‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 25 sur 101 · LIVRE PJlEMiEH. l'i · texte numérisé non relu

LIVRE PJlEMiEH. l'i

à l'insuffisance des lois, en opposant l'honneur à l'honneur lui-même (i). Il entreprit de former une association de gentilshommes éprouves par leur valeur, et de les engager, sous la religion du serment, dans un écrit signé de leur main, à ne jamais donner ni accepter aucun appel, et à ne point servir de seconds , dans les duels qu'on leur proposeroit. Il jeta les yeux sur le marquis de Fénelon, pour le mettre à la tête de cette association d'un genre si nouveau. Sa réputation étoit universellement établie à la cour, à Paris et dans les camps. On affecta même de n'admettre, dans cette association, que des militaires connus par des actions brillantes a l'armée. Ils voulurent donner le plus grand appareil à l'engagement qu'ils contractoient. Ce fut le jour de la Pentecôte i65i, qu'au milieu d'un grand concours de témoins distingués, ces respectables militaires vinrent remettre à M. Olier, dans la chapelle du séminaire de Saiut-Sulpice, un acte signé de leur main, qui exprimoit leur ferme et invariable détermination (2).

Le grand Condé , encore plein des idées d'une gloire profane, fut d'abord étonné de la démarche du marquis de Fénelon, et ne put s'empêcher de lui dire: « Il faut. Monsieur, être aussi sûr que

(1) Fiede M. Olier; 1841, în-8% t. II , p. iia, etc.

(2) Voyez , au n° II des Pièces j'usiif, de ce livre, quelques détails sur Vassocituion formée par M* Olier, contre les duels.

(c je le suis de votre fait sur la valeur, pour n'être a pas effrayé de vous avoir vu rompre le premier « une telle glace (i). » Mais soîx étonnement fit bientôt place à l'admiration. La reine Anne d'Autriche seconda avec ardeur les vues utiles et religieuses de M. Olier. Ses avis, et l'éclat qiie fit alors cet événement, laissèrent une impression profonde dans l'esprit de Louis XIV. Pendant tout le cours de son long règne, aucune considération de naissance ou défaveur ne put le fléchir, ni le faire consentir à accorder de grâces, en matière de duels. Le marquis de Fénelon avoit épousé l'héritière de la maison de Montberon. Il en avoit eu un fils et une fille; il voulut diriger lui-même les premiers pas de son fils dans la carrière militaire. 11 le conduisit, en 1669, au siège de Candie. Il lui rëpétoit sans cesse (2) « que sa vie n'étoit pas au « pouvoir des ennemis, mais dans la main de Celui « qui a compté nos jours et nos moments; et que « l'action la plus agréable à Dieu étoit de mourir a pour son roi. » Il faut avouer^ dit Voltaire (3) en rapportant la mort d'un autre marquis de Fénelon, tué à la bataille de Rocoux en 1746, qu'une armée composée et hommes qui periseroient ainsi ^ seroit invincible.

(i) Manuscrits du marquis de Fénelon,

\%) Ibid,

[i) Précis dusiècledeLouif XV; ch. 18.

LrVRE PK£MIER.

Le marquis de Fénelon fut frappé j au siëge de (^audie, du coup le plus funeste. Il y perdit ce fils unique , objet de tant de soins et de dëvouement. Ce jeune homme, qui promettoit toutes les vertus et toutes les qualités de son père, fut blessé dans une attaque contre les Turcs, et mourut des suites de sa blessure. Son malheureux père trouva dans ses principes religieux le seul appui qui pût soutenir son courage, dans sa profonde douleur. Les dernières années de sa vie furent consacrées à l'éducation d'une fille unique qui lui restoit; et il eut le bonheur de l'établir avant de mourir. Elle épousa le marquis de Montmorency-Laval ( i ).

Tel étoit Thomme respectable qui servit de père et de guide à Fénelon, dans le chemin de la vertu

(i) Le cardinal de Bausset supposoit ici dans une note, et il répétoit plusieurs fois dans la suite de cette Histoire^ que le marquis de Montmorency-Laval, dont il est ici question, étoit grand-père du dernier maréchal de Lnval , mort en 175 1, et du cardinal de Montmoi^ocy, grand aumônier de France, mort dans Fémigration en 1808. (3* édit. 1. 1*', p. II et 39a; t. III, p. a37.) Cette supposition nVst pas exacte, en ce qui regarde le dernier maréchal de Laval. Celui-ci ne descendoit point du marquis de Laval, marié à la cousine germaine de Fénelon ; ces deux persoouages appartenoient à deux branches différentes de la maison de Laval'MofUmorencf, Le marquis de Laval appartenoit à la branche des seigneurs de Lésai ; le maréchal , au contraire, à la branche des seigneurs de Tartiguy et de la Faigne. {Dict, fie Moirri y t. VI, art. Lnml, p. i83, n^ xii; p. i85,

l6 HJST01«£ DE FÉNELON.

et de Thonneur. La Providence méoageoit au marquis de Fénelon la plus douce des consolations, en substituant, au fils qu'il a voit pei^du, un neveu qui devint, avec sa fille, Tobjet de ses soins et de ses plus tendres affections.

