‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 24 sur 101 · HISTOIRE DE FI^NELON · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE FI^NELON

A^lerge, et laissa dans la chapelle un petit tableau qu'on y voit encore aujourd'hui , et qui représente l'action religieuse qu'elle venoit de faire. Non contente de cette première offrande, elle la renouvela plusieurs années après, de concert avec Fénelon lui-même, à l'époque où il venoit de prendre ses grades dans l'université de Cahors (i); et ce fut alors qu'on ajouta au tableau dont nous venons de parler, les insignes du doctorat dont Fénelon venoit d'être revêtu. Pour dernier témoignage de sa reconnoissance envers l'auguste mère de Dieu, madame de Fénelon fit, au mois de juillet 1691, son testament, dans lequel elle demanda d'être inhumée dans la chapelle de Roc-Amadour, et légua une somme de trois mille livres au chapitre de cette église, a la charge d'acquitter un certain nombre de messes , pour le repos de son âme. On conserve encore aujourd'hui, dans les archives de Roc-Amadour, les pièces relatives à cette fondation ; et on voit aussi, dans le vestibule de la chapelle, le tombeau de la pieuse fondatrice.

Fénelon fut élevé dans la maison paternelle jusqu'à l'âge de douze ans. Son père cultiva cet enfant de sa vieillesse, avec un soin et une affection qui

(i) L'université de Cahors fut établie en i35i, par Jean XXII, qui étoit natif de cette ville. La Bnlhe d'érection de cette université se trouve dans le tome I®** de la Gallia Christtana ; Instrutn, p. 35. (Édit.)

étoient excités par les heureuses dispositions qu'il annonçoit. « Sa première éducation fut simple , <c raisonnable et chrétienne. Elle n'offre rien de « remarquable, et n'en fut peu^êtreque meilleure, » selon la judicieuse réflexion de son dernier historien (i). Elle fut confiée à un précepteur, qui paroît avoir été nourri des principes de la bonne littérature, et qui sut les faire goûter à son élève. Il parvint à lui donner, en très-peu d'années, une connoissance plus approfondie des langues grecque et latine, qu'un âge aussi tendre n'en est ordinairement susceptible. C'est à cette étude assidue et presque exclusive des grands modèles des écoles d'Athènes et de Rome, que Fénelon fut redevable de cette perfection de style qu'on remarque dans l<»s écrits même de sa première jeunesse. On est étonné de n'y rencontrer aucune de ces nuances plus ou moins sensibles qu'on observe dans les meilleurs écrivains du même siècle, et qui maix{uent, avec le progrès de leurs années, une étude ; lus réfléchie dans leur composition. C'est toujours la même facilité, la même grâce, la même élégance et la même clarté : c'est ce charme indéfinissable qu'on est convenu, pour ainsi dire, d'appeler le style. 4e Fénelon. On rapporte de son enfance quelques traits de courage et de modération qui sont faits pour surprendre dans un enfant de sept ans, et sur lesquels

(i) Vie de Fénelon y par le P. de Querbeuf, p. lo.

lO HIST01E£ UE raN£LON.

on aimeroit à s'arrêter avec complaisauce dans là vie d'un homme moins remarquable (i).

A l'âge de douze ans il fut envoyé à runiversité de Cahors, qui étoit alors florissante, et dont sa famille étoit peu éloignée. Il y acheva son cours d'humanités et de philosophie; il y prit même des degrés^ qui lui suffirent, dans la suite, pour les di-* 4, gnités ecclésiastiques auxquelles il fut élevé (u).

Il entre au col- Le marquis Antoine de Fénelon fut frappé de

légedu Plessis; ^ ^ 9 i • •. 1 • «i

ses premiers *^^^ ^® qu on lui anuonçoït de son jeune neveu; u rapports avec le le fît venir à Paris, et le plaça au collège du Plessis,

jeune abbé ,• '. j 1 l'i i* •!

d N 11 pour y commuer ses études de philosophie; il y commença même celles de théologie. Cette maison étoit dirigée par un homme du premier mérite (3); et ce fut là qu'il se lia avec le jeune abbé de Noailles, depuis cardinal et archevêque de Paris. Cette liai-*son subsista pendant un très-grand nombre d'an-* nées ; si elle s'affoiblit dans la suite , par un con^^ cours de circonstances malheureuses, il est certain que l'estime mutuelle que deux hommes aussi ver* tueux dévoient avoir l'un pour l'autre, n'en a ja» mais été altérée.

