‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 21 sur 46 · TV · texte numérisé non relu

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. si pettgamity qa' avec iDsidsiiiieGfivott^ ustkes de w>s parties, le répotatk» «mperte, :) accasaitioas contre Totre ^, oa plutôt toates les perdans raCktioa do retarde* jjortez à Êûre imprimer vos de tout pour ▼oas et pour b de TOtre (bi , de ▼ctoc rppotaur de votre ministère. Le jogeivre dépend ahsohnneiit de la Tente >eté des Cûts cpi'oa toos oppose. Si )nt suspectes, oo ne doit plus douter ivez abusé des exprcwons d» sainU et . Il ystiqœs, et qoe tous n*ayez cherrfié sous leon paroles an sens tout oonleur, pour autoriser les plus damnables des Qoiédstes. Mais dès lors qu'en tous l pleinement sur tous ces &ÎU, vous ôterez jet de douter, ou de rotre piété sincère, ou 10 bonne intention en faisant rotre livre, on urra plus Fcntendrc que dans le sens où les s ont entendn ce que vous leur faites dire, ou le TOUS dites après eax« ous ne pomrez point espâ«r que Ton TeniDe ersuader ici, que TOtre respect pour la conr de

a 36 HISTOIRE D£ F£N£LON.

« ce prélat si pieux; on va déœwrir sa conduite; ftson bel esprit ne le tirera pas de cet embarras,

« Voilà l'état des choses^ que je vous expose sim- <x plement; vous en pénétrerez mieux que moi toutes « les conséquences ; et vos amis mêmes s'en laisseront «persuader. Que j'aurois souhaité vous pouvoir a cacher des détails si affligeants ! Mais, dans une « occasion oîi il y va de tout pour vous, ne dois-je <K pas vous être fidèle jusqu'à la mort (i)? i»

Il L'abbé de Chanterac insiste encore plus fortement sur ce point, dans plusieurs autres lettres de cette époque. Voici ce qu'on lit en particulier, daos celle du ta juillet 1698 : || «c Pour faire ici (à Rome) a des impressions plus fortes sur les esprits, les agents « de M. de Meaux promettent, toutes les semaines, a de nouvelles confessions de madame Guyon, et de «nouvelles découvertes de ses abominations. Ils « publient en même temps, qu'on a ici beaucoup de « lettres originales que vous lui écriviez, qu'on ne «veut montrer qu'à la dernière extrémité, |K)ur «sauver votre réputation. Jugez quelle est ma dou- « leur, de vous voir exposé à une conduite si injuste, « et même quelle est ma peine, d'être obligé à vous «apprendre moi-même des choses si affligeantes! Je « ne vous les dis aussi, que pour vous faire voir la né- « cessité absolue et indispensable où vous vous trou-

(i) Lettre du 5 juillet 1698. {Convsp. de Fénelon, t K, p. a38 et 240.)

LIVRK TROISIÈHIS. ^3^

« vez, de répondre promptement et publiquement sur <c tous les faits, et de les ëclaircir si nettement, qu'on (c ne puisse plus vous confondre avec madame Guyon, K et qu'on voie même les injustices de vos parties, «d'avoir voulu rendre votre réputation suspecte, ce pour fortifier leurs fausses accusations contre votre « doctrine. Tous nos amis, ou plutôt toutes les per- « sonnes de piété, sont dans l'affliction du retarde* <c ment que vous apportez à faire imprimer vos «c réponses. 11 s'agit de tout pour vous et pour la ce bonne doctrine, de Votre foi, de votre réputacction, de l'honneur de votre ministère. Le jugetf ment de votre livre dépend absolument de la vérité /cou de la fausseté des faits qu'on vous oppose. Si a vos mœurs sont suspectes, on ne doit plus douter ft que vous n'ayez abusé des expressions des saints et « des bons mystiques, et que vous n'ayez cherché « à cacher sous leurs paroles un sens tout con- « traire au leur, pour autoriser les plus damnables «maximes des Quiétistes. Mais dès lors qu'en vous cr justifiant pleinement sur tous ces faits, vous ôterez « tout sujet de douter, ou de votre piété sincère, ou « de votre bonne intention en faisant votre livre, on « ne pourra plus l'entendre que dans le sens où les (( saints ont entendu ce que vous leur faites dire, ou n ce que vous dites après eux.