Fénelon entre U n'avoit pas VU, saus uu mélange d'inquiétude s.-Suinice. ®^ ^^ Satisfaction, l'espèce d'enthousiasme avec lequel on admiroit déjà les talents naissants de son jeune neveu. Dans la crainte qu'on ne corrompît un si heureux naturel, par des éloges exagérés ou prématurés, il se hâta de le soustraire aux premiers prestiges d'un monde trompeur. Il en le pla* çant dans un pieux asile où il pût entretenir et consolider les vertueuses inclinations qui le portoient à l'état ecclésiastique. Le choix de cet asile étoit naturellement indiqué au marquis de Fénelon, par la réputation dont jouissoit alors le séminaire de Saint-Sulpice, et par l'estime particulière dont la famille de Fénelon étoit pénétrée pour cette mai-

n" xiv. '-^ Dictionn, de la Noblesse^ t. X; art. Montmorency ^ p. 4^2 et 424*)

Pour ce qui regarde le cardinal de Montmorency, mort en 1808, il étoit réellement petit-fils du marquis de Laval- Montmorency, marié à la cousine germaine de Fénelon. Son nom est omis à son rang dans le Dict. de Moreri (art. Laval^ p. i83^ n° xiii) ; mais il est marqué dans le Dict, de la Noblesse, ( Ibid.p, /r22.) On trouve, dans les Mélanges de Philosophie, rédigés par M. Picot, une courte Notice sur le car~ dinal de Montmorency. (T. IV, p. $74? etc.) (Édit.)

UVR£ PEEMIBB. I7

son, OÙ plusieurs de ses membres avoient déjà été formés à l'esprit et aux vertus ecclésiastiques (i). C'est ce qui faisoit dire longtemps après à Fénelon : « Saint-Sulpice , où j'ai été nourri , est une « maison que ma famille a toujours chérie et rêvéff rée, longtemps avant que je fusseau monde (îa). » I Le marquis de Fénelon fît donc entrer son neveu au séminaire de Saint-Sulpice , pour y prendre le véritable esprit de son état, sous la direction de M. Tronson, l'un des plus chers et des plus fidèles disciples de M. Olier (3).

(i) Voyez, au n* I*' des Pièces jtcstific, de ce livre, la Notice généalog. sur la famille de Fénelon, § a, 6 et 7.

(2) Lettre de Fénelon à l'abbé de Beaumont, du 22 mars 1706. [Corresp. t. V, p. aa6.)

(3) Nous avons cherché avec intérêt le nom de Fénelon , depuis archevêque de Cambrai, dans un ancien Catalogue d*entrée ((es Messieurs du séminaire de Saint-Sulpice ^ de z64i à 1722; et nous avons été surpris de n*y pas trouver un nom devenu si célèbre. Nous ignorons la cause de cette omission, qui n'est pas la seule dans le Catalogue àoninons parlons. Le cardinal de Bausset, dans la troisième édition de son Histoire (page 37, note i), suppose que Fénelon , depuis archevêque de Cambrai, est désigné, dans ce Catalogua, sous le nom de François de Fénelon, entré au séminaire au mois d'octobre i665. Mais il y a tout lieu de croire que Tillustre auteur a confondu l'abbé de Fénelon, depuis archevêque de Cambrai, avec celui de ses frères qui s'attacha à la compagnie de Saint-Sulpice, et qui fut envoyé en 1667 au séminaire de Montréal en Canada. Voyez, au n* 1^'des Pièces justifie* de

l8 HISTOIRE DE FÉITELON.

Ce fut dans les lumières , les exemples , et dans

la piëtë tendre et affectueuse de ce sage directeur,

que le jeune abbë de Fénelon puisa le goût de ces

vertus vraiment sacerdotales, dont il offrit ensuite

le modèle le plus accompli dans les divers emplois

dont il fut chargé, et dans les fonctions importantes

g qu'il eut à remplir.

État de l'Église Fénclon a été un des principaux ornements de

à cette r"^ l'Église gallicane; on ne peut regarder comme

étranger à son histoire le tableau de l'état où elle se trouvoit au moment où il entra dans une caiv rière qu'il devoit parcourir avec tant de gloire.

Lorsqu'après cinquante ans de guerres civiles, le cardinal de Richelieu eut rendu à l'autorité royale toute son énergie, il voulut asseoir les fondements d'un gouvernement durable, sut ces principes religieux qui sont les plus fermes garants de l'ordre et de la tranquillité d'un grand empire. Cet homme, qui avoit l'instinct de la politique, comme d'autres ont cru en avoir la science ; cet homme , qui n'avoit pas une pensée, un sentiment, une volonté, qui n'eût pour objet l'affermissement de l'autorité et le maintien de l'ordre, savoit que l'esprit de la religion est essentiellement un esprit conservateur ,

ce livre , la Notice généal. sur la famille de Fénelon, S a et 7. — Voyez aussi la Corresp. deFénelon^ t, 11^ p. 287, note i.

