Fénelon, et comme le résumé des explications beaucoup plus développées qu'il a données lui-même, dans le volume nouvellement découvert. On doit seulement remarquer, que Fénelon ayant abandonné son projet de nouvelle édition, avant d'avoir achevé le travail de sa révision , quelques parties de son livre ne sont pas entièrement corrigées. Au moment où il abandonna ce travail, il avoit fait à son livre les corrections les plus essentiellea, et en avoit supprimé ou modiBé les propositions les plus

(1} Cette Koonde putie • été rcprodnilc diiu VHiil. lillèr. de Fintlait,

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45o PIÈCES JUSTIFICATIVES

répréheiuiblci(i]; maïs les derniers «rticles du livre oflrenl beaucoup rooiof de corrections que les autres, et rearerment encore quelqnes-unea des propositions condamaées depuis pu \e Brr/iflnnoeent X// (»). Sovi le rapport du style, le travail de Fënelon ne laisse guère moins à désirer, du moins en c|uelqu(!a endroits où ie texteprimîtife$t comme surchargé d'ciplîcalioDS, qui rendent la lecture peu agréable , et quel<{uef<iis même faliganle par de nombreuses répétitions. Ces imperrections de style se remarquent en particulier daas le préambule du livre, où l'auteur explique les divers états d'amour de Dieu , et dans \es articles où il explique plus à fond la nature du pur amour, de la sainte indifférence des âmes parfaites , et de leur désintéressement dans les dernières épreuves de la vie intérieure (3).

Ce court exposé peut donner une idée des difficultés qui se présenteroîenl, dans le cas où l'on songeroit à publier cet ouvrage de Pénclon, et des précautions qu'il seroit nécessaire de prendre avant celte publication. Il semble d'abord que l'ouvrage, dans l'état 01^ il est présentement, ne poi^roit éti-e publié, sans blesser le respect dû au saint-siége et à l'Église elle-même ; puisque, malgré les nombreuses coirecliona que l'auteur y a faites, il renferme eocore quelques-unes des propositions condamnées par le Bref d'Iiinocrnl XII. Il est vrai que ces propositions non corrigées sont en petit nombre , et ne parois»:iil pas tenir aux erreurs fondamentalefi du livre; mais il est toujours vrai que les propositions non corrigées, sont condamnées par l'Eglise, et l'ouvrage prohibé, par suite de cette condamnation. On ne pourroit donc , d'après les principes de l'ohéissatice due à l'Église et au saint-siège, publier l'ouvrage, qu'en achevant la correction commencée par Fénelon, c'est-à-dire, en mettant les correctifs nécessaires aux propositions non corrigées, d'après les écrits apologétiques de l'auteur. Mais en supposant

{1} Lu propoflilïoiu i-l^,' 18-ao. 33 et ^3, condanméu depuis pirle^^ d'Iarmma XII, mm luppriinéH nu mndificM dant l'ciempliliB dgiilBDBi

(1) On retrouTc dnu ce loliioie , uni incon correctif, lea pi 16, 17 et SI, condinmiu pir le Bref d'IiuuceiU J^U, <3) Maximes Ja Saioli. irt. 4. S, la, 14 , «le, \y^

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DU LIVBE TROISIEME. 4^'

ces coiTCFtions, il semble qne rieo ne s'opposerait à U publication de l'ouvrage , la condamnation portée contre ta première édition ne pouvant s'appliquera une nouvelle édition , dans laquelle le iexie condamné se trouveroit' corrigé d'après les écrits apologétiques de Fénelon , que l'Église ni le saint-ai^Se n'ont jamais condamnés (i). Toutefois on conçoit (es difficultés et la délicatesse extrême de ce travail, qui ne pourroit être fait que par un homme très-versé dans l'étude de la matière dont il s'agit. Nous doutons même qu'un simple particulier put prendre sur lui la responsabilité de ce travail , et surtout qu'il pAt le publier sans l'avis et le consentement de l'autorité compé-

N° III. — Page i38.

