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«le P. Lacombe^ et leur doctrine sur les mœurs; «cela est de la dernière conséquence (i). »
La passion des ennemis de Fénelon les porta jusqu'à fouiller dans les livres les plus obscurs et les plus ignorés, pour lui chercher des crimes. Le fameux Burnet, depuis évêque deSalisbury, avoitfait imprimer à Amsterdam, en 1688, un petit livre où il disoit : « Les Quiétistes ont en horreur les superv stitions romaines ; el ils veulent les ensevelir dans n Toubli, en ne les enseignant et en ne les pratiquant « point, aussi bien que Tabbé de Fénelon (2). » Cetoit au sujet d'un chapitre du traité De F Éducation des filles^ publié cette même année 1688, par l'abbé de Fénelon, et qui n'avoit aucun rapport à la doctrine des Quiétistes (3). On se hâta d'envoyer à Rome ce petit livre, comme pièce de conviction contre l'au« teur du livre des Maximes des saints ; et l'abbé Bossuet, enchanté, écrivoit à sou oncle : « J'ai été « ravi du petit livre touchant M. de Cambrai ; il y « est nommé, et bien nommé ; et Cela fera ici un effet « terrible contre lui (4). »
(i) Lettre du 1" avril 1698. [Ibid, p. 146.)
(2) Ce passage est tiré du livre de Burnet qui a pour litre : Recueil de diverses pièces concernant le quiétisme. Amsterdam ^ 1688, p. 298. (Édit.)
(3) .Le passage cité par Burnet, se trouve à la fin du chap. VII du traité De V Éducation des filles. {Œuvres de Fénelon y t. XVII, p. 63 et 64.) (Édit.)
(4) Lettre du 1 1 février 1698. [Œuvres de Bossuet, t. XLI, p. 61.)
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On sera peut-être curieux de savoir à quoi abou** tit le terrible effet de cette ridicule accusation* Fënelon répondit (i) : « qu'en 1688, il ne connoissoit « pas seulement madame Guyon ; qu'il étoît même ce alors prévenu contre clie^ sur des bruits confus ; a que lui-même n'étoit connu à cette époque, dans tt le public, que par ses deux traités De VEducatioa « des filles, et du Ministère des pasteurs ; que ces <c deux ouvrages, bien loin d'élever des soupçons sur « la pureté de sa doctrine^ avpient contribué à fixer « le choix du Roi sur lui , pour la place de précepte -teur ; » choix qui avoit été applaudi de la manière la plus forte par Bossuet.
Mais une réponse bien plus tranchante, et qu'il est assez singulier que Bossuet n'eût pas prévue, c'est que, dans ce même livre, le docteur Burnet signaloit ^ le cardinal Le Camus y le célèbre abbé « Fleury^ et Bossuet lui-même ^ comme aussi oppà^ « ses que Fénelon et les Quiétistes^ aux supersti-- « tions romaines. Vous voilà donc, écrivoit Fénelon <c à Bossuet, quiétiste comme moi. Dieu voit, et les « hommes verront un jour à quoi vous avez recours « pour me noircir (2). » Une réponse aussi pérem-
(1) Réponse aux Remarques de M, Vévéque de Meaux; § 5. {Œuvres de Fénelon y t. VII, p. 36.)
(a) Réponses aux Remarques de M, Vévéquc de Meaux. [Ibid. p. 37.) On peut voir, à Tappiii de tout ceci, la Lettre de Fénelon h V abbé de C/ianterac y du 3o octobre 1698. (Corresp, t. IX, p. 579.) (ÉniT.)
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ptoire fit écrouler subitement cette grande machine, dont l'abbé Bossuet avoit attendu un si terrible effet; et Bossuet lui-même, déconcerté par une réplique si concluante, ne se permit plus de revenir sur ce chef d'accusation.
Il en fut de même de toutes les scandaleuses imputations q.ue l'abbé Bossuet recherchoit avec tant d'avidité, pour noircir la réputation de l'archevêque de Cambrai. Sa volumineuse correspondance n'ofire que trop de preuves de la déplorable animosité avec laquelle il s'efForçoit d'aigrir l'esprit de son oncle (i). Nous sommes fermement persuadé que si Bossuet, au lieu d'un neveu passionné, avoit eu à Rome un agent aussi sage et aussi vertueux que l'abbé de Chanterac, on n'auroit jamais vu se mêler à cette controverse des débats scandaleux et des personnalités choquantes.