(ÉDIT

UVIIB PaEHI£R. 19

parce qu'elle commande toujours le respect des lois et la soumission à l'autorité publique.

Il s'attacha, dans le choix des évéques, à rechercher la science unie à la régularité des mœurs et à l'amour de la discipline. Sous son ministère , tout prit un caractère de décence, d'ordre et de dignité. C'est de cette époque que date la véritable gloire de l'Église gallicane 9 celle d'avoir formé le clergé le plus régulier, le plus éclairé, le plus ami de l'ordre et de la paix, le plus fidèle à ses principes religieux et à ses devoirs politiques.

Tant que le cardinal de Richelieu vécut, rien ne troubla la paix de l'Église de France. Il maintint avec une égale fermeté la pureté de la doctrine, les règles de la discipline , les droits de la juridiction ecclésiastique, et les maximes du royaume. Aussitôt que quelque corps ou quelque particulier hasardoit des opinions nouvelles ou dangereuses, il savoit les arrêter dans leur principe, ou les réprimer avec vigueur.

Richelieu n'aimoit pas plus les idées singulières en religion qu'en politique; et il fit enfermer à Yinoennes le fameux abbé de Saint-Cyran, qui lui parut bien plus dangereux qu'édifiant. Il se contenta de répondre, à ceux qui soUicitoient sa liberté, que si on se fût assuré h temps de Luther et de Calvin , on n'eût pas vu des torrents de sang inonder la France et l'Allemagne pendant cinquante ans.

âO HISTOIRE DE FÉNELON.

Il est vraisemblable qu'on n'eût jamais entendu parler en France des querelles du jansénisme , si le cardinal de Ricbelieu eût vécu quelques années de plus. Le livre de Jansénius étoit imprimé deux ans avant la mort de ce ministre , sans que personne, à l'exception des amis intimes de l'auteur, soupçonnât seulement qu'il existoit.

Mais à peine le cardinal de Richelieu eut-il les yeux fermés, que la controverse s'engagea. Un nouveau règne, une minorité toujours plus favorable aux esprits inquiets, une régente qui cherchoit à faire aimer son autorité naissante, un ministre encore assez indifférent à des discussions de cette nature , laissèrent la dangereuse liberté d'agiter des questions qui ont produit une longue suite de troubles et de divisions.

Ce fut surtout entre la société des Jésuites et l'école de Port-Royal que s'établit cette lutte opiniâtre, qui a été si fatale à l'une et à l'autre , et qui, peut-être, n'a pas été sans quelque influence sur des événements plus récents.

Fénelon fut ami des Jésuites , sans leur être as* servi, et opposé à Port-Royal, sans en être l'ennemi. Ces deux écoles occupoient l'attention publique , à l'époque où Fénelon entra dans le monde ; ni l'une ni l'autre n'existent plus aujourd'hui ; et on peut parler de l'influence qu'elles eurent sur les affaires de l'Église de France, pendant un siècle entier,

sans être soupçonné d'être inspiré par aucun motif d'intérêty ou par aucun préjugé de parti.

L'institut des Jésuites , auquel aucun autre in- insiitut stitut n a jamais ete , n a jamais pu être compare, pour l'énergie, la prévoyance et la profondeur de conception qui en avoit tracé le plan et combiné tous les ressorts, avoit été créé pour embrasser dans le vaste emploi de ses attributs et de ses fonctions toutes les classes, toutes les conditions, tous les éléments qui entrent dans l'harmonie et la conservation des pouvoirs politiques et religieux. En remontant à l'époque de son établissement, on dé» couvre facilement que l'intention publique et avouée de cet institut avoit été de défendre l'Église catholique contre les Luthériens et les Calvinistes , et que son objet politique, || dans l'intention des souverains qui accueillirent ce nouvel ordre religieux, || étoit de protéger l'ordre social^ et la forme de gouvernement établie dans chaque pays, contre le torrent des opinions anarchiques, qui marchent toujours de front avec les innovations religieuses. Partout où les Jésuites pouvoient se faire entendre, ils maintenoient toutes les classes de la société dans un esprit d'ordre, de sagesse et de conservation. Appelés , dès leur origine , à l'éducation des principales familles de l'État , ils étendoient leurs soins jusque sur les classes inférieures, qu'ils entretenoient dans l'heureuse habitude des vertus religieu-

commerce, que jamais il D'y eut plus d'ordre et de tranquillité, plus de probité dans les transactions, moins de faillites et moins de déprayation^ que lorsque ces congrégations y existoient.

iî

2a HISTOIRE DE FÉITELON.

ses et morales. Tel étoit surtout Futile objet de ces nombreuses congrégations qu'ils avoient créées dans toutes les villes, et qu'ils avoient eu l'habileté de lier à toutes les professions et à toutes les institutions sociales. Des exercices de piété simples et faciles, des instructions familières appropriées à chaque condition, et qui n'apportoient aucun préjudice aux travaux et aux devoira de la société, servoient à maintenir dans tous les états cette régularité de mœurs , cet esprit d'ordre et de subordination, cette sage économie, qui conservent la paix et l'harmonie des familles, et assurent la prospérité des empires (i).

