‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 26 sur 101 · LIVRE PAKMICR · texte numérisé non relu

LIVRE PAKMICR

Saiîit-âttlpice (vers Tan 1675) (i), Fënelon m cotisa-*

era aux fonctions du saint ministère^ dans la comniu«*

nauté des prêtres de la même paroisse. On n'auroit pas besoin sans doUte d'un exemple aussi remaiv quable que celui de Fénelon, pour se pénétrer d« toute la dignité d'un ministère qui donne toujours le droit de faire le bien , et jamais le pouvoir de nuire; qui n'exerce qu'Une justice fondée $ur la nliséri*' cordey et non cette justice que la terreur accompa** gne et dont les sentences sont écrites avec le sang; qui place sans cesse les ministres de la religion en-

(i) Nons déterminons cette date d'apréd quelques détails donnés un peu plus bas^ par le cardinal de Bausiet, sur les divers emplois que Fénelon exerça successivement avant sa nomination à la charge de précepteur du duc de Bourgogne, en 1689. Avant cette époque, il avoit exercé d'abord pendant trois ans les fonctions du saint ministère dans la paroisse de Saint-Sulpice (ci- après, p» 41)» puis celles de supérieur des Noui'e Ues-Catholiques ^endani dix vas {n^ ^4); ce qui suppose clairement qu'il avoit été ordonné prêtre vers l'an 1675. Il est vrai qu'il fut question, dès le mois de juillet 1074) de lui procurer la députation de la province ecclésiastique de Bordeaux à l'assemblée générale du clergé de 1675 (p. 43); mais on ne peut conclure de là qu'il fût déjà prêtre en 1674 ; on sait en effet que le caractère sa^er«* dotal n'étoit pas requis, à cette époque, pour la députation dont il s*agit; il sufBsoit d'être dans les ordres sacrés. (Voy. \ Abrégé des Mémoires du Clergé^ et la Table de la collection des Procès-verbaux des assemblées du Clergé ^ art* Députés i) (Éorr.)

4o HISTOIRE J)E FÉITELON.

tre la puissance et la foiblesse, entre la richesse et l'indigence, pour le soulagement de tous les maux et la réparation de toutes les injustices ; qui leur permet d'intervenir dans toutes les discussions, pour l0s concilier par la douceur et la confiance , sans jamais y mêler la force et l'autorité; qui console le malheur, par les seules espérances qui peuvent ouvrir le. cœur des malheureux à la résignation et prévenir le . désespoir ; qui inspire la confiance au criminel lui-même, par la loi d'un secret inviolable, et qui fait servir cette confiance à le conduire au repentir ; qui peut , sans rougir, implorer les plus humbles secours pour les transmettre à l'indigence ; qui, souvent dépositaire des richesses que la charité lui a confiées , s'ennoblit lui-même par une glorieuse pauvreté (i); qui enseigne la doctrine la plus favorable au repos de la société et au bonheur du genre humain , sans être obligé de varier son langage et ses préceptes , au milieu de toutes les variations des institutions humaines.

Ce fut dans l'exercice de ce ministère , en se mêlant à tous les états et à toutes les conditions, en s'associant à toutes les infortunes , en compatissant à toutes les foiblesses , en y portant ce mélange de douceur, de force et de charité qui s'approprie

(i) M. Languet, curé de Saiot-Sulpice, dîstribuoit par au un million d'aumônes, et n'avoit qu'un lit de serge et deux chaises en paille.

LIHÏBE PREMICR. 4^

à tous les caractères, à toutes les situations et à tous les maux , que Fénelon acquit la connoissance de toutes les maladies morales et physiques qui afHigent Thumanité. Ce fut par cette communia cation habituelle et immédiate avec toutes les classes de la société , qu'il obtint la triste conviction de tous les malheurs qui pèsent sur le plus grand nombre des hommes. C'est à la profonde impression qu'il en conserva toute sa vie , que l'on doit cette tendre commisération qu'il montre dans tous ses écrits pour les infortunés, et qu'il sut encore mieux montrer dans ses actions.

Un avantage précieux que Fénelon recueillit du ministère ecclésiastique, fiit cette prodigieuse et mcroyable facilité qu'il contracta , de parler et d'écrire avec une abondance , une clarté et une élégance qui firent l'étonnement et l'admiration de ses contemporains. C'est en lisant , non-seulement ses ouvrages imprimés , mais encore les manuscrits qui restent de lui , qu'on a peine à concevoir comment , au milieu de tous les devoirs , de tous les soins et de toutes les traverses qui ont rempli sa vie, il a pu suffire à cette singulière fécondité, qui se reproduit sous mille formes différentes, et sur toutes sortes de sujets.

Il se consacra pendant trois années entières au ministère ecclésiastique; et ce fut alors qu'il fut chargé, par le curé de la paroisse de Saint-Sulpice,

4a HISTOIRE DB FilfBLOir.

d'expliquer rÉcriture sainte au peuple ^ les jours de dimanches et de fêtes ; fonction qui commença à le faire connoître , et dont il retira pour lui-même les plus grands avantages. Il II prenoit en même temps un intérêt particulier et une part très-active aux catéchismes de la paroisse, où Ton conserve encore aujourd'hui , comme un précieux monument de sa piété ^ les Litanies da l'enfant Jésus ^ qu'il composa pour leur usage. Ce fut vraisemblable* ment aussi dans le même but qu'il composa quelques Cantiques spirituels, qu'une ancienne tradition de la paroisse de Saint«âulpice lui attribue || (i)« n'est appelé à ^^ ^ut l'année même de sa promotion au sacer- Sariai par son j^ce , OU quelques mois auparavant (îi) , que Fé-

oncle, en 1674. 1 ^ w \ « 1 r* , 1

nelon fut appelé a Sarlat , en 1074 9 par son oncle. Nous aVons une de ses lettres, écrite de Sarlat, au marquis de Fénelon (3) ; H elle porte seulement la date du i3 juillet, sans indication d'année; Il mais il y parle de la mort du marquis de Saint-Abre, son oncle maternel , tué au combat de Sintzheim , le 16 juin 1674 > comme d'un événement assez ré-

(i) Il s*agit principalement ici du cantique sur la commu- ' nion, commençant par ces mots : Mon bien-aimé ne parott pas encore; et du cantique sur la passion de Jésus-Christ, Au sang qu'un Dieu va répandre^ (HisU des catéchismes de la paroisse de SaintSulpice, par Tabbé Faillon \ Paris f i83iy in-i8, p. 46, etc.) (Édit.)

(a) Voyez ci-dessus, la note z de la p. 39.

(3) Corresp, de Féneton, t. Il, p. 6.

cent. Il y est aussi question de quelques démarches qu'on se proposoit de faire en sa faveur, pour lui procurer la dëputation de la province ecclésiasti* que de Bordeaux à l'assemblée générale du clergé de 1Ô75. Ces démarches n'eurent point de succès , parce qu'il avoit pour concurrents les abbés d'£* pinai de Saint-Luc et de Marillac , plus âgés que lui , et beaucoup plus avancés daQS les dignités ecclésiastiques.

I Ce fut aussi vers cette époque , que Fénelon conçut le projet de se consacrer aux missions du Levant; du moins, on croit en voir la preuve dans une lettre écrite de sa main , et datée de Sarlat, 9 octobre, sans indication d'année; mais qui paroît avoir été écrite en 1676 ou 1676 II fi).

« Divers petits accidents ont toujours retardé « jusqu'ici mon retour à Paris; mais enfin , Monte seigneur, je pars, et peu s'en faut que je ne vole. « A la vue de ce voyage , j'en médite un plus grand. « La Grèce entière s'ouvre à moi ; le sultan effrayé « recule; déjà le Péloponèse respire en liberté, et « l'église de Corinthe va refleurir; la voix de Ta- « pôtre s'y fera encore entendre. Je me sens transit porté dans ces beaux lieux et parmi ces ruines « précieuses, pour y recueillir, avec les plus cu- (crieux monuments, l'esprit même de l'antiquité.

