LIVRE TROISl^B. 3gj
« in iUa hora quid loquamini; et Spiritus ejus
(nloquetur in vobis^i). »
Il Les craintes de Fënelon, à ce sujet, ne se réalisèrent pas ; il ne parut point à cette assemblée , dont le principal résultat^ bien loin de lui être défavorable, fut de rendre un témoignage public et non suspect à sa parfaite soumission au jugement du saint-siége. Il Bossuet fut choisi pour présider la commission chargée de la Relation de l'affaire du livre des Maximes des Saints : la modération qu'il montra dans le compte qu'il en rendit, justifia la sagesse d'un choix qui auroit pu paroître suspect de partialité. On croit honorer la mémoire de Bossuet, en présumant que la docilité de Fénelon , si contraire aux pronostics que la prévention lui avoit quelquefois inspirés, et la considération générale qu'une conduite si édifiante avoit méritée à l'archevêque de Cambrai, firent peut-être regretter à l'évêque de Meaux l'excès de vivacité où son zèle l'avoit porté, en quelques occasions. Onreconnoîtsa grandeur et sa générosité naturelles, dans la noble franchise avec laquelle il déclare, devant tous les évêques assemblés, que la véhémence avec laquelle il a combattu les erreurs de son collègue, n'a jamais altéré ses sentiments pour son caractère et sa personne. «Il fut sagement observé, disoit Bossuet
(i) Matth. X, 19^ 20.
HISTOIRE DE nVELON.
rapport (i), que M. rarchevéque de ]ui avoit le plus d'intérêt à rechercher d'aifoiblir, s'il se pouvoit^ la senteoce lamnoit, s'y est soumis le premier, par . On remarqua avec joie les noms illusrands évêques qu'il avoit suivis dans a ; et , à l'exemple du Roi , toutes les 'unirent à louer cette soumission, monivi que tout ce quon avoit dit par /leîre le livre ^ étoit prononcé sans aucune de la charité, »
avantage réel pour la réputation de on , que l'assemblée du clergé eût conà Bossuet, qui s'étoit montré si prévenu n y lit en effet ces paroles remarquables, ^ar Bossuet lui-même, en présence de u clergé (2) : ce Quant aux abominat regardait comme les suites de ses de madame Guyon), // n'en fut jamais elle en a toujours témoigné de Vhor^ fut à une déclaration si solennelle et si innocence de ses mœurs, qu'aboutirent ions odieuses auxquelles on avoit donné icité et d'éclat. Lorsque Bossuet pro-
^erhàl de rassemblée du clergé de 1 700 ((£if-
t. XXX, p. 463.)
^rbalde l'joo, {Ibid. p. 4^5.)
LIVEB T&OISlàlf£. 399
clamoit ainsi l'innocence de madame Guyon devant une assemblée du clergé, elle létoit encore prisonnière à la Bastille ; ses ennemis étoient tout-puissants, et ses amis dans la disgrâce (i).
^ Dans cette même Relation , où Bossuet s'expri- il renouvelle, moit avec tant de modération et de réserve, sur * **"* occawon,
' soa opinion
tous les faits relatifs à la controverse si heureuse- sur la neuure ment terminée , il s'expliqua, sur un des principaux ^ ^ '''^"'"• objets de cette controverse, d'une manière qui ne pouvoit manquer d'exciter les réclamations de Fénelon, et des théologiens qui partageoient son opinion sur la nature de la charité (a). Conduit par son sujet à rappeler les actes des assemblées métropolitaines, tenues pour l'acceptation du Bref d Innocent Xll^ l'évêque de Meaux crut pouvoir citer quelques paroles de l'assemblée d'Aix, qui supposoient le motijde la béatitude essentiel à tout acte humain^ et particulièrement à l'acte d'amour. « Les « assemblées, disoit-il, n'ont rien oublié de ce qui ce servoit à illustrer la matière;... on a pénétré à . <x fond la nature du faux amour pur, qui effaçoit a toutes les anciennes et les véritables idées de « l'amour de Dieu, que nous trouvons répandues
(i) Voyez au n. III des Pièc. justij, du livre troisième, quelques observa tious sur la RsLikTiON du Quiktisme de l'abbé Phélippeaux,
(a) Voyez, à ce ^iijet, la Jjcttre de Fénelon au cardinal Gabrielli^ du 2a septembre 1700. {Corr^sp. t. 'U, P«3tf.) »
400 HISTOIRE DE F^HEtÔN.
a dans l'Écriture et dans la tradition. Celui qu'on < veut introduire et établir à sa place, est contraire « à r essence de F amour ^ qui veut toujours pos' ff séder son objet ^ et à la nature de t homme ^ qui a désire nécessairement détre heureux (i). » Ces dernières paroles , extraites mot pour mot du pro* ces - verbal de rassemblée métropolitaine d!Aix^ semblent difficiles à concilier avec renseignement commun des théologiens, qui regarde la charité comme un amour de Dieu pour lui-mémcj sans aucun rapport à notre béatitude^ et avec le sentiment de Bossuet lui*même, qui reconnoît que, dans l'acte d'amour, on peut faire une abstraction au moins passagère et momentanée du motif de la béatitude (a).
Dhseriation 1 L'archcvêque de Cambrai, craignant donc que la de Fénelon Relation de l'évêque de Meaux, adoptée par l'assem-
»ur ce sujet. , , , • ,. . ^ "^ * .