Si, dès sa naissance, cette société eut tant de corn- ' bats à soutenir contre les Luthériens et les Calvi- ^

nistes, c'est que, partout où les Luthériens et les Calvinistes cherchoient à faire prévaloir leur doc* trine, les guerres et les convulsions politiques de* venoient la suite nécessaire de leurs principes re* ligieux.

Familiarisés avec tous les genres de connoissances, les Jésuites s'en servirent avec avantage pour con* quérir cette considération toujours attachée à la

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supériorité des lumières et des talents* La con* fiance de tous les gouvernements catholiques , et les succès de leur méthode , firent passer presque exclusivement entre leurs mains le dépôt de l'instruction publique.

Us eurent le mérite d'honorer leur caractère re* ligieux et moral par une sévérité de mœurs , une tempérance, une noblesse et un désintéressement personnel que leurs ennemis mêmes n'ont pu leur contester. C'est la plus belle réponse à toutes les satires qui les ont accusés de professer des prin«cipes relâchés.

Ce corps étoit si parfaitement constitué, qu'il n'a eu ni enfance ni vieillesse. On le voit, dès les premiers jours de sa naissance , former des établis* sements dans tous les États catholiques , combattre avec intrépidité toutes les sectes nées du luthéranisme, fonder des missions dans le Levant et dans les déserts de l'Amérique , se montrer aux mers de la Chine, du Japon et des Indes. Il existoit depuis deux siècles , et il avoit la même vigueur que dans les temps de sa maturité. 11 fut animé, jusqu'au dernier soupir, du même esprit qui lui avoit donné la vie. On ne fut jamais obligé de suppléer par de nouvelles lois à l'imperfection de celles qu'il avoit reçues de son fondateur. L'émulation que cet ordre inspiroit étoit utile et nécessaire à ses rivaux mè^ mes ; et à l'époque de sa destruction , il entraîna

dans sa chute les insensés qui avoient eu l'imprudence de triompher de sa catastrophe.

On ne pourra jamais comprendre par quel esprit de vertige les gouvernements dont les Jésuites avoient le mieux mérité ont eu l'imprudence de se priver de leurs plus utiles défenseurs. A peine se ressouvient-on aujourd'hui des causes puériles et des accusations dérisoires qui ont servi de prétexte à leur proscription. On se rappelle seulement que les juges, qui déclarèrent le corps entier convaincu des plus graves délits, ne purent trouver un seul coupable parmi tous les membres qui le composoient. La destruction des Jésuites a porté le coup le plus funeste à l'éducation publique dans toute l'Europe catholique ; aveu remarquable , qui se trouve aujourd'hui dans la bouche de leurs en* nemis, comme dans celle de leurs amis.

Cette société sut honorer ses malheurs par un courage noble et tranquille; sa religieuse et impassible résignation attesta la pureté de ses principes et de ses sentiments. Ces hommes , qu'on avoit peints si dangereux , si puissants , si vindicatifs y fléchirent y sans murmurer, sous la main terrible qui les écrasoit ; ils eurent la générosité de respecter et de plaindre la foiblesse du pontife condamné à les sacrifier. Leur proscription a été le premier essai et comme le modèle de ces jeux cruels de la fureur et de la folie, qui ont brisé en

un moment l'ouvrage de la sagesse des siècles^ et dévoré en un jour les richesses des générations passées et futures.

Mais au moment où commence notre histoire École dt de Fénelon , s'élevoit à côté des Jésuites une so- Pw«-Royal. ciété rivale, appelée, pour ainsi dire, à les combattre , avant même que de naître. L'école de Port<- Royal ne fut, dans son origine, que la réunion des membres d'une seule famille ; et cette famille étoit celle des Arnauld, déjà connue par sa haine héréditaire pour les Jésuites (i). Elle eut le mérite de produire des hommes distingués par dé grandes yertus et de grands talents. Réunis par les mêmes sentiments et les mêmes principes, ils se recommandoient à l'estime publique par la sévérité de leurs mœurs et par un généreux mépris des bonneurs et des richesses. Une circonstance singulière leur avoit donné une espèce d'existence indépen-

(i) Le docteur Antoine Arnauld , si célèbre par son bp~ position aux Jésuites, et par son attachement au parti de Jansénius, étoit fils d^ Antoine Arnauld, procureur général de la reine Catherine de Médicis^ et connu aussi par son opposition aux Jésuites; il manifesta surtout cette disposition dans le pisddoyer qu'il prononça, en i594, pourt^niversité contre les Jésuites, et dans un autre écrit, publié en i6o3, pour empêcher leur rétablissement en France. Voyez, à ce sujet, le Diciionn. de, Moreriy art. Arnaidd^ — D*Avrigny, Mêm. pour servir à Chist. eccL du dix- septième siècle y t. I, nov. 1609. — Varin, La vérité sur les Arnauld, (Édit.)

a6 HISTOIRE BB F^NELON.