Il songe à se

consacrer aux missions

du Levant.

(i) Corresp. de Fénelon^ t. Il, p. 290, etc.

44 HfSTOfRE DE FÉNKLON.

(f Je cherche cet aréopage , où saint Paul annonça ce aux sages du monde le Dieu inconnu (^i). Mais le a profane vient après le sacré j et je ne dédaigne « pas de descendre au Pirée , où Socrate fait le' « plan de sa république. Je monte au double somcc met du Parnasse ; je cueille les lauriers de Delphes, a et je goûte les délices de Tempe.

ce Quand est-ce que le sang des Turcs se mêlera « avec celui des Perses sur les plaines de Marathon^ ce pour laisser la Grèce entière à la religion, à la cr philosophie et aux beaux-arts , qui la regardent ce comme leur patrie?

Arva, beata

Petamus ar?a, divites et insulas (a).

CI Je ne t'oublierai pas, ô île consacrée par les <x célestes visions du disciple bien-aimé ! ô heureuse « Pathmos , j'irai baiser sur ta terre les pas de l'ace pôtre, et je croirai voir les cieux ouverts. Là, je ce me sentirai saisi d'indignation contre le faux « prophète qui a voulu développer les oracles du « véritable ; et je bénirai le Tout-Puissant , qui , bien « loin de précipiter l'Église comme Babylone, ena chaîne le dragon, et la rend victorieuse. Je vois « déjà le schisme qui tombe, l'Orient et l'Occident (c qui se réunissent, et l'Asie qui voit renaître le

(i) Act. XVII y a3.

(2) Horat. Epod, xvi, v. 4I9 43-

LIVBE PBEMIER. 4$

<c jour, après une si longue nuit ; la terre sanctifiée

« par les pas du Sauveur et arrosée de son sang,

« délivrée de ses profanateurs , et revêtue d'une

« nouvelle gloire ; enfin , les enfants d'Abraham ,

« épars sur la face de toute la terre , et plus nom-

c breux que les étoiles du firmament, qui , rassem-

« blés des quatre vents, viendront en foule recou-

« noître le Christ qu'ils ont percé, et montrer à

« la fin des temps une résurrection. En voilà assez ,

« Monseigneur ; et vous serez bien aise d'apprendre

« que c'est ici ma dernière lettre et la fin de mes

« enthousiasmes , qui vous importunent peut-

c être. Pardonnez-les à ma passion de vous entre-

c tenir de loin , en attendant que je le puisse faire

« de près.

<c F. DE FiiTELOir. »

On voit , par le style et le ton de cette lettre, que Fénelon étoit encore dans ce premier âge de la vie , où une imagination jeune, brillante, et nourrie de toute la fleur de la littérature , se plaît à embellir tous les objets qui ;se présentent à elle , et à y répandre les couleurs vives et animées, dont elle a reçu l'impression encore récente. || Le manuscrit original de la lettre ne nous apprend pas à qui elle étoit adressée ; mais le titre ajouté par une main étrangère sur ce manuscrit donne lieu de penser qu'elle étoit adressée au duc de BeauvilUers ,. avec qui Fénelon se lia de très-bonne heure , par

Il est nommé

supérieur des

Nouvelles- Ca-

tftoliques.

46 HISTOIHK DU VÉHBLOIT.

les soins de M* Tronson, leur commim direc*^ teur(i).

Quoi qu'il en soit de cette conjecture , il paroît que des réflexions ultérieures firent d'abord suspendre à Fénelon l'exécution de son projet. On parvint ensuite à donner une autre direction à son zèle pour la conversion des infidèles ^ en l'appli^* quant à un objet à peu près do même genre j celui de maintenir dans la foi les Nouvelles-^CeUhaliques^ dont M* de Harlay, archevêque de Paris ^ le nomma supérieur. Ses succès dans cette nouvelle carrière , et le désir qu'il paroissoit conserver de se consa-» crer aux missions étrangères , firent naître dans la suite L'idée de l'emplojer dans les missions du Poi<>* tou ; c'étoit rentrer, en quelque sorte, dans le genre d'apostolat pour lequel il avoit montré un attrait si décidé.

M. de Harlay^ archevêque de Paris , possèdent au degré le plus émiuent l'art de gouverner, et de faire servir à la gloire et à lavantage de son dio-

(i) Le cardinal de^Bausset, dans les précédentes éditions de cette Histoire^ conjecture que cette lettre étoît adressée à Bossuet ; cette conjecture, entièremcsC destituée de preinres^ est fortement ébranlée par le titre ajouté à la lettre « par une main étrangère, sur te maniucrit original.

Nous supprimons également, en cet endroit^ quelques phrases relatives au projet que t'illustre auteur attribuoit à FéBelon, reiatiremest aux missions du Canada, f^ûyez cidessus, p. M, mou:^ (Éms.)

cèse tous les genres de mérite et de talent qu'il re* marquoit dans son clergé. La voix publique avoit déjà porté jusqu'à lui le nom de Tabbë de Fënelon. Frappé de la réputation extraordinaire qu^un jeune homme avoit su mériter ^ à un âge où Ton n'est pas même remarqué ^ il n'hésita pas à le nommer supérieur des Nou\^eUes*CathoUqiÂes et des filles de la Madeleine de Traisnel ( i ). L'abbé de Fénelon n'avoit alors que vingt-sept ans; et on lui confia ua «nploi qui étoit ordinairement réservé à des ecclésiastiques éprouvés par une longue expérience , et vieillis dans les fonctions les plus délicates du ministère. Pour être moins distrait de l'exercice de ses nouvelles fonctions , il quitta la conrniunaulé des prêtres de Saint-Sulpîce y et alla s'établir ckeR le marquis de Fénelon^ son oncle , à <{ui le nû avoit accordé un logement dans l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés (a).

La communauté des Nouvelles-Catholiques for* moit une association de quelques personnes pieuses, qui n'étoiacit liées par aucun vœu. Elle avoit été

(i) La covoittnauté des Nouveiks^Ca^ioiiqites étoit akws établie diuBS le quartier Sainl-Honoré, rue Sainlc- Anne ; el celle des Filles de la Madeieine de Traisnei, dans le Irabourg Saint-Antoine^ roe de Charonae. Sur la première de ces communautés, voy. le Tableau de Paris^ par M. de Saint- Victor, t. m, p» 178; sur la seconde, idem^ t» lY, p. 19^4» et GaUia chrisiUmm^ U VU, p. 64a. (Éorr.)

(a) l|ss« du wacqitis

48 HISTOIRE 1>E FÉNELOZC.

instituée , en 1 634 j P^r Jean-François de Gondi , premier archevêque de Paris , et approuvée par une bulle du pape Urbain VlII. L'objet de cet institut étoit d'afFermir les nouvelles converties dans la doctrine qu'elles avoient embrassée^ et d'instruire les personnes du même sexe qui se montroient disposées à se convertir. Elles avoient formé leur premier établissement dans la rue des Fossoyeurs , près Saint-Sulpice. Mais lorsque le vicomte de Tu* renne eut abjuré le calvinisme , il chercha à procurer, à ceux dont il avoit partagé les erreurs , le bonheur qu'il avoit retrouvé lui-même, en revenant à la religion de ses pères. Il accorda une protection particulière à la communauté des Nouvelles^ktholiquesy et acquit pour elle une maison plus spacieuse et plus commode dans la rue Sainte-Anne (i).