« Vous ne pouvez point espérer que l'on veuille « se persuader ici, que votre respect pour la cour de

a3^ HISTfOIRÇ ^B F^^ir^XON.

« Fri^iic^ ou p<wr k» peir^O^^f^s^ qui e^ o^t la faveur, ff vous enibpê^^he d^ p^owIi^ pubt^quensiieot «t d'im- K primeif. Non; car on dit déjà iovi hautemettt| c[iie « c'est l£^ s^uie crainte qui vous l'etieat , ^e vous « voulez ménager madame Guy on , de peur qu'elle ff ne parle de vou^ j et qu'elle ne découvre tous ff voa secrets. . . Il ne peut poUit y i^l/soir^ disent- (c ils, de amsidérations huma,iues qui vous relien- « nent^ dana un^ oc^stop si essentielle,, et où il y i^ysk de tout pour vous. ^ . . Voilà l'extrémité où t{ votre silence vous réduit i et je dois avoir cette o fidélité de yousi dire, quoi qu'il lu'en coûte, qu^ 9 votrç perte ^ infaillible, et po.uf le livre, et pour « la réputation, et peut-être méine pour la doctrine, « si Ton ne voU& eote^^d pas parler hautement, et ce avec la tnéu^ liberté et la même assurance que « vous avez fait jusqu'ici.

«Souffrez, Monseigneur, que je vous le dise; ce vous le devez encore plus sur les faits que sur la « doctrine. Le juge peut suppléer le droit d'une « partie^ qui ne sait pas l'expliquer ou le défendre; « mais il ne peut jamais, sous quelque prétexte que « ce puisse être, suppléer les faits; et ce- n'est point « assez que vous les proposie:|p en particulier et en «c secret: il faut les rendre publics, afin qu'ils puissent « servir de preuve. \je juge n'y doit point avoir <t égard, que qus^^d ils sput certaius; ^t îls Ac sont « c^rta^US et av^é« quç lorsqu'ils out été commu-

ce aiqués à la ps^rtie, ^ c|u'€lle n'a pas pu les coqfç vaiiu^re de faux. Tout ce que yd diroh dans des « conversations parlicuiières, ou même tous les écrits ^ que je ferois lire w secret, seroîent inutiles, et «c ne prouyeroient rien. II £aiiit que ce soit vous- « même qui peliez , et qui partiez à vos parties , a en exposapt la vérité des faits, dans des circon-- «stances si exactes, qu'eux-mêmes soient obligés a d'en convenir de bonne foi, ou du moins qu'ils ne i^ puissent pas les contredire* C'est à vous à les faire « taire et à leur fermer là bouche. Encore une fo^s, a voire silence, dans cette occasion, seroit regardé « ici comme une pleine et entière conviction de tout « ce qu'on vous impute^ ou de tout ce qu'on veut «c Éaire entendre contre vous. Ne pensez pas, je vous a en supplie, que quandje parle ainsi, je suive en cela cr mes seules lumières; cest le sentiment univ^:*sel, « non-seulement de nos amis, mais même des carditii naux. ils s'en sont assez expliqués; et ceux même « qui vouddToien t vous être les pius &vorables,iie poui^ « ront plus s'empêcher de regarder votre livre comme « très-dangereux, lorsqu'ils ne pourront douter quç a vous l'ayez écrit, comme vos parties le disent , «pour favoriser madame Guyon ou ses écrits (i). » Il Dans une autre lettre , après avoir de nouveau pressé Fénelon de se justifier sur les faits,

(i) Lettre du, i;^ juillet ^$98. {Çorr^sff. de Fémlç/i, V IX, p. a52*255.)

