HISTOIRE D£ F£N£LON
« tique, toujours modérée comme son caractère, ne a me coûta que le retranchement d'une ligne d'éa criture, et en laissa assez dans mon discours, pour a remplir l'objet que je m'étois proposé.
a La seconde critique me fit voir jusqu'où le Roi « portoit, de lui-même, sa grande délicatesse sur la a religion , et sur son pouvoir dans les matières eca clésiastiques. Il fut d'abord blessé de la qualité ce èiévéque extérieur ^ que je lui donnois dans mon « discours ; il craignit qu'elle ne fut trop forte, et il k me fit écrire par M. de Pontchar train, que je prisse « garde à ne lui attribuer que ce qui lui apparte- (c noit véritablement. Mais comme c'est le titre que a les évêques de Nicée donnèrent à Constantin ( i ), et a que les assemblées du clergé ont souvent répété « en parlant à nos rois, je répondis à M. de Pont* « chartrain , qu'après avoir admiré le scrupule du c( Roi , je croyois pouvoir laisser dans mon discours « une qualité si autorisée par l'Église même ; et elle
(i) Il ne paroit pas que les évêques du Concile de Nicée aient donné à Constantin le titre à*épéque extérieur. Eusèbe dit seulement, dans la Fie de Constantin (lib. lY, cap. a4)> que ce prince, dans les conversations qu'il avoit fréquemment avec les évêques, aimoit à prendre ce titre. Fénelon, dans le Discotws prononcé au sacre de l'électeur de Cologne , le 1**^ mai x 707, explique avec beaucoup d'exactitude et de clarté 1& sens de ce titre, dans l'idée des anciens auteurs qui l'ont donné à Constantin. (Édit.)
« y demeura en effet. Au surplus, le Roi donna à a ce discours plus de louanges qu'il n'en méritoit ; a et madame de Maintenon en fut si charmée, ^ qu'elle dit peu de jours après à l'archevêque de Pa- « ris, par qui je l'ai su , qu'elle trouvoit dans mon ce style je ne sais quoi de supérieur, et comme une a espèce de langage prophétique : caractère que je « ne m'étois pas attendu qu'on m'attribuât. Il ne « m'est pas revenu que les partisans du quiétisme a s'en soient plaints ; seulement quelques critiques ce du parti des Jansénistes trouvèrent que j'y avois « trop loué le Roi. »
^Toutes les assemblées métropolitaines (i), en adhérant par voie de jugement et d'acceptation au Bref du Pape Innocent XII, étoient convenues que chaque évêquepublieroit, pour son diocèse, un il/émdément particulier, conforme aux décisions prises dans les assemblées. C'est ce qui fut exécuté dans toute la France, aussitôt que la Déclaration du Roi, pour autoriser la publication du Rref du Pape, eut été enregistrée au parlement. L'archevêque de Paris
Mandement
deBossuet
pour
a publicatioa
du Bref,
(i) Nous tirons de V Histoire de Bossueti^\\. X, p. 344» etc.) ces détails sur le résultat des assemblées métropolitaines. Ces détails, et surtout l'éloge de Fénelon, inséré par Bos* suet dans son Mandement pour t acceptation du Bref^ nous ont para tenir de trop près à V Histoire de Féneîon, pour y être entièrement omis. (Édit.)