(i) Le cardinal deBausset suppose, avec d'autres historiens, que Tureniie donna aux Nouçelles- Catholiques leur maison de la rue Sainte-Anne. Jaîllot, dans ses Rechercfies sur la ville de Paris, regarde ce fait comme douteux, et les raisons sur lesquelles il se fonde paroissent dignes d'attention : (t Je ne doute point , dit-il, que M. de Turenne, qui <t avoit abjuré la religion protestante, n'ait été du nombre « des bienfaiteurs des Nouvelles -Catholiques ; mais je n'ai « trouvé aucune preuve qu'il eût donné la maison oii elles R demeurent actuellement. Il n'est pas nommé dans le con- « trat d'acquisition ; et si sa modestie l'eût engagé à cacher « SCS bienfaits, la reconnoissance des Noupelles-CathoUqaes (t se seroit empressée de les publier après sa mort ^ ou au

Il se servit même de son crédit auprès du Boi ^ pour le porter à étendre ses bienfaits sur un établissement si conforme aux vues de ce prince. La protection de Louis XIV et le nom du vicomte de Turenne avoient donné à la communauté des Nouvelles-Catholiques une considération qui excita M. de Harlay à lui donner pour chef un ecclésiastique digne de justifier les vues et les espérances de ses illustres protecteurs. Le choix du prélat tomba sur Tabbé de Fénelon } et l'abbé de Fénelon fit bientôt connoitre que son nom seroit aussi un titre de gloire pour le siècle de Louis XIV.

Il entroit avec d'autant plus de satisfaction dans cette nouvelle carrière , qu'elle le ramenoit indirectement à ses premières pensées et à ses premiers vœux pour les missions. Elle ne lui présentoit pas sans doute des travaux aussi étendus , des dangers aussi glorieux , ni des sacrifices aussi pénibles ; mais elle avoit aussi ses difficultés. Il est souvent plus difficile de triompher de l'hérésie que de l'idolâtrie f et de détruire les opinions adoptées comme plus pures et plus sévères, que des superstitions extravagantes, qui ne peuvent ni séduire l'esprit, ni satisfaire l'amour-propre.

L'abbé de Fénelon montra, dans son nouvel emploi, le mérite si rare et si nécessaire de donner tou-

« moins de consigner ce fait dans leurs archives, m (De Saint - Victor, Tableau de Paris^ t. III, p. 180.) (Émt.)

jjQur» k riastructioo ceUe forme simple, daire, précise, qui la met à la portée de tous les espitts, ea la variant selon le degré de leur intelligence. Il y réuniasoit le don préoieuK de faire aimer la vertu , par ce langage sensible et j^oiétrant qui parle k l'âme avant d'ajrriver à la raison , et qui dispose à cette sorte de confiance dont on ne peut jamais se défendre pour celui qui a commencé par nous convaincre de sa vertu , de sa bonne foi , et; de son 17. intérêt pour notre bonheur.

Ses relations La seule distraction que l'abbé de Fénelon se

a¥ecM.Tronson

et quelques permît de mêler à des occupations qui paroiautres froient aujourd'hui si rebutantes pour un homme

personnages

distingués, de SOU âge, étoit d entretenir avec M. Tronson les rapports de piété qu'il avoit appris à goûter sous sa direction , et de cultiver avec assiduité les bontés de son oncle, qui étoit pour lui un «^ond diri^teur.

Le marquis de Fénelon avQÎt un grand nombr/e d'amis y auxquels il fit connoître son j.eune peveu, Parmi ces hommes distingués, qui faisoientprofessipu d'aimer et d'e^mpr le marquis de Fénelon, et qui vivoiisnt avec lui d'une manière plus intime, on remarxpioit le duc de Beauvi}lier$, déjà prévenu en faveur de l'abbé de Fénelon, par le témoignage de M. Tronaon. On y r^marquoit aussi le célèbre 3ossuet, qui fut frappé, dès les premiers moments, du mérite extraordinaire qu'annonçoit ce jeune ecclésiastique ( i ) .

(i) Ces premiers rapports dfl Féneloa^vec Bossuet sonl.

LITIE VRBMIBR. 5l

Son 09^ Vwok également pr^nté à M. de titu préMnté Harlujy aiPchevêque de Paris, qui jouissoit alors ^^deHariay, \ 4'ua gwad crédit à la eour, et qui réunissoit, à un archevêque /extérî(eur agréable et noble , de grands talents pour r^d^iiaistralion 9 ^ une heureuse facilité de s'exprimer avec autant de grâce que de dignité. Il présida penidaiiit trentie-cinq ans les assemblées du clergé ; et il sut toujours les diriger d'une manière aussi convenable pour le clergé que conforme aux vues du gouverpement. M. de Harlay accueillit l'abbé de Fi^elon avec une bienveillance particulièi^ I il lui prodigua tous ces témoignages de goût, de jppnfîani^ et de bonne volonté, qui étoient dans Th^bitude d^ son caractère et de ses manières, et auxquels \xu grand usage du monde et de la cour prêtoit la séduction la plus flatteuse pour un jeune honune ejicore étranger au monde et aux affaires.

Mais M. de Harlay vit avec peine l'abbé de Fé* nelon s'attacher avec une prédilection marquée à Possuet, que sa grande réputation et sa qualité de précepteur du Dauphin présentoient déjà à l'ar-

comme on yoît, antérieurs à la mort du marquis de Fénelon, qui arriva au mois d'octobre i683. Par suite de ces pfcmiers rapports, Fénelon assista quelque temps , dans la soeiétié d# Bossuet, aux Promenades philosophiques , et aux Conférences sur t Écriture sainte^ qui eurent lieu à Saint- Germain et à Yersaille9y SQUS la direction de pe prélat, de i6ya à i685. [His^. de Bossuet , liv« Y, n, i, etc* ) (Éarr.)

5ti

HISTOIRE DE FEKELON.

Ses premiers

rapports avec

Bossuet.

chevéque de Paris, comme un concurrent redoutable à la cour et dans les affaires du clergé. Blessé d'une préférence aussi sensible , M. de Harlay ne fut pas assez maître de lui-même , pour ne pas laisser apercevoir à Fénelon combien il en étoit affecté. Peut-être s'imagina-t-il aussi que des considérations d'un autre genre empêchoient Féneloa de le cultiver avec tout l'empressement qu'il avoit attendu de lui.

Quoi qu'il en soit , Fénelon ne se présentoit à l'archevêché que très-rarement , et dans les seules circonstances où le respect et la bienséance lui en faisoient un devoir. Ce fut dans une de ces occasions que M. de Harlay lui dit d'un ton de reproche oii il entroit plus d'amertume que de bienveillance : M. rabbé, vous voulez être oublié, vous le serez.

Rien n'est peut-être plus propre à donner une juste idée de la sagesse de caractère et du jugement prématuré de Fénelon , que cette vénération filiale qu'il montroit pour l'évêque de Meaux , dont le génie , les talents et les vastes connois* sances commandoient sans doute l'admiration, mais dont l'austérité de principes et de mœurs pouvoit effrayer un jeune homme à peine admis à sa familiarité. Fénelon fut entraîné rapidement , par un sentiment irrésistible, vers ce grand homme, dont les vertus, les leçons et les exemples lui rappeloient les Pères des premiers siècles du christianisme. Chaque

LIVEB PREMIER. 53

jour lui acquit de nouveaux droits à Testîme et à la confiance de Bossuet ; et celui-ci, de son côté, vit avec satisfaction s'élever sous ses yeux un jeune ecclésiastique qui promettoit déjà tout ce qu'il fut dans la suite. Malgré ses grandes occupations , il se chargea de le diriger dans la carrière qui s'ouvroii devant lui , et dans laquelle il est si facile de s'égarer, ou du moins de perdre un temps précieux , lorsqu'on n'est pas conduit par une main habile et exercée. Bossuet y mit une complaisance et un intérêt qui indiquent le sentiment de goût et d'estime, qu'il a voit pris pour son jeune élève. Il se moQtroit toujours disposé à l'accueillir, à répondre à tous ses doutes, et à lui ouvrir tous ces trésors de science que son vaste génie et ses longs travaux lavoient mis à portée d'acquérir.