On imagina donc tout à coup de faire revivre les Affaire du anciennes relations de madame Guyon et du P. T-.a- **• ^*^"**^-
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combe, d en tirer des inductions aussi peu favorables à leurs mœurs qu'à leur doctrine, et de flétrir Fénelon en flétrissant madame Guyon.
Le P. Lacombe étoit enfermé, depuis neuf ou dix ans, dans le château de Lourdes, au pied des Pyrénées. 11 est certain que ses écrits annoncent une imagination exaltée, et disposée à nourrir les illusions les plus
(i) T. XL, XLI et XÎJI des Œuvres de Bossuet,
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extravagantes. Une longue captivité avoit achevé d^égarer cette tête naturellement foible. Il avoit adressé à l'évéque deTarbes, dans les premiers jours de janvier 16989 une Déclaration^ dont quelques expressions sembloient avouer des excès honteux (1). Cette pièce parut un moyen victorieux de convaincre madame Guyon d'avoir partagé $es égarements.
Pour parvenir plus facilement à cette conviction^ on transféra le P. Lacombe^ du château de Lourdes à celui de Yincennes. A peine y fut-il arrivé, qu'on lui fît écrire à madame Guyon une lettre, où il l'exhortoit à avouer leurs égarements mutuels, et à s'en repentir (a). L'archevêque de Paris et le curé deSaint- Sulpice se rendirent à Yaugirard, où madame Guyon étoit encore détenue, pour lui communiquer cette lettre (3). Ils la conjurèrent, par tous les motifs les plus
(1) Cette Déclaration^ datée du 9 janvier 1698, se trouve dans le t. XLI des Œuvres de Bossuet. (p. 107.) L'évéque de Tarbes, à qui elle étoit adressée^ étoit François de Poudenx, qui occupoit ce siège depuis Tan 169a. (Édit.)
(a) Cette lettre, datée du (a5 ou du) 27 avril 1698, se trouve dans le t. XLI des OEuvres de Bossuet (p. 194) 1 et dans la Corresp. de Fénehn, t. IX. (p. 36.)
(3) Cette visite eut lieu le 14 mai 1698. Le curé de Saint- Sulpice (M. de La Chétardie), qui accompaguoit Tarchevôque de Paris , nous a conservé le récit détaillé de tout ce qui se passa dans là conférence du prélat avec madame Guyon ; et celle-ci en instruisit la duchesse de Beauvilliers , par une lettre du 16 mai. {Corresp, de Fénehn, t. IX,
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sacrés, de rendre hommage à la vérité, et de mériter son pardon par un sincère aveu de ses fautes. Madame Guyoa ne dissin^ula point son étonnement^lorsqu elle entendit lire la singulière lettre du P. LaqQpab(S| qu'on ne voulut pas même laisser entre se^ mains. Elle conserva cependant assez de présence d'esprit pour soupçonner la vérité^ et répondit tranqnjUe^ ment, « qu'il falloit que le P. Lacombe fût d^Y^PU « fou. » L'archevêque de Paris se persuada que cette tranquillité apparente annonçoit lopiniâtret^ d'une femme qui ne peut qonsentir a se reconupître cpu<pable ; et il obtint qu'elle fût transférée à la Bastille, pour procéder plus facilement aux interrogatoires et aux confrontations. En attendant, on s'empressa de faire passer à Rome les deux lettres du P. Lacombe à l'évêque de Tarbes et à madame Guyon. Qn se flatta qu elles feroient impression sur l'esprit du Pape et des cardinaux, et qu'elles ébranleroient les examinateurs favorables à Fénelon. On ne peut douter, par les lettres de l'archevêque de Paris et de Bossuet, qu'ils ne fussent persuadés de très-bonne foi que le directeur et la pénitente étoient réellement coupables; et une lettre de madame de Maintenon à l'archevêque de Paris, du 9 septembre
p. 79, elc.) Voyez aussi, à ce sujet , [a Lettre de La Bîetterie, du 10 janvier 17 33, et celle de M, Dupuy du marquis de Fénelon, du 8 février suivaot. [Ibid. t. XI, p. ^79, elc. 119, etc.] (Édit.)