danta de toutes les faveurs de la fortune , et de tous les calculs de Tambition* La mère Angélique , leur sœur, abbesse de Port-Royal , avoit acquis et mérité une grande considération , par la réforme qu'elle avoit établie dans son monastère, et par une régularité de mœurs dignes des siècles les plus purs de la discipline monastique. Attachée à sa famille par une entière conformité de mœurs et d'opinions, elle vivoit avec ses frères et avec ses proches dans un commerce habituel , que les grands intérêts de la religion et le goût de la piété sembloient encore ennoblir et épurer. Ses parents et les amis de ses parents vinrent habiter les déserts qui environnoient l'enceinte des murs de son monastère, Por^Roya^des-Çhamps devint un asile sacré^ où de pieux solitaires , désabusés de toutes les illusions de la vie, alloient se recueillir, loin du monde et de ses vaines agitations , dans la pensée des vérités étemelles. On y voyoit des hommes autrefois distingués à la cour et dans la société, par leur esprit et leurs agréments , déplorer avec amertume les frivoles et brillants succès qui avoient consumé les inutiles jours de leur jeunesse , gémir de la célébrité encore attachée à leurs noms^ et s'étonner de ne pouvoir être oubliés d'un monde qu'ils avoient eux-mêmes oublié.

Une conquête plus récente et plus éclatante encore répandoit sur les déserts de Port-Royal cette

LIVAB PR£MIER. ^7

sorte de majesté que les grandeurs et les puissances de la terre communiquent à la religion, au moment même où elles s'abaissent devant elle. La duchesse de Tx>ngue ville , qui avoit joué un rôle si actif dans les troubles de la Fronde , et que la reli* gion avoit désabusée des illusions de lambition et des erreurs où son cœur Tavoit entraînée, offroit à un siècle encore religieux le spectacle d'un long et solennel repentir* Cette conversion étoit l'ouvrage de Port-Royal ; et une si illustre pénitente environnoit de son éclat et de sa protection les directeurs austères qui avoient soumis une princesse du sang à ces règles saintes et inflexibles du ministère évangélique, qui n'admettent, aucune di^ tinction de naissance , de rang et de puissance,

La vie simple des solitaires de Port-Royal ser* voit à ajouter un nouveau lustre à la gloire que leur avoit méritée leurs écrits. Ces mêmes hommes, qui écrivoient sur les objets les plus sublimes de la religion , de la morale et de la philosophie , ne craignoient pas de s'abaisser, en descendant jusqu'aux éléments des langues , pour l'instruction des gêné* rations naissantes. Leurs ouvrages offroient les premiers modèles de l'art d'écrire avec toute la précision , le goût et la pureté dont la langue Françoise pouvoit être susceptible. Cette glorieuse prérogative sembloit leur appartenir exclusivement ; et le mérite d'avoir fixé la langue Françoise est

a8 HISTOIRE DE FÉNKLON.

resté à l'ëcole de Port-Royal. Les noms des deux Amauld, des deux Le Maistre^ de Pascal, de Lance lot f de Nicole , de Racine y sont placés à la tête des grands écrivains qui ont illustré le siècle de Louis XIV.

La gloire qu'eut Port-Royal de fixer la langue Françoise , contribua à lui concilier des partisans. On fit servir l'empressement que toutes les classes de la société montroient à lire ses écrits , pour accrédite^ ses opinions théologiques. Uii habile critique observe, à cette occasion, que tous les novateurs des derniers siècles ont employé cette méthode avec succès (i). Rien n'est plus propre à séduire et à égarer la multitude , que cette espèce d'hommage qu'on rend à ses lumières et à son autorité ; elle ne manque jamais de se ranger du coté de ceux qui invoquent les premiers son jugement , et qui traduisent leurs adversaires à son tribunal.

Quel bonheur pour la religion, l'Église, les sciences et les lettres , si l'école de Port-Royal , satisfaite de la gloire d'avoir ouvert le beau siècle de Louis XIV, ne se fût pas livrée à l'esprit de secte et à la déplorable ambition de se distinguer par une rigidité d'opinions et de maximes qui apporta plus de troubles que d'édification dans

(i) Richard Simon , Lettres choisies, t. IV, p, 6; édit. de 1730.

hivtLK PREMIER. ag

TÉglise. On devra éternellement regretter que l'esprit de secte y dont Técole de Port-Royal fut infectée dès son berceau (1)9 ait suscité de si funestes divisions entre ces deux célèbres sociétés^ dont l'une, dans sa longue durée, a formé une nombreuse succession d'hommes de mérite dans tous les genres; et l'autre , dans sa courte existence , s'est illustrée par les grands écrivains qu'elle a produits par une espèce de création subite. L'une et l'autre paroissoient animées du désir sincère de servir la reli« gion , et comptoient au nombre de leurs disciples des hommes vraiment recommandables ; l'une et l'autre pouvoient opposer une digue inébranlable aux ennemis de l'Eglise, et offrir aux premiers pasteurs les secours les plus utiles pour l'instruction des peuples , et pour le succès du ministère évangélique. L'une s^et l'autre existeroient peut-être encore n sans leurs fâcheuses divisions ; et nous n'aurions pas aujourd'hui à gémir sur les maux encore plus irréparables qui ont été la suite de ces longues inimitiés. ||

(i) On sait que, plusieurs années avant les éclats du jansénisme, saint Vincent de Paul, qui avoit des liaisons partie calières avec Tabbé deSaint-Cyran, directeur des religieuses de Port-Royal, fut obligé de rompre avec lui, à l'occasion des sentiments hérétiques que cet abbé lui avoit plusieurs fois manifestés, sur l'autorité de l'Église. (Fie de saint Fût» cent de Pauly par Abelly, liv. II, ch. 87, 38. — Notice sur Pon-Royal^ par M. Petitot, 1'* part. p. a2*a5). (Édit.)