Cette liaison subsista pendant un très-grand nombre d'années avec la même intimité. Nous en retrouverons fréquemment des témoignages, jusqu'à l'époque affligeante qui mit en opposition de sentiments ces deux grands hommes; mais nous aurons occasion d'observer que, même dans leurs discussions les plus animées, ils ne cessèrent jamais d'avoir l'un pour l'autre une estime mutuelle, fondée sur l'opinion qu'ils avoient de leur vertu et de leur sincère attachement à l'Église et à la religion.

Fénelon fut obligé, en 1681, de suspendre mo- vévèquede mentanément ses fonctions de supérieur des Nou- **™"""'^»g"«

^ • son prieure

54 HISTOIRB J»B FjfaflLON.

deCarenac, velle»-Catholîques , polir faire oa toyage «ft t^ért-» ^ *^ ^' aord. Levéque de Sàrlat ^ son on^le^ Venoit de Im

pompeuse recep- o ^ 77

tion de Féneion résigner soD doyeimé de Carenac , p<mr l'aider à se nsce oyennc. g^y^gnjj, ^ p^ris. Ce bénéfice, dé la valeur de trois oit quatre mille livres de rente, fut le seul qu'eut Féno- Ion jusqu a l'âge de quarante-quatre ans.

Nous trouvons parmi ses manuscrits une lettré qu'il écrivit , en cette occasion, à la marquise de Laval , âa cousine. Il lui fait , dans, un style plein de goût et de gaieté, le récit de la pompeuse réception dont on honora son entrée à GarencK^. On voit, par ce récit, que, dans les provinces comme à Paris , \ éloquence des harangues u toujours été à peu près la Aiême dans tons les temps et dans tous les lieux. « Ont , madame, n'en « doutez pas (i) , je suis uù temme destiné à des <t entrées magnifiques. Vous savez celle qu'oâ ih'a a faite àfiellac,dans votre gouvernement (i). ie vais ce vous raconter celle dont on m'a honoré en ee liet» .• rc M. de Rouffillac pour la noblesse ; M, Bose,

[i) Lettns de Féneion à la marquise de Lapaîy du ât> mai 168 1. (Corresp. de Féiwlohy t. II, p. 9.)

(a) Pierre de Laval , époux de la marquise de Laval, étoit lieutenant de Roi daus la province de la Marche , où Bellae étoit situé. Dans le système d'administration alors en usage» le lieutenant de Roi étoit chargé de commander dans la provinise, en l'absence é\â. goui^rneitr; en ce sens, eeWe province pouvoit être appelée son gouvernement (£dit.)

^ curéy pèttr le clergé; M. iRigsudtey ptïMt des K iiioiaes , pour Tordre monastique, et les fermiers « de eéaàs^ pour le tiers état, vieiiliettt jusqu'à « Sarlat me rendre leurs hommages. Je marche, acs « compagne majestueusement de totis ces députes ; « j'arrive au port de Careuac , et j'aperçois le quai « bordé de tout le peuple en foule. Deux bateaux, ff pleià8 de l'élite des bourgeois ^ s^avancent ; et en « même temps je découvre que, par un stratagème « galant^ les troupes de ce lieu les plus aguerries « s'étoient cachées dans un coin de la belle île que « vous connoissez ; de là, elleà vinrent, en bon orff dre de bataille, me saluer avec beaucoup de mous^* « quetades. L'arr est déjà tout obscurci par la fuff mée de tant de coups, et l'on n'entend plus qu0 le « bruit affreux du salpêtre* Le fougueux coursier ff que je monte, animé d'une noble ardeur, veut se « jeter dans l'eau ; mais moi , plus modéré, je mets a pied à terre. Au bruit de la lïiousqueterie est «( ajouté celui des tambours. Je passe la belle a rivière de Dordogne^ presque toute couverte des « bateaux qui accompagnent le mien. Au bord y « m'attendent gravement tous les moines en corps ^ K leur harangue est pleine d'éloges sublimes; ma c réponse a quelque chose de grand et de doux. a Cette foule immense se fend , pour m'ouvrir un ^ chemin; chacun a les yeux attentifs^ pour lire « dans les miens quelle sera sa destinée. Je monte

Plaidoyer burlesque au tribunal de Sarlat

56 HISTOIRE DE E^NELÛK.

<K ainsi jusques au château , d'une marche lente et (c mesurée, afin de me prêter pour un peu plus de «c temps à la curiosité publique. Cependant mille a voix confuses font retentir des acclamations d'al- « légresse ; et Ton entend partout ces paroles : // a sera les délices de ce peuple. Me voilà à la ce porte déjà arrivé, et les consuls commencent leur « harangue, par la bouche de l'orateur royal. A ce « nom , vous ne manquez pas de vous représenter a ce que Téloquence a de plus vif et de plus pomcc peux. Qui pourroit dire quelles furent les grâces a de son discours ? Il me compara au soleil ; bientôt a après je fus la lune ; tous les autres astres les plus <c radieux eurent ensuite l'honneur de me ressemée hier; de là, nous vînmes aux éléments et aux « météores ; et nous finîmes heureusement par le « commencement du monde. Alors le soleil étoit c( déjà couché; et pour achever la comparaison de «c lui à moi , j'allai dans ma chambre pour me pré- « parer à en faire de même. »

C'est du même ton de gaieté que Fénelon rend compte à la marquise de Laval d'un plaidoyer qu'il entendit à l'audience publique du tribunal de Sarlat, peu de jours après sa brillante réception à Carenac (i). <c On n'a pas tous les jours un grand

(i) Lettre à la marquise de Lapai ^ du i6 juin 1681. [Corresp. de Fénelon, Ibid. p. 11.) Issigeac, d*où est datée

LIVÈB PREMIEB. B'j

9 loisir^ et un sujet heureux pour écrire en style <r sublime. Ne vous étonnez donc pas, madame, si <c vous n'avez pas vu, chaque semaine, une relation et nouvelle de mes aventures ; tous les jours de la « vie ne sont pas des jours de pompe et de triomphe, « Mon entrée dans Carenac n'a été suivie d'aucun « événement mémorable; mon règne y a été si « paisible, qu'il ne fournit aucune variété pour em- « bellir l'histoire. J'ai quitté ce. lieu-là , pour venir « trouver ici M. de Sarlat, et j'ai passé à Sarlat en <c venant : je m'y suis même arrêté un jour, pour (c entendre plaider une cause fameuse, par les Ci- < cérons de la ville. Leurs plaidoyers ne manqué- « rent pas de commencer par le commencement « du monde, et de venir ensuite, tout droit par « le déluge, jusqu'au fait. Il étoit question de don- « ner du pain, par provision, à des enfants qui n'en « avoient pas. L'orateur, qui s'étoit chargé de « parler aux juges de leur appétit, mêla judicieu- « sèment dans son plaidoyer beaucoup de pointes « fort gentilles, avec les plus sérieuses lois du « Code, et les métamorphoses d'Ovide avec des pas- « sages terribles de l'Écriture sainte. Ce mélange, «si conforme aux règles de l'art, fut applaudi « par les auditeurs de bon goût. Chacun croyoit

cette lettre, est une petite ville du Périgord, où étoit la maison de campagne des évêques de Sarlat» que Toncle de Fénelon avoit réparée et embellie avec soin. (Èdit.)

5S HISTOIM DB filTfilON.

