‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 4)Chapitre 5 sur 46 · Fénelon se montre disposé à Tappronver · texte numérisé non relu

Fénelon se montre disposé à Tappronver

(i) Lettre de Fénelon à Bossuet ^ du 18 décembre i6g5. (Correspondance de Fénelon ^ t. VU, p. a 18.)

(a) Lettre à Bossuet^ du 9 février 1697. {Corresp^ de Fé^ nelonj t. VU» p. 365 , etc.)

aO HISÎOJRK DE FENELON.

qui n'étoit point encore arrêtée à l'époque où fut écrite la lettre que nous venons de citer(i). Ajoutons que Fénelon a voit alors tout lieu de croire sa doctrine et ses sentiments parfaitement conformes à ceux de l'évêque de Meaux j au moins sur les points essentiels. Plusieurs' circonstances dévoient naturellement lui inspirer cette confiance. 11 venoit de soumettre à l'archevêque de Paris et à M. Tronson, une explication détaillée des articles d'Issy, qu'ils avoient arrêtés avec Bossuet , et dont ils connoissoient parfaitement l'esprit ; l'un et l'autre approuvèrent l'explication de Fénelon , et n'y trouvèrent rion qui ne fût correct et précis. C'est un fait Important, qui n'a jamais été contesté, et dont nous trouvons la preuve dans plusieurs pièces authentiques (2). Fénelon eut bientôt après occasion de se confirmer dans la persuasion où il étoit , de la conformité de sa doctrine avec celle de

' (1) Cette leureestdu 18 décembre 1695. On a vu plus haut (t. 1 , p. 434)9 que madame Guyon fut arrêtée vers le 24 du même mois. (Édit.)

(a) Lettres de Fénelon à madame de Maintenon , du mois de septembre 1696; et à Bossuet^ du 9 février 1697. (Corresp, t. VII, p. 295 et 364.) — ► 9** Question proposée à M, de Paris y en présence de madame de Maintenon,) OEuvrcs de Fénelon^ t. IV, p. 107.) — • jÈT/V^ littér. de Fénelon^ p. 58, n. 3. Ces différentes pièces nous ont fait rétablir, en cet endroit, Tordre chronologique des faits, un peu troublé par le cardinal de Bausset. (Édit.)

Bossuet, en soumettant à ce prélat lui-même une longue lettre écrite à une religieuse carmélite, qui lui avoit demandé des éclaircissements sur plusieurs points de la vie intérieure (i). L'évêque de Meaux approuva hautement cette lettre tout entière, après avoir seulement prié Fénelon d'expliquer, pour plus grande précaution , un mot assez indifférent, celui di enfance, dont il s'étoit servi pour exprimer l'en-r lier abandon d'une âme fidèle aux mouvements intérieurs de la grâce (a).

Il Mais Fénelon ne tarda pas à s'apercevoir qu'il il hésite plus s'étoit trop avancé, en promettant si facilement *' ^.^ *, ' '

r 7 r inofits de ces

d'approuver un ouvrage dont il ne connoissoil pas rbangements. le contenu. Quelques jours seulement, après avoir écrit la lettre où il se montroit disposé à donner cette approbation , il apprit l'arrestation de madame Guyon ; et cet événement , auquel Bossuet avoit eu tant de part^ lui fit craindre avec raison , que ce prélat ne fût disposé à renouveler toutes les contestations relatives à la personne et aux sentiments

(i) Cette lettre, adressée à la sœur Charlotte de Saint- Cjrprien, est la i3* des Lettres spirituelles de Fénelon, [Cotresp, t. V, p. 363.)

(a) Mémoire sur le refus d'approbation du livre de M, de Meaux, — Questions à M, de PaNs , en présence de ma^ dame de Maintenon; lo^'quest. [Œuvres^ t. IV, p. loo et 107.) Voyez aussi , les lettres citées plus haut^ note a de la page précédente ; et celle de Fénelon à l'abbé de ChanteraCf du aS octobre 1698. {T.. IX, p, 545.) (Épit.)

a4 HISTOIRE BE FEKELON.

non-seulement des erreurs innocentes et excusables, mais un système de doctrine abominable, dont toutes les parties étoient parfaitement liées, et re- IQ^ produisoient au fond la doctrine de Molinos (i).