$ur l'a^bè Bostuet et sur Vabbé Phélippeaux (a).

Nous nous ibstieodrons de manifester notre opinion sur fabbé^ossuel, par respect pour fe nom qu'il portoït, et poiir le caractère dont il fut revêtii après la mort de piuis XlV. Quelques fragments de ses lettres, que nous n'avons pu nous dispenser de rapporter, suffisent pour donner une idée de sa violence et de ses emportements. Si l'on veut en prendre une connoissance plus détaillée, il faudra qu'on ail la patience de lire sa volumineuse correspondance (3), pul)1iée par dom Déforis, et qui dépare d'une si étrange manière l'admirable collection des ŒaiTts de Bassuel. On ne concevra jamais comment les c de mêler aux œuvres d'un st

(l) D'iprn i« règlti néinH de tlndix, A la Conililulions dtnouferai nt Pènlijei sar celle mitiàre . U caiKtamnitian qui a clé Fiile d'un liTR, n« l'itcad pu m édilieii lalfisimnieiil Mrr^Ri, Vojei lu B> rè|;la de VlaJejc , et la Coiuiibiiioni Je CfèniiHi Fin et if Bimiù XI f, à lu tête de VIndti libro-

4«Dl« , loiu le* ■1°' VI et XII it* Piieei jutiific. du troùiime Um. '(ï) Touie* XL, JltJciJtUI itt OBamt dt Botniel.

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i;raD(l homme, des lellrei aussi peu intéressantes pour la po9'

lérité , que peu honorables pour celui qui les a écrites.

L'abbé Fhélippesux achevoit ses études en Sorbonne, lorsque BosiiUet, présidant a une thèse qu'on y soutenoit, entendit cet ecclésiasiique disputer nvec une sagacité et un talent qui le frappèrent. Il lui &t proposer de s'attacher à lui. L'abbé Phélip' peaux accepta avec tiutant d'empressement que de reconnois- Muce une proposition aussi flatteuse. Bossuet le mit auprès de son neveu, pour diriger celui-ci dans ses études théologiques. L'abbé Pbélippeaux se irouvoit à Rome avec l'abbé Bossuet, à l'époque où l'affaire du livre des Jfaj;i/nef dft Saintt y fui portée. Bossuet les y retint, pour suivre, en son nom, la controverse qui alluil s'ouvrir entre Féuelon et lui, au tribunal du saiot-iiége. Les connoissances théologiques de l'abbé Phélippeaux lui furent d'un grand secours auprès des examinateurs et des cardinaux de la congrégation du Saint-Ollice ; mais il pBroitqtK cet ecclésiastique, malgré l'attachement et la reconnoissance qu'il devoit à Bossuet, s'étoit permisd'entretenir, àsoniDSU,uiie correspondance secrète avec l'archevêque de Paris , dont il rechei'choit le crédit et la protection. L'abbé Bossuet découvrit cette inGdélité de l'abbé Pbélippeaux, en décachetant une de ses lettres (i). On voit que ni l'un ni l'autre ne se piquoient d'une extrême délicatesse.

A son retour en France, l'abbé Phélippeaux composa sa Aclatioa da qaiétisme, ouvrage qui décèle la partialité la plus marquée, et l'acbarnement le plus odieux contre Féneton. Mais il ne le tit point imprimer ; il ordonna même, en mourant, à la personne dépositaire de son manuscrit, de ne le publier que vingt ans apics sa mort. On se conforma à ses intentions ; l'abbé Pbélippeaux mourut en 1708, et on fit imprimer sa Seliition du quiélùme en ijja. Ou tie peut douter que le but de l'auteur n'ait été de flétrir la réputation de l'archevêque de Cambrai, en posant les fondements d'une fausse tradition ; il osoit espérer

(i) Tojci 11 Lettre de l'ahbc Boattti àtoaaaele, dn 17 féirier 1699; tlli fléjMius de BoHoet , duy mansuiiaoL (Cl£wr«(de £<ufiul, t. XLU, p. ^ «3.1.)

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