3o HISTOIRE DE FÉNELON.

Ce qui doit encore ajouter aux regrets qu'excite le souvenir de ces déplorables contestations , c'est qu'elles vinrent troubler la paix de l'Eglise de France dans ses plus beaux jours, dans un temps oii les lumières répandues dans toutes les classes du clergé, les talents et les vertus qui brilloient dans l'épiscopat ^ l'esprit religieux qui formoit encore le caractère national , et la protection d'un roi tel que I^outs XIV, pcrmettoient d'espérer que, conformément au vœu des plus saints évèques, la réunion des Protestants à TÉglise catholique pourroit s'opérer par les seuls moyens d'instruction, de douceur, de confiance et d'édification appropriés à une fin aussi désirable.

Congrégation J^a controverse du jansénisme a^itoit tous les esde s. Sulpicc. pj^^ ^ lorsque le marquis de Fénelon plaça son

neveu au séminaire de Saint*Sulpice , et le mit sous la direction de M. Tronson. Il ne pouvoit assurément choisir une institution et un instituteur plus ^ , propres au succès de ses pieuses intentions.

Cette congrégation, établie si récemment encore, jouissoit déjà de la plus haute considération , par l'heureuse expérience de tous les biens qu'elle avoit . opérés en si peu d'années. Son principal établisse'» ment étoit l'ouvrage de la bienfaisance d'un simple ^ particulier, et n'avoit coûté au gouvernement aucun ^ effort , ni au peuple aucun sacrifice. M. Olier, qui ' en avoit été l'instituteur et le fondateur, avoit eu le .

UVas PMMIEA. 3l

bonheur d'associer à se$ desseins l'abbé le Ragois de BretoavilUers, qui appartenoit à une famille ho» norée dans la magistrature , et qui jouissoit d'un patrimoine considérable. M. de Bretonvilliers en« treprit, de concert avec M. Olier, de construire à ses frais un édifice capable de rassembler un trèsgrand nombre de jeunes ecclésiastiquesi pour les y former aux diverses fonctions de leur ministère. Ce monument, dont les avantages dévoient s'éten* dre sur une longue suite de générations, fut encore dirigé par un sentiment de charité qui méritoit à son auteur la reconnoissance publique* M. de Bretonvilliers profita du moment où les troubles de la Fronde et la guerre civile avoient réduit le peu* pie de Paris à une extrême misère ; il employa à la construction de ce vaste bâtiment toute cette multitude inquiète et turbulente qui manquoit de subsistance, et qui étoit capable de se porter aux derniers excès pour s'en procurer (i).

La société de Saint-Sulpice avoit reçu un régime aussi différent de celui des Jésuites dans l'esprit

(i)|Le bâtiment construit par M. de Bretonvilliers a été démoli^ en i8oa, pour ouvrir la place Samt-Sulpice^ et dégager le magnifique péristyle de l'église. Mais Tesprit du séminaire de Saint-Sulpice et des vertus qui y régnoient n'étoit point attaché à des murs et à des pierres ; il subsiste encore tout entier dans les ecdésiastiques respectables qui ont perpétué cette sainte oeuvre.

32 HlSfOlRE UE F^NELON.

que dans l'objet de son institution : elle avoit voulu se renfermer^ et elle s'est constamment renfermée dans le cercle des fonctions nécessaires au succès de sa vocation ; elle ne s'ëtoit point vouée à combattre; elfe s'ëtoit bornée à édifier et à être utile. Destinée à former des ministres à TÉglise, pour les différents ordres de la hiérarchie, elle s'étoit pénëti*ée du véritable esprit qui convient à la sainteté du sacerdoce ; elle s'attachoit à donner à ses jeunes élèves le goût et l'habitude des études sérieuses, à diriger l'ordre de leur travail et l'emploi de leur temps, à établir dans leur esprit les premiers fondements de tout le système des sciences ecclésiastiques; mais elle pensoit qu'un développement plus approfondi de ces premiers germes de la science et du talent appartenoit surtout aux qualités naturelles, à des dispositions plus ou moins heureuses, à la nature des fonctions et des places qu'ils seroient appelés à remplir, à l'expérience que donnent l'âge et la connoissance des affaires et des hommes; enfin, à un concours de circonstances qu'il est impossible de prévoir et de prévenir.