M refîue Dès ce moment, Fénelon n'hésita plus à refuser

FoimT^e'^de ^^ approbation; et il se hâta d'annoncer à Bossuet Bossuet; ss^ détermination. 11 étoit au moment de partir pour leconenement (^j^jj^jjpjji . ^^ g^ partant, il remit le manuscrit de

de ce prélat. ' * '

Bossuet au duc deChevreuse, avec la lettre suivante pour ce prélat (a) : « J'ai été très-fâché, Monseioc gneur, de ne pouvoir emporter à Cambrai ce que tt vous m'avez fait l'honneur de me confier; mais c( M, le duc de Chevreuse s'est chargé de vous excc pliquer ce qui m'a obligé à tenir cette conduite. 11 « a bien voulu, Monseigneur, se charger aussi du a dépôt, pour le remettre ou dans vos mains à votre a retour de Meaux , ou dans celles de quelque per- « sonne que vous aurez la bonté de lui nommer. % « Ce qui est très-certain. Monseigneur, c'est que

« j'irois au-devant de tout ce qui peut vous plaire, « et vous témoigner mon extrême déférence ^ si <( j'étois libre de suivre mon cœur en cette occa-

(i) Lettre de Fénelon au duc de Chevreuse , du 24 juillet 1696. — Lettre à madame de Maintenon , sept. 1696. — Lettre à Bossuet, du 9 février 1697. [Corresp, de Fénelon, t. VII , p. aSi , a86 , 368.) (Édit.)

(a) Lettre de Fénelon à Bossuet, du 5 août 1696. {Cor» resp, de Fénelon, t. VII, p. aSa.)

LIVRK TR018li:ME. a5

« sîon. J'espère que vous serez persuadé des raisons a qui m'arrêtent, quand M. le duc de Chevreuse « vous les aura expliquées. Comme vous n'avez ce rien désiré que par bonté pour moi , je crois que « vous voudrez bien entrer dans des raisons qui « me touchent d'une manière capitale. Elles ne ce diminuent en rien la reconnoissance, le respect, ce la déférence et le zèle avec lesquels je vous suis a dévoué. »

Bossuet peint assez naturellement, dans sa Rela-^ lion sur le quiétisme , l'impression que fit sur lui cette lettre de Fénelon, lorsqu'elle lui fut remise par le duc de Chevreuse. « Quoi! M. de Cambrai a va montrer que c'est pour soutenir madame « Guyon qu'il se désunit d'avec ses confrères! a Tout le monde va donc voir qu'il en est le pro- « tecteur ! Ce soupçon, qui le déshonoroit dans tout « le public, va donc devenir une certitude!... Quel «c seroit l'étonnement de tout le monde, de voir a paroitre à la tête de mon livre l'approbation de ce M. l'archevêque de Paris et de M. de Chartres, <c sans la sienne ? N'étoit-ce pas mettre en évidence « le signe de sa division d'avec ses confrères, ses ce consécrateursj ses plus intimes amis ? Quel scancc dale ! quelle flétrissure à son nom ! de quels livres « vouloit-il être le martyr? Pourquoi oter au puce blic la consolation de voir, dans l'approbation

a6 HISTOIRE DB FiNBLON.

« de ce prélat, le tëmoignage solennel de notre « unanimité ( i ) ? »

Fénelon répondoit, qu'il n'étoit point le protecteur des erreurs de madame Guyon, mais son ami ; l'interprète de ses véritables sentiments, qu'il connoissoiti mais non l'apologiste de ses expressions, qu'il condamnoit; que le public étoit instruit de ses relations d'amitié avec elle, et ne pouvoit être surpris de sa répugnance à flétrir une femme dont il jugeoit les intentions pures et innocentes; qu'en refusant d'approuver l'ouvrage de Bossuet, il ne se séparoit point de l'archevêque de Paris et de l'évêque de Chartres, qui n'exigeoient pas son concours, et ne blâmoient point son refus ; que sa foi et sa réputation n'étoient point attachées à l'ouvrage de l'un de ses collègues; qu'il en devoît comptera rÉglise seule, et qu'il seroit fidèle à remplir ce devoir sacré, || en publiant lui-même un ouvrage qui mettroit dans le plus grand jour ses véritables sentiments. ||

1 Quelque plausibles que ces raisons parussent généralement aux amis communs des deux prélats, elles n'empêchèrent pas l'évéque de Meaux de ressentir vivement le refus que faisoit l'archevêque de Cambrai , d'approuver V Instruction sur les états doraison. Longtemps encore après ce

(i) Relation sur le quietisme, sect. III, n. 17.