Sl40 HISTOIRE DE FÉNELON.

l'abbé de Chanterac ajoute, avec un sentiment admirable de zèle et de dévouement : Il « Au milieu ce de toutes nos craintes, et de ces profondes téa nèbres dans lesquelles nous marchons depuis quelce que temps, nous voulons toujours être fermes (c et constants à résister à la tempête. On nous « avertit de' toutes parts, que notre cause est désesa pérée; et je dis avec confiance à Notre-Seigneur: « Domine, salva nos^ périmas; Seigneur, sauveza nous, nous périssons. J'espère pourtant : le juste tf peut être opprimé, mais la vérité ne sauroit l'être. <c La bonne doctrine sera défendue; et pourvu qu'on « la soutienne, on ne sauroit vous faire tomber. Plus a je vous vois en danger, plus je me hâte de vous «f secourir, et je sens réveiller dans mon cœur tout « mon zèle et toute ma tendresse : du moins j« veux (c prendre part à votre affliction (comme les disciples « de Jésus-Christ) : AUons et mourons aifec lui{\). 9 Fénelonse dé- Des motifs aussi impérieux ne permettoient pas à ride à répondre; p^nelon de se renfermer, par rapport à la Relation

ses embarras ...

pour publier de Bossuet, dans le silence qu*il s'étoit prescrit à l'é-

sa Réponse. ^^^^ j^ l'archevêquc de Paris; mais il lui étoit plus

facile de se justifier, que de publier sa justification.

Il peint lui-même son embarras à ce sujet, dans une

lettre à l'abbé de Chanterac (a). « Vous comprenez

(i) Lettre du 19 juillet. (Corresp. t. IX, p. 273.) (a) Lettre du i3 juin 1698. [Ihid. p. 171.)

L1VR12 THOISIÈMË. l4t

« bien qu'après le coup qui a chassé quatre de mes a amisy je n'ai plus personne pour faire répandre « mes réponses à Paris, supposé même qu'elles fus- <x sent imprimées : on trouve mauvais que j'imprime « hors du royaume; au dedans je suis exposé à d'éa tranges inconvénients ; je n'ose écrire à personne à a Paris, de peur de commettre ceux à qui j'écrirois. ce Peut-être même ne pourrai-je plus vous écrire a dans la pleine liberté d'un secret entièrement as- « sure. De votre part, prenez toutes sortes de préce cautions, pour ne m'écrire que ce qui pourroit « être surpris. Nous n'avons. Dieu merci, aucun « secret qui ne soit très-innocent, at convenable à ce des gens qui sont très-bons catholiques et très-bons

a Français Au reste, quoi qu'il arrive, plus vous

« verrez l'orage croître, plus il faut élever votre voix «t avec une fermeté douce et modeste, pour deman- (c der exacte et prompte justice avec protection, dans ce une vexation aussi longue et aussi manifeste. »

Fénelon ajoutoit dans une autre lettre : « Il ne faut ce pas s'étonner (à Rome) des lettres qui viendront « de Paris. On ne peut que me condamner, quand « on allègue une suite de faits atroces, rendus vraia semblables par des lettres de moi, et que je ne

« réponds rien. Mais attendez encore un peu

et Je vous enverrai, dans peu de jours, un courrier « exprès, qui vous portera ma Réponse à la Rela-

« don de M. de Meaux Le travail en est trè&-

94^ HISTOIRE DE F^ÎNELOIV.

« long ; je n'ai pu avoir les ouvriers ; il m'a fallu K ramasser des pièces^ et transcrire exactement, mot a pour mot, de peur de chicanes. J attends encore

« un éclaircissement important de Paris (i)

a Pourvu qu'on approfondisse les faits, je ne crains

« rien, malgré l'orage dont je suis accablé Quoi

«c qu'il arrive, j'adorerai Dieu , et je le bénirai mille « et mille fois, de m'avoir donné en vous un ami a selon son cœur, qui console le mien de toutes ses » croix. Je vous re verrai avec le même attendris- « sèment <fue si vous reveniez victorieux (a). » Il publie sa 1 La F^idité avec laquelle Fénelon coniposa sa

Réponse ^époïise à la Relation y montre bien qu'il n'étoit

a la Relation. ' /*

nullement embarrassé pour l'explication des faits qii'on lui opposoit. 11 n'avoit eu connoissance de la Relation y que le 8 juillet; dès le ii, il envoyoit à l'abbé de Chanterac un exemplaire de cet ouvrage, avec des notes sur les principaux faits (3), et lui annonçoit en même temps une réponse plus complète, dans laquelle tout seroit éclairci avec la. dernière évidence. Le a6 du même mois, il envoya en effet cette Réponse imprimée, telle que nous l'avons aujourd'hui, sauf un très-petit nombre de changements, qu'il fît peu après dans une seconde édition,

(i) Lettre du a août 1698. [Corresp. t. IX, p. 3i3.)

