SIOO HISTOIRE DE FÉNELON
1 698 ,, donna lieu de penser qu'elle partageoit la même opinion (i).
L'abbé Bossuet promettoit de si merveilleux effets de toutes ces honteuses dénonciations, si peu dignes de figurer dans une cause où de grands évéques étoient intéressés, qu'on crut n'avoir rien de mieux à faire que de suivre ses inspirations (a), a Ces deux t( pièces, écri voit-il, feront plus d'impression que Ki vingt démonstrations théologiques. Voilà les ce arguments dont nous avons le plus de besoin. » On est un peu étonné d'entendre ce langage, dans la bouche d'un neveu de Bossuet, adressé à Bossuet lui-même.
Mais tout ce misérable échafaudage s'écroula subitement. On ne tarda point à s'apercevoir que le. P. Lacombe étoit totalement fou ; et on fut obligé de le placer en cette qualité à Charenton, oîi il mourut l'année suivante, dans un état de démence absolue. On eut soin de tenir cette nouvelle secrète, pendant plusieurs mois; on étoit embarrassé de tout l'éclat qu'on avoit donné aux déclarations d'un pa-
(i) Lettres de madame de Maihtenon , t. IH, p. 120. — Corresp, de Bossuet; Œuvres, t. XLI, p. 2i3, a34, a/Ja, 2/i7, 348, etc. On a vu plus haut (t. f, p. 409, note , et p. 411) quels pouvoient être les fondements de cette opinion. (Édit.)
(a) Voyez les Lettres de tabbé Bossuet h son onvle, indiquées dans la note précédente.
reil personnage. Quant à Fënelon, il fut constaté n qii il nai^oit jamais vu le P, Lacomhe^ qu*il ne i<ilui avoit jamais écrite quHl n*avoit jamais « reçu de ses lettres ; en un mot , qu^il n^a\>oit a jamais eu aucun rapport direct ou indirect avec « lui (^i). »
L'abbé BoSSUet fut plus heureux dans le succès Plusieurs amis
un projet qu il proposoit depuis longtemps a son ^^, renvoyés oncle. Il ne cessoit de l'inviter, ainsi que l'arche- de la cour, vêque de Paris , à obtenir du Roi quelque acte écla- "»« * 9 • tant, qui montrât à la France et à Rome que Tarche-r vêque de Cambrai étoit entièrement perdu dans son esprit. Bossuet et l'archevêque de Paris n'étoient que trop disposés à accueillir cette idée. Leur controverse avec Fénelon avoit pris un caractère si animé , leur honneur se trouvoit si fortement engagé au succès de ce combat, qu'ils crurent devoir se prêter à tous les moyens qui dévoient le décider en leur faveur. D'un côté, l'abbé Bossuet leur annonçoit assez indiscrètement, qu'il ne pouvoit plus répondre de la condamnation de Fénelon; de l'autre, ces deux prélats ne pouvoient s'accoutumer à l'idée de se retrouver, avec l'archevêque de Cambrai, dans une cour oïl il n'auroit reparu qu'avec un avantage marqué sur ses rivaux.
{ i) Voyez à ce sujet la Correxp. de Fénelon ^ t. Vil, p. 44a; t. IX, p. a6, iio, 4ii.
%0% HISTOIBE DE F£]^$lLON.
Il ne leur fut pas difficile de faire entrer madame de Maintenon dans leurs vues ; elle avait elle-même trop aimé et trop maltraité Fénelon^ pour que la confiance et l'amitié pussent jamais renaître entre eux. Les sentiments opposés qu'elle avoit éprouvés pour lui n'avoient si longtemps combattu dans son cœur, que pour laisser prévaloir l'humeur et l'irritation (i), Louis XIV avoit plutôt de l'éloignement que du goût pour Fénelon ; et on obtint aisément de lui un sacrifice qui n'exigeoit aucun efibrt de sa part (a).
Le a juin ( 1 698 ) , le Roi ota le titre de sousprécepteur à l'abbé de Beaumont, et celui de lecteur à l'abbé de Langeron (3). Le premier étoit propre neveu de Fénelon ; le second , son ami le plus tendre et le plus fidèle. MiV|. Dupuy et de L'£schelle, faisant les fonctions de sous-gouverneurs, sous le titre de gentilshommes de la manche, eurent
I (i) Sur les motifs de la disgrâce de Fénelon auprès de madame de Maintenon, voyez le n. V des Pièces Justifie, de ce in* livre.