blée de 1 700, n introduisît ou ne favorisât une espèce de tradition contraire à la véritable doctrine sur la charité, crut qu'il étoit important de mettre sous les yeux du souverain Pontife un résumé de toute la controverse, relativement à cette question. « Loin
( I ) Relation des actes de rassemblée^ etc. ( Œuvres de Bossuet^ I. XXX, p* 4^^*)
(a) Instruct. sur les États d'oraison, addition; n. 'j.[Ibid, t. XXVn, p. k%S.)—Summadoctrinœ; 11.8. (T. XXVHI, p. 3 10.) •— Schola in tuto. Qudest I, art« x, prop« a8» (T< XXIX, p. tài40
LWIKV. TROISiÈMf. 4^ f
« de moi, dit-il au souverain Pontife, dans le préain* « bule de sa Dissertation y loin de moi le dessein « de renouveler une fâcheuse discussion ! Mais il m'a « paru important de montrer à Voire Saînlelc le « but vers lequel ont été constamment dirigés les « efForts de mes adversaires (i). »
1 Pour atteindre son but, Fénelon divise sa /)isserlation en quatre parties. 11 examine, dans la première, l'opinion de l'évêque de Meaux, et, dans la seconde, l'opinion de l'archevêque de Paris, sur la nature delà charité. Il justifie, dans la troisième, la doctrine de ses écrits apologétiques, sur le désintéressement des parfaits, et sur l'état habituel de l'amour pur. Dans la quatrième partie, l'auteur devoit exposer les sentiments qu'il avoit toujours eus sur cette matière, soit avant, soit depuis la condîimnation de son livre. Cette dernière partie n'existe pas, et il y a tout lieu de croire qu'elle n'a jamais existé ; car on lit, sur la dernière page du manuscrit original, ces paroles écrites de la main du marquis de Fénelon, petit -neveu de l'archevêque de Cambrai : Quarta pars deest ; ( la quatrième partie manque.)
\ La Dissertation , telle que nous l'avons, se
(i) OEuvres de Fénelon , t. IX, p. 210. Celle Dissertation a paru pour la première fois, en 182a, dans V édition de Fersailles» (Édit.)
réduit doQC à rétablir ces deux points, que Tarchevêque de Cambrai regardoit comme fondamentaux en matière de spiritualité (i) : i° que la charité, considérée dans son essente et dans l'acte qui lui est propre, est un amour de pure bienveillance, sans aucun mélange du motif de la béatitude; a^ que, dans l'état de la plus haute perfection, la charité prévient et anime toutes les vertus, non-seulement en ce sens que la plupart des actes humains sont élevés à l'ordre surnaturel , mais en ce sens qu'ils sont expressément commandés par la charité, et par ce moyen en prennent l'espèce^ selon la doctrine de saint Thomas communément admise dans les écoles (a). Les explications que nous avons données ailleurs sur cette partie de la controverse (3), montrent clairement que cette doctrine ne porte aucune atteinte à la condamnation du livre des Maximes^ à laquelle Fénelon se montre pleinement soumis, dans l'ouvrage même dont nous parlons, comme il continua de faire jusqu'à la fin de sa vie.
\ On ne peut douter qu'il n'attachât une grande importance à fixer, sur ce point, l'attention du souverain Pontife. A peine les actes de l'assemblée
(i) Instruct, past. du i5 septembre 1697, préambule. [OEuvres de Fénelon, t. IV, p. 180.)
(2) Summa S, Thomœ^ part. III , qusest. 85 , art. 2 , ad i, — a. a. quaest. i54, art. 10, conclus •
(i) Ci-dessus, p. 828, etc.
de 1700 furent publiés, iqu'il entreprit, dans cette vue, un grand ouvrage, destiné à être mis, après sa mort, sous lies yeiix du t*ape. « Je veux, dit- il « dans la Préface de cet ouvrage, que cette expo- « sition de mes sentiments soit regardée comme une « espèce de testament, écrit sous les yeux de Dieu, « qui constatera, après ma mort, qu'un évêque ca- « tholîque a gardé avec fidélité, et dans toute son « intégrité, le dépôt de la véritable doctrine, et « qu'il n'a voulu ni enseigner, ni approuver aucune « des erreurs condamnées dans son livre. Dieu sait « que je ne mens pas. »
îNous avons sous les yeux le manuscrit original de cet ouvrage, encore inédit, et qui, tout incomplet qu'il est, fornieroit uii volume in-8° de cinq à six cents pages (i). Pénelon, effrayé sans doute de la longueiu» de ce preinier travail, entreprit ensuite de le réduire sur Un nouveau plan ; c'est ce qu'il exécuta, en composant la Dissertation quenoiis venons d'analyser, et qui n'est visiblement qu'un abrégé de son premier ti*avail. Il paroît même que Fénelon trouva encore cet abrégé trop considérable, pour être inis sous les yeux du souverain Pontife ; car il le resserra de nouveau dans une lettre au Pape, du 8 mars 1701, rédigée sur le même plan, et
(1) Voyez l'analyse de cet ouvrage, au n. XI des Pièces justif, de ce troisième livre.
4o4 HISTOIRE DE FENELOJV.
dans laquelle est traité le quatrième point ^ omis clans la Dissertation,
\ La première intention de Fénelon étoit de ne faire parvenir au souverain Pontife cette exposition de ses sentiments^ qu après sa mort ; mais la lettre du 8 mars 1701, dans laquelle il supplie le Pape de vouloir bien l'avertir des erreurs qu'il auroit pu enseigner dans «es écrits apologétiques(i), montre qu'il changea d'avis, et qu'il désira soumettre, avant de mourir, ses observations au Pape. Nous ignorons cependant s'il exécuta ce projet en 1 70 1 ; ce qui pourroit en faire douter, c'est qu'il existe une autre lettre écrite au même Pape en 1 7 1 2, et dans laquelle Fénelon ne fait guère que répéter ce qu'il avoit dit dans celle du 8 mars 1701. Il est difficile de croire qu'il ait adressé au Pape , sur le même sujet , deux lettres différentes. Quoi qu'il en soit, ces deux lettres, aussi bien que les deux ouvrages dont elles sont comme l'analyse et le complément, fournissent des preuves authentiques de l'inviolable soumission de l'archevêque de Cambrai, au jugement qui avoit condamné son livre. T,os janséiii.tes Cette humble soumission de Fénelon, et son in- Pioïestanis violable fidélité à observer le silence qu'il s'étoit mécontenis imposé, affligèrent également les Jansénistes et les
de la soumission , » r • n '
de Fénelon. Protestants. Les uns et les autres s etoient nattes
(1) Corresp, de Fénelon, t. IX, p. ^o^ et 61 5.
LIVAE TROISIÈME. 4^5
qu'une contestation si animée, entre deux grands évêques, pourroit afToiblir l'autorité du saint-siége, en donnant lieu à quelques actes scliismatiques. Fénelon reçut tout à coup , par une voie détournée, une lettre du père Gerberon, religieux bénédictin, fameux à cette époque par son zèle ardent pour le jansénisme. Il offroit à l'archevêque de Cambrai, de publier, pour la défense de sa doctrine, quelques écrits composés depuis la censure qui en avoit été faite, sans que personne pût jamais savoir que Fénelon y eût aucune part et en eût aucune connoissance (i).