(2) Lettre du 16 août 1698. [Ibid, p. 348.)

(3) Lettres à Pàbbé de Chanterac, de» ri, i6*et a6 juillet, et a août 169S» {IJbid.)

LivfiE THOisiàMJ*. a43

^it pour éclflircir davantage les faits, soït pour a^Soucir de plus en plus ses expressions, afin de ménager, autant qu'il étoit possible, ses adversaires, en se jxrstifiant lui-même. En adressant cette réponse à Fabbé de Chanterat), il lui écrivoit ( i ) : « J'ai «f tâché de la faire avec sincérité ; et vous pourrez «t remarquer que je tire mes principales preuves, de

or la Relation même de M. de Meaux Je remer-

tf cie Dieu de ce qu'il met dans votre coeur et dans ^ votre bouche, pour moi : s'il veut que je succombe, « il faut adorer ses desseins crucifiants. Une de mes ce plus sensibles douleurs, c est de penser à l'état (c violent et atner où votre amitié pour moi vous a <r mis. »

d Ce fut donc'dans l'intervalle de i^uinze joùVs ou troils semaines (a) , danis un moment où il se voyoit obligé de faire face, presque simultanénient , à trois adversaires ,' qui Vénôient de publier, pour ainsi dilré,' coup stti*coup, plusieurs écrits très-importaiits

(i) LeUre du 29 août 1698, [Corresp. t. IX, p. 377.) (2] Le cardinal de Bausset disoit ici, dans t intervalle de cinq semaines. Il n'a pas fait attention que Fénelon adressa, en très-peu de temps, à Tabbé de Chauterac, deux éditions différentes de sa Réponse à la Relation: la première, dès le 26 juillet \ et la seconde , quinze jours après. Il n'y avoit entre ces deux éditions que de très-légères différences. Ou peut voir, à Tappui de ces détails , les différentes lettres que nous venons de citer, (p. 24^1 note 3.) (Édit.)

244 HISTOiHfi D£ FÉNELON.

contre lui || (i); dans un temps oii son cœur étoit brise par le sentiment cruel de la disgrâce de ses amis y et par l'inquiétude encore plus cruelle d'entraîner dans sa chute le seul qui lui restoit à la cour, que Fénelon conserva assez de forcé et d'énergie pour composer ce chef-d'œuvre de discussion et d'éloquence. Aussi rien n'égala l'étonnemeut et l'admiration dont tous les esprits furent frappés à Paris, à Rome et dans toute l'Europe, en voyant la justification suivre de si près l'accusation. 11 y eut telle province en France, et telle contrée en Europe, où la Réponse à la Relation sur le quiéûsme parvint en même temps que la A^^/Za/i elle-même. On ne savoit ce qu'on devoit le plus admirer dans cette Réponse. La clarté dans l'exposition des faits ; l'ordre et l'exactitude rétablis dans leur marche naturelle; chaque accusation détruite par des preuves irrésistibles ; le mérite si rare de mettre dans la justification plus de précision que n'en ofSroient

(i) L'archevêque de Paris avoit publié, vers la fin de mai» sa Réponse aux quatre Lettres de Varcfievéque de Cambrai, L'évêque de Chartres s'éleva contre le livre des Maximes, dans sa Lettre pastorale du lo juin. Enfin , Tévéque deUf eaux publia, pendant les mois de mai et de juin, sa Réponse aux quatre Lettres de Varchevêque dé Cambrai^ et la Relation sur le quiétisme^' qui fut bientôt suivie de son ouvrage intitulé: De Nova qucestione tractatus très. Voyez, pour la détermination de ces dates, VHist, litter. de Fénelon , p. 44, etc.