(c que l€s enfants feroient bonli6 chère^ et qu'tiiltg si « rare éloquence alloit fonder à jamais kur cuisine ; « mais, ô caprice de la fortune! quoique l'avoa cat eût obtenu tant de louanges y le^ enfants ne « purent obtenir du pain^ On appointa hi cause ; <i c'est-à-dire^ en bonne chicane^ qu'il fut ordonne a à ces malheureux de plaider à jeun ; et les juges « se levèrent gravement du tribunal pour aUef fi dîner. Je m^y en allai aussi ^ et je partis ensuite a pour apporter à monseigneur vos lettres. Je suis « arrivé ici presque incognito, pour épargner les « frais d'une entrée. Sur les sept heures du matin , « je surpris la ville; ainsi, il n'y a ni harangue^ fit ni cérémonie, dont je puisse vous régaler. Que <K ne puis-je, pour réjouir madeitaoiselle de Laval , « vous faire part des fleurs de rhétorique qu'un a prédicateur de village répandit naguère sur nous, cr ses auditeurs infortunés ; mais il est juste de res- 22. ^ pecter la chaire plus que le barreau. »

ode à tabhé Gc fut pendant le court séjour que Fénelon fit à angeron, Q^^^^^^ q^'^ composa l'odc qui commence par ces

vers:

t Montagnes, de qui l'audace

i Va porter jusques aux cieiix

! Un front d'éternelle glace (i).

On doit bien croire que Fénelon n'avoit jamais (z) Œupres de Fénelon^ t« XXI> p. 269^ etc.

eu l'idée de faire impfhner d&tte ode ; elle ne fut en effet imprimée qu^après sa mort^ à la suite de la première édition du Téléma^ne pud^ée par sa fnkiille. Elle étoit adressée à l'abbé de LaDgeron y qu'une heureuse conformité de caractère et de goûts avoit uni à Féoelon dè^ sa première jeunesse ; qui fiit ensuite asseicié à tous les travaux et à tous les événements de SK vie ; qui vécut et mourût fidèle à l'amitié^ dans l'adversité comme dans la prospérités Nous aurions peut-être négligé de parler de celte pièce de vers , si on n'y remarqu6tt combien Fénelon ^ encore rempli de la lectilre d'Homère f avoit été frappé de bonne heure du caractère que

ce grand poëte donne à Ulysse :

ï)eâ Gree^ je vois le plus sage , Jouet d'an indigne sort, Tranquille dans son naufrage , Et circonspect dans le port ; Vainqueur des venta en furie , Pour sa BBUvage patrie , Bravant les flots nuit et jour.

O ! combien de mon bocage Le calme , le frais, Tonàbi^age Méritent mieux mon amour !

On croit voir ici une espèce de tableau prophétique de la destinée qui étoit réservée dans la suite à Fénelon lui-même, et dont le pressentiment semble se retrouver encore dans ces vers de la même ode :

Loin f IcMO 9 trompetue fortOBo»

6o HISTOIRE DE FÉHELOIT.

Et toi, faveur importune ; Le monde entier ne m^est rien.

Ce fut sans doute l'impression qui lui étoit restée, dès sa jeunesse , du caractère d'Ulysse ^ tel qu'Homère l'a dépeint dans V Odyssée, qui porta dans la 'suite Fénelon à adapter si heureusement ce même sujet à l'instruction du duc de Bourgogne f en lui proposant pour modèle Télémaque j fils d'Ulysse. On sait d'ailleurs que Fénelon préféroit \ Odyssée à \ Iliade; il y retrouvoit une peinture plus fidèle et plus attachante des vicissitudes de la vie humaine, et des leçons plus sensibles , pour apprendre aux hommes à supporter 23. avec courage l'injustice et le malheur.

GoûtdeFéneion ^ Au reste, XOde à Cabbé de Langeron n'est pas ode sur la prise '^ ^^^ mouument qui nous reste, du goût de Fénelon de philisbourg. pour la poésie. Ou trouve, dans le recueil de ses

OEuvresy quelques autres pièces de vers sur divers sujets de piété et sur quelques autres sujets dont il sera question dans la suite de cette Histoire (i). Le recueil de ces pièces ne suffît pas sans doute pour donner à Fénelon une place distinguée parmi les poètes ; et il étoit assurément très-élôigné d'aspirer à ce genre de célébrité , en composant à la hâte , et par manière de délassement, ces pièces fugitives,

qu'il ne croyoit nullement destinées à voir le jour.

(i) Voyez ci-dessus, n^ x3 ; et plus bas^ n^ 36.

Ai

Cependant , malgré le peu de cas qu'il faisoit luimême de ces foibles essais, ils fournissent une nouvelle preuve de la variété de ses talents , et de la facilité singulière qu'il avoit à s'exercer dans tous les genres. On retrouve même, dans quelques-unes de ces pièces, la grâce et l'élégance qui semblent être le caractère distinctif de tous ses écrits. Qu'il nous suffise d'indiquer ici l'ode composée en* 1688, à l'occasion de la prise de Philisbourg par le Dauphin fils de Louis XIV. Fénelon y dépeint, ave<î des traits pleins de vivacité, la valeur brillante que le Dauphin avoit déployée pendant le siège de cette ville, et qui l'avoit fait nommer par les soldats Louis le Hardi (i) :

Tel qu*Hippo1yte en son jeune âge,

Il amusoit , dans les forêts ,

Sa noble ardeur et son courage ;

Mais, lassé d*une longue paix ,

Comme son père, après la gloire,

Sur les ailes de la victoire.

Il vole ; et sa puissante main

Ne s'exercera dai|^ la guerre

Qu'à purger, comme lui, la terre

Des monstres nourris dans son sein (a).

Après une courte absence, Fénelon reprit ses Fénelon reprend

ses fonctions auprès (i) Voyez , à ce sujet, plusieurs Lettres de madame de àeiNoweUes^ Sévigné à sa fille, pendant les mois d'octobre et de novem- Catkoliques. bre 1688; t. y III, éd. Montmerqué, 1818, in-8^ (a) Œuvres de Fénelon^ U XXI, p. 295.

6$ HisTQi^0 M vi^m^oN.

I^remièrea ^mtim^ «upm 4eft Nouvelle^^Catholir qiW9 { at il consacra dix aaoées entières de ^a vie « la wnple dureotion d'une cammiinent^ de femaies. Si le nom de Fiândon ne oommandoit p«i« jtoujours l'amow et le respect ; A tous ees ^uvrage# , toutes ses pen&ées, sa conduite publique et privée , ae portoient pas un c^a^tère de grandeur qui ne per<iQfiet pas à Tenvie et à la sati^Q de b^^^rder le plus foibla trait contre un ^i beau génie 9 on ne manqueroit pas ^ dire et de croire qu an pareil emploi d^ son temps, dans la maturité de l'âge et de la rai^n, a contribué à rétrécir son espritj en Ip conr centrant dans des soins minutieux, dans de$ détails obscurs, dans des études inutiles, i Ajoutons, ospeAdant, que les soins assidus qu'il donnoit à la communauté des Nouuelles^Cafholiques f ne Tempêchoient pas d'exercer quelquefois au dehors les fonctions du saint ministère, et particulièrement celle de la prédication. Ce fut à l'époque dont nous parlons , qu'il composa et prêcha la plus grande partie des sermons que noQs ferons connoître ailleurs plus en détail (i), et particulièrement son discours si remarquable sur la vocation des Genùh^ prêché en i685 , dans l'église des Missions étrangères Il (2).