(i) Ce jugement du cardinal de fiausset, sur les dispositions de Loui3 XIV à Tégard de Fénelon , paroit avoir besoin de correctif, comme nous l'avons déjà fait remarquer. (Ci-dessus, p. Sa, note 1.) (Édit.)
(3) Sur les circonstances de cette a(¥aire, voyez la Corresp, de Bossuet et celle de Fénelon y juin 1698. Remarquez en particulier les pièces indiquées en note, dans le t. IX de la Corresp, de Fénelon , p. 147 , etc. (ÉniT.)
LIVBE TROISIÈME. ao3
ordre, le même jour, de quitter la cour, et perdirent leurs places. Le prétexte de leur renvoi fut leur goût pour les maximes de spiritualité de Tarchevéque de Cambrai; et le véritable motif, leur tendre et inviolable fidélité pour lui. Les uns et les autres étoient attachés depuis neuf ans à l'éducation du duc de Bourgogne, et on a vu quelle avoit été cette éducation ; ils furent renvoyés sans recevoir la plus foible récompense de leurs services. On punit aussi sévèrement les hommes estimables qui avoient changé en vertus les vices du duc de Bourgogne, que s'ils lui eussent donné des vices et étoufTé ses vertus. On a de la peine à reconnoître, dans une pareille conduite, la grandeur et la générosité de Louis XIY; mais on lui avoit représenté sous des couleurs si odieuses la doctrine de Fénelon et le danger de ses maximes, qu'il crut voir la religion des princes ses petits-fils, exposée au péril le plus imminent.
Peu s'en fallut que le célèbre abbé Fleury, alore sous-précepteur, ne fût enveloppé dans la disgrâce de tous les amis de Fénelon. Il lui devoit sa place; et c'étoit sur lui que Fénelon se reposoit, pour instruire le duc de Bourgogne dans tout ce qui concernoit la science et l'histoire de la religion. L'abbé Fleury, étranger à tou& les partis et à toutes les intrigues, se borïioit à remplir ses devoirs. Sa modestie et sa méfiance de lui-même ne lui permirent de prendre aucune part à l'afFaire du quié-
ao4 HISTOIRE DE FE^ELON.
tisme; mais sa reconnoissance et sa vënération pour Fénelon pouvoieiit être traduites comme un tort auprès des personnes prévenues. Cependant Bossuet eut la générosité de le sauver; c'est l'expression dont il se sert dans une lettre à M. de la Broue, évéque de Mirepoix, du i5 juin 1698 (i). 11 ajoute, dans une lettre à son neveu , du 3o juin suivant : « L'abbé Fleury n'a été conservé que parce que j'en a ai répondu (2). » On peut dire , qu'en cette occasion Bossuet veilla à sa propre gloire. Hien n'eût fait un plus mauvais effet ^ dans le public et dans l'opinion de la postérité, que d'étendre la persécution sjur un homme tel que l'abbé Fleury, qui étoit assez défendu par sa vertu et par le respect public. Il Le duc de Beauvilliers lui-même n'échappa qu'avec peine à cette persécution. Plusieurs lettres de madame de Maintenon à l'archevêque de Paris nous apprennent, qu'elle 'pressa vivement Louis XIV de l'envelopper dans la disgrâce commune à tous les amis de l'archevêque de Cambrai (3) ; mais la haute estime du Roi pour le duc de Beauvilliers fit d'abord
(1) OE livres (le Bossuet^ t. XLI, p. 2 5a.
(a) Ibid, p. 282.
(3) Lettres de madame de Maintenon; t. III , p. 84 et 86. C'est à tort que La Beau mel le a mis ces deux lettres parmi celles de 1697 j elles sont évidemment de 1^98, comme on Ta fait remarquer dans le t. IX de la Corresp, de Fénelon y p. 148. (Édit.)
uouTelle ; il provoque de nouvelles
rigueurs.
LIV&E TROISIÈME. tkoS
différer Inexécution de ce projet, auquel le Roi renonça bientôt absolument^ par suite des avis inodé-* rés de l'archevêque de Paris, comme on le verra plus bas(i). Il
Rien n'égale les transports de joie qu'éprouvèrent Joie de Tabbé à Rome l'abbé Bossuet et l'abbé Phélippeaux, en ap- ï^"*'» * ^«^"^ prenant ces nouvelles (^). « On ne pou voit nous « envoyer, écrivoit ce dernier à Bossuet, de meiU « leures pièces et plus persuasives , que la nouvelle « de la disgrâce des parents et des amis de M. de tt Cambrai, et que celle qu'on reçut hier, par un « courrier extraordinaire, que le Roi lui avoit ôté « la chargé et la pension de précepteur (3)'; cela a seul poun*a convaincre cette cour, que le mal est « grand et réel. ?»