( ÉDIT

les accusations; Taccôrd encore plus rare de la simplicité, de l'élégance et de la noblesse du style; Tart admirable avec lequel Fénelon avoit su, sans foiblesse et sans mollesse, mettre à l'écart l'archevêque de Paris et Tévêque de Chartres, le Roi et madame de Maintenon, pour ne faire tomber ses traits que sur Bossuet seul, qui Tavoit si cruellement offensé : en un mot, cette profonde indignation d'une âme vertueuse, qui se fait plutôt sentir qu'apercevoir, parce qu'elle conserve encore assez d'empire sur elle-même pour respecter, dans son adversaire, la dignité de son caractère: tels sont les principaux traits qui peuvent offrir une image imparfaite de cette admirable composition. ^^

Fénelon s'étonne d'abord, dans sa Réponse ^ de Préûmbule de ce que Bossuet a transporté tout à coup sur des '^nhonfdeUi' faits , une discussion qui n'avoit eu , jusqu'alors , publier. pour objet que des points dogmatiques.

« Malgré mon innocence (i), disoit-il, j'avois tou- <r jours craint des contestations de faits, qui ne peu- « vent arriver entre des évêques, sans un scandale a irrémédiable. Si mon livre est plein, comme « M. de Meaux l'a dit cent fois, des plus extrava- « gantes contradictions et des erreurs les plus mon* a strueuses , pourquoi mettre le comble au plus af-

(i) Réponse à la Relation sur lequiétisme; Ai^ertissement^ n. 5. {(Mupres de Fénelon, t. VI, p. B?».)

^46 HlSTOIflE Pp F£N£LON.

a freux de tous les scandales, et révéler aux yeux <c des libertins^ ce qu'il appelle un malheureux %mjstère, un prodige de séduction? Pourquoi « sortir du livre^ 31 le texte suftisoit pour le foire a censurer? Mais M. de Meaqx poipniQnQoit àj^'em- « b^rrass^r sur la dispute dogmaUque. Dans cet ce embarras , l'histoire de madame Guyon paroit « à M. de Meaux un speptacle propre 4 faire oua blier tout à coup tant de mécomptes sur la doca tri ne (i)... Ce prélat vqut que je lui réponde sur tf les moindres circonstances de l'histoire de maa dame Guyon ^ comme un criminel sur la sellette «c répondroit à son juge; mais quand je le presse ' (c de répondre sur des points fondamentaux de la 9 religion y il se plaint de mes questions, et ne veut

a point s'expliquer (a) Il attaque ma personne,

(( quand il ^st dans l'impuissance de répondre sur c( la doctrine : alors il publie sur les toits ce qu'il ne « disoit qu'à l'oreille ; alors il a recours à tout ce (< qui est le plus odieux dans la société humaine ; 9 le secret des lettres missives, qui, dans les choses « d'une confiance si religieuse et si intime, est le plus ce sacré aprè^ celui de la confession , n'a plus rien fit d'inviolable pour lui. Il produit mes lettres à a liome ; il Içs fait imprmçr, pour tourner à ma dif-

[l) Séparée à laBfilaiion, n. 4.

(a) Ibid. n. a. .

a famation les gages de la confiance sans bornes « que j'ai eue en lui ; mais on verra qu'il fait inuti* a. lement ce qu'il n'est jamais permis de faire (i). »

I Après ce préambule, Fénelon entre dans Texa* Féndon justifie

son estime

men des principaux faits que Bossuet lui avoit op«> posés dans sa Relation. Il expose et justifie sa con«- madame Gn yod duite, relativement à la personne et aux écrits de madame Guyon, à la signature des articles d'Issy, au refus d'approuver V Instruction sur les états do-inison; enfin, relativement au livre des Maximes ^ et aux événements qui ont eu lieu depuis la publication de ce livre. | Sur Farticle principal , qui regardoit son estime pour madame Guyon, Fénelon montre que s'il a été trompé par elle^ il a pu l'être très-innocemment, sur les témoignages honorables que M. d'Arenthon, évêque de Genève, avoit rendus à sa piété et à ses mœurs , depuis même qu'on avoit voulu noircir sa réputation. Il rapporte, à ce sujet, dès expressions très-fortes d'une lettre de ce prélat, du 7 février 1695(2).