LIVRB TBOISlAVE. ÛJ

fâcheux ëclaty il avouoit que cette peine lui avoit ëté extreniement sensible; et que, pour l'éviter, il eût volontiers cédé, sur plusieurs points, aux observations de Fénelon. Après la mort de Bossuet, madame de la Maisonfort ëcrivoit à Fënelon lui-même : a Quelque temps après le jugement du a Pape, M. de Meaux me paroissoit encore touche « de ce que vous lui aviez renvoyé son livre des « Étais cT oraison , sans lui en dire votre sentiment. « M. de Cambrai, me dit-il un jour avec émotion, « n'avoit qu'à m'indiquer seulement ce qu'il im- « prouvoit dans cet ouvrage ; j'y aurois volontiers « changé plusieurs choses, pour avoir l'approbation a d'un homme comme lui (i). »

^ L'archevêque de Paris, sincèrement attaché à Fénelon, prévoyoit avec douleur les suites fâcheuses du démêlé prêt à éclater entre l'archevêque de Cambrai et l'évéque de Meaux ; il fit longtemps tout ce qui étoit en son pouvoir pour les prévenir; et Bossuet lui-même rapportoit, au témoignage de l'abbé Ledieu, « que d'abord la prévention de M. de a Noailles alloit jusqu'à lui proposer de supprimer « son Instruction sur les états (T oraison; à quoi a M. de Meaux n'avoit pu consentir, pour la consi- « dération de l'importance de la matière, si néces-

(i) Lettres de Bossuet à madame de la Maisonfort, p. iiB,etc.

Mémoire de Fénelon* pour justifier

son refus.

Août 1696,

a saire alors dans le besoin pressant de FÉglise ; que jK pour le publier, il n'avoit besoin de personne ; Ac et qu'il étoit résolu de le faire (f). »

Il Le înécontentement extrême que Bossuet manifestoit, à Toccasion du refus que faisoit l'archevêque de Cambrai, d'approuver Y Instruction sur les états et oraison , ne permit pas à celui-ci de douter que ce refus ne l'engageât dans une controverse très-délicate et très-animée , avec un homme aussi imposant par son génie et ses talents, que par la considération dont il étoit environné. Il Dans une position si difficile, un des objets les plus importants pour sa propre réputation, et pour le succès de toutes ses démarches, étoit de prémunir madame de Maintenon contre les impressions que Bossuet chercheroit à lui donner, en lui dénonçant le refus d'approuver son livre comme un indice certain de sa complicité avec madame Guy on. Il s'appliqua donc à justifier les motifs de ce refus, en les exposant avec autant de franchise que de fermeté. Pour cet effet, il réunit, le a août 1696, à Issy, chez M. Tronson, les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, l'archevêque de Paris et l'évêque de Chartres, et il leur lut son Mémoire, dont nous avons la copie originale. On y remarque en tête

(i) Journal de l'abbé Ledieu, cité dans VHist de Bossuet. (T. m, p. a8a.)

LIVAE TROISIÈME. 29

ces mots, écrits de la main de Fénelon : Mémoire que je fis pour montrer que je ne ileyois pas approuver le livre de M. de Meaux, et que M. de Paris fit approuver par madame de Maintenon. Ce n'est pas sans intention que nous appuyons sur ces circonstances. On verra, dans la suite, que ce Mémoire, qu'il adressa peu de jours après à madame de Maintenon, sous la forme d'une lettre, fut la principale pièce dont Bossuet se servit, dans sa Relation sur le quiétismej pour traduire Fénelon devant le public, comme complice, et, pour ainsi dire, comme fauteur de tous les égarements de madame Guyon (i). Fénelon exposoit dans ce Mémoire les considérations impérieuses qui ne lui permettoient pas d'approuver le livre de Bossuet; mais il y prenoit en même temps l'engagement formel de rendre compte au public de sa doctrine sur les matières contestées, et de soumettre cette espèce de profession de foi au jugement de l'archevêque de Paris, de M. Tronson , et des ecclésiastiques les plus vertueux et les plus éclairés de la capitale. L'archevêque de Patis, l'évêque de Chartres, et madame de Maintenon elle-même, parurent convaincus

, (1) Il lie faut pas <^nfotidre le Mémoire , daté du a août 1696, avec la Lettre à madame de Maintenon^ du mois de septembre suivant. Le premier se trouve dans le t» IV des Œuvres de Fénelon; l'autre, dans le t. VU de sa Correspond dance,yoyeZjkcesii}et^VHist.iitténde Féneion, p. 37* (Épit.)

3o HISTOIRE DE FENELON.

de la force des raisons présentées par Fénelon ; et

rengagement qu'il prenoit, acheva de les convaincre

Page 1