Les adversaires de Fénelon ne trouvoient pas qu'on eût encore sacrifié assez de victimes. L'abbé Bossuet écrivoit à son oncle, le 8 juillet 1698 (4) : tf Ne fera*tponrien, à la cour, contre le P. Valois (5)?
(1) Ci -après, II. 76, p. 229, etc.
(a) Lettre du a4 juin 1698. (Œuvres de Bossuet , t. XLI, p. aôa.)
(3) La nouvelle étoit encore prématurée ; Fénélon ne perdit le titre de précepteur qu*uu mois de janvier 1699. (Voyez plus bas /n» 96.)
(4) Œ affres de Bossuet. Ibid» p. 3 16.
(5) Les préjugés de Tabbé Bossuet contre le P. Le Valois, Jésuite, alors confesseur des jeunes princes, étoient d'autant plus mal fondés, qu'il s'étoit montré, dès le principe*,
%o6 HISTOIRE DE fi^KLOlV.
« Il est plus méchant que les quatre autres qu'on a « renvoyés. Le P. La Chaise et le P. Dez mérite- « roient bien qu'on ne les oubliât pas (i). Ils veu-
très-<4ppo$é jSiii quif^tisme, comme on l'a vu dans le second livre de cette Histoire (t. I^*^, p. 448.) Voyez une courte notice sur ce religieux , dans le t. XI de la Corresp. de Fénelon, p. 370. (Édit.)
(1) L*abbé Bossuet, en s' exprimant si durement contre liR P. de La Cbaisc , ignoroit sans doute que ce religieux se (léclat*<)it alors très-fortemeut contre le livre des Maximes^ et paroissoit même approuver les mesures de rigueur que le Roi venoit de prendre contre les amis de Fénelon. Voyez à ce sujet la Corresp, de Fénelon ^ t IX, p. 256, 280, 292, 3o8, etc.
Le P. Dez^ Jésuite, dont il «st ici question, étoit connu pour ses talents dans la controverse ; et Bossuet lui-méiiie estimoit beaucoup sa capacité. A Tépoque où le livre des Maximes fut déféré au saint-siége^ il se trouvoit à Rome, où il avoit été appelé par ses supérieurs, pour les affaires de la compagnie. II avoit d'abord peu goûté le système de doctrine adopté par Fénelon, pour la défense de son livre ; mais «es conversations avec l'abbé de Ghanterac et avec quelques autres théologiens, le firent bientôt cbanger d'avis; et il se inontra dans la suite très-^îavorable au livre des Maximes, Il composa même, pour la défense de Fénelon, un ouvrage anonyme, publié à Rome , au moiâ de. décembre 1697 , sous ce titre : Rifiessioni d'un dottore di Sorbona, A l'époque où l'ahbé Bossuet écrivoit la lettre dont il s'agit , le P. Dez venoit de quitter Rome , pour se rendre à Paris , d'où il devoit passer eu Flandre pour les affaires de son ordre. Il se proposoit de passer par Cambrai pour voir Fénelon; mais le Roi lui fit défendre d'exécuter ce projet. (Voyez le Dictionnaire de Ma-
a lent à présent tout le mal possible au Roi, à fc madame de Maintenon , à M. l'archevêque de « Paris, à vous, à tout ce qui vous appartient. » C'étoit avec ia même indiscrétion , qu'il disoit publiquement à Rome, ce que le renvoi des amis et des a parents de Féneloa n'étoit encore qu'un commen- « cément de tout ce que le Roi se proposoit de faire ce contre l'archevêque de Cambrai. »
A ces menaces, capables de faire impression sur les esprits foibles et timides, il osait ajouter des imputatioins du genre le plus odieux , et le plus propres à enlever à Fénelon l'estime de toutes les personnes vertueuses". A peine peut-on se permettre de rappeler des calomnies aussi révoltantes; mais elles donnent une idée des excès où là passion peut porter certains caractères , et des épreuves où la vertu la plus pure se trouve quelquefois exposée. On ne sait si la candeur avec laquelle l'abbc de Ghanterac rend compte à Fénelon lui-même de ces horribles imputations, n'est pas aussi honorable pour l'un que pour l'autre. Il n'y a que la vertii qui puisse parler à la vertu un langage si simple et si calme. « On tâche ici de faire croire que vous avez eu « une société fort étroite avec cette femme (madame
rm, artPéle'DBS!. ' — Œuvres de Sossuet, t. XL, p. î88, SaS, 536, 543 , elc. — Corresp. de Fénelon^ t. VIII, p. "^a , aoo; t. IX, p. 123 et 4^2* (ÈviT.)