11 va plus loin : il oppose à Bossuet , Bossuet lui^ même, qui, après avoir examiné six mois de suite madame Guyon, après l'avoir eue sous ses yeux, pendant ce long intervalle , dans un monastère de son diocèse, après avoir pris une connoissance

(i) Réponse à la Relation, n. 7.

(a) Ibid. chap. 1*% n* 1.

a48 HISTOIRE DE FÉNELON.

approfondie de tous ses manuscrits les plus secrets, l'avoit autorisée à approcher habituellement des sacrements, et avoit fini , en condamnant les erreurs de sa doctrine, par approuver qu'elle exprimât, dans une déclaration authentique qu'il avoit juimême dictée, quelle aimt toujours eu IHniendon (décrire dans un sens très-catholique^ ne compre* nant pas alors qui! on en pût donner un autre (i). (c Si M. de Meaux, qui avoit une connoissance « détaillée des manuscrits les plus secrets de macK dame Guyon , de ces manuscrits dont il a rap- <K porté, dans sa Relation^ des fragments si recc marquables, pour la représenter comme infectée ce des principes les plus dangereux et les plus extraii vagants , a cru cependant qu^on poupoit excuser « ses intentions; comment moi, à qui tous ces maa nuscrits, toutes ces visions, tous ces prétendus a miracles étoient entièrement inconnus, n'aurois*je et pas eu le droit de présumer intérieurement en a faveur des intentions de madame Guyon^ comme <c M. de Meaux en présumoit dans des actes puce blics ? »

Fénelon rappelle également Vacte de soumission^ que madame Guyon avoit souscrit le a8 août 1696, Il à la demande de l'archevêque de Paris ; g acte daos lequel ce prélat lui faisoit reconnoître ses erreurs, en

(i) Réponse à la Relation , n. 3 et 3.

LIVAE TROISlèiME. ^49

excusant ses intentions^ et la maintenoit dans la participation aux sacrenients(i). a J'ai donc pu être « trompé sur les intentions de madame Guyon , «c comme l'ont été des prélats si respectables, qui « étoient devenus ses supérieurs naturels, par son « séjour dans leurs diocèses, et qui dévoient être a beaucoup plus instruits sur les détails les plus se*- (c crets de sa doctrine et de ses mœurs.

« Quant aux bruits qui courent contre les mœurs f< de madame Guyon, depuis son emprisonnement, r< j'eu laisse l'examen à ses supérieurs. S'ils se trouve voient véritables, plus je l'ai estimée, plus j'auflc rois horreur d'elle; plus j'en ai été édifié, plus je « serois scandalisé de l'excès de son hypocrisie. « L'Église demanderoit un exemple sur cette perce sonne qui auroit caché une si horrible dépravation (c sous tant de démonstrations de piété (a).

a Je demande actuellement à M . 'de M eaux, devant « Dieu, qu'il m'explique précisément qu'est-ce qu'il « est en droit de vouloir au delà (3)?... Qu'y a-t-il a de clair parmi les hommes, si tout ce qu'on vient <c de voir ne l'est pas? Le but de M. de Meaux n'est a pas de me faire condamner les livres de madame a Guyon, mais de persuader au public que je ne les a ai jamais condamnés jusqu'ici ; il ne songe pas à me

(i) Réponse à la Relation ^ n. 4*

(2) Ibid. n. 16.

(3) Jhid, cfaap. 7, n. 86.

'Discussion de quelques autres faits

objectés par Bossuet ;

sacre de Féneloo.

!l5o HISTOIRE BU FENELOST.

a les faire abandonner, mais à dire que je l'ai soute- « nue : c'est mon tort qu'il cherche pour sa justifier cation. »

Il On voit que Fénelon, en justifiant son ancienne estime pour madame Guyon, ne se croyoit pas obligé de discuter les étranges accusations qu'on avoit ré* pandues contre elle dans le public, depuis son emprisonnement; Il mais la force avec laquelle il pro- Yoquoit lui«même la punition de cette femme, si elle étoit trouvée coupable , annonçoit assez son mépris pour ses vils détracteurs. IjQ noble dédain avec lequel il les bravoit, ne leur permit plus d'attribuer son silence à la crainte d'être compromis par les aveux de madame Guyon.