{i) €i-4iprèsy liv. IV, n. 43, ton. III. (2) Deux ans «uparavanCy le %% f^iier i683y Féneloii avoit réhabilité, d^lus l'iéglisa de jMuM-Salpice , le mariage

UVftE PRSHIEE. 6%

Ce ^t aussi V0fs ce temps cpaa Fëoeloa ëorivit soa n compose prepiie/r ouvrtge, celui qui a commencé sa réputar !f J]["^^ • tioa^ et qiji, 4iuis un ^leul pcdt volumey réunit plus desfiilet. d'idées JMStes ^t iitiles^ plus d'observations fines et profonde^, phis de vérités pratiques et de saine laorale , qw tant d'ouvrages volumineux , écrits depuis sur le même sujet (i). Ilestfacile, en effet, de s'apercevoir que tout ce que des auteurs plus récents put propose d'utile et de raisonnable sur l'éducation y a été emprunté du traité De PÉducOf tim de^ filles. Fénelon avoit dit avec précision et simpUcité çq qu'on a répété avec emphase et prétentlon. Il n'avoit pas même composé cet ouvrage

mvalidement contracté, le i a octobre 1680, entre le prince

Louis^Tbomas de Savoie, frère aine du prince Eugène, et

Uranie de la Cropte de Beauvais. Le premier mariage avoit

ea lieu dans l'église de la Folie-Herbault (diocèse de Blois),

maigre Topposition de la comtesse de Soissons, mère du

prince, et de la princesse de Carignan, sa granj'mère. La

copie a^tbe^tique di^ second mariage, célébré à Saint-Sal-

pice par Fénelon, se trouve à la Bibliothèque du Roi^ dans

la collection des Mss, de Harlay (vol. y^ ; pièce 71). (Édit.)

(1) On peut voir, à l'appui de ce jugement^ le Spectateur

fmnçois au dix-neuoieme siècle, I. II, p. 877^ etc. Il seroit

curieux aussi de coniparer l'ouvrage de Fénelon avec la

Lettre de saint Jérôme à Lœta , sur l'éducation de sa fille.

(S. Hieron. Epist. 67, alias 7; Oper. t. IV.) Nous sommas

très-portés à croire que Fénelon a puisé , dans cette lettre

du saiai docteur, l'idée de plusieurs développements remar-

qiu)>l9S du trs^t^ f>€ i*i4miatUm. desJiUûs. (Édit.)

64 HISTOIRE DE FÉHELON.

pour le public ; c'étoit un simple hommage de Famitiié ; il ne Tavoit écrit que pour répondre aux pieuses intentions d'une mère vertueuse. Madame la duchesse de Beauvilliers partageoit tous les sentiments de confiance et d'estime de son mari pour l'abbé de Fénelon. Occupée j avec le plus respectable intérêt, de l'éducation de sa nombreuse famille, elle le pria de la diriger dans racxx>mplissement des devoirs prescrits à sa sollicitude maternelle. Outre plusieurs garçons, elle eut huit filles, qui, grâce aux exemples domestiques qu'elles eurent sous leurs yeux, pendant leur jeunesse, et aux principes qu'elles puisèrent dans les instructions de Fénelon , furent des modèles de toutes les vertus que la charité inspire, et que la religion ennoblit.

Comme elles étoient encore trop jeunes pour que Fénelon pût indiquer, par rapport à chacune d'elles, les modifications que tout instituteur éclairé doit employer, selon la différence des caractères , des penchants et des dispositions, il généralisa toutes ses vues et toutes ses maximes ; mais il saisit, avec tant d'art et de profondeur, tous les traits uniformes dont la nature a marqué ce premier âge de la vie, et toutes les variétés qui donnent à chaque caractère, comme à chaque figure, une physionomie différente, qu'il n'est aucune mère de famille qui ne doive retrouver dans ce tableau l'image de son enfant , et l'expression fidèle des défauts qu'elle doit

s'efforcer de prévenir, des penchants qu'elle doit chercher à rectifier, et des qualités qu'elle doit désirer de développer.

C'est ainsi qu'un ouvrage destiné à une seule famille est devenu un livre élémentaire, qui cou*» vient à toutes les familles, à tous les temps et à tous les lieux.

I Cet ouvrage est si connu et si généralement ré- An«ljie pandu, que nous pourrions nous croire dispensés d'en * ^ ouw»pî« faire ici l'analyse. [Nous étions même d'autant plus portés à l'omettre, que le traité De F Éducation des filles est du petit nombre de ces livres parfaits , auxquels on ne peut, ce semble, rien ajouter, et dont on ne peut rien retrancher, sans en altérer l'esprit et le caractère. Toutefois, l'importance du sujet dont il traite nous a fait penser que la plupart des lecteurs ne verroient pas, sans intérêt et sans utilité , l'analyse même imparfaite que nous leur présenterons de cet admirable ouvrage (i). Quoiqu'il ait principalement pour objet X éducation des filles^ les avis et les préceptes qu'il renferme sont souvent applicables aux deux sexes, surtout dans ce premier

(i) Nous avons un peu étendu Tanalyse que le cardinal de Bausset donnoit ici du traité Be V Éducation des filles. Il nous a paru facile, au moyen de quelques additions, de donner une idée plus nette et plus exacte du plan et des principaux développements de cet important ouvrage.

(ÉDIT

Ç6 HlSTOIHf Bp fi^EhOV.

âge où ils semblçDt se confondre daqs le même nom à' enfant^ copime \\s font remarquer en eui^ lesî mêmes inclinations et les mêmes foihlessîea. Dans le développement de ces avis et d^ ces préceptes, Fénel W s'adresse princip^emeiit saxx parent^ , wxa ipstituteurs , 9^x iq^titutrices , e\ fait, pour ainsi dire, leur éducation, encore plus que celle de leurs enfants et d^ leurs élèves, iDoonréiitents Après quelques réflexions générales sur Timporordmaires taucc de bien élever les filles, et sur Tinfluence de

dans réducation

des filles. Cette éducation dans la société (i),FéQelan siguale les principaux inconvénients des éducations ordinaires, savoir : l'ignorance, 1^ n^aUessç, l'oisiveté, la curiosité qui se porte avec ardf^ur vers des objets vaius et dangereux (%). HFénelon, en signalant ces défauts, est bien éloigné d'interdire aux femmes l'instruction qui leur est nécessaire pour remplir avec succès tous les devoirs que leur imposent la nature e( la société. Il ne cherche point à les dépouiller des avautages que la culture de l'esprit peut ajouter

(i) De l^ Éducation des filles^ ch. i. Les réiexions de Fénd.oii si^r ç^ si]\}el ont été reproduites et développées avec beaucoup de force, par quelques écrivains de nos jours, à rpjcca^ipn d^ la discussion sur la liberté de l'enseignement. Voyez en particulier l'opuscule de M. de Co]:iiiei;iin^ intitulé : Feu! feu! (3® édit. p. 26, etc. )i et celui de M. Parisis, évoque de LaQgres : Sur les tendances dfi l'MgUse et de l'État, [Deuxième exam.en sur la liberté de r Église*) (ÉpiT.)

(2) Ibid, ch. 2.

LIVRS PREMIER. 6^

à leurs agréments naturels. Il savoit qu'elles sont destinées à faire aimer la vie domestique, par le charme de U douceur ; à y entretenir l'esprit d'ordre et d^économie, le plus riche patrimoine des familles ; à graver dans le cœur de leurs enbnts les premiers éléments de cette éducation religieuse et morale que rien ne peut suppléer ; à faire succéder la sérénité aux jours mauvais qui troublent si souvent le cours de la vie humaine ; à donner à la société ce caractère de politesse, de grâce et de décence, si nécessaire pour adoucir l'humeur peu flexible et souvent impérieuse des hommes. « Ces devoirs , dit Fé- * nelon (i), sont les fondements de la vie humaine. « Le monde n*est point un fantôme ; c^est l'assem- « blage de toutes les familles. Eh ! qui est-ce qui « peut les policer avec un soin plus exact que les « femmes? » Il désire donc qu'elles se défendent éga* lement de cet excès de présomption qui les porte à aspirer à des connoissances qui ne leur sont ni utiles ni nécessaires, et de l'excès d'indifférence pour toute espèce d'instruction.

Peut-être observoit-il, avec peine, que plusieurs femmes de son temps s'étoient déjà écartées de cette sage réserve. « On ne manque pas, dit-il , de se servir « de l'expérience qu'on a de beaucoup de femmes que « la science a rendues ridicules, pour les condamner

(i) De rÉduc, des filles, ch. i.