Tels ^toient les caractères qui formoient l'esprit de cette institution ; et les instituteurs en ofTroient le modèle le plus touchant dans leur vie entière. Réunis par les liens d'une association volontaire, qui n'engageoient point la liberté de ceux qui la composoient , et dont l'autorité ecclésiastique et

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LIVft£ PREMIER. 33

civile avoit consacré le régime , ils donnoient lexemple d'une soumission invariable et sans bornes à l'autorité des premiers pasteurs; Cette soumission formoit un caractère si remarquable en eux, que jamais on ne les a vus s'en écarter, dans les circonstances les plus délicates et les plus difficiles. Chargés de divers établissements, dans des diocèses dont les évéques avoient quelquefois adopté des opinions différentes sur les controverses ecclésiastiques , ils surent toujours allier le respect et l'obéissance avec la fidélité à leurs principes : ils furent toujours aimés et estimés de ceux même * dont ils ne partageoient pas les sentiments. Ijcur modestie étoit portée au point qu'ils redoutoient la gloire , comme l'écueil le plus dangereux. Ils mettoient autant d'art à se dérober à la célébrité , que d'autres en mettent à la chercher. Leur abnégation chrétienne les auroit portés à se soustraire à la considération elle-même , si la considération n'eût pas été un tribut payé à leurs vertus. Consultés souvent par les dépositaires de la puissance et de la faveur, souvent à portée d'obtenir et d'exercer un grand crédit , ils échappoient à l'ambition comme on échappe à la servitude. Etrangers à tous les sentiments que l'ambition, l'intérêt ou l'orgueil peuvent exciter parmi les hommes , jamais ils ne furent mêlés à aucun combat de partis , de corps

34 HISTOIRE DE WÉVEhON.

OU d'opinions ; iU ne t'attachoient qu'aux décisions et à l'autorité de TÉglise (i).

On eroiroit leur faire injure si on vantoit ici

(i) C'est une j as tîce qui a été rendue à la congrégation de SaiBt-Salpîoe, par un célèbre critique, plus porté à blâmw qu^à louer : t Je suis sûr, dit Richard Simon , que si « les Javtséoi^tes n'avoient attaqué les Jésuite» que sur la mo- « rale^ ils auroient eu presque tout le monde de leur càtéî a il n'y a personne^ quelque méchant qu'il soit, qui ose se « déclarer en faveur de la méchante morale. Vous savez que m Mesaieurs de Saint-Sutpice font profésâon ouverte de Cl n'être point Janséni&tes pour la doctrine ; cependant^ pont « ce qui est de la morale, ils en usent tout autrement ; et je « crois qu'en cela ils ont pris le bon parti. » {Lettres choisies de Richard Simon, t. IV^ p. i88. Amsterdam, 1730.) En s'èxprinant ainsi, Richard Simon paroît ayoir, comme Pascal, le tort d'attribuer à tout le ootps des Jésuiteg des opinions dangereuses, fausses qu hasardées» qui n'apparteimcnt qu à un petit nombre de ses membres. De pareilles fictions peuvent contribuer aux succès d'une satire, lorsqu'elle réunit d^aiReurs tous les genres d'agréments qui peuvent plaire à Ves|pil ou flatter la malignité des hommes; mais on doit convenir que» dans une discussion sérieuse,, qui intéresse la doctrine ou la morale, elles blessent également la cha-> rite et la sincérité chrétienne. On peut ajouter que ces opi^ nions répréhensibles n'appartmioiënt pas phis à quelques Jésuites, qu'à des reliigie»x de quelques autres ordres. La bonne foi eiûg,eoi^, au «loiot», qtt'<^ fît observer qu'eues avoient été réfutées de la manière la plus forte par des Bien»<^ bres de cette même société. Il est certain, en effet, que fricote a puisé ses principaux raisonnements contre le probabil^snie, dans les écrits du jésuite Comitolo, qu'il se donne bien de gasde de citer.

leur piété. Elle étoît^ comme eux, vraie j simple , naturelle, sans effort et sans ostentation ; elle étoit toute en sentiments; et ils sa voient la faire aimer et respecter par cette nombreuse jeunesse dont ils étoient environnés. Ils avoient vu passer sous leurs yeux une longue suite de générations app^es à occuper les places les plus éminentes. La plus tendre sollicitude les associoit aux vertus de leurs anciens élèves y bien plus qu'à leur gloire et k leurs honneurs*

Jamais on n'a porté le désintéressement à un degré aussi remarquable. Ceux d'entre eux qui avoient conservé quelque portion de leur patrimoine 9 regardoient comme un devoir de soulager la maison où ils étoient empl<iyés , des frais que pouvoit entraîner leur présence. Le seul prix de leurs utiles services étoit de consacrer leur vie entière à en rendre de nouveaux. Leur sage économie leur ofFroit souvent les moyen» de coi^ server à TÉglise des sujet» précieux^ par le secours d'une éducation gratuite ; ceux même qui étoient l'objet de leur bieuÊùsance ne parvenoient jamais à connoître leurs bienfaiteurs.

Je n'ajouterai qu'un seul mot ^ pour doimer la mesure de leur désintéressement. La congrégation de Saint-Sulpice a existé pendant cent cinquante ans} elle avoit de nombreux établissements dans toutes les parties de la France ; et il n'est pas ar-

36 HISTOIRE DE F^ITELON.

rive une seule fois qu'elle ait été appelée ou qu'elle soit intervenue devant un tribunal quelconque, pour aucune discussion d'intérêt.