donna le premier ^exemple; et Bossuet, en une heure de temps^ dit l'abbé Ledieu, composa son Mandement dans la matinée du i6 août (1699); et il le publia dans le synode de son diocèse, lé 3 septembre suivant. Bossuet sut y amener l'éloge de Fénelon , en rappelant son édifiante soumission au jugement qui l'avoit condamné. « Une <r censure si claire et si solennelle , dit-il , a eu « tout l'effet qu'on en pouvoit espérer; le même a esprit de la tradition , qui a fait parler le chef « visible de l'Église^ lui a uni les membres; toutes « les provinces ecclésiastiques de ce royaume ont « reçu et accepté la constitution, avec le respect c< et la soumission ordinaires; et nous avons eu « la consolation , tant désirée et tant espérée, de « voir M. l'archevêque de Cambrai s'y soumettre « le premier, simplement^ absolument et sans aU' «c cune restriction ; en ajoutant même depuis, quel- « que pensée qu'il ait pu avoir de son liçre^ qiiil « renonçoit à son jugement pour se conformera a celui du souverain Pontife ( l ). . . . i Les ennemis de « l'Église, si attentifs aux divisions qui sembloient 9, s'y élever, peuvent voir, par cet exemple, qu'elle «( se glorifie en Notre-Seigneur^ du remède qu'il a <x opposé aux dissensions, en donnant un chef aux
(i) Paroles de Fénelon, dans r^^semblée métropolitaine de Cambrai, (Ci-dessus, p. 38a.|
« ëvéques et à l'Église visible, avec lequel tout le « corps garde l'unité. »
I C'est dans ce Mandement de Bossuet , qu'il faut chercher le véritable jugement de ce grand homme, sur la soumission de Fénelon. On aime à voir l'évêque de Meaux s'unir publiquement à ce concert de louanges que l'Europe entière, ou plutôt que toute l'Église catholique se plaisoit à donner à la conduite de l'archevêque de Cambrai. Cette adhësion publique de Bossuet à leur jugement, doit nous faire oublier, que, dans sa correspondance avec son neveu, il n'avoit pas d'abord rendu à Fënelon toute la justice qui lui étoit due, pour un exemple
si éclatant, et peut-être unique, de docilité. ^24
II y avoit près* d'un an que la condamnation du Bossuet rend livre des Maximes des Saints étoit consommée, par s^wéeVe 1*700 l'heureux concours des puissances spirituelle et tem- de raffaire porellç ; Fénelon étoit enfin parvenu à imposer si- ^ ^Maximes lence à la haine, par la parfaite conformité de sa conduite publique et privée avec les protestations
qu'il avoit faites si souvent, de son entière soumission au jugement du saint-siége, lorsque l'assemblée du clergé de 1700, qui se tenoit à Saint-Germain en Laye, voulut s'occuper encore quelques nioments de cette affaire ; mais ce ne fut que pour obéir à l'usage établi, de rendre compte à chaque assemblée de toutes les affaires survenues dans l'intervalle de ses séances.
396 HISTOIEE DE FENELON.
Il paroit que les ennemis de Fénelon avoient eu un moment le projet et l'espérance de le faire traduire^ comme un accusé, devant l'assemblée de 1700; mais on fut arrêté sans doute par l'irrégularité d'une pareille mesure , qui auroit révolté tout le corps épiscopal. Cette conjecture paroît fondée sur les expressions d'une lettre de Fénelon à l'abbé de Langeron, du 1^^ juillet 1700(1). ce J'ai reçu une lettre d'avis secret de Paris, qui a porte qu'ils veulent m'obliger (apparemment par a quelque ordre du Roi) à aller à l'assemblée de a Saint-Germain, pour y renouveler, avec des ex- « plications plus amples et plus précises, ce qu'ils « prétendent que je n'ai fait que par artifice dans et mon Mandement et dans le procès^verbal de <x notre assemblée* Ce procédé seroit bien extraora dinaire; mais vous voyez, par expérience, qu'ils « sont capables des excès les plus irréguliers. Si ce vous appreniez quelque chose, je vous conjure de ce m'en avertir, surtout par rapport aux formalités « de droit que j'aurois à observer. Du reste, je dece mande à Dieu qu'il me mette un voile sur les « yeux, pour ne rien prévoir : Dabitur enim vobis
(i) Nous avons cru devoir iosérer ici, dans le texte de VHistoirey cette lettre que le cardinal de Bausset avoit renvoyée aux Pièces Justificatiçes, vraisemblablement parce qu'il l'avoit connue trop tard. Elle a été omise par mégarde dans la Correspondance de Fénelon. (Édit.)