‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 11 sur 46 · LIVRE TAOISl£M£* i · texte numérisé non relu

LIVRE TAOISl£M£* i

« un hérétique ; et dès qu'on verra quelque chose « de Rome, dans Canibrai surtout et dans les Paysa BaS| tout sera soulevé contre lui. »

Mais la cour de Rome n'ëtôit ni diaposëe ni accoutumée à précipiter son jugement; elle connoissoit les justes égards qu'elle devoit à deux grands évêques, dont la réputation étoit également chère à l'Eglise. On a souvent prétendu, qu'elle cherchoit à attirer à elle le jugement en première instance de toutes les controverses religieuses. Nous ne pouvons cependant douter, qu'Innocent XIT n'eût sincèrement désu'é que cette malheureuse contestation eût éîé étouffée en France, par les voies les plus douces et les plus conciliantes ; il chargea souvent son nonce d'exprimer ce vœu au Roi ; et ce ne fut que sur les vives instances de Louis XIV, qu'il se vit obligé de procéder à l'examen et au jugement du livre de Fénelon. Il nomma d'abord, au mois de septembre 1697, huit consulteurs, auxquels il en ajouta deux autres peu de temps après^ pour émettre leur vœu devant les cardinaux de la congrégation du Saint-OfBce ( 1 ), ^^

Le désavantage de la position de Fénelon, même situation

c ^1 ii ji 11'*..* embarrassante

en se renfermant dans les bornes de la plus légitime . „. ,

*^ o de Fénelon;

' son esprit (1) On peut voir , dans le t. XI de la Corresp, de Fénelon de modération.

(p. 283 , note i) j la liste des consulteurs dont il es( ici question; et dans le t. X (p. 4^99 not^ 1) , la liste des cardinaux de la Congrégation du Saint-Office, (Edit.) T. II. 10

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défense, se faisoit sentir dans les plus petits détails. Ses adversaires , appuyés de tout le crédit et de tous les moyens du gouvernement, faisoient surveiller sa correspondance, ne négligeoient rien pour l'empêcher dé transmettre à l'abbé de Chatiterac, avec une entière liberté, la connoissance de plusieurs faits intéressants pour diriger sa conduite* Il étoit obligé de donner à ses lettres différentes directions, qui en retardoient nécessairement l'expédition (i). L'abbé de Chanterac, son défenseur à Rome, ne pouvoit faire un seul pas, dont l'abbé Bossuet ne se fît rendre compte, par des moyens peu délicats. C'est ce que l'abbé Bossuet nous apprend lui-même , dans une lettre à son oncle (2) : « Aussitôt que le a grand vicaire sera arrivé, il aura un espion , et ce nous serons instruits. »

Quoique les adversaires de l'archevêque de Cambrai eussent déjà fait imprimer la plus grande partie de leurs écrits contre son livre, Fénelon se refusoit toujours à donner la même publicité à ses défenses (3). Il espéroit toujours' éviter l'éclat d'un débat scandaleux entre des évêques. Toutes ses lettres à l'abbé de Chanterac expriment ces sentiments

(i) Corresp. de Fénelon^ t. VIII , p. 43 , etc.

(i) LeUre du 3 septembre 1697. [Œuvres de Botsuet, t. XL, p. 391.)

(3) Voyez, à ce sujet, VHisU littér, de Fénelon y V^ partie, p. 41, etc.

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de convenance et de modération (i) : cr II ne fautj lui « écrivoit-il, ni faire del'éclat^ ni agir d'une manière « qui puisse mal édifier, ou aigrir la cour. Je veux , « sans politique^ par pure religion ^ respecter jus- «t qu'au bout mes confrères, et à cause de leur mt« tf nistère, et à cause de la confiance du Roi pour eux ; a je la veux respecter dans leurs personnes. Pour «r les choses à rendre entièrement publiques, on

ff ne saurait être trop retenu Le principal est de

« conserver notre caractère de patience, de simpli- (c cité et de candeur, pour noud expliquer précisé- « ment et sans réserve sur chaque article. »

Peu de jours après (a) , Fénelon écrivoit encore à l'abbé de Chanterac : « Je n'ai point voulu faire « imprimer ma Réponse à la Déclaraiion (des trois « prélats), à cause du scandale et du déshonneur « qui pourroit retomber sur mes confrères \ et c'est « de quoi je m'afflige. Je voudrois les épargner : ce « n'est point par ménagement politique pour la « cour; car j'aimerois cent fois mieux achever de lui « di^laire, que de demeurer sans justification. Ce « qui me retient donc est la réputation de l'Église, « et le désir d« néaager m«s oonfcàreo, quoiqu'ils « aient affecté de me couvrir d'opprobre. C'est au

(i) Lettre du xa noveoibre 1697. {Corresp. de Fénelon, tvm,p. i65.) (a) Lettre du 19 novembre 1697. [Ibid, p* 17a»)

t^8 HISTOIRE DE EÉNELON.