Fénelon répondit à cette singulière proposition, (c qu'il aimeroit mieux mourir, que de défendre di- « rectement ou indirectement un livre qu'il avoit <c condamné sans restriction et du fond du cœur, par « docilité pour le saint -siège;.... qu'il n'étoit ni « juste ni édifiant qu'un auteur voulût perpétuelle- <r-ment occuper l'Église de ses contestations person-
« nelles; qu'il n'y avoit plus pour lui, ni édi-
« fication à donner, ni dignité à soutenir, que dans « un profond silence. »
Dans le même temps, le fameux ministre Jurieii répandoit son Traité historique de la Théologie mystique^ comme une torche enflammée, pour en-
(i) Cette lettre du P. Gerberon, et la réponse de Fénelon, se trouvent dans le t. XI de la Correspond, de Fénelon^ p. 46, etc.
4o6 HISTOIRE DE PiNELON.
tretenir le feu d'une, guerre prête k s'éteindre : il y avoit recueilli avec soin tout ce que la prévention ou la haine avoit pu imaginer, pour calomnier les motifs de Bossuet. I>e jugement du Pape n'étoit pas encore prononcé, mais il étoit sur le point de l'être; et Jurîeu se flattoit que Fénelon refuseroit dy souscrire. A peine mettoit-il la dernière main à sou ouvrage, qu'il apprit la généreuse soumission de l'archevêque de Cambrai. Dans l'excès de son dépit, le ministre Jurieu se déchaîna contre Fénelon, avec le même emportement qu'il l'avoit fait contre Bossuet. Mais la censure amère d'un ministre protestant, qui ne soupiroit que la ruine de l'Église romaine, étoit le plus bel éloge d'un évêque tel que Fënelon (i).
Combien Ce n'cst pas sans raison que le chancelier d'A-
ceite soumission gyeçseau , en rendant compte dans ses Mémoires
est glorieuse ^ , ^ *^
à Fénelon. de la CQUclusion de l'affaire du quiétisme, a dit (a) Admirable ^^ qye la soumissiou de l'archevêque de Cambrai est
constitution i a •
de l'Église ^ ^^ exemple peut-être unique dans l'Eglise, d'une catholique, cr querelle de doctrine terminée sans retour par un « seul jugement qu'on n'a cherché depuis, ni à faire « rétracter, ni à éluder par des distinctions. La (( gloire en est due, ajoute ce grand magistrat, à la « sagesse et à la supériorité du génie de l'arche-
(i) Voyea au n. XII des Pièces justifie, de ce troisième livre, quelques notions plys étendues sur Fouvrage de Jurieu. (a) Tome XIII, p. 19Q.
« véque de Cambrai , qui comprit tout d'un coup « que le trop grand désir de se justifier nuit sou- <c vent plus qu'il ne sert; et que^ de toutes les maa nières d'effacer les torts qu'on nous impute, Is^ a plus sûre et la plus efficace est de les laisser oucc blier, et se perdre, pour ainsi dire, dans le silence; <€ outre que l'expérience qu'il avoit faite des jugece ments des hommes dans le cours de la dispute, « anroit dû lui faire sentir qu'il seroit toujours coure damné par plus des trois quarts, dont il ne seroit c< pas entendu. Il se contenta donc de protester en « un seul mot, en faveur de l'innocence de son cœur ce et de la droiture de ses intentions, dans la lettre a qu'il écrivit au Pape ; et il a gardé depuis, un si- « lence absolu sur sa condamnation, si ce n'est pour u déclarer encore qu'il y acquiesçoit. »
On ne nous soupçonnera certainement pas de vouloir afToiblir le mérite de la soumission de Fénelon, et l'heureuse influence qu'elle eut, pour assurer la paix et la tranquillité de l'Église. Mais nous dirons que c'est surtout dans de pareilles circonstances que l'on doit observer l'admirable constitution de l'Église catholique. Son divin fondateur, en lui donnant un centre invariable d'unité, a voulu qu'elle montrât sans cesse à toute la terre un chef visible, un juge supérieur, pour veiller à la stabilité de cet édifice spirituel, en calmant par sa sagesse les tempêtes que les passions des hommes soulèvent contre
4o8 HISTOIRE DE FÉNELON.
la religion , et en extirpant les erreurs et les nouveautés que l'esprit inquiet et malade des humains se plaît si souvent à enfanter. C'est dans cette hiérarchie sacrée, formée par la parfaite union des premiers pasteurs avec le chef visible que Jésus- Christ a placé à leur tête, a c'est là, dit Bossuet, que « consiste le salut et le soutien de l'Eglise et de la « catholicité (i). »
A la suite de cette maxime si juste et si profonde de Bossuet, nous rapporterons une réflexion bien remarquable de Fénelon , au sujet de l'infaillibilité des jugements de l'Église; réflexion qui s'applique particulièrement au jugement qui le condamna lui-même, quoiqu'il n'en ait fait usage que dans une cause qui lui étoit entièrement étrangère. « Dieu veille toujours, dit Fénelon (a), afin qu'au- « cun motif corrompu n'entraîne jamais contre la « vérité, ceux qui en sont les dépositaires. Il peut y « avoir, dans le cours d'un examen, certains mou- « vements irréguliers; mais Dieu en sait tirer ce « qu'il lui plaît : il les amène à sa fin; et la conclu-
(i) Bossuet établit et développe ce principe dans plusieurs de ses écrits. Voyez en particulier son Sermon sur l* unité de VÉglis€j i**" point. — Oraison funèbre du P. £ourgoing, a® point. (Édit.)
(2) Instruction pastorale du 2 mars 170$, cli. a, art. 4* [Œuvres de Fénelon^ t. X, p. 221.)
a sion qu'il a promise, vient infailliblement au point « précis qu'il a marqué. »
C'est parce que toutes les sectes séparées de l'Église romaine, manquent de ce centre d'unité, de ce principe d'ordre et d'autorité, pour régler les symboles de la croyance commune et la forme d'une discipline régulière, qu'elles finissent presque toujours par tomber dans l'indifférence de toutes les religions, lorsque le temps et les événements ont laissé refroidir la chaleur et l'esprit de contention qui leur avoient donné naissance (i).