Ao8 HlSTOlilË 0£ FÉICELO:^.
a G^yon), et qu'il y a du tnoins ua grand sujet de « craindre que votre spiritualité et vos maximes ¥ étant les mêmes, vous ne Fayez suivie dans ses « désordres , aussi bien que dans ses erreurs. Pour « faire des impressions plus fortes sur les esprits^ a on promet, chaque courrier, de nouvelles confes- « sions de cette femme, et de nouvelles découvertes ic de ses abominations ; et en même temps, on publie « qu'on a ici beaucoup de lettres originales que « vous lui écriviez, qu'on ne veut montrer que dans a l'extrémité, pour sauver, autant qu'on peut, votre « réputation (i). »
Nubie procédé Justement fatigué de tant de passions haineuses,
de Tabbé • j . * . .
, , , on aunera sans doute a se reposer, en portant ses
combienFéiieloD regards SU r un ubleau plus doux et plus attachant.
en est touc e. ^ peine ce même abbé de Chanterac, dont nous ne
nous lassons point d'admirer l'amitié fidèle et courageuse, eut-il appris le renvoi de l'abbé de Beaumont (2), qu'il écrivit à Fénèlon (3) : « Je crois que «l'abbé de Beaumont est actuellement auprès de « vous, et par là je le trouve heureux ; mais que je « suis occupé des suites qu'aura cette affaire par
(i) Lettre de Vahbé de Chanterac àFéneloriy la juillet 1698. [Corresp, t. IX, p. aSa.)
(a) L'abbé de Beaumont, en perdant sa place de sousprécepteur et les appointements qui y étoient attachés, perdoit le seul revenu dont il jouissoit.
(3) Lettre du ai juin 1698. (Ibid. p. ao3^)
LtVHË TBOlSlèMii. '209
«rapport à lui! Permettez - moi , je vous supplie, « Monseigneur, de vous faire faire attention que je ce suis titulaire du prieuré de Carenac, et d'un canoa nicat de Cambrai ; il mëriteroit assurément mieux « que moi de posséder ces* bénéfices; ô! que de « bon cœur je l'en j'endrois le maître, si vous le ju- « giez à propos ; et je vous supplie de vouloir bien « y penser devant Notre-Seigneur ! J'espère toujours cr qu'il vous protégera jusqu'à la fin, lui qui est la a vérité et la vie; il n'y a que lui seul qui vous <c puisse soutenir au milieu de tant de combats et « de si rudes épreuves. Que j'ai de consolation de a pouvoir prendre quelque part à vos peines, et de « m'attacher toujours plus fortement à vous, pour a le temps et pour l'éternité! car il me semble que « c'est ainsi qu'on doit être uni devant Dieu. » Tels ëtoient les amis de Fénelon; tels ils se montrèrent pour lui jusqu'au dernier moment. On se doute bien comment Fénelon accueillit une offre aussi délicate; sa réponse porte le même caractère de simplicité qui avoit dicté ce vœu généreux (i). « Votre « zèle pour m'aider à porter ma croix, me l'adoucit « beaucoup, mon cher abbé ; mais le prieuré de Cac( renac est en bonnes mains. Je ne souhaite rien a tant que votre conservation ; je voudrois que vous a eussiez Cambrai au lieu de Carenac. »
(i) Lettre du 11 juillet 1698. {Ibid, p. 25o.) T. II. 14
aïO HISTOIRE DE EESTELOIV.
