‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 3 sur 101 · PREFACE. VU · texte numérisé non relu

PREFACE. VU

traiter un si beau sujet. Aviin^ lui , Fénelop q'avpit été peint qu^à moitié , et comme en raccourci. V Histoire de sa vie et de ses écrits , publiée en 1 723 par le chevalier de Ramsay , et Y Abrégé cie sa viej publié en 1734 par le marquis de Fénelon, ne sont que des précis très-incomplets. La Fie^ publiée en 1787 par le P. de Querbeuf , entre dans un plus grand détail ; et Ton s'aperçoit aisément que l'auteur avoit à sa disposition un grand nombre de pièces inédites, pégligées par les aU' leurs plus anciens. Peut-être même eût-on cru , si l'événement n'eût démontré le contraire, qu'il y avoit de la hardiesse à écrire après lui une nouvelle histoire, et à refaire ce qu'il avoit exécuté avec un succès bien supérieur à celui de ses devanciers. Mais le cardinal de Bausset l'a dépassé de si loin , qu'il l'a presque fait oublier. Le P. de Querbeuf est un historien véridique et sûr , mais non un écrivain élégant ; son style négligé ^ quelquefois incorrect, étoit peu propre à peindre Fépelon. Le cardinal de Bausset , par les charmes de son élocution et par les grâces naturelles de son style, sembloit être fait pour célébrer l'auteur du Télémaque. Obligé quelquefois à raconter iea mêmes choses que les historiens précédents, il les dit avec une grâce et un art bien différents. Indér

VIII I^REFACE.

pendamment des avantages que lui donne sur eux la supériorité de ses talents, il a mis à contribution une foule de pièces nouvelles, de manuscrits inédits, de lettres originales, qui lui ont fait connoître des détails du plus haut intérêt , des particularités secrètes et jusqu'alors inconnues. Ces manuscrits, et surtout les lettres qu'il rapporte en assez grand nombre, selon Tordre des temps et des événements, sont tout à la fois les matériaux, les preuves et les plus beaux ornements de son Histoire{i). A l'aide de ces pièces, auparavant ignorées , ou prudemment supprimées par les premiers historiens de Parchevêque de Cambrai , il fait connoître des faits importants qu'ils avoient omis, corrige leurs erreurs, détruit ou confirme leurs simples conjectures; et la manière dont il présente les faits, ajoute encore, s'il est possible , au respect et à l'admiration de tout temps attachés au grand nom de Fénelon.

En nous exprimant ainsi sur le mérite de l'ou-

(t) La plupart de ces manuscrits ont été publiés depuis, dans l'édition complète des Œuvres et de la Correspondance de Fénelon y commencée à Versailles en 1820 (chez Lebel), et terminée à Paris en 1830 (chez Adrien Le Clere.) Ils se conservent aujourd'hui au séminaire de Saint- Sulpice de Paris.

PRiFACE. IX

vrage du cardinal de Baasset j nous ne faisons que répéter le jugement qui en fut porté , dès le temps de sa première publication, par toutes les classes de lecteurs 9 et par les critiques même les plus sévères. Sans parler ici des Journaux, qui s'empressèrent à Tenvi d'annoncer V Histoire de Féne^ Ion avec les plus grands éloges (1), on trouve un témoignage remarquable de cette approbation universelle , dans le recueil des Rapports et discus* sions de toutes les classes de F Institut de France , sur les ombrages admis au concours pour tes prix décennaux. ( Paris ^ novembre 1810, iD-4°.) On y voit que M Histoire de Fénelon fut alors désignée, par le jury du concours , à la cla.'fse d* histoire et de littérature ancienne ^ comme méritant le prix destiné au meilleur ouvrage de biographie; et que la proposition du jury fut adoptée par la classe, à la majorité absolue des suffrages, après une assez longue discussion. Cette décision, comme on

(t) Voyez eu particulier ie Journal des Débats, des t9 et 23 mars, et du 5 avril 1808. — Mélanges de Philosophie , (par M. Picot) année 1808; t. IV, p. 289 et 837. — Mercure de France, année 1808; t. XXXII, p. 57, etc. année 1809; t. XXXVI, p. 24, etc. Le compte rendu de VHist. de Fénelon dsiXisle Journal des Débats, fut reproduit. Tannée suivante, dans le Spectateur francois au xix* siècle; t. VI, p. 111, etc.