a Pape, mon supérieur, à me décider là-dessus ; je a dois ma réputation à l'Eglise. »

Fénelon fut enfin obligé de céder au vœu des cardinaux et des examinateurs; ils lui firent observer, par l'abbé de Chanterac, que celte cause produisoit tous les jours des écrits contradictoires, très-volumineux et très-subtils, <iont il leur étoit souvent difficile de saisir l'esprit, et même les expressions, dans des copies à la main , ordinairement mal transcrites, et quelquefois peu exactes. Mais ce que Fénelon avoit prévu arriva. La publicité des écrits respectifs donna une nouvelle activité à la chaleur de cette controverse ; et il est très-vrai de dire, qu'elle auroit été portée jusqu'au scandale, si la haute vertu de Bossuet et de Fénelon, n'eût commandé le respect à l'opinion publique.

Ce fut alors que Fénelon fit imprimer sa traduction latine du livre des Maximes ^ dont l'élégance et la pureté furent généralement admirées (i), la traduction de son Instruction pastorale du i5 septembre 1697, et de sa Réponse à ht Déelaration des trois prélats.

Non-seulement il vouloit observer les plus grands

(i) Lettre de l^abbé Phélippeaux à Bossuet ^ 19 novembre 1697. {Œuvres de Bossuet^ t. XL, "p. IfiS.) Voyez quelques autres détails sur les traductions latines dont il est ici question , dans V Histoire littér, de Fénelon , I** partie , p. 56, etc. (Édit.)

ménagements pour ses adversaires; mais il exigeoit de ses amis, et de tous ceux qui lui montroient de 4'intérêt , qu'ils évitassent de se compromettre par une bienveillance trop marquée. Pei'sonne ne pouvoit lui être plus utile à Rome, que le cardinal de Bouillon. Malgré cette considération , Fénelon voulut s'abstenir, par égard pour le caractère de ministre du Roi, dont il étoit revêtu , d'entretenir aucune correspondance avec lui. « Je vous prie , écrivoit-il à a l'abbé de Chanterac, de dire à M. le cardinal de « Bouillon, que je suis si touché de ses bontés, que je « lie veux, de peur de le commettre, ni lui écrire, « ni recevoir de ses lettres. Il n'ignore pas tout ce « que M. de Meaux a fait pour rejeter sur lui tous a les mauvais succès qu'il pourroit avoir à Rome, ff Je lui dois de ne lui donner aucun signe de vie, « et de n'en recevoir aucun de lui, afin que ce que « nous dirons de part et d'autre, à sa décharge, soit « vrai(T). »

Le génie remarquable de Bossuet pour la controverse, fortifié par une longue habitude, le portoit à multiplier les écrits polémiques, dont cette cause commençoit h se surcharger (a). Rome en

Ardeur et activité de Bossue!

dans cette controTerse.

(i) Lettre de Fénelon à fabbé de Chanterac, du 6 novembre 1697. [Corresp, de Fénelon y t. VIII, p. i44.)

[1) Bossuet avoit déjà publié, pendant le mois d*aoùt 1697, sa Lettre sous le nom dUm Docteur; et, au mois de septembre, la Déclaration dont nous avons parlé plus haut.

l5o HISTOIRE DE FENELON.

étûit déjî^ un peu importunée, Lçs amis mêmes de Tëvêque de Meaux avoient cru devoir le lui représenter; et les deux prélats associés à sa cause, n'étoient pas aussi enflammés que lui de l'ardeur d'écrire et de combattre. Bossuet prétendoit a qu'on a n'avoit à lui reprocher que d'être trop rigoureux (c pour M. de Cambrai ; mais que s'il mollissoit dans a une querelle où il y va de toute la religion^ ou s'il ce affectoit des délicatesses, on ne l'entendroit pas, « et il trahiroit la cause qu'il devoit défendre (i). j) Ce fut sans doute par cette considération , que Bossuet engagea l'archevêque de Paris à retrancher, de son Instruction pastorale du 27 octobre 1697, quelques formules d'égards et de politesse qu'il y avoit placées pour Fénelon (2). J/archevêque de Paris eut la foiblesse de céder à Bossuet ; mais il li^i arriva, en cette occasion, ce qui arrive souvent

(p. laS et i44«) Il y ajouta bientôt après, le Sommaire de la Doctrine du liifre des Maximfs. — -. Divers écrits ou mémoires sur le même livre, — Préface sur f Instruction pastorale de M, de Cambrai, etc. [Œuvres de Bossuet^ t. XXVIÏL) On peut voir, dans VHist littér, de Fénelon^ de plus amples détails sur le suje( de ces ouvrages , les dates précises de leur composition et de leur publication , et les réponses que Fénelon y opposa. (Édit.)

(i) Lettre de Bossuet à son neveu, 18 novembre 1697, (T. XL, p. 490.)

(a) Lettre de Bossuet à M, de Noailles, du 3 novembre 1697. [Ibid, p. 466.)

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