68 HISTOIHE DE VÉSfBhOJS.

« à une ignorance absolue ( i ). » Mais avec cette grâce d'expression et de sentiment qu'on retrouve toujours en Fénelon, il invite celles même d'entre elles qu'une imagination brillante , un travail assidu et des succès extraordinaires auroient fait distinguer d'une manière plus marquée, à se ressouvenir « qu'il « doit y avoir pour leur sexe une pudeur sur la « science^ presque aussi délicate que celle qui in- « spire l'horreur du vice. » C'est par cette considération qu'il veut qu'on s'attache « à désabuser les jeunes « personnes du bel esprit. Elles sont exposées à « prendre souvent la facilité de parler et la vivacité tt d'imagination pour l'esprit ; elles veulent parler « de tout ; elles décident sur les ouvrages les moins <c proportionnés à leur capacité ; elles affectent de « s'ennuyer par délicatesse ; elles sont vaines , et la ce vanité fait parler beaucoup ; elles sont légères, et « la légèreté empêche les réflexions qui feroient « souvent garder le silence. Rien cependant n'est « estimable que le bon sens et la vertu (a). »

Il En combattant la curiosité ordinaire aux jeunes personnes pour les objets vains et dangereux, Fénelon s'élève surtout avec force contre le goût qu'elles manifestent trop souvent pour la lecture des romans^ des comédies et des aventures chimériques oîi l'a-

(i) De VÉduc, desfillesy ch. i.

(a) Ihid, ch, lo. i

iriour profiaine est mêlé (i). I II leur interdit absolument ces sortes de lectures, comme étant pour elles une soui*ce de dangers et d'égarements. « Leur imac gination errante , dit-il , tourne leur curiosité avec «ardeur vers des objets dangereux; elles se pasci sionnent pour des romans, pour des comédies, pour «des récits d'aventures chimériques; elles se rente dent l'esprit visionnaire, en s'accoutumant au lana gage magnifique des héros de ces histoires fabu- « leuses ; elles se gâtent même par là pour le monde. «Une pauvre fille, pleine du tendre et du merveil- « leux qui l'ont charmée dans ces lectures, est étonnée « de ne point trouver dans le monde de vrais per- « sonnages qui ressemblent à ces héros (2). »

On voit que Fénelon veut parler de ce genre de romans dont le goût dominoit dans le siècle où il écrivoit; de ces romans qui représentoient le plus souvent des personnages ornés de toutes les perfections imaginaires de beauté, de grâces, de courage, d'honneur, de délicatesse et de vertu , et dont

(i) Le traité De V Éducation des filles n'est pas le seul ouvrage où Fénelon s'élève contre ces sortes de lectures, et en signale fortement le danger, surtout par rapport aux jeunes personnes. On retrouve les mêmes principes , dans son Sermon pour la fête de Sainte»Thérèse (&*' point), et daus sa Lettre à l'jicadémie française (n. 6). Nous verrons ailleurs comment il a pu concilier avec ces principes la composition du Télémaque. (Ci-après, t. III, liv. IV, n° ao.) (Édit.)

(a) De V Éducation des filles^ ck« 2.

ces luconTénients.

70 HISTOIRE DB PÉNBLON.

il étoit en effet difficile de retrouver les modèles dans le monde et dans l'habitude de la vie. Il est vraisemblable qu'il se seroit montre bien plus sévère encore pour les romans de notre siècle^ qui sont une image trop fidèle de nos mœurs actuelles^ et qui fa* miliarisent ainsi les imaginations jeunes et faciles avec des impressions et des sentiments qui ne sont malheureusement que l'histoire trop sincère des dés- 2g ordres de la société.

Moyens d'éviter \ Après avoir signalé les principaux inconvénients

des éducations ordinaires, Fénelon examine les moyens qu'on peut employer pour les éviter. Il réduit ces moyens à quatre principaux , dont le développement remplit la plus grande partie de son ouvrage. \ Le premier moyen est de commencer l'éducation des filles dès leur plus tendre enfance (i). « Ce pre* r< mier âge, qu'on abandonne à des femmes indiscrè- « tes et quelquefois déréglées , est pourtant, dit Fé- « nelon , celui où se font les impressions les plus ff profondes, et qui, par conséquent, a un plus grand « rapport à tout le reste de la vie. » Dès l'âge le plus tendre, on peut travailler utilement à l'éducation des enfants, les accoutumer doucement à la sobriété, leur inspirer l'amour de la vérité et le mépris de toute dissimulation , les prémunir contre la présomption et la vanité , profiter de leur curiosité

(i)Del''£duc,desfiiles,ch.3,

Livnc rasififiiii 71

naturelle et de leurs questiouft enfantines , pour le» instruire insensiblement et sans effort.

K Le second point, que l'auteur iregaktie aree raison comme Capital en cette matière , consiste à n'offrii* aux enfants que de bons modèles (i). L'ignorance des enfants et la flexibilité de leur cerveau^ dans le« quel rien li'est encore imprimeries rendent naturellement souples et enclins à imiter tout ce qu'ils voient: ne Iaisse2 donc approcher d'eux que des personnes dont les exemples soient utiles à suivre ; et « comme a il n'est pas possible qu'ils ne voient , malgré les c précautions qu'on prend, beaucoup de choses irréc gulières , il faut leur faire remarquer de bonne « heure l'impertinence de plusieurs personnes vicieu- « ses et déraisonnables , sur la réputation desquelles « il n'y a rien à ménager ) il faut leur montrer com- « bien on est méprisé, et digne de l'être, combien on « est misérable , quand on s'abandonne à ses pas-^ « sionsy et qu'on ne cultive point sa raison. »

1 Le troisième point , sur lequel Fénelon s'étend plus longuement , est l'instruction (a). Bien de plus intéressant que les détails où il entre , dans cette partie de son ouvrage , sur la manière d'instruire les enfants , de leur faire goûter l'instruction , et de leur rendre la vertu aimable; sur les moyens d'ému-

Maniera

d*instruire les

enfants.

(i) De t Éducation des filles y ch. 4* (2) Ihid. ch. 5 et 6.

^a HISTOIRE DE FEHELOff

lation et d'encouragement qu'on peut employer ; sur le choix et l'application des récompenses et des châtiments; enfin, sur les moyens de faire entrer dans l'esprit des enfants les. premiers principes de la religion (i). Sur ce dernier point en particulier , on trouve ici les développements qu'on chercheroit vainement ailleurs, et qui ne sauroient être trop médités, non-seulement par les pères et mères, mais par toutes . les personnes appliquées à l'instruction de la jeunesse.

Fénelon établit tout son système d'éducation sur le seul fondement qui peut assurer le bonheur des familles et l'ordre de la société, sur la religion. Il fait arriver les enfants à l'instruction, par leur penchant même à la frivolité ; c'est le goût général des enfants pour les histoires, que Fénelon emploie pour les instruire de la religion. Il indique ensuite la méthode la plus simple et la plus facile pour mettre les vérités les plus intellectuelles à la portée des enfants, et les leur faire comprendre autant qu'il est donné à l'esprit humain de pénétrer dans ces obscurités métaphysiques , sur lesquelles un enfant un peu instruit en sait autant que les hommes, et les hommes les plus instruits n'en savent guère plus que les enfants. C'est .'une vraie persuasion que Fénelon veut obtenir des enfants; et, comme il

[\) De tÉduc. des filles, ch, 7 et 8.

le dit lui-même , a ce n'est pas en jetant un enfant fi dans des subtilités de philosophie , qu'on parvient «à cette vraie persuasion (l). »

Il profite de la poupée même avec laquelle joue Tenfant, pour lui donner les premières notions de la distinction de l'esprit et du corps, de la différence des qualités morales, de l'immortalité de l'àme, des peines et des récompenses d'une autre vie ; c'est toujours par des raisons sensibles qu'il parle à leur raison naissante.

