LIVRE PHEMlEtl. iSg
peloit à Féiielon les plus précieux souvenirs de sa jeunesse, et setnbloit réunir dans la bouche d'un seul homme la voix respectée de ses plus chers bienfaiteurs, durent rouvrir son cœur à la douleur, et mêler des larmes et des inquiétudes à la pensée de tout le bien qu'il vouloit et qu'il pouvoit faire. gg^
1 En nommant le duc de Beauvilliers gouverneur ^ marquis du duc de Bourgogne, le Roi lui avoit associé, en ^^^ nommé qualité de sous-gouverneur, le tnarquis de Denon- sous^uyerneur, ville , digne de ce choix par les services qu'il avoit rendus à l'Etat pendant plus de trente ans, dans divers emplois militaires, et particulièrement dans celui de gouverneur du Canada , qui lui avoit . été donné en 1684 (1). H étoit encore dans son gouvernement, lorsqu'il apprit sa nomination à l'emploi de sous-gouverneur du duc de Bourgogne; et il se mit aussitôt en devoir de revenir en France, où il arriva dans les premiers jours de l'année 1690. Peu de jours après son arrivée, il prêta le serment de sous -gouverneur entre les mains du duc de Beauvilliers, qui l'installa , ce jour-là même, dans l'exercice de son emploi. Tous les autres officiers inférieurs au gouverneur et au précepteur, prêtèrent successivement leur serment, selon Pusage, entre les mains du gouverneur (2).
(i) Voyez au n. VI des Pièces Juslificatiçes, \esPromfùns du marquis de DenonvUle, (a) Mous tirons ces détails de la Gazette de France, et du
l6o HlSTOIRli; DE FÉMELON.
L'abbédeLan- Le duc de Beauvilliers avoit trop d'estime et de
n^'^bép/"^' confiance eu Tabbé de Fénelon, pour ne pas s'en
sous-précepteur, reposer suf SOU discernement, du choix de tous les
instituteurs qui dévoient travailler sous ses ordres et sous sa direction. L'abbé de Langeron fut nomme lecteur ; il étoit le plus ancien ami de Fénelon ; il étoit digne de l'être. Son esprit, ses talents, ses connoissances très-étendues et très-variées, auroient suffi, indépendamment de tout autre titre , pour
Journal manuscrit de Dangeau, qui se conserve à la Bibliothèque royale. Voici ce qu*on lit, à ce sujet, dans ce dernier recueil , sous la date du i4 janvier 1 690 : « M. de De- « nonvi4le , qui est revenu depuis peu de jours du Canada, « dont il étoit gouverneur, a prêté aujourd'hui serment « entre les mains de M. de Beauvilliers, delà charge de sous- « gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne; et, dès « le soir^ M. de Beauvilliers l'a installé. Cette charge ne vaut « que 7,5oo livres d'appointements. // marche après le pré- <c cepteur, quia 12,000 livres d'appointements, et qui prête ser- «mententre les mains du Roi, comme le gouverneur. On croit « que M. de Denonville aura les entrées chez le Roi, parce « que M. Millet, qui étoit sous-gouverneur de Monseigneur, « les a eues. » On lit dans le même Journal, sous la date du 16 janvier suivant : a Le Roi donna les entrées chez lui à « M. de Denonville, sous-gouverneur de monseigneur le duc « de Bourgogne. M. Millet, sous-gouverneur de monsei- « gneur le Dauphin, les avoit eues; et cet exemple-là a dé- « terminé le Roi. » Enfin, sous la date du la mars suivant : « Le Roi a fait M. de Denonville maréchal de camp ; ainsi, il « ne perdra point sou rang, en servant chez monseigneur «< le duc de Bourgogne. » (Édit.)
l'associer à une éducation dirigée par Fénelon. L'abbé Fleury fut nommé sous-précepteur: on est dispensé de faire l'éloge d'un pareil choix (i). Tous ses ouvrages portent l'empreinte de son âme et du caractère de son esprit. Ses vertus lui méritèrent la vénération de ses contemporains ; et son nom est encore prononcé avec respect, dans un siècle si différent de celui où il a vécu. La vérité, l'exactitude, la profondeur et l'étendue des recherches, le jugement le plus sain et le plus sûr, une foi vive et sincère Il y foiment en général le caractère dominant de ses écrits, il Personne n'a mieux su faire connoitre et aimer la religion. Son admiration pour les premiers siècles de l'Église annonce qu'il en avoit les vertus et les mœurs. Mais cette admiration même a pu contribuer à le rendre trop sévère, et quelquefois injuste, dans l'histoire des siècles qui ont suivi ces temps de ferveur et de perfection (a). On conçoit à peine comment toutes les occupations qui ont rempli la vie de l'abbé Fleury, ont pu lui laisser la
(i) Voyez au n. VI des Pièces justificatives de ce livre, les ProQÎsions de Vabhé Fleury.
(a) On peut voir, à Tappui de ces réflexions, l'Jlmi de ta Religion, l. XVIT, p. î^oi, erc. ; t. XXII, p. ^4 1 , 353, etc. — NouçeaaJcOpuscttles de Fleury {pnhWés par M. l'abbé Émery) ; a*édit. Préface^ p. 3o, 43, etc. — Catéchisme hist, de Fleury, Avertissement de Tédition de Louvain. (Cette édition a été reproduite à Lyon, i Saa, in-ia.) (Édît.)