La soumission de Fénelon, || comme il l'a souvent sincérité
de la soumissiou
de Fénelon.
(i) On peut lire, ùansV Histoire ecclésiastique A^llomms ^ la longue énumération des sectes sorties du luthéranisme et du calvinisme : Tauteur n*est pas suspect, il éloit Prolestant. Inutilement Calvin sévit, avec une rigueur effrayante, contre les apôtres et les disciples du socinianîsme ; il leur avoit appris lui-même à ne s arrêter, ni à V autorité de F Église^ ni à cefle de la tradition. Il ne pouvoit se dissimuler que les principes qu'il avoit proclamés, et l'exemple qu'il avoit donné, conduisoient au socinianisme par une pente naturelle et des conséquences nécessaires. S'il suivit l'impulsion violente de son caractère dans les mesures rigoureuses qu'il provoqua contre Servet, on peut croire aussi qu'une inquiète prévoyance le porta à effrayer par la terreur tous ceux qui seroient disposés à renverser la foible barrière qui sépare le calvinisme du socinianisme. On a vu ensuite comment du socinianisme on arrivoit rapidement à l'indifférence de toutes les religions, {Note de rauteur,)
4lO HISTOIRE DE Fl^NELON.
dëclarë depuis (i) , « ne fut ni un trait de politique, a ni un silence respectueux, mais un acte intérieur « d'obéissance rendu à Dieu seul. Selon les prin- « cipes catholiques, ajoutoit Fénelon, j'ai regardé le « jugement de mes supérieurs comme un écho de la « volonté suprême. Je ne me suis point arrêté aux « passions, aux préjugés, aux disputes qui précé- « dèrent ma condamnation. J'entendis Dieu me parte 1er, comme à Job, du milieu de ce tourbillon, et « me dire : Qui est celui qui mêle des sentences « UK^ec des discours inconsidérés? Et je lui réponte dis du fond de mon cœur : Puisque f ai parlé in- « discrètement y je nai quit mettre ma main sur a ma bouche y et me taire,,. J'ai accepté ma conte damnation dans toute son étendue. Il est vrai que ^^ les propositions et les expressions dont je m'étois ik servi, et d'autres bien plus fortes, avec bien moins 'c de correctifs , se trouvent dans les auteurs canoni« <« ses ; mais elles n'étoient point propres pour un w ouvrage dogmatique. 11 y a une différence de tt style qui convient aux matières et aux personnes <ï différentes. Il y a un style du cœur, et un autrç a de l'esprit ; un langage de sentiment, et un autre « de raisonnement. . . . L'Église, avec une sagesse infi- <ii nie, permet l'un à ses enfants simples; mais elle
(i) Hist, de la vie et des ouvrages de Fénelon ^ par M. de Rarosay, édition rft? 1727^ p. 68.
(K exige l'autre de ses docteurs. Elle peut donc, se- « loa les difïerentes circonstances, sans condamner « la doctrine des saints , rejeter les expressions faua tives dont on abuse. »
On voit, par plusieurs lettres de Fénelon, qu'il eut souvent à réprimer le zèle indiscret de quelques écrivains trop officieux, qui se donnoient à euxmêmes la mission de le défendre. 11 mandoit à l'un d'eux (i) : « Je ne puis consentir qu'on excuse « même indirectement mon livre... Au nom de Dieu, « ne parlez de moi qu'à Dieu seul , et laissez les; « hommes en juger comme ils le voudront. Pour « moi, je ne cherche que le silence et la paix, après « m'être soumis sans réserve. » I3q .
\ Les véritables sentiments de Fénelon , sur ce Cette soumission
p . . . . , constatée par un
pomt , et sa parfaite soumission au jugement du f^^f^nsoir d'or sain t-siége, sont mis dans un nouveau jour, par le qu'il offre célèbre monument qu'il voulut en donner, vers la fin m^^ro^oiitâine de sa vie, à son église métropolitaine. Il est d'autant plus important dç coAsigner ici ce prççieuîc témoignage de son humble soumission , que la tradition qui nous l'a conservé a été quelque temps obscurcie, de nos jours, par des discussions qui ont servi à le mettre désormais à l'abri de toute contestation (2).
(1) Lettre à Pabbé de Chevremont^ du a juillet 1^99. (Corresp. t, XI, p. /| et 5.) Voyez aussi les Lettres de Fénelon à M.***, des 9 et 21 octobre 1699. [Ibid, p. 17, etc.) — Hist, littér, de Fénelon y H* part. n. 9a, etc. (P. aao.) (Édit.)
(a) Le cardinal de Bausset, après avoir été longtemps
4 12 HISTOIRE DE FEWELON.
m résulte de plusieui^s témoignages positifs, qu'en 1 7 1 4 , Fénelon fit présent à son église métropolitaine d'un très-bel ostensoir d'or pur, représentant un personnage symbolique, qui fouloit aux pieds plusieurs livres hérétiques, sur l'un desquels on lisoit ces mots : Maximes des Saints. La vérité de ce fait est attestée par un grand nombre de témoins oculaires , à la tête desquels on remarque M. I^anguet, contemporain de Fénelon, nommé, en 1716, à l'évêché de Soissons, et transféré, en 1730, à l'archevêché de Sens. Dans une Histoire manuscrite
incertain sur la vérité de ce fait , s'étoit enfin déterminé à en faire menlion dans la seconde édition de V Histoire de Fé-nelon, le croyant suffisamment établi par les témoignages positifs de d'Alembert et du P. de Querbcuf. Déjà même il avoit inséré , dans cette seconde édition , une note à l'appui de ce fait. Mais avant que l'impression de l'ouvrage fût terminée, il reçut de l'abbo Servois, vicaire général de Cambrai, de nouvelles observations, qui le firent changer d'avis, et le décidèrent à rédiger une nouvelle noie, dans un sens contraire à la première. Il ignoroit alors les nombreux témoignages que nous avons recueillis sur ce sujet, dans une Dis^ sertation particulière, publiée pour la première fois en 1827 (35 pages in-8**), reproduite en iSag dans le dernier tome de la Correspondance de Fénelon , et en 1842 dans son His^ toire littéraire. Nous nous bornerons ici à rapporter, en peu de mots, le fait important que nous avons soigneusement discuté dans cette Dissertation. On trouve aussi dans cette Dis-' sertation (p. 272, note i), quelques détails relatifs aux variations du cardinal de Baussct et de l'abbé Servois sur ce sujet,
(ÉDIT
LIVAE TAOISIÈUE. 4<3
ae madame de Maintenons provenant de l'ancienne maison de Saint-Cyr, et qui se conserve aujourd'lmi au séminaire de Versailles, il déclare expressément a\foir vuy dans le trésor de V église métropolitaine de Cambrai y l'ostensoir de Fénelon, tel que nous venons de le dépeindre (i).