Nous ne répéterons point tout ce que dit Féne- Ion, sur ce qui s' étoit passé pendant les conférences d'Issy, sur la signature des trente -quatre articles, sur les circonstances de son sacre, sur son refus d'approuver le livre de M. de Meaux , sur la publication du livre des Maximes y sur le refus des conférences. Nous avons déjà rapporté tous ces faits à leur époque, sans dissimuler la diversité de quelques circonstances que les deux adversaires cherchoient à y mêler, pour en tirer des conséquences favorables à leur cause. Mais on croit pouvoir affirmer que, dans sa Réponse à la Relation sur le quiélismcj Fénelon représenta toutes ces circonstances avec tant de candeur et de vérité,, qu'il laissa une entière

LIVRB TROlSlàMC. 2&1

cQuvîction dans tpus les esprits : trop b^ureui^ s'il eût été aussi fondé à triompher sur la doptrine de son livris, qu'il le fut à démoutrer rinqpçepoe âa sa cQDduitp ^t la pureté de ses intentions I

Bossuet avoit bien prévu que Fénelon ne maur querpit pas de lui rappeler son empressement à être son consécrateur ( i ) ; empressement difficile à con-^ cilier avec l'opinion qu'il déclaroit avoir, dès ce temps-là j des sentiments erronés du nouvel archer véque de Cambrai. Il avoit en conséquence cherché à prévenir l'effet de cette observation , en comparant son empressement à la sainte obstination des évêques d'Egypte pour consacrer Synésius, évêque de Ptolémaïde, malgré les erreurs que ce célèbre personnage déclaroit hautement professer , et vouloir professer (a). Fénelon démontra que l'exemple n'étqit pas fort heureusement choisi; qu'il étoit bien évident que les évêques d'Egypte ne se seroient pas obstipés à élever à l'épiscopat, un homme qui , bien loin d'annoncer la docilité que Bossuet suppo- 3oit alors à Féneloq, affectoit de protes^ter qu'il resteroit attaché, jusqu'à la mort, à des opinions contraires aux premières vérités du christianisme, et à

(i) Voyez ci-dessus, t. !•', p. 4*3, etc.

(a) Voyez, à ce sujet, Fleury, Hisi. eccl, t. V, liv, XXII, n. 4i. — D. Ceillier, Hist, des auteurs eccl, t. X , p. 499. — Tillemont , Mém, sur VHisU eccl. t. XII, p. 5 18, etc. — Voyez aussi le n. VI des Pièces Justifie, de ce III® livre. (Édit.)

IkBl HISTOIRE DE FÉNELON.

des pratiques en opposition avec les règles les plus essentielles de la discipline ecclésiastique. Fénelon ajoutoit, avec le cardinal Baronius et d'autres savants auteurs qui ont parlé de ce fait singulier, que les ëvêques ne s'étoient point arrêtés aux protestations de Synésius, parce qu'elles n'étoient qu'une pieuse ruse, assez usitée dans ce temps de désintéressement et de simplicité, pour échapper au fardeau de l'épiscopat (i).

Conclusion Bossuet avoit écrit , dans sa Relation sur le quié*

de la Réponse; tisme i « L'oscrai-jc dire ? Je le puis avec confiance

sont les factions " ®^ ^ '* ^^^^ ^^ soleil ; moi, le plus simple de tous et les cabales. « les hommes, je veux dire le plus incapable de <x toute finesse et de toute dissimulation;... ai -je ft remué seul, par d'imperceptibles ressorts, d'un « coin de mon cabinet, parmi mes papiers et mes « livres, toute la cour, tout Paris, tout le royaume, « toute l'Europe et Rome même , pour exécuter le « hardi dessein de perdre, par mon seul crédit, « M. l'archevêque de Cambrai (a) ? »

Ce mouvement oratoire pouvoit inspirer de l'intérêt aux lecteurs. Bossuet étoit assurément bien éloquent; mais il auroit fallu plus que de l'éloquence, pour persuader au public, que, dans le moment oii il écrivoit les paroles que nous venons de rapporter,

(i) Réponse à la Relation, ch. 4» n. 54. (i) Relation sur le qiiiétisme^ sect. 6, n. 5.

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