Fénelon n'avoit pas besoin de toute sa pénétration, pour démêler les véritables motifs de l'acte de rigueur qu*on venoit d'exercer contre ses pi^rents et ses amis. « Vous savez, écri voit-il à l'abbé de Chance terac (1)7 que MM. de Paris et de Meaux ont fait (c chasser, d'auprès des princes, les deux abbés de « Langeron et de Beaumont; ils l'ont fait pour deux (c raisons : la première, pour montrer à Rome com- « bien le Roi est déclare contre moi, et pour clian- (c ger par là les dispositions de cette cour , qui pa- (c roissoient m'étre favorables; la seconde, pour « m'ôter l'espérance de retourner à Versailles, si « Rome ne me condamne point, afin de me réduire (( à quelque lâche accommodement avec mes parties, « pour y retourner. Je serois bien fâché d'acheter « mon retour par quelque expédient douteux; vous « ne sauriez le dire trop fortement; plus ils aug- « mentent le scandale, plus il faut parler et tenir « ferme jusqu'au bout. Elevez modestement votre m voix; on fait les derniers efforts pour entraîner « le Pape par autorité. Mes adversaires ont voulu « un coup d'éclat qui intimidât les tliéologiens , « soulevés ouvertement contre eux, et qui imposât gg a silence au public indigné. »
Impression pro- Mais ce coup d'autoritê ne fit point à Rome tout uite a ome y^ff^^ «yg j^g adversaires de Fénelon en avoieut at-
par la disgrâce ^
des amis
de Fénelon. ^^j L^n^e Af^ Çjuin, J^Ô^S. [Corretp. t. IX, p. 147-)
LIVUË THOISIKME. 211
tendu. On y fut scandalisé de cet abus du crédit et de la faveur, dans un moment où la cause étoit encore soumise au tribunal du juge supérieur, où les examinateurs étoient partagés de sentiments sur le livre dénoncé, où rien ne pouvoit encore faire préjuger légalement si la doctrine de l'archevêque de Cambrai seroit approuvée ou condamnée. Dans une audience particulière quQ le Pape accorda à l'abbé de Chanterac , ce bon et vertueux pontife ne put s'empêcher de lui eu témoigner son étonnement et S9 douleur. Dans cet entretien (i), il parut souvent s'interrompre et se parler à lui-même ; et alors ces seuls mots^ répétés plusieurs fois^ échappoient de sa bouche ; <f ExpulerunC nepotem, expulerunt a consanguinewn^ expulerunt amicos; ils ont chassé <c son neveu, ses parents j^ ses; amis. »
Un prélat italien,, qui connoissoit parfaitement la disposition des esprits et des partis à Versailles , disoit à cette occasion^ en faisant allusion au rôle qu'on étoit parvenu à faire jouer à madame de Maintenon dans cette affaire : Non est ira super iram mulieris. « Il n'est point de colère qui égale la co- « 1ère d'une femme (2). »
(i) LeUreâe FabBéde Chanterac à Fénelon^ a8 juin 1698. (/6/rf. p. 217.)
(a) Etcti. XXV, i3. — Lettre de Vahhéde Chanterac h Féne» Ion y du 22 juin 1698. {Idid, p. 198.) Oh â vu plus haut (p. 202 et 2o4) que madame de Kainteûen avoit beaucoup
2 ri HISÏOIIIE DE FJ^NELON.
Les examinateurs favorables h Fénelon , bien loin de se laisser intimider, élevèrent encore plus hautement Ja voix, pour vanter sa piété et la pureté de sa doctrine. Rien ne prouve mieux peutêtre avec quelle impartialité l'instruction de ce grand procès fut suivie à Rome, et avec quelle équité on prononça le jugement.
Bossuei publie Bossuct sc disposoit alors à porter un coup bien sa KeiatwH t^ sensible îi Fénelon ; nous voulons parler de sa
sur le quiétisme. *■ ...
Juin 1698. fameuse Relation sur le quiétisme^ le monument le plus affligeant de cette controverse. Mais nous devons cette justice à Bossuet ; rien n'étoit plus contraire au caractère et aux principes de ce grand homme , que de transformer une question de doctrine en une question de faits et de personnalités indécentes, contre un confrère et im ancien ami. Rien ne prouve mieux combien un pareil rôle blessoit tous ses sentiments et toutes ses idées, que l'espèce de répugnance avec laquelle il s'étoit rendu aux premières instances de son neveu. Dès Torigine du pi^ocès, l'abbé Bossuet avoit demandé à son on-
contribué à la disgrâce des amis de Fénelon. Cependaot, pour ne point exagérer ses torts à ce sujet, on ne doit pas oublier qu'en se déclarant si ouvertement contre l'archevêque de Cambrai, elle suivoit les impressions de plusieurs prélats^ dont les lumières et la pieté lui inspiroient une entière confiance. Le cardinal de Bausset lui-même a soin de faire cette remarque , en plusieurs endroits de son Histoire, (Ci-dessus, p. ao2; et pins bas, n. 71 et 83.) (Édit.)