1 Les nombreux témoignages que nous avons recueillis, à l'appui de celui de M. Lauguet, nous mettent en état de donner une description détaillée de ce précieux monument. Sur un socle de forme carrée, on voyoit une statue allégorique, parfaitement modelée, vêtue d'une robe longue, et d'une tunicelle qui lui descendoit jusqu'aux genoux. Le voile qui lui couvrpit les yeux, désignoit en elle le caractère allégorique de la Foi. Ses deux mains élevées soutenoient, au-dessus de sa tête, un cercle formé d'épis de blé et de feuilles de vigne entrelacées, et dans lequel étoil renfermée la sainte hostie, placée entre deux cristaux. Elle fouloit aux pieds plusieurs volumes fermés, et placés transversalement l'un sur l'autre. Sur la couverture du premier, on lisoit les mots suivants , en deux lignes et en toutes lettres : des maximes des saints; sur le dos d'un autre , on lisoit ces mots : insti- TUTiONE§ CALViNi. Le devant du socle portoit cette
( 1 ) Mém. pour servir à C histoire de madame de Maintenony par M. Langiiet. (Mss. p. 624.)
4l4 HISTOIRE DE FÉNELON.
inscription : vere tu es bEUS abscondïtus. A la droite du personnage principal, on voybit utt petit ange ailié, beaucoup moins g'rahd ique le ][iersohnage principal , et ne s'ëlevant guère qii' à la hauteur du genou de ce dernier. L'attitude religieuse de Tange expritnoit les sentiments d'adoratioti, d'amour et de respect, dus à Jésus-Christ présent dans la sainte Eucharistie.
1 Cet ostensoir dVr pur étoit, disoit-on, de la valeur intrinsèque de 12,000 fr., et par conséquent du jpoids d'environ huit livres. Sa hauteur étoit d'environ vingt ou vingt-deux pouces. Pour lui donhët* plus d'élévation et de dignité, le chapitre de Cambrai fît faire, depuis la mort dfe Fénelon, un piédestal en vermeil, digne, par la beauté du travail, de figurer auprès de l'ostensoir lui-même. Ce piédestal avoit environ quatre pouces de hauteur; il étoit taillé à jour, et monté sur quatre griffes placées aux quatre angles.
*ÎLa gravure qu'on voit ici, représente l'aspect du monument placé sUr Fautel, dans l'état où il devoit se pt'ésenter au prêtre qui le regardoit en face. Nous tenons de M. l'abbé Goulart, chanoine de l'ancienne église métropolitaine de Cambrai, et mort depuis peu dans cette ville , qu'on voyoit autrefois, dans plusieurs paroisses du diocèse, des copies plus ou moins riches de ce bel ostensoir. Ne seroit-il pas à souhaiter que la ville de Cambrai en
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Marlier j-c .
Hùrt.dfJt'en.Thme 3.1h^e 3j4-
LIVRK TROISIEME. ê^lS
|)erpétuât la mémoire ^ en faisant exécuter, pour l'usage de l'église cathédrale, un ostensoir de vermeil, sur le modèle de Tancien ? Un pareil monument seroit une réclamation authentique contre les difficultés qui ont obscurci, pendant quelcjue temps^ une tradition aussi chère h la piété, qu'elle est précieuse pour le diocèse de Cambrai , et honorable à son illustra archevêque.
lOn demandera peut-être quel pou voit être le motif de ce nouveau témoignage de souniission, si longtemps après la conclusion de l'affaire du quiétisme^ et dans un temps où cette controverse paroissoit entièrement oubliée. Quelques écrivains de nos jours, faute d'avoir assez remarqué les circonstances dans lesquelles se trouvoit alors Fénelon, ont vu, dans le monument dont il s'agit, un acte d'oslentatiorij dif" ficile à concilier avec la simplicité habituelle du caractèi^ de Fénelon^ et avec ridée quon a gênépaiement de ses vertus simples et modestes (i).
1 Nous souscrivons plus volontiers que personne, à l'idée que l'on a généralement des vertus simples et modestes de Fénelon ; et nous sommes persuadé qu'il étoit infiniment éloigné de tout acte dostenrtationy non-seulement par le sentiment des convenances qui lui étoit si naturel , mais bien plus en-
(i) Observations sur C ostensoir^ par l'abbé Servois, p. 6 et i3. — Hist, de Fénelon j 3® édit, t. IV, p. 4^4 et 466.
4l6 HISTOIRE DE FEBELOB.
cote par les sentiments d'humilité chrétienne dont il a donné d'ailleurs des preuves si touchantes. Mais si la soumission de Fénelon étoit révoquée en doute à l'époque dont il s'agit , si elle étoit publiquement attaquée, dans des écrits propres à Étire impression sur un grand nombre de lecteurs, et dans un temps où l'intérêt général de l'Église demandoit que les sentiments personnels de Fénelon fussent mis dans le plus grand jour; on conviendra sans doute qu'il pouvoit, qu'il devoit même alors confondre la calomnie, par les plus fortes preuves de son entière soumission. Or, telle étoit précisément la situation de l'archevêque de Cambrai, à l'époque où il fit présent à son église de ce riche ostensoir. Les défenseurs d'un parti qu'il combattoit avec autant de zèle que de succès, mêloient depuis longtemps à leurs écrits les traits les plus amers, et les reproches les plus offensants pour le prélat dont l'autorité étoit si funeste à leur cause (i). Dès l'année 1706, UR de ces écrivains s'étoit oublié, au point de répandi*e des nuages sur la sincérité de la soumission de l'archevêque de Cambrai au jugement du saint-
(i) Voyez, à ce sujet, VHisi, littér, de Fénelon y !'• part, art. I, sect. 3, n. So, p. 55. Sect. 4> n* I9 p. 62. Voyez aussi, dans la V^ sect. de la Corresp, la lettre du 1 1 janvier 1712, au duc de Chevreuse (t. I, p. 539); et parmi les Lettres dis^rses^ celle de Fénelon au P. Le Tel lier, du 27 juin 171a, (T. IV, p. 16 et suiv.) (ÉniT.)