Il prêche à l'âge Le jcunc abbé de Fénelon se distingua telle<-

de quinze ans.

(i) Vie dé^éneloriy par le P. de Querbeuf , p. i3.

(a) Manuscrits du marquis de Fénelon» (Voyez ci-dessus la note z de la page 8.)

(3) L*abbé Gobinety auteur de quelques livres de piété, très-utiles aux jeunes gens. 11 étoit né à Saint-Quentin en 1 6 1 3 , et mourut à Paris en 1 690.

UVRB PR£MI£R. 1 I

ment au collège du Plessis, qu'on hasai*da de lui faire prêcher, à l'âge de quinze ans, un sermon qui eut un succès extraordinaire (i). On rapporte la même chose de Bossuet , qui prêcha , au même âge, en présence et aux applaudissements de l'assemblée la plus brillante de Paris (a); on ajoute qu'on ne laissa à Bossuet que quelques moments pour se recueillir dans la méditation du sujet qu'on lui donna à traiter. Il est permis de faire observer cette espèce de conformité singulière, dans l'opinion prématurée que l'on se formoit déjà de deux hommes, qui dévoient dans la suite être appelés à élever les enfants des rois, et devenir l'ornement et la gloire de l'Église de France.

Mais le marquis de Fénelon parut moins flatté Caractère du qu'alarmé des applaudissements que l'on s'empres» "**'*>"" ° ®*"*' soit de donner à son neveu. Nourri dans les prin- son onde, cipes les plus purs de la religion et de l'honneur, le marquis de Fénelon en connoissoit les règles et les maximes; il y portoit cette exactitude qui paroit de la sévérité à ceux qui n'ont pas la même force d'esprit et de caractère. C'étoit de ce marquis de

(i) Manuscrits du marquis de Fénelon,

(2) Cette première prédication de Bossuet eut lieu, comme on sait, à V Hôtel de Rambouillet ^ qui étoit alors le rendezvous ordinaire des beaux esprits de la capitale. Voyez, à ce sujet, VHist, de Ros5uetyi}\y, I*', n** la) ; et les Mémoires àe M. le baron Walckenaer, touchant la vie et les écrits de madame de Sévigné; V^ part. ch. 4 et 5. (Édit.)

la HISTOIRK DE FëNKLON.

Fënelon que le grand Coiidc^ clisoit, « qu'il étoit éga- «c ieinent propre pour la conversation, pour la « guerre et pour le cabinet (i). ^ On peut se faire une idëe de la franchise de son caractère, et de raustërité de ses principes, par ce qu'il dit à M. de Harlay, sur sa nomination à rarchevêché de Paris : « Il y a , Monseigneur , bien de la diffé- « rence, du jour où une telle nomination attire les « compliments de toute la France, à celui de la « mort, où l'on va rendre compte à Dieu de son (t administration (12). »

Après s'être distingué dans la profession militaire, par une valeur brillante, et par des talents qui lui avoient mérité l'estime et l'amitié des plus grands capitaines de son temps , le marquis de Fénelon s'étoit entièrement consacré à la pratique des devoirs de la religion et de la charité chrétienne. Il s'étoit mis sous la direction de M. Olier, instituteur, fondateur et premier supérieur de la congrégation de Saint-Sulpice.

M. Olier étoit alors occupé d'un projet bien extraordinaire. Le cardinal de Richelieu avoit réprimé la fureur des duels, par de grands exemples de sévérité ; mais , depuis la mort de ce ministre, cette espèce de démence sanguinaire se montroit avec une nouvelle frénésie. M. OlitT imagina de suppléer

(1) Hist. de Fénelon y par le chev. de Ramsay ; p. a.

[i] Fie de Fénelon , par le marquis^ son petit-iieveii ; p. 2.

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