^\t% Q'^ut 9i}cune «uite, les prU décennam^ n'ayant pas été dig|;ribpés; mai^ elle servit da n^oipg à mettre en évidence la haute estime dont JQuissoit y Histoire de Fénelouj même dans l'esprit de ceui^ qui en signaloiept avec plqs de sévérité quelques défauts réels ou apparents (t). Le rare mérite de cet ouvr^ige est également établi par Taccueil

(I) C'est ici le lieu d'indiquer les deux Lettres anonymes, publiées en 1809 et 1810, contra VHistoire deFénelon, par le P. "fabaraud, apcien Qratorien. La première de ces Lettres, relative à l'affaire du quiétisme, renfermoit une foule de chicanes et d'observations minutieuses , puisées pour la plupart dans la Relation du quiétisme de Tabbé Phéllppeaux. La seconde, relative au jansénisme, étoit une espèce de plaidoyer général en faveur de la secte, et reproduisoit , pour le fond y tous les arguments et les subtilités des anciens partisans de révéque d'Ypres. Ces deux lettres, aussi répréhensibles pour le fond, que peu mesurées pour la forme, fn*ent peu de sensation dans le public. Le cardinal de Baosset n-y opposa aucune réponse, et n'en fit même pas ipention, dans les éditions postérieures de son Histoire; toutefois il en profita, pour corriger quelques erreurs de détail. La première lettre seqle fut annoncée dans les Mélanges de Philos» de Morale et de Littér. (T. VIII , p. I, etc.) Les deux lettres ensemble furent depuis reproduites par Fauteur, sous une forme différente, et avec quelques additions, dans Touvrage intitulé : Supplément aux Hist, de Bossuet et de Fénelon; Paris, 1822, in-a^. Voyez dans les tomes LXXU et LXXIII de L'Ami de la fielig. (n*>« 1974 et J985) la Notice sur M, Tabaraud.

PBEfAGE. XI

qai lui fut fis|it dans les pays étrangers, coipine en France; il fut traduit, en peu de temps, dans les principales langues de l'Europe; et plusieurs Journaux des plus accrédités, s'empressèrent d'annoncer ces différentes traduclions(l).

Ce concert unanime de louanges n'éblouit jamais le cardinal de Bausset , et ne Tempécha pas de reconnoitre les défauts qu'une critique sévère poqvoit reprendre dans son ouvrage, aussi bien que les améliorations dont il étoit susceptible. A l'exemple des écrivains supérieurs, il accueilloit volontiers les observations, les exarainoit avec impartialité , et ne faisoit aucune difficulté d'en profiter pour modifier ses idées , et corriger son tra-

(1) Nous avons sous les yeux le Prospectus d'une traduction italienne de VHist. de Fénelon, qui parut à Florence en 1813. Ce Prospectus renferme un extrait des Rapports et discussions de l'Institut, sur I*^î5/. de Fénelon, à l'oc^ easion des prix décennaux. Le même Prospectus suppose que l'ouvrage étoit déjà traduit en anglois et en allemand. La traduction allemande avoit pour auteur M. Féder^ bibliothécaire de l'université de Wurtzbourg.

Parmi les Journaux étrangers qui rendirent compte de VHistoire de Fénelon , nous remarquerons en particulier le Journal anglois, intitulé: The monthlfj RevieWj or Litterary Journal, (Années 1808 et 1809; t. LVIl et LVIIL) Le rédacteur y donne l'analyse détaillée de l'ouvrage, accom^ pagnée de grands éloges.

Page 1