‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 13 sur 46 · LIVRE TnOFSlKME · texte numérisé non relu

LIVRE TnOFSlKME

texte, par la rigueur avec laquelle on pèse, on juge toutes ses paroles, sans égard a tout ce qui précède et à tout ce qui suit de propre à en déterminer le sens, on dénature ses expressions, on les envenime, on les détourne de leur signification naturelle et raiscmnable. Il conclut ainsi sa première lettre :

a Plût à Dieu, Monseigneur, que vous ne m'eus- « siez pas contraint de sortir du silence que j'ai gardé (( jusqu'à l'extrémité ! Dieu , qui sonde les cœurs, « a vu avec quelle docilité je voulois me taire, jusce qu'à ce que le père commun eût parlé, et condam-^ <f ner mon livre au premier signal de sa part. Vous « pouvez. Monseigneur, tant qu'il vous plaira, sup- « poser que vous devez être contre moi le défenseur « de l'Église, comme saint Augustin le fut contre « les hérétiques de son temps. Un évéque qui sou- «e met son livre, et qui se tait après l'avoir soumis, ce ne peut être comparé, ni à Pelage, ni à Julien, a Vous pouviez envoyer secrètement à Rome, de a concert avec moi, toutes vos objections ; je n'aua rois donné au public aucune apologie, ni impri- « mée, ni manuscrite ; le juge seul auroit examiné a mes défenses ; toute l'Église auroit attendu en paix '( le jugement de Rome; ce jugement auroit tout ce fini. La condamnation de mon livre, s'il est maucc vais, étant suivie de ma soumission sans réserve, (c n'eût laissé aucun péril pour la séduction ; nous ce n'aurions manqué en rien à la vérité : la charité,

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ce la paix, la bienséance ëpiscopale auroient été garer dëes(i). »

La seconde lettre est une discussion thëologique, sur la mercenarité des justes imparfaits, et le dés-inléressemerU des âmes parfaites. Elle est d'un grand intérêt, pour ceux: qui voudroient se former une idée exacte de cette discussion ; mais elle n'est guère susceptible de ce que Ton peut appeler une simple analyse.

La troisième lettre est terminée par un des plus beaux mouvements de sensibilité dont aucune langue ait jamais offert le modèle : a Qu'il m'est dur, « Monseigneur, d'avoir à soutenir ces combats de « paroles, et de ne pouvoir plus me justifier sur des oc accusations si terribles, qu'en ouvrant le livre aux « yeux de toute l'Église, pour montrer combien a vous avez défiguré ma doctrine! Que peutH>n « penser de vos intentions ? Je suis ce cher auteur « que vous portez dans vos entrailles y pour le pré- « eipiter, avec Molinos, dans l'abîme du quiétisme. « Vous allez me pleurer partout, et vous me dé* « ehirez en me pleurant! Que peut-on penser de ces « larmes, qui ne servent qu'à donner plus d'autorité a à vos accusations? Vous me pleurez, et vous sup- « primez ce qui est essentiel dans mes paroles ! Vous « joignez, sans en avertir, celles qui sont séparées !

, (i) O^mref de Fénelon, t, VI, p, 44.

«t Vous donnez vos conséquences les plus outrées ff comme mes dogmes précis, quoiqu'elles soient « contradictoires à mon texte formeL Quelque 9 grande autorité^ ^Monseigneur, que vous ayez jusa tement acquise jusqu'ici, elle n'a point de propor- « tion avec celle que vous prenez dans le style de « ce dernier livre. Le lecteur sans passion est étonne « de ne trouver, dans un ouvrage fait contre un a confrère soumis à l'Église, aucune trace de cette « modération qu'on avoit louée dans vos écrits con* a tre les ministres protestants. Pour moi, Monseia gneur, je ne sais si j^ me trompe, et ce n'est pas à a moi à en juger; mais il me semble que mon a cœur n'est point ému, que je ne désire que la paix, « et que je suis avec un respect constant pour votre

a personne (i) »

H Fénelon examine, dans sa quatrième lettre, quel* ques difficultés relatives aux divers points qu'il a traites dans les trois premières. Il II se plaint surtout à Bo^uet de plusieurs altérations de son texte, qui tendoient à jeter de l'odieux sur sa doctrine. Une pareille infidélité, réelle ou prétendue, devoit chan* ger son style, et lui communiquer l'émotion de son âme. On voit qu'il a de la peine à renfermer au fond de son cœur tous les sentiments qui l'oppres*»

(i) 3* Lettre en réponse ams Pipers écrits ^ n, %%* (Ibid. p. ug-)

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