‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 28 sur 101 · LIVRE PREHIEtl · texte numérisé non relu

LIVRE PREHIEtl

la rigidité de ses tnaximeâ avoit contribué à prémunir Féaelon contre les dangers auxquels auroient pu l'exposer son extrême sensibilité, la douceur na« turetle de son caractère, la facilité brillante de son imagination, et cette bienveillance qui l'invitoit toujours à supposer dans les hommes toutes les vertus dont il portoit le goût et le sentiment au fond de son cœur. 3^

Mais il lui restoit trois amis précieux, qu'il con- étroite liaison tinua de cultiver avec autant d*assiduité que d'affec- *** ^^^^^

^ avec Bossiiet

tion. Bossuet avoit déjà conçu pour le neveu dé et avec le duc

son ancien ami cette prédilection qui supposoit des ^® Beauviihers.

rapports si vertueux entre l'âme de deux hommes

dont les caractères, différents k plusieurs égards,

se rapprocboient et s'unissoient en tout ce qu!

Conternoit les intérêts de là religion et k gloire de

l'Église.

Le duc de Beauviltiers avoit d'abord aedueilli l'abbé de Fénelon comme le neveu de l'un des hommes qu'il estimoit le plus, et comme l'élève le plus cher de M. Tronson. Mais cet élève étolt devenu son maître et son guide, en même temps que son ami le plus tendre ; et le duc de Beauvilliers prenoit déjà conseil du jeune abbé de Fénelon pour les afTaires de sa conscience. Ils avoient l'un et l'autre un attrait particulier pour les maximes de cette spiritualité pure et désintéressée, qui transporte tous nos sentiments et toutes nos affections dans le

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sentiment presque exclusif de l'amour de Dieu pour lui-même, sans aucun retour humain sur notre propre bonheur.

M. Tronson suivoit avec un intérêt paternel son ancien élève, dans la carrière qui s'ouvroit devant lui. Il ne cessoit de l'entretenir, par ses sages avis, dans cet esprit de recueillement et de méditation, si nécessaire pour le préserver des illusions de Tamour-propre et de l'ambition : deux sentiments qui peuvent quelquefois égarer les hommes les plus vertueux, en leur présentant la gloire de leur ministère comme attachée à leur considération personnelle.

Fénelon trouvoit toujours, dans ses entretiens avec Bossuet, de nouveaux motifs pour estimer et respecter ce grand homme, et de nouveaux avantages pour sa propre instruction. Ce fut d'après ses conseils et sa méthode, qu'il s'attacha à étudier les principes de la véritable doctrine^ dans les sources les plus pures de Fantiquité. Il apprenoit de lui à éclaircir les difficultés qui se rencontrent assez fréquemment dans les écrits des Pères de l'Église , et qui peuvent quelquefois arrêter les esprits peu familiarisés avec leur langage, et avec la nature des questions qu'ils ont eu à traiter, pour combattre tant d'hérésies différentes et souvent opposées. Il lui montroit la mauvaise foi des hérétiques, qui affectent souvent 4e s'appuyer sur un texte isolé, pour sup-

poser qu'ils ne se sont point écartés de l'ancienne doctrine de l'Église. Il lui faisoit sentir que c'étoit surtout dans les livres sacrés, et dans leur interprétation consacrée par la tradition, qu'il devoit chercher les principes et les preuves de tout le corps de la tradition.

C'est certainement à l'école de Bossuet que Fénelon, déjà familiarisé avec la science des saintes Écritures, par les instructions publiques qu'il avoit données pendant son séjour à la communauté de Saint-Sulpice, contracta cette heureuse facilité d'employer naturellement et sans effort les pensées et les expressions des écrivains sacrés, pour en composer son style. Cette langue inspirée lui devint si naturelle, qu'on en i^etrouve sans cesse l'application dans tous ses écrits, et même dans ses lettres les plus indifférentes. 11 ne pouvoit assurément choisir un plus grand maître dans cette science que Bossuet, qui étoit parvenu à ne pouvoir plus s'énoncer dans sa propre langue, sans y transporter involontairement toute la magnificence des prophètes et toute la hauteur de ce style sublime, qui porte avec lui le sceau de l'inspiration.

Un grand avantage pour Fénelon, comme l'une de ses distractions les plus douces, étoit la liberté d'accompagner Bossuet à sa maison de Germigny ( i ).

Voyages de

Fénelon à Germiguy.

(i) MaisoA de campagne desévéquesde Meaux.

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C'étoit là que Bossuet alloit chercher quelquefois le repofi de la solitudei pour échapper au tourbillon des devoirs et des affaires i qui remplissoieut tous ses luoments à Paris et à la cour : retraite sacrée, qui pouvoit seule soustraire ce grand homme à l'empressement indiscret de tant de personnes de tous les rangs et de toutes les professions, qui venoient sans cesse interroger l'oracle de l'Église gallicane. Là, Fénelon, son fidèle ami l'abbé de Langeron, et le célèbre abbé Fleury, étoient assurés de jouir de Bossuet tout entier ; les repas , la promenade, et les intervalles nécessaires qui séparent les moments consacrés à l'étude, devenoient des occasions et des moyens d'instruction, sous la forme d'une simple conversation.

î La Correspondance de Fénehn nous offre un précieux monument de ces premiers rapports de deux grands hommçs, faits pour se connoitre-, s'aimer et s'estimer; c'est une pièce devers adressée à Bossuet par Fénelon, probablement pendant l'hiver de l'année 1687 (i). Le poète y dépeint en traits vifs et animés les agréments de Germigny, et soupire après le retour du printemps, qui doit rendre à ce riant séjour toutes les grâces et les beautés dont l'hiver

(i) Œuvres de Fénelon^ t. XXI, p. 3oa. On a vu plus haut (p. 5i, note 1), que les premiers rapports de Fénelon avec Bossuet remontent à peu près à Tépoque dont nous parlons. (Édit.)

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