Fénelon veut qu'on donne aux femmes comme aux hommes, sur tout ce qui concerne la religion, une instruction solide et exempte de toute superstition, « Il ne faut jamais laisser mêler dans la « foi , ou dans les pratiques de piété, rien qui ne « soit tiré de l'Évangile , ou autorisé par une appro- « bation constante de l'Église. Accoutumez-les « donc à n'admettre pas légèrement certaines his- « toires sans autorité, et à ne s'attacher pas à de tf certaines dévotions qu'un zèle indiscret introduit, « sans que l'Église les approuve. »

Il expose ensuite successivement tous les points de la doctrine de l'Église catholique , tout ce qui concerne les sacrements et les cérémonies du culte public, avec une clarté si admirable, qu'il est impossible que des enfants bien pénétrés de ses

(i) /)ff CÉduc. des filles y ch. 7.

^4 HISTOIRB DE FMSEhOJS.

maximes et de ses leçons ne soient p9B parfaitement instruits des vérités essentielles de la religion ; on seroit même fondé à penser que ce degré d'instruction pourroit suffire au plus grand nombre des hommes.

On ne doit pas oublier de remarquer que Fénelon , dans ce traité si précis et si substantiel ^ fait trois fois le plus grand éloge du Catéchisme historique de Tabbé Fleury (i). 11 est vraisemblable que son estime pour l'ouvrage et pour l'auteur le détermina dans la suite à s'associer cet homme si recommandable, dans l'éducation des petits-fils ^Q de Louis XIV.

Défauu à pré- || Le quatrième point que Fénelon traite dans cet

ouvrage , regarde le soin qu'on doit prendre de préserver les filles de plusieurs défauts ordinaires à leur sexe, comme sont principalement la mollesse^ l'excessive timidité, qui les rend incapables d'une conduite ferme et réglée, la facilité à se répandre en paroles et en discours inutiles^ les détours artificieux pour parvenir à leur but, la vanité surtout et le désir de plaire || (a). Fénelon ne dit qu'un seul mot de la dissimulation qu'on reproche aux femmes ; et ce mot renferme un grand sens. « Cette dissimu- «lation, dit41,est d'autant plus inutile, que si le

{i\ De tÉduc. des filles, ch. 9 et 10. (a) Ibid, ch. 6 et i3«

venir et à combattre en eux.

liyAb premibr. 75

« inonde est quelquefois trompé sur quelque action <c particulière, il ne l'est jamais sUr l'ensemble d'une «vie entière, i»

Y Pour corriger la yanitë et le désir de plaire, qui leur est si naturel y Fënelon yeut qu'on s'applique à leur fiûre comprendre combien les graoes et les agré* ments naturels sont inutiles et même dangereux, s'ils ne sont soutenus par le mérite et la vertu) qu'on leur fasse soigneusement éviter la recherche dans les ajustements , l'empressement à suivre les modes , l'affectation du bel esprit, et tant d'autres peti«* tesses, qui n'aboutissent qu'à rendre une fenmie méprisable aux yeux de tout homme sage et bien réglé (i). ^ ,

Il n'y a pas jusqu'à des leçons de grâce et de bon goût sur la parure , que Fénelon n'ait trouvé le moyen d'amener dans cet intéressant ouvrage. Il fait voir combien les jeunes personnes s'égarent souvent dans les combinaisons de leur vanité , en adoptant inconsidérément des modes qui leur font perdre la plus grande partie de leurs avantages. Il voudroit « qu'on leur fît remarquer la noble sim- «plicité qui paroit dans les statues et les autres «figures qui nous restent des femmes grecques et «romaines. Elles y verroient combien des che- «veux noués négligemment par derrière, et des

(i) De VÉduc. deiJUks, ch. 9 el 10.

76 HISTOtRK DE FilXWLOJS.

«draperies pleines et flottantes à longs plis, sont ^ « agréables et majestueuses. 0 '

Mais, par une espèce de pressentiment de Texa- i gération qu'une nation mobile et légère apporte toujours dans ses goûts et dans ses modes, Fénelon Q ajoute : a 11 ne faut pas souhaiter qu'elles prennent « l'extérieur antique ; il y auroit de l'extravagance a. à le vouloir : il faut seulement qu'elles prennent « le goût de cette simplicité d'habits, si noble, si a gracieuse, et if ailleurs si comfenuble aux mœurs « chrétiennes... Les véritables grâces suis>ent la 3j^ « nature^ et ne la gênent jamais. »

CoDcliuion II Les derniers chapitres de l'ouvrage sont consa-

ouTrage. ^^^^ ^^ l' instruction des femmes et des gouvernan* tes, appelées à suppléer ou à seconder les mères dans l'éducation de leurs enfants (i). Tout ce qu^on a jamais écrit de plus raisonnable et de plus solide pour l'instruction des mères de famille, sur la manière de conduire leurs enfants, de traiter leurs domestiques, de régler l'intérieur de la maison, de surveiller tous les détails du ménage, se trouve ici réuni en quelques pages, mais avec cet intérêt et ce charme inexprimables dont le secret semble réservé à Fénelon. Chacun de ses avis et de ses préceptes est éclairci par des détails et des exemples qui en rendent la vérité

{i) De VÉdac^ des filles, eh. 11, i a et i3.

sensible; qui en mettent, pour ainsi dire, la pratique sous les yeux du lecteur; et qui supposent, dans l'auteur, un esprit d'observation et de sagesse, une profondeur de vues et de réflexions, un sentiment des usages et des convenances, que trèsrpeu d'écrivains ont possédés dans un si haut degré. || Rien ne lui échappe dans la vie intérieure des familles, ni dans le tableau du monde où elles sont destinées à vivre. Il finit par cet éloge si touchant, que l'Écriture fait, dans le livre des Proverbes , « de la femme vraiment admirable , « que ses enfants ont dite heureuse, que son mari «a louée, et qui a été louée par ses propres ff œuvres dans l'assemblée des sages , et par les «regrets et les pleurs de tous ceux qui l'ont (< connue, aimée et respectée (i). » 32

On ne petit s'empêcher, en lisant cet ouvrage ^ Mérite d'admirer le ton de modestie et de simplicité avec lequel Fénelon y présente plusieurs observations de détail , aussi fines que justes et profondes. L'étonnement augmente encore si l'on compare cette simplicité avec le faste des auteurs plus récents, qui nous ont reproduit ces mêmes observations comme, des découvertes qui sembloient leur appartenir, ce Je ne donne pas ces petites

(i) De rÉduc. desfiUeiy ch. i3.

et importance de ce traité.

78 HISTOIRB OB VBHSLON.

choses pour grandes^ a dit Féaelon (i). Mais que Pénelon, paraît grand, lorsqu'il ne donne que comme de petites choses ces observations fines et dëlicatesy qui tenoient à une attention si suivie, à des réflexions si profondes et si variëes, qui supposoient tant de goût et de tact, et qui étoient l'expression du cœur le plus sensible et le plus vertueux \

Nous nous sommes un peu étendu sur ce traité d'éducation , non-seulement parce qu'il fut le premier ouvrage de Fénelon , et qu'il réunit tous les genres de mérite qui peuvent appartenir à un pareil sujet; mais encore parce qu'il indiqua, pour ainsi dire, d'avance, au duc de Beauviliiers, le précepteur des petits-fils de Louis XIV.

Il y a loin, sans doute^ du gouvernement domestique des familles au gouvernement d'un grand empire. Mais la différence des objets ne change rien au caractère du génie , qui les considère chacun sous son véritable point de vue. Le même esprit d'observation et de sagesse, qui sait donner à chaque sujet toute la profondeur et toute l'étendue dont il est susc^tible, sans jamais sortir des bornes où il doit se renfermer, suppose toujours cette surabondance de génie et de talent, qui ne demande qu'un libre essor et des circonstances propices,

(i) De VÉduc, des filles, eh, 3.

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