LIVRE TKOISli;M£. /p
regretter alors de n'avoir pas suivi , dès l'origine, le plan que Fénelon avoit proposé, de la reléguer dans quelque couvent éloigné, où elle auroit vécu tranquille et ignorée. Madame Guyon mourut à Blois , le 9 juin 1 7 1 7, âgée de soixante-neuf ans. Au moment de mourir, elle fit un testament, à la tête duquel elle mit sa profession de foi , qui atteste la sincérité de ses sentiments en matière de religion et l'innocence de ses mœurs, malgré toutes les calomnies dont elle avoit été victime. Il Non contente de renouveler, dans cet acte solennel, tous les témoignages de soumission qu'elle avoit donnés pendant sa vie, elle désavoue expressément plusieurs desécrits qu'on lui avoit attribués. «Je proteste, dittt elle, que je meurs fille de l'Église catholique, apo- « stolique et romaine ; que je n'ai jamais voulu m'écc carter de ses sentiments; que, depuis que j'ai eu « l'usage parfait de la raison, je n'ai pas été un moa ment sans être prête, au moins de volonté, à ré- « pandre pour elle jusqu'à la dernière goutte de « mon sang, comme je l'ai toujours protesté en toute (c occasion et en toute rencontre, comme je l'ai tou- « jours signé et déclaré autant de fois que je l'ai pu ; « ayant toujours et en tout temps soumis les livres « et écrits que j'ai faits, à la sainte Église ma mère, « pour laquelle j'ai toujours eu , ai et aurai, avec la a grâce de Dieu , un attachement inviolable et une « obéissance aveugle ; n'ayant point d'autres senti-
43o HISTOIRE DE VÉNELON.
if ment3; et n'en voulant admettre aucun autre que a les siens; condamnant, sans nulle restriction, tout ce ce qu'elle condamne, ainsi que je l'ai toujours « fait.
« Je dois à la vérité, et pour ma justification > or protester avec serment, qu'on a rendu de faux i< témoignages contre moi , ajoutant à mes écrits^ « me faisant dire et penser ce à quoi je riavois a jamais pensé ^ etdontfétois infiniment éloignée ; « qu'on a contrefait mon écriture diverses fois ; a qu'on a joint la calomnie à la fausseté, en me fai- « sant des interrogatoires captieux , ne voulant a point écrire ce qui mejustifioit, et ajoutant à mes « réponses ; mettant ce que je ne disois pas, et sup- « primant les faits véritables. Je ne dis rien des « autres choses, parce que je pardonne tout, et de a tout mon cœur, à ceux qui m'ont fait de la peine, «ine voulant pas même en conserver le souvea nir (i). »
Mort de l'abbé ^^ noxxs reste pcu de choses à dire du vertueux deChanterac. abbé de Chanterac. Ce fidèle ami de Fénelon, associé aux soins de son administration, dépositaire de tous les sentiments de son cœur, témoin habi-
(i) D'Avrigny, Mém, chron, aivril 1695. — Fie de Fénelouy par le chevalier de Ramsay, p. 80. — Voyez, dans XHist, littér. de Fénelon (p. 174, a 19, etc.), quelques particularités remarquables sur les écrits de madame Guyon, et sur leurs principales éditions. (Édit.)