‹ Histoire de Fénelon, archevêque de CambraiChapitre 33 sur 101 · T. 1. II · texte numérisé non relu

T. 1. II

l6% HISTOIRE DE FÉITCLON.

liberté de se livrer aux travaux, immenses que supposent le genre et le nombre de ses ouvrages.

Il connoissoit par expérience la manière d'élever et de bien élever les princes. Avant d'être appelé à l'éducation du duc . de Bourgogne , il avoit été cliargé de celle des princes de Conti et du comte de Vermandois. La mort du comte de Yermandois en 1683, avoit rendu l'abbé Fleury à la liberté et à l'étude; mais son premier besoin étoit d'être utile à l'Église. Lorsquen i685y Tabbé de Féneloa fut chargé des missions du Poitou, il appela l'abbé Fleury } et l'abbé Fleury accourut à sa voix. Plus Féne- Ion le connut 9 plus il apprit à l'aimer et à l'estimer ; et il regarda comme un bonheur pour lui, et un avantage inappréciable pour le duc de Bourgogne, le concours d'un tel coopérateur à une telle 7Q^ éducation.

Autres officiers L'abbé de Beaumont, fils d'une sœur de Féneau eune prince '^^ > ^^^ associé plus tai^ a l'abbé Fleury, en qualité

de sous-précepteur (i). Il fit voir, par son zèle et son application , qu'il n'avoit point été appelé par la voix

(i) Le cardinal de Bausset siipposoit ici, que l'abbé de Beaumont fut associé^ dès le principe, à Tabbé Fleury, en qualité de sous-précepteur. Il paroît que c'est une erreur. Les Registres du secrétariat de la maison du Roi, qui contienneut les provisions accordées, en 1689, aux instituteurs du duc de Bourgogne, ne font aucune mention de l'abbé de Beaumont. Ils n'en parlept pas davantage^ en 1690, à Toc-

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de la chair et du sang. Il fut, pendant plusieurs années, sous*préoepteur des petits-fils de Louis XIV, sans recevoir, sans demander la plus foible grâce. Enveloppé dans la proscription de Fénelon, il eut la gloire de partager ses malheurs, son exil et ses tra* vaux; et il eut le bonheur, dans cette nouvelle situation, de n'avoir rien à désirer, ni à regretter (i).

Le duc de Beauvilliers avoit également choisi, pour faire les fonctions de sous*gouverneur, en qua* lité de gentiUhommes de la manche (a), deux hommes aussi distingiiés par leurs principes reli*

essîoQ des provisions accordées auj^ instituteur» du duc d'Anjou. Ce n'est qu'en {693, qu'on trouve, dans ces Hegis" iresj les provisions de l'abbé de Beaumont, qui fut alors seuiMntsnt nommé sous-précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry. (Voyes au n. VI des Pièces Justifica" tives de ce livre , V Extrait des Registres du secrétariat de h maison du Boi.) (Édit.)

(1) Ce ne fut qu'oprès la mort de Féneloo, et au com* meneement du règne suivant, que l'abbé de Beau mont reçut la récompense de ses services; il fut nommé ù l'évéché à^ Saintes en 1716. C'est à lui que nous devons, en grande partie, la conservation des manuscrits de Féneloo, (Voyev une courte Notice sur ce prélat, dans le t. XI de la Corrssp. de Féfteiom, p. aS5.)

(%) On appeloît alors gentilshommes de la manche^ ceux qui» à raison du service assidu qu'ils dévoient h un prince, étoient habituellement à ses côtés, el cçniro<l à Ht manche,

(Él»»T.)

entre tous ses institutears.

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gîeux que par toutes les qualités propres à former un honnête homme et un grand prince , MM. de Léchelle et Dupuy. Un seul trait suffît à leur éloge. Leur attachement à Fénelon leur coûta leurs places et leur fortune ; et ils ne lui en restèrent que plus attachés.

