‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 27 sur 101 · L|¥K¥ FREMI · texte numérisé non relu

L|¥K¥ FREMI

pour embrasser un plus vaste eapaoe , et atteindre

les points les plus élevés* 3^

Lorsqu'on a lu le traité 4)e F Éducation d^s filles^ vie sérieuse (m est disposé ^ croire que Fénelpn n'avoit pu ac- ^^ péneioT à quérir un septiment si juste et si délicat des usages, répoque où u des conveii^nces et des travers de la société , que ^^^^^ psir un çominei*ce habituel avec le mande* Cepen-* dant, à l'époque où il composîa cet ouvrage, il étoit dans la retraite^ uniquement occupé de ses devoirs ecclésiastiques. Il logeoit^ à la vérité, chez le mar* quis de FéneloUjt son oncle, qui avoit autrefois beaucoup vécu à la cour et dans le monde. Mais cet oncle vivoit alors lui-même fort retiré, livré tout entier à la méditation des grandes vérités de la religion , et n'ayant conservé , de toutes ses an* ciennes relations, qu'un petit nombre d'amis qui partageoient ses principes et ses sentiments. Il est vrai que ces amis étoient des hommes du premier mérite , par leur vertu et leur caractère ; prévenus favorablement pour le neveu, par leiH* amitié pour l'oncle, ils éprouvoient déjà pour Fénelon cette es^ pèce d'attrait, qui lui tint si étroîlement unis, pendant toute sa vie, tous ceux qui avoient une fois commencé à l'aimer* Ce. fut dans la société de ces hommes distingués , déjà désabusés du monde , ou qui avoient eu ta sagesse d'y conserver l'indépen* dance de leuf «caractère , en se retirant souvent dana k solîHide de leurs pensées, que Fénelon ap-

8o HISTOIRE DE FÉNELON.

prit à connoitre le inonde , beaucoup mieux qu'il ne l'auroit connu, en s'abandonnant inconsidërément au tourbillon des sociétés. D'ailleurs j ce seroit une illusion de croire qu'on ne connoît bien le inonde , qu'en se livrant au tumulte insensé de ses plaisirs bruyants, à ses joies si vaines, à son oisive activité. Il reste bien peu de temps et de moyens pour l'observation, lorsqu'on est soi-même entraîné par le mouvement rapide qui précipite les jours et les années de la vie, dans ce vide immense de soins inutiles, de distractions pénibles, de vains projets, d'espérances trompeuses. C'est de la soli* tude qu'il faut voir le monde, ses passions, ses ennuis, ses vicissitudes; la connoissance des hommes n'est point attachée à l'observation superficielle des formes et des usages de la société. L'habitude de la politesse et des égards contribue sans doute à répandre plus de douceur dans les mœurs, et plus d'élégance dans les manières; mais il n'est pas nécessaire de consumer sa vie entière dans ces soins frivoles, pour avoir un grand usage du monde ; il suffit de porter en soi-même le sentiment des convenances, et cette aménité d'esprit et de caractère qui forme la véritable urbanité.

Il est, en effet, assez remarquable que tous les bons ouvrages du siècle de Louis XIY, ceux dans lesquels on retrouve le sentiment le plus exquis de tout ce qui constitue le bon goût dans. la littéra-

ture et les beaux«^rts, ceux qui nous révèlent avec le plus de cliarme et de délicatesse tous les secrets du cœur humain, ont été écrits le plus souvent par des hommes qui vivoient dans le silence de la retraite, ou qu'une heureuse conformité de principes religieux, de goûts estimables^ d'études utiles ou agréables, avoient unis de confiance et d'amitié* Sans doute ces écrivains célèbres n'étoient pas entièrement étrangers au monde ; il faut bien voir les hommes^ lorsqu'on veut les connoitre et les juger ; mais ceux même d'entre eux que le bonheur des circonstances avoit mis à portée d'observer les grands modèles, et d'être recherchés par tout ce que le rang, la naissance et>]a faveur avoient élevé audessus d'eux, évitoient de se laisser éblouir par le prestige de ces brillantes illusions ; ils s'attachoient à tourner au profit de leur sagesse et de leurs lumières les observations qu'ils recueilloient du spectacle des jeux de la fortune et du combat éternel des passions; ils retournoient toujours avec un nouveau plaisir dans leur paisible et vertueuse retraite, pour y retrouver le bonheur le plus pur et le plus vrai, dans les douces affections de la nature et de l'amitié (i).

(i) Voyez 9 parmi les Pièces justificatives du liv. I, ii. 4» un morceau très-curieux de l'abbé GédoyD, sur la vie retirée que menoient autrefois àParis les magistrats et les gens de lettres.

Su HISTOIRE DE FÉrTELON.

Moridamar- Tandis que Fénelon se livroît aux occupations d^Fénelo™ "^^'^^ ®t hotiorables d'un emploi obscur et presque z683. ignore ; tandis qu'il se disposoit , par Fëtude et la méditation, à acquérir les connoissances et les talents nécessaires pour rendre un jour à l'Église des services plus éclatants, il eut à pleurer la mort d'un oncle qui avoit dirigé ses premiers pas dans la carrière du monde ^ et qui lui avoit été encore plus utile en tournant son cœur vers les sublimes idées de la perfection chrétienne (t). G'étoit sous sies yeux, c'étoit dans sa maison, et dans l'intimité de cette douce confiance qu'un père se plaît à montrer à l'enfant de son choix, à celui qu'il a adopté pour le consacrer tout entier k Dieu et à la vertu, que Fénelon s'étoit pénétré du sentiment profond des devoirs de son état et de la grandeur de son minis^ tère-

Ce que nous avons déjà dit du marquis de Fé^ nelon^ de son caractère, de ses principes, de l'éclat de ses démarches dans l'affaire des duels, et de la vie austère qu'il avoit embrassée , prouve en effet qu'il étoit digne de servir de guide à son neveu dans les voies de la religion^ On peut même croirç que

(i) Le marquis Antoine de Fénelon mourut le 8 octobre i683, et fut enterré^ ainsi qu'il l'avoit demandé, dans la chapelle souterraine du séminaire de Saint<^ulpice. Voyez, aU tki f des Pièeesjustificathes de ce Hvre^ la Notice généah sur la famille de Fénelon^ % 5.

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