LlVilE TROISIÈMK. 4*7
siège contre le livre des Maximes. En vain le prélat, pour répondre à cette odieuse imputation, en avoit appelé aux témoignages publics et authentiques de sa soumission; le cardinal de Noailles, par un procédé peu digne de son caractère, osa renouveler la même accusation contre Tarcbeveque de Cambrai, dans un Mémoire présenté au Roi en 1712, et qu'il eut même l'indiscrétion de répandre dans le public, sans attendre l'agrément de Sa Majesté. Une conduite si peu mesurée demandoit sans doute que Fénelou expliquât de nouveau ses sentiments, delà manière la plus éclatante. Mais nette explication devint encore plus nécessaire, quelques mois après, lorsque la publication de la bulle Unigem'tuSj destinée à terminer les contestations quiagitoient TÉglisedepuissi longtemps, devint l'occasion de nouveaux troubles, par Tobstination d'un parti toujours fécond en subtilités pour éluder les décisions du saint-siége. L'archevêque de Cambrai, obligé par son caractère à publier et à faire observer, dans son diocèse, la nouvelle constitution, n'eûtil pas été manifestement en contradiction avec luimême ; bien plus, n'eut-il pas ouvertement trahi la cause de l'Église, en laissant alors subsister les moindres nuages sur sa propre soumission au décret qui avoit condamné le livre des Maximes? Le témoignage éclatant qu'il crut devoir donner, à cett(; époque, de son humble soumission , loin d'être fas- T. II. 27
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pour lui-même. « Quelle idée peut-on avoir de moi, « dit-il avec émotion, si l'on craint de prononcer, f( 60 ma présence^ le nom d'un homme dont le géa nie et les vastes connoissances honoreront à jamais « son siècle, son pays, le clergé et la religion ! »
Nous ne pouvons douter d'ailleurs, que Bossuet n'ait sensiblement regretté d'avoir perdu un ami tel que Fénelon. || Quelques passages de la correspondance de madame de la Maisonfort, que nous avons déjà eu l'occasion de citer, attestent la sincérité d'un sentiment également honorable pour l'un et pour rautre(i). IIMais une circonstance encore plus intéressante que madame de la Maisonfort nous fait connoitre, quoique d'une manière assez obscure, c'est la démarche que fit Bossuet, de son propre mouvement, pour se rapprocher de Fénelon (2). « Je demandois « souvent à Dieu , écrit madame de la Maisonfort , « qu'il vous réunît avant la mort. Le voyage que a M. l'abbé de Saint-André (3) fit en Flandre, à la a prière de M. de Meaux, marque le désir sincère « qu'il avoit de cette réconciliation ; et les contre- « temps qui en empêchèrent le succès, que mes « prières ne méritoient pas d'être exaucées. »
ILe célèbre Winslou, ami particulier de l'abbé de
Démarche
de Bossuet
pour
se rapprocher
de Fénelon.
(i) Ci-dessus, p. 27 el 99.
(a) Corresp, de madame de la Maisonfort; p. 114.
(3) Grand-vicaire de confiaoce de Bossuet*
4îkO HISTOIRE DE FfiNKLON.
Saint-André, raconte lui-même en détail, d'après un manuscrit de ce dernier, les particularités de cette démarche de Bossuet, que madame de la Maisonfort se borne à indiquer brièvement , comme une chose déjà connue de Fénelon, à qui elle écrivoit ( i). 11 résulte de ce témoignage, que Bossuet avoit en effet chargé l'abbé de Saint-André de faire les premières ouvertures d'une réconciliation, et que Fénelon n'a pas eu le tort de s'y être refusé. Un concours d'incidents bizarres ne permit pas que les généreuses intentions de Bossuet arrivassent jusqu'à Fénelon . « Le lendemain de la Quasimodo ( 1 699), dit cf Winslou, M. de Meaux, se promenant, avant le tf dîner, sur la terrasse de Germigny, avec l'abbé « Berrier (a) et l'abbé de Saint- André, l'abbé Berrier
(i) Nous transcrivons ce fragment de V Histoire de Bosstœt, tom. III, liv. X, n. 23, p. 848, etc. Jacques-Bénigne Winslou, médecin célèbre par ses connoissances anatomiques , étoît né en Danemark, dans la religion protestante. Étant venu à Paris pour se perCectionner dans les sciences, il fut ébranlé dans sa croyance par la lecture de quelques ouvrages de Bossuet; il eut ensuite des conférences avec ce prélat y qui le détermina à faire son abjuration, et chargea Fabbé de Saint- André de l'y disposer, par des instructions convenables. Depuis cette époque , Winslou entretint des relations habituelles avec Tabbé de Saint-André, jusqu'à la mort de cet ecclésiastique. (Histoire de Bossuet, t. Il, p. 439, etc.) (Édit.)