Pourroit-on nous savoir mauvais gré de nous être étendu, avec unfe espèce de complaisance, sur une société qui a eu le mérite d'avoir formé Fénelon ? Saint-Sulpice fut son berceau ; et sa gloire rejaillit sur Saint-Sulpice : On ne peut rien voir de plus apostolique et de plus vénérable que Saint-Sulpice (i); ce furent les dernières paroles que dicta Fénelon , mourant, pour être transmises à Louis XIV (a).

Rapports inti- Dieu daigna bénir les vues qui avoient dirigé le mes de Fenelon marquis de Fénelon en plaçant son neveu au sémi-

avec ^ ^ .

M.TronsoD. naire de Saint-Sulpice. Nous avons sous les yeux une lettre du jeune abbé de Fénelon à son oncle , dans laquelle il lui peint , avec autant de naturel que d'onction, les progrès de l'ascendant que M. Tronson prenait chaque jour sur cette âme douce et vertueuse: a Je souhaiterois passionnément ce vous pouvoir dire ici quelque chose du détail de oc ce qui se passe entre M. Tronson et moi ; mais cer-

(i) Lettre de Fénelon au P, Le TeUier, du 6 janvier I7i5. {Corresp, de Fénelon^ t. IV, p. Sgô.)

(a) A Tappui de ce jugementde Fénelon et de son historien sur la compagnie de Saint-Sulpice, on peut voir celui de plusieurs assemblées du clergé, citées dans la Vie de M. Olier^ t. II, p. 2x3, etc. 325-S3i» (Édit.)

a tes, Monsieur, je ne sais guère que vous en dire ; « car, quoique ma franchise et mon ouverture de « cœur pour vous me semblent très-parfaites, je vous « avoue néanmoins, sans craindre que vous en soyez ff jaloux , que je suis encore bien plus ouvert à «regard de M. Tronson, et que je ne saurois « qu'avec peine vous faire confidence de l'union te dans laquelle je suis avec lui. Assurément, Monc sieur, si vous pouviez entendre les entretiens que c nous avons ensemble, et la simplicité avec laquelle a je lui fais connoître mon cœur et avec laquelle il a me fait connoître Dieu, vous ne reconnoîtriez pas « votre ouvrage , et vous verriez que Dieu a mis <c la main, d'une manière sensible, au dessein dont tf vous n'aviez encore que jeté les fondements. Ma ff santé ne se fortifie point ; et cette afidiction ne c seroit pas médiocre, si je n'apprenois d'ailleurs à « m'en consoler. || Je crois que vous me permettrez (i), a Monsieur, de vous demander de vos nouvelles , « avec la même liberté avec laquelle je vous rends ff compte de tout ce qui me regarde. Ayez donc la tf bonté, s'il vous plaît, de me donner vos ordres ;

(i) Le cardinal de Bausset avoit omis la suite de cette lettre^ qu'il n'avoit pas trouvée dans les manuscrits de FéneloD, et dont il regrettoit vivement la perte ; mais l'examen attentif des manuscrits nous l'a fait retrouver. Yoy. la Cor-^ resp. deFénelon avec sa famille^ letl, I. [Corresp. t. II, p. 3.)

(ÉDIT

38 HISTOjaS PE vifXEhOJX,

« C4r à présent que tout moa cœur et tout mon a esprit est soumby il ne faut plus user de tous les <K sages ménagements f et de toutes les réserves par 4 lesquelles vous m'avez autrefois conduit si heureutf sèment , sans que je pusse m'apercevoir où vous « me meniez, || » On voit, par cette lettre, jusqu'à quel point le sage directeur auquel Fénelon ouvroit son cœur avec un si touchant abandon , avoit su lui insinuer les principes et les sentiments de cette charité pure et affectueuse , de cet amour de Dieu pour lui-même , dont il étendit peut-être ensuite les maximes au delà des bornes prescrites à la foiblesse humaine.

Cette lettre indique également que, malgré sa tendre et respectueuse déférence pour un oncle qui pouvoit lui-^même être regardé comme un modèle de la vie spirituelle, il ne croyoit pas pouvoir s'ouvrir entièrement à lui , sur toutes les pensées dont M, Tronson étoit le seul confident et l'unique dépositaire (i).

Fénelon entre Après avoir reçu les ordres sacrés au séminaire de

dans la communauté des prêtres de la (i) Nous supprimons, en cet endroit, les détails qu'on

paroisse Ht dans les éditions précédentes de cette ffistoiref sur le

e . u pice. pjrojet attribué à Fénelon de se consacrer aux missions du

Canada. Le cardinal de Bausset, en attribuant ce projet à

Fénelon, Ta confondu, par inadvertance, avec un de ses

frères^ corame nous l'avons déjà remarqué (ci-dessus, p. 17,

note 3). Voyez le n° III des Pièces j'astif, du liv. IS'. (Émr.)

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