Étroite uniou Tous ceux qui composoient l'éducation du duc de Bourgogne y entrèrent en fonctions au mois de septembre 1689. Fénelon n'a voit alors que trentehuit ans; et le duc de Beauvilliers, quarante-un (i). Jamais il n'y a eu , il n'y aura peut-être jamais d'exemple d'une union semblable à celle qui régnoit entre tous les instituteurs du duc de Bourgogne. Ils n'avoient qu'un cœur, un esprit et une âme; cette âme étoit celle de Fénelon (2). Tel

(i) On trouve un état beaucoup plus complet de la maison du duc de Bourgogne , dans l'ouvrage intitulé : Etat de la France^ contenant toits les princes y ducs et pairs^ etc. (édit, de 1695, 1. 1, a® part. p. 720, etc.) Cet ouvrage, publié pour la première fois en i652, n'étoit d'abord qu'un petit livret; aiais il fut complété successivement par divers auteurs, et particulièrement par Tabbé Trabouillet, chanoine de Meaux, qui en donna près de vingt éditions différentes. Parmi ces éditions, on doit surtout remarquer celle de 1699, 3 v. in-ia. Il en a paru depuis d'antres éditions, en 1 722 et 1727, 5 vol. in-ia, publiées par deux religieux Augustins, les PP. Ange et Simplicien. Voyez le Dict. des anon. de Barbier (t. I*"", n^'ôgôS), et la France littér, de Quérard, t. IX, airt. Simplicien et Trabouillet.) (Édit.)

(2) Mémoires de Saint- Simon^ ch. 3oa; t. XVII, p. 180,

étoit le charme extraordinaire de Fénelon, et l'ascendant irrésistible qu'il obtenoit sur tous ceux qui Fapprochoienty qui ni la différence de l'âge, ni la prééminence du rang et des dignités , ni même la supériorité des talents ou des connoissances, dans les parties qui lui étoient étrangères, ne dispensoient ses amis de devenir ses disciples , et de l'interroger comme un oracle investi du droit de disposer de toutes leurs pensées et de toutes leurs affections. C'est l'idée qu'en donnent tous ses contemporains; et leur témoignage est d'autant moins suspect, qu'il nous a été transmis par des personnes que la différence des opinions, ou une certaine malignité d'esprit, devoit naturellement porter à juger Fénelon avec sévérité.

« L'archevêque de Cambrai , dit le chancelier « d'Aguesseau (i), étoit un de ces hommes rares, « destinés à faire époque dans leur siècle, et qui a honorent autant l'humanité par leurs vertus, « qu'ils font honneur aux lettres par des talents «supérieurs; facile, brillant, dont le caractère

Portrait de

Fénelou, par

le chancelier

d'Aguesseau

et par le duc

de Saint-Simon.

édit în-ia. Ce passage d es iKf<p/n. de Saint-Simon est cité textuellement dans le IV^ liv. de cette Hist. n. 98, t. III. (Édit.) (i) Mémoires historiques sur tes affaires de V Église de France^ depuis iSg*] Jusqu'en 17 10. (OEinfres du chancelier d'Aguesseau ; éd.in-40, t, XIII, p. 167, etc.) Voyez au n. VII des Pièces justificatives de ce livre, une note importante sur ce passage. (Édit.)

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« étoit une imagination féconde^ gracieuse , domi^ « nante^ sans faire sentir sa domination* Son ëlo^ « qiience avoit en efiet plus d'insinuation que de « véhémence ; et il régnoit autant par le charme de la « société, que par la supériorité des talents ; se met^ a tant au niveau de tous les esprits, et ne disputant ce jamais ( paroissant même céder aux. autres, dans le «f temps qu'il lesentrainoit.Lesgrâcescouloient de ses « lèvres} et il sembloit traiter les grands sujets, pour « ainsi dire, en se jouant) les plus petits s'ennoblis'^ « soient sous sa plume, et il eût fait naître des fleurs « du sein des épines. Une noble singularité répandue <c sur toute sa personne, et je ne sais quoi de suce blime dans le simple, aj ou toien ta son caractère un (c certain air de prophète. Le tour nouveau, sans « être affecté, qu'il dontioit à ses expressions, faisoit ce croire à bien des gens qu'il possédoit toutes les n sciences, comme par inspiration; on eût dit qu'il « les avoit inventées , plutôt qu'il ne les avoit apa prises ; toujours original, toujours créateur, n'i- (c mitant personne, et paroissant lui-même inimita-

flc ble. Ses talents, longtemps cachés dans l'obscurité a des séminaires , et même peu connus à la cour, « lors même qu'il se fut attaché à faire dès missions «pour là. conversion deâ religiônnaires , éclatèrent « enfin par le choix que le Roi en fit pour l'éduca- « tion de son petit-fils, le duc de Bourgogne. Un si « grand théâtre ne l'étoit pas trop pour un si grand

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