(2) Il s'agit {urobablement ici de Fabbé Louis Berryer, chanoine de Notre-Dame de Paris, et prieur du monastère
« crut devoir parler à M. de Meaux d'une convercc sation tenue chez le président de Lamoignon. et On y avoit beaucoup parlé de la victoire que <c M. de Meaux avoit remportée sur M. de Cambrai. « Ce n est pas moi^ dit le prélat, en coupant la a parole à l'abbé Berrier, cest la vérité qui Fa a remportée. L'abbé continuant son discours, ajouta « que toute la compagnie avoit témoigné désirer vice vement que les prélats se réunissent, pour l'édi- « fication du peuple ; et que c'étoit à M. de Meaux ce à faire les premières avances, comme ayant pour- « suivi le jugement. Je Vai déjà fait ^ Monsieur^ « reprit M. de Meaux avec vivacité ; et il ne tien-ce dra jamais à moi, que nous ne soyons bons « amisy comme avant la dispute. Il ajouta qu'il « avoit reçu, depuis peu, une lettre de M. le Nonce, « qui lui mandoit que M. de Cambrai portoit des ce plaintes contre lui, l'accusant de décrier partout « sa soumission, fai répondu^ continua-t-il , que iij'étois surpris que M. de Cambrai m'imputât a une fausseté comme celle-là, et qiiil en portât a des plaintes au sow/erain Pontife par son Nonce ; « ce qui ni engagea de me plaindre à M. le duc de
de Perrecy, en Bourgogne, où il établit une réforme à peu près semblable à celle de la Trappe et de Sept-Fonts. (Voyez Helyot, Uist. des Ordres monastiques; t. VI, p. 893. — Essai sur Vinfluence de la religion en France au dix^septième siècle; t. II, p. 35 1.) (Édit.)
4aa HISTOIRE DE FÉnELON.
« Beaui^ilUerSj ami intime de M, de Cambrai, qui « savait bien lui-même que je louois la soumistu sion de ce prélat (i). M* de Beaus>illiers me fit « réponse quil lui écriroity dès le lendemain^ pour « lui faire connoitre que des esprits malinten- « tionnésj ou mal informés ^ T assoient surpris ; et « qii il me communiqueroit la réponse quil en rece- « i^roit. Depuis ce temps-la^ M. de BeauviUiers ne « m\i adressé aucun signe de vie; et cest pour « cela que je vous prie de ne le point nommer; « car f ai un petit sujet de me plaindre de son sia lence. L'abbé Berrier demanda la permission de « rapporter cette conversation à M. de Lamoignon, « en ne nommant point 1^ duc de BeauvilLiers; et « M. de Meaux y consentit.
1 « Dans cette même promeqade, l'abbé de Sainta André s'offrit de faire un voyage en Flan^^e. « Ayant été seize ans chanoine d'Arras , étant « ami de l'évêque, qui lui-même, malgré ^a difféa rence des sentiments, l'avoit toujours^ été de M. de « Can[ibrai , ij pou voit espérer, par ce moyen, de « travailler utilement à la paix. M. de Meaux ré- « pondit que le temps né toit pas encore venu. « Mais deux mois après, le même abbé de Saint-
(i) On a vu plus haut sur quoi étoit fondé le reproche que Féneîon faîsoit à Bossuet, et en quel sens l*évèque de Meaux pouvoit désavouer le propos qu'on lui imputoit. (Ci-dessus, p. 356, nqle i.) (Édit.)
« André l'étant allé voir à Paris, et lui ayant dit ce qu'il alloit faire un voyage de quinie jours, le « prélat lui demanda s'il se souvenoit de ce qu'il « lui a voit dit, d'un voyage d'Arras. L'abbé lui ré- « pondit que oui. Hé hien^ dit M. de Meaux, cest « celui que je vous prie de faire ; et vous me « ferez plaisir. » Mais une suite d'incidents imprévus, dont le récit n'offriroit aujourd'hui aucun intérêt, et une maladie dont l'abbé de Saint- André fut attaqué pendant ce voyage, ne lui permirent point de se ménager un entretien particulier avec Fénelon, pour lui porter les paroles de paix dont il étoit chargé. « M. de Meaux en fut très-fâché ; a ce voyage servit cependant à justifier la droiture M de son cœur, et le désir qu'il avoit d'une réunion et entière avec M. de Cambrai. »
Tout ce qui revenoit à Bossuet de la conduite de Fénelon, depuis qu'il avoit condamné lui-même son livre, de la sagesse et de l'édification avec laquelle il gouvernoit son vaste diocèse , de la tendre affection que lui témoignoient les heureux habitants de la Flandre ; les éloges unanimes que les généraux et les officiers faisoient de l'archevêque de Cambrai , eu revenant de l'armée ; l'espèce d'enthousiasme générai qu'excitoit alors le Téléinaque^ quoicjue cet ouvrage fût peu du goût 4^ Bossuet ; enfio , pour se^servir des expressions de Bossuet lui-n^ême, eu parlant du grand Condé, ce je rie sais quoi d achevé que le
4^4 HISTOIRE DE FlÊNELON.
malheMr ajoute à la vertu (i), tout contribuoit à lui faire regretter d*avoir perdu un ami si digne d'être, après lui, l'oracle et le modérateur de l'Eglise de France.
C'étoit d'ailleurs vers cette époque, que Bossuet venoit d'éprouver, de la part de Louis XIV, un refus c|ui lui avoit été extrêmement sensible. Son âge avancé et de cruelles infirmités lui inspirèrent la pensée de demander au Roi l'abbé Bossuet, son neveu, pour son coadjuteur. Il présenta à ce prince un Mémoire^ où il faisoit le tableau le plus touchant des douleurs et des souffrances qui l'empêchoient de veiller aux besoins de son diocèse avec son zèle accoutumé (2). Nous n'approfondirons pas les motifs qui ne permirent pas à Louis XIY d'accorder, à un évêque pour lequel il avoit tant d'estime et de respect, une grâce qui ne sembloit être que la juste récompense de ses glorieux travaux pour l'Église et pour l'Etat (3). Non-seulement Louis XIV se refusa toujours à nommer l'abbé Bossuet coadjuteur de Meaux ; mais il paroît qu'il l'avoit irrévocablement exclu de l'épiscopat. Ce ne fut que sous la régence, en 1 7 1 7, qu'il dut à la faveur du cardinal deNoail-
(i) Oraison funèbre du grand Condé.
(2) OEuvres de Bossuet^ t. XXXVIII, p. 348.
(3) Voyez, à ce sujet, VHist. de Bossuet, t. IV, liv. Xllf, n. II.
les, sa nomination à l'ëvêché de Troyes, à l'âge de «inquante-cinq ans. ^33
Bossuet mourut , le i a avril 1 704? âgé de soixante- Mort deBossnet; dix-sept ans. On répandit le bruit que Fénelon ^?lén«lon lui avoit fait faire un service solennel , et avoit pro* nonce lui-même son oraison funèbre. On prétendoit même que Fénelon avoit déclaré, dans cette oraison funèbre, qu'il avoit obligation à Bossuet de Tavoir tiré de l'erreur. Le P. Lami, savant religieux bénédictin , s'adressa directement à l'archevêque de Cambrai , pour savoir jusqu'à quel point ces bruits pouvoient être fondés. Fénelon, lui répondit (i) : « Il est vrai , mon révérend Père, que j'ai prié Dieu «1 de bon cœur pour feu M. de Meaux; mais je <c n'ai jamais songé à ordonner pour lui des prières tf dans mon diocèse : ce n'est point un usage éta- « bli entre les évêques ; et vous savez que je n'aime « point l'affectation des choses extraordinaires. J'ai « encore moins pensé à faire une oraison funèbre a de ce prélat. Pour le discours qu'on m'impute, ce je ne pourrois l'avoir fait que contre ma conscience. c( Jamais homme n'eut dans le cœur une soumission a et une docilité plus sincère pour le saint-siége ; a mais j'ai tout dit dans le procès-verbal de notre a assemblée provinciale. Ceux qui ont tant d'em- « pressement à répandre cette fable, et à la soute-
(i) Le a3 août 1704. (Corresp. de Fénelon^ u III, p. 43.)
4a6 HISTOIRE DE F^NELON.
« nir dans le public , ont leurs raisons pour le faire ; ce je ne sais si leurs intentions sont droites devant ce Dieu. »
^Indépendamment de cetÇe lettre de Féjjielon, nous avons un témoignage non suspect de la sage réserve qu'il s'étoit prescrite en cette matière, et dç la candeur avec laquelle il étoit disposé à s'expliquer, lorsque les circonstances le demandoient(i). L'abbé Ledieu, secrétaire de Bossuet , étant allé à Cambrai, quelque temps après la mort de ce prélat, pour répondre à l'invitation que Fénelon lui en avoit faite, eut avec lui plusieurs entretiens, qui pouvoient facilement amener la conversation sur les anciennes discussions des deux prélats. « L'archevêque de Camcc brai, dit l'abbé Ledieu, me parla beaucoup de « piété, y rapportant tout le gouvernement ecclé- « siastique, s\ns me dire jamais un seul mot ^ de M. de Meaux^ ni en bonne^ ni en mouifoise « part ; ce n'étoit pas à moi à lui en parler. Je ve- « nqis pour madame de la Maisonfort, et naturellece ment je n'avois à lui parler que d'elle seulement. »
\ Mais l'abbé Ledieu ajoute, immédiatement après, une circonstance remarquable, et qui auroit dû lui faire comprendre que le silence de Fénelon
(i) Ces détails, que le cardinal de Bausset avoit renvoyés aux Pièces justifie, (3* édit. p. 398-^00), nous ont paru assez importants pour trouver place dans le corps de l'histoire. (ÉOIT.)
sur Bossuet tenoit uniquement à un sentiment recherché de délicatesse. Il rapporte donc, que, dans cette même conversation , parlant sur la simplicité chrétienne, l'archevêque de Cambrai, se tournant tout à coup vers lui, lui dit : « Faites-moi toutes « les questions que vous voudrez ^ et je vous « répondrai tout simplement^ comme un enfant, « C'étoit m'ouvrir un beau champ sur le quiétisme ; a mais je me gardai bien d'entrer dans cette ma- « tière; c'étoit à lui à me questionner, sHl avoitété a curieux Rapprendre bien des particularités^ « qiCil sasfoit bien que je nepouvois pas ignorer, » \ L'abbé Ledieu auroit pu reconnoître, à cette réserve délicate de Fénelon, que ce prélat ne vouloit pas mettre à la plus légère épreuve la discrétion d'un ecclésiastique attaché pendant vingt ans à Bossuety et dépositaire de ses travaux les plus secrets; qu'il lui convenoit encore moins d'affliger son juste respect pour la mémoire de Bossuet , en revenant sur le récit des tristes divisions qui les avoient séparés. Fénelon, en disant simplement \ Tabbé Ledieu : « ffaites-nioi toutes les questions « que vous voudrez^ et je vous répondrai tout « simplement comme un enfant^ » montroit assez qu'il ne vouloit point affecter à son égard une réserve mystérieuse sur ce sujet délicat, et que son Çioeur ne renfermoit aupun secret , i^i qucup l'esseutim^ly qu'il ne pût confier sans embarras à uq
4^8 HISTOIRE DE FÉNELOJV.
ami, à uii serviteur de Bossuet lui-même. Il est tout simple, d'un autre côté, que l'abbé Ledieu ne se crût pas permis de provoquer un plus grand abandon de confiance, sur une affaire terminée depuis longtemps, et sur laquelle il ne restoit plus rien à faire, même pour l'édification publique, puis- 134. 9^® Bossuet n'existoit plus(i).
Monde Madame Guyon resta enfermée à la Bastille en-
madaiDe Guyqd ; ,
son lestument. ^^^® P'"* ^^^^ ^^9 après que Bossuet lui-même eut
déclaré son innocence devant l'assemblée du clergé (en 1700) ; elle fut ensuite exilée daas une terre de sa fille (2), après une captivité de sept ans. On lui permit enfin de se retirer à Blois ; ^elle y passa le reste de sa vie dans le silence et la retraite, dans l'exercice de toutes les œuvres de piété et de charité, sans laisser échapper la plus foible plainte des persécutions qu'elle avoit essuyées, ni le plus léger reproche contre ceux qui en avoient été les auteurs ou les instruments : elle s'étoit imposé la réserve la plus absolue sur toutes les matières de spiritualité qui lui avoient attiré tant de malheurs. On put
(i) Od trouvera dans le livre suivant de plus amples détails sur ce voyage de Tabbé Ledieu à Cambrai, ci-après, t. III, Pièces justif. du livre IV, n. 1.
(2] Marie-Jeanne Guyon avoit épousé en premières noces Louis-Nicolas Fouquet, comte de Vaux, ûls du suriiH tendant Fouquet; elle se maria, en secondes noces, le 14 février 1719, avec Maximilien -Henri de Béthune, duc de Sully